Ω – Chapitre 1

Auteur : Zakkarin
Check : Mystix


Chapitre 1, ça commence (?) enfin ! (Et oui, j’ai eu assez de volonté pour le publier ! Ne me remerciez pas, c’est pas la peine 😀 )

Sur ce, bonne lecture .__.


C’est le bruit d’une alarme qui tira Pierre de son sommeil.

Il s’étira puis tendit sa main là où se trouvait ordinairement sa table de chevet, mais après avoir tâtonné quelques secondes, il ne trouva rien d’autre que le réveil qu’il dû tripoter au hasard avant qu’il ne cesse d’émettre sa tonalité insupportable.

Soupirant, il ouvrit les yeux et fixa le plafond en essayant de se souvenir d’où il avait posé ses lunettes.

La première chose qu’il remarqua, ce fut qu’il ne voyait absolument bien. Puis, son cerveau analysa les informations qui étaient transmises par ses nerfs optiques et il réalisa qu’il ne connaissait pas ce plafond.

Cela finit de le réveiller et il se releva subitement. Ce qu’il vit en jetant un coup d’œil circulaire sur la pièce confirma son hypothèse : Il se trouvait bel et bien dans une chambre inconnue.

L’exiguïté de celle-ci était presque oppressante, et le fait qu’il ne se trouvait aucune fenêtre pour atténuer ce sentiment angoissa Pierre.

Les murs étaient des panneaux blancs qui semblaient pouvoir coulisser, et à part un bureau sur lequel trônaient un grand écran plat et une plante verte, un siège, un grand lit et une table de chevet, la pièce était complètement dénuée de décoration. La lumière jaune qui éclairait la chambre était projetée par ce que Pierre supposa être des néons dissimulés dans le faux-plafond.

L’impression de se trouver dans une cellule aseptisée inquiéta grandement Pierre, en plus du sentiment que quelque chose n’allait pas qu’il ressentait depuis qu’il s’était réveillé. Il se détourna pour faire le tri dans sa tête et de surprise, son cœur sauta dans sa poitrine.

Sur le lit, juste à côté de lui, une forme était couverte par une couette, cependant, il était aisé de deviner qu’il s’agissait d’une fille grâce aux sinuosités que prenait la couverture en suivant les contours de sa silhouette. Même si elle lui tournait le dos, n’exposant que ses cheveux verts, l’imagination féconde de Pierre fit son travail il ne fallut même pas quelques secondes pour que ses joues prennent une belle couleur rouge.

Il baissa la tête afin de se soustraire au spectacle, mais il remarqua alors qu’il était nu comme un ver. Son cerveau fit rapidement le calcul et sa tête déjà bien colorée devint plus colorée encore.

Il tendit la main vers la forme endormie, mais la retira au dernier moment. Il n’avait aucun souvenir de ce qu’il s’était passé entre eux, en fait, plus il essayait de se remémorer la soirée, plus il se rendait compte que tout était flou et confus, pour ne pas dire qu’il ne se souvenait de rien. Réveiller une personne avec qui il avait clairement partagé quelque chose la veille et lui demander des explications n’était pas la meilleure chose à faire.

La dernière chose dont il se souvenait, c’était Vincent qui le forçait à boire un énième verre, puis il s’était approché de Angelica, la fille avec qui il avait à peine fait connaissance, il l’avait attrapée par la taille et…

Incapable de supporter l’embarras qu’il ressentait en se souvenant de la scène, il saisit le coussin à portée de bras et enfouit sa tête dedans, le temps d’arrêter de s’en vouloir autant d’avoir agi de la sorte.

Il avait envie de crier pour faire sortir ses émotions, mais même si sa voix était étouffée par l’oreiller, il ne voulait pas risquer de réveiller la fille aux cheveux verts sans avoir plus d’informations.

Fille aux cheveux verts ? Il avait beau avoir l’esprit dans le vague, il était certain qu’Angelica avait des cheveux blonds.

Il se retourna pour s’assurer qu’il n’avait pas mal vu, mais son regard fut attiré par un objet sur le lit, à l’endroit où se trouvait précédemment son coussin.

En se rendant compte de la nature de l’objet, le sang qui colorait son visage se retira soudainement, le laissant blême.

Il avança une main tremblante et le saisit, s’attendant presque à ce qu’il soit une illusion ou une blague. Pourtant, après l’avoir palpé, il se rendit compte que c’était un véritable couteau.

Parce que son père aimait la chasse, il était familier avec les accessoires qu’il utilisait, cependant, couteau était un mot bien peu approprié pour nommer cette chose. L’appeler poignard était déjà un peu plus adéquat, si, bien sûr, par poignard, on entendait une lame épaisse aussi coupante qu’un rasoir qui étendait son tranchant sur une trentaine de centimètres. Le pommeau était poli par l’usage, que Pierre espérait strictement à but d’entraînement.

Il passa son pouce sur le dos dentelé de l’arme, puis la soupesa. Il la trouvait légère, et chose plus étrange encore, familière. C’était comme si son poing enserrait sur la poignée était fait pour la tenir. Le poids de l’objet était parfaitement équilibré, si bien que dans sa main, l’arme était en parfaite osmose avec lui, similaire à une extension de lui-même.

Dérangé par cette impression, ainsi que par le fait qu’il avait dormi avec sa tête posée sur une arme potentiellement mortelle, il posa le poignard sur la table de chevet et sortit du lit.

Il se mit à farfouiller dans les vêtements qui jonchaient le sol, essayant de ne pas fixer les sous-vêtements féminins qui s’y trouvaient.

Ne trouvant rien qui pouvait l’aider à identifier la fille ou l’endroit où il se trouvait, il posa son butin -deux morceaux de plexiglass et un genre de télécommande qu’il tripatouilla un moment- sur la table.

Une autre chose qu’il ajouta à la liste des mystères qui s’allongeait de plus en plus, c’était le fait qu’il ne trouvait nulle part ses vêtements de la veille. En d’autres circonstances, perdre ses vêtements aurait eu un effet minime sur lui, voir aucun effet du tout, mais là, il trouvait ça étrange.

Les habits de femme au sol étaient certainement ceux de la fille endormie, mais il y avait aussi des habits d’homme. Pierre aurait été rassuré si seulement ils avaient été les siens

Est-ce qu’il fallait ajouter un autre individu à l’équation de la veille ? Si la réponse était un oui, Pierre espérait qu’il s’agissait d’une fille qui avait pour hobby de se travestir. Il n’était pas encore prêt à explorer de nouveaux sentiers, en tout cas, il préférait avoir la possibilité de consentir sans être dans un état second en premier lieu.

Parce qu’il n’avait pas d’autre choix -et surtout pas l’envie de continuer à exhiber son intimité-, il tâta le tissu, remarquant que c’était une fabrique qu’il n’avait jamais touchée, puis les enfila.

Étrangement, ils lui allaient parfaitement.

En voulant mettre le t-shirt, il observa un nouveau mystère.

Pierre n’était peut-être pas un garçon athlétique, mais il avait quand même une excellente constitution, et les joggings qu’il faisait régulièrement l’aidaient à entretenir une bonne allure. Pourtant, il venait de voir à l’instant que ses muscles saillaient puissamment. Il contracta son biceps et il n’eut pas besoin d’un miroir pour voir que la circonférence de son bras avait doublé par rapport à la veille.

Soudainement, en voyant son bras -large comme un rondin de bois selon lui-, une idée le foudroya de par sa pertinence : Et si tout ça n’était qu’un rêve lucide ?

S’il voyait tout ça sous cet angle, cette idée lui permettait d’expliquer tous ces mystères. À moins qu’il se soit fait kidnapper par une organisation qui l’aurait maintenu endormi pendant une certaine période et qui aurait branché des électrodes pour le muscler durant son sommeil avant de le mettre en scène dans un endroit inconnu.

Même s’il trouvait cette dernière idée assez amusante par son absurdité, il préféra se tourner vers l’hypothèse du rêve lucide. Au moins, ça lui permettait d’accepter les étranges choses qui lui arrivaient sans se soucier de la logique derrière les actions et événements.

Il avait déjà fait des rêves qui exploraient ce genre de thème, mais c’était la première fois qu’il faisait un rêve lucide. Honnêtement, une fois passée la surprise initiale, c’était comme se trouver dans un film ou un jeu-vidéo, Pierre adhérait complètement au principe.

Une fois qu’il eut finit de jouer en s’amusant à contracter les différents muscles de son corps et à en apprécier la forme, il mit son haut tout en se disant qu’une fois éveillé, il allait très certainement se mettre à la musculation. Puis, il tourna son attention vers la chose qui l’intriguait depuis qu’il l’avait vu : L’écran sur le bureau.

Il s’installa sur le fauteuil, prenant un moment pour profiter de l’extrême confort qu’il lui procurait, puis se concentra sur l’écran.

Bien que Pierre possédât chez lui un écran tout dernier cri, celui-là semblait être en avance sur son temps. C’était un écran très fin, son épaisseur ne devait pas dépasser les quelques millimètres. Il était légèrement incurvé, et quand Pierre passa sa main de l’autre côté, il nota qu’il était transparent.

Hochant la tête, il tapota du bout du doigt l’écran, mais rien ne se passa.

« Hum… Si c’est un rêve, ça veut dire que c’est dans ma tête non ? Ça a l’air d’être futuriste, alors peut-être que c’est par rapport à la pensée ? »

Suivant son instinct, il ferma les yeux et se répéta « Allume-toi ! » dans sa tête.

Pierre entrouvrit un œil, et ce qu’il vit lui fit écarquiller les yeux de surprise : l’écran était inerte.

Maussade, il referma les yeux et se mit à réciter tous les synonymes qu’il put trouver à l’action d’allumer un ordinateur. À chaque fois, il jetait un coup d’œil sur l’écran pour voir si quelque chose arrivait, mais à chaque fois, l’écran restait tout aussi transparent que la dernière fois qu’il l’avait observé.

« Bon… ça me saoule, c’est quoi l’intérêt que mon cerveau a d’inventer des trucs dont je suis incapable de me servir, même dans un rêve ?! »

Il aurait voulu s’obstiner, mais il en avait assez de voir ce morceau de verre le narguer en restant statique.

Soupirant d’exaspération, il se releva et s’approcha de la table de chevet. Ignorant l’arme qui lui donnait des sueurs froides, il se pencha sur le tiroir et l’ouvrit.

– Vide, évidemment… ça serait pas drôle sinon…

Il commençait à croire que tout ça n’était qu’une caméra cachée à l’intérieur d’un rêve. Pourquoi son cerveau s’amuserait-il à se moquer de lui-même, ça par contre, il n’en avait pas la moindre idée.

– Je ne savais pas que tu parlais tout seul.

La voix suivie d’un petit rire qui résonna dans le silence fit sursauter Pierre. Parce qu’il était concentré, il s’était mis à penser à voix haute, ayant complètement oublié la présence de l’autre personne.

En plus de l’avoir surpris, il sentait le sang lui monter aux joues à cause de l’embarras qu’il ressentait.

Honteux, il se releva mais en croisant le regard de la fille aux cheveux verts, il tomba en arrière sans pouvoir empêcher un cri de s’échapper de sa bouche ouverte.

Les deux yeux jaunes aux pupilles fendues qui le fixaient avec surprise n’appartenaient définitivement pas à un être humain. Malgré une forme de visage presque humaine, si ce n’était pour son nez plat, les petites écailles vertes bleutées qui recouvraient sa peau la classaient dans une branche de l’arbre des espèces qui n’avait pas encore été découverte. Des cornes souples ornaient sa tête de la même manière qu’un serre-tête. Sa chevelure était constituée de nombreux filaments écailleux, semblable au corps d’un serpent.

La ressemblance avec Médusa, la gorgone mythologique, était tellement évidente aux yeux de Pierre qu’il en resta pétrifié de surprise.

La créature se mit à rire en voyant l’expression déconfite du garçon. Elle repoussa la couverture et malgré lui, le jeune homme constata que ses écailles ne recouvraient pas que son visage mais tout le reste de son corps, il put également contempler d’autres choses, mais il détourna rapidement la tête, les joues en feu.

– C’est bien la première fois que je te vois surpris de la sorte.

Pierre récupéra le premier morceau de tissu qui lui tomba sous la main et le tendit en arrière en s’exclamant d’une voix mal assurée :

– S’il vous plaît, habillez-vous !

Quelque chose étonnamment doux toucha sa main et le poids du tissu qu’il tenait disparut.

– Oh ? Mais pourquoi donc devrais-je remettre mes vêtements quand c’est toi qui était si prompt à me les retirer hier, quel changement drastique dans ta personnalité, Ash. Moi qui t’imaginais comme un garçon stoïque et inébranlable, apparemment j’avais tort. Mais si tu insistes, je me vois obligée de t’écouter.

La femme-gorgone ponctua ses propos par de petits rires.

Même si elle était un peu plus verte et que son physique différé un peu de ce qu’il avait l’habitude de voir, Pierre trouvait que son cerveau avait fait un excellent travail en imaginant une telle créature, même s’il était étonné qu’il lui fournisse plus de détails qu’il était capable d’assimiler visuellement. Cependant, c’était toujours intéressant pour lui de se découvrir des fantasmes subconscients, même s’il n’allait désormais plus regarder ses films de science-fiction du même œil maintenant.

En entendant les frous-frous du tissu sur de la peau, il déglutit et la tentation de se retourner se fit plus forte que jamais, mais il se retint de justesse. Ça avait beau être un rêve, il avait tout de même des principes.

– Voilà ! Tu peux te retourner maintenant.
– Ah, mer… ci…

La créature envoûtante était allongée sur le lit, sa tête reposant sur son bras replié. Sa pose languissante agita grandement Pierre, et il remarqua pour la première fois qu’elle possédait une queue au bas de son dos, repliée sur ses jambes.

Comme « vêtements », elle avait enfilé des sous-vêtements plus osés que ceux qu’il avait vu au sol plus tôt, mais Pierre était persuadé que s’il faisait un commentaire sur sa notion « d’habillée », elle allait se moquer de lui, et il voulait à tout prix éviter de se trouver embarrassé à nouveau.

L’adolescent se mit à détailler le corps sublime de cette femme. Les écailles qui couvraient son corps réfléchissaient la lumière et la faisaient faiblement briller. Les différentes nuances de vert formaient de complexes symboles qui s’étendaient sur toute sa personne. La fabrique était presque transparente, et ce qu’il entrevoyait l’empêcher de détourner le regard.

Un large sourire étira les lèvres fines de la femme.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Tu vois quelque chose qui te plaît ?
– Non ! Enfin, je veux dire, oui… Mais je ne veux pas… ce que je veux dire…

La pseudo-Médusa rit des bégaiements du garçon et de sa tentative maladroite pour conserver sa dignité, et son rire redoubla en le voyant abattu, un air misérable sur le visage.

– Je suppose que si tu agis comme ça, c’est que tu n’as aucun souvenir de la veille ?

Relevant soudainement la tête en entendant cette phrase, les yeux de Pierre brillèrent d’une lueur d’espoir, comme ceux d’un naufragé perdu dans la mer apercevant au loin une bouée de sauvetage.

« Enfin ! Merci à toi, Inconscient, tu comprends ma situation et tu réagis en fonction de ce qui m’arrange le mieux ! »

Pierre se racla la gorge et reprit contenance.

– Oui, c’est un peu ça, alors si vous pouviez me faire un rapide résumé, je vous en serais extrêmement reconnaissant… Madame.

Il s’était senti obligé d’ajouter le « Madame » en la voyant le dévisager. Ses pupilles fendues le déstabilisaient, mais s’il regardait ailleurs, la surexposition de peau recouverte d’écailles n’allait que faire empirer les choses.

– Oh là là, comment résumer rapidement toutes les choses que tu m’as faites…

La créature se releva, et une nouvelle vague de passion emplit le corps du garçon. C’était évident qu’elle prenait un malin plaisir à tourmenter Pierre.

– Hum, pour faire court, j’ai reçu ton message hier soir alors que je me prélassais dans mon bain. Tu me disais que tu te sentais seul et que tu avais besoin de compagnie, tu m’as demandé de venir te rejoindre chez Ivonne. Une fois là-bas, j’ai pu constater que tu étais déjà bien saoul, mais une fois rentrée ici, tu t’es jeté sur moi comme une bête sauvage. J’avoue que ça m’a un peu surpris, mais la nouveauté n’est pas quelque chose que je déteste.

Pendant qu’elle lui faisait un résumé -très bref- des évènements de la veille, le regard de Pierre était irrésistiblement attiré par les atouts de la belle créature devant lui, couverts par un tissu presque transparent. C’était le genre de fabrique qui suggérait presque autant qu’elle en révélait, créant de la confusion au sein de son esprit d’adolescent. La place laissée à l’imagination était étroite, mais pourtant, elle laissait une part de décence qui avait un effet destructeur sur l’esprit masculin.

Il faisait de son mieux pour ne pas fixer, mais il avait beau savoir que tout ceci n’était que le produit de son esprit, des questions d’ordre purement physiologique demeuraient, et il mourrait d’envie d’avoir plus d’information sur la manière dont certaine partie de cette anatomie inédite fonctionnait.

La femme dont il ignorait le nom lui prit la main, et Pierre constata à nouveau qu’elle avait beau avoir la peau recouverte d’écailles, elles n’en étaient pas moins douces, au contraire. De son pouce, elle dessinait des cercles sur le dos de sa main et sa voix se fit sensuelle :

– Si tu as d’autres questions, je me ferais un plaisir d’y répondre, la curiosité est une passion qui nécessite d’être assouvie pour qu’un individu reste sain d’esprit…

L’autre main de la charmante créature, qui jusque-là traçait la forme de la mâchoire de Pierre descendit le long de son cou et s’attarda quelque peu sur son torse puissant auquel il n’était pas habitué.

Puis, ses doigts s’aventurèrent dans un terrain plus intime et dessinèrent les contours de quelque chose d’aussi rigide qu’un os mais qui n’en était certainement pas un. Pierre s’apprêtait à la jeter sur le lit et lui sauter dessus, mais un pan du mur pivota en bipant, les faisant tous deux sursauter.

Dans l’encadrement se trouvait une jeune femme qui était vraisemblablement humaine.

Elle jeta un regard sur la pièce, l’air d’analyser toutes les informations qu’elle pouvait se mettre sous la dent, puis, reporta son attention sur les deux individus dans la pièce, collés l’un à l’autre, et un de ses sourcil s’arqua.

Ce fut la seule réaction qu’elle eut.

Elle avait des cheveux noirs attachés en queue de cheval, dégageant son visage fin. Avec ses grands yeux bleus-gris, son nez droit, sa bouche aux lèvres pulpeuses, elle était indubitablement magnifique, sans parler de sa silhouette aux mensurations parfaites.

Pierre se félicita pour avoir créé une femme aussi belle, même s’il pouvait l’admirer seulement dans son rêve.

– Ah, Ishia, toujours à jouer les rabat-joie à ce que je vois…

C’était la femme-gorgone qui venait de parler. Son ton était exaspéré, mais elle ne s’éloigna pas de Pierre pour autant.

La dénommé Ishia mit une main sur sa hanche et afficha un sourire sans joie.

– Tresha Silven, malgré tout ce temps, je ne peux que remarquer avec stupeur que ta propension à te dévêtir est toujours aussi importante que ton indécence.

Le même sourire forcé étira les lèvres de la gorgone -au moins maintenant, Pierre savait qu’elle s’appelait Tresha- et un frisson descendit le long de l’échine du garçon, à moins que ce soit à cause des mouvements de sa main contre certaine de ses parties qui continuaient, même avec la présence d’une autre personne dans la pièce.

– Vous, les humains, toujours à crier à l’indécence quand vous voyez quelque chose de naturel, alors qu’au fond, vous rêvez de choses bien plus fantasques. Mon peuple n’a pas ce blocage sur la passion. Chez nous, Teshris, vivre, c’est aimer.
– Chez nous, Humains, on a un mot pour qualifier ça, c’est obscène. J’ai d’autres synonymes, mais j’ai peur que tu butes sur certains mots…

Juste avec ces quelques échanges, Pierre comprit que le setting faisait que ces deux personnes étaient en conflit, et il ne put s’empêcher de le déplorer. La température avait déjà baissé de plusieurs degrés, et il ne voulait pas en plus qu’elles en viennent aux mains.

En voyant l’expression de Tresha se crisper, Pierre s’avança entre les deux femmes.

– Ola, on se calme les filles, je peux comprendre que vous soyez en froid, mais pas la peine de faire durer ça plus longtemps que nécessaire. Ishia, tu es venue pour ?…

L’humaine haussa un nouveau un sourcil.

– Tu m’as appelé je te rappelle… Enfin, à en voir la situation, je suppose que tu as dû accidentellement appuyer sur le bouton durant ton… entraînement physique, mais passons, j’avais justement un truc à te dire, on retourne au vaisseau, maintenant.

« Ah ? Le bouton de la télécommande ? C’est à ça que servait la petite télécommande alors ? Au moins un mystère de résolu. »

Attrapant le morceau de plexiglass qu’il avait trouvé dans les habits qu’il portait en ce moment ainsi que la petite télécommande à la fonction désormais connue, il se dirigea à la suite d’Ishia avant que la voix de Tresha ne le fasse se retourner.

– Tu n’oublies pas quelque chose ?

Elle tenait le poignard qui lui avait donné des sueurs froides à son réveil, avant qu’il ne comprenne qu’il était dans un rêve.

Il passa une main dans ses cheveux, notant qu’ils étaient coupés courts, puis afficha le sourire le plus charmeur qu’il put exhiber avant que les mots ne sortent de sa bouche sans même qu’il y pense.

– Tu peux le garder, c’est ma manière à moi de te dire merci pour m’avoir… tenue compagnie durant la nuit, et puis, c’est aussi la garantie que je reviendrais te voir la prochaine fois.

Il sortit sans se retourner, se retenant de son mieux pour ne pas s’effondrer et essayer de s’enterrer six pieds sous terre. Il avait toujours voulu sortir une phrase de ce style, mais maintenant que c’était fait, il se sentait si embarrassé qu’il aurait aimé trouver un trou pour s’y cacher.

En tout cas, il savait maintenant comment devaient se sentir les héros de ses films préférés : ils devaient se sentir bien cons.

Ils traversèrent un immense salon faiblement éclairé, mais suffisamment pour que Pierre remarque le bon goût dont le décorateur avait fait preuve, cependant, dans son état d’agitation intérieure, il avait du mal à se concentrer sur le mobilier.

Ishia s’était arrêtée devant une porte, et elle s’ouvrit avec un petit ‘ding’ une fois que Pierre l’eut rejointe.

Les deux personnes pénétrèrent dans ce qui était certainement un ascenseur, et les yeux de Pierre s’ouvrirent en grand.

Même si c’était à l’évidence un simple ascenseur, ce n’était pas sa fonction qui étonna Pierre, mais les vitres en verres qui offraient une vue qui défiait tout ce qu’il était possible d’imaginer.

Une gigantesque sphère occupait la moitié du paysage, tandis que le noir absolu régnait tout autour, à part quelques points lumineux qui égayaient tant bien que mal le tableau.

Pierre dut se rendre à l’évidence, c’était bel et bien l’espace. La grosse sphère était une planète, et même s’il trouvait une ressemblance entre celle-ci et les images de la Terre qu’il avait l’habitude de voir, il se rendit vite compte qu’elles n’étaient pas identiques.

Même s’il savait que c’était un rêve, tout avait l’air si réel, y compris les vaisseaux qui se déplaçaient dans le vide en face de lui ou ceux qui semblaient être en orbite autour de l‘astre.

Bien que Pierre appréciait la science-fiction autant que la fantaisie, le fait de se retrouver dans un espace où la seule chose qui le séparait du grand vide de l’univers était du verre l’angoissa terriblement.

« On passe de fantasme érotique à phobie en seulement quelques pas… J’aurais peut-être dû rester avec Tresha moi… »

Il eut également une pensée pour les astronautes en orbite autour de la Terre qui devaient rester cloîtrés pendant des mois dans un seul endroit.

La vue était peut-être à couper le souffle, mais contrairement à la terre ferme sur laquelle la gravité maintenait une atmosphère, ici, une fenêtre ouverte équivalait à une mort atroce et douloureuse.

Ishia le sortit de ses pensées.

– Alors comme ça, le petit Ash sait parler aux femmes, je suis bien obligée de reconnaître que ça semble assez effectif.

Pierre détourna enfin les yeux de la magnifique vue et regarda Ishia. Elle fixait le petit cadran dans lequel les nombres allaient décroissant, un petit sourire flottant sur ses lèvres. Il rit nerveusement et lui répondit avec une voix mal-assurée. Il était toujours terrifié par les différents scénarios catastrophiques qui pourraient se passer et qui terminaient tous avec sa mort, lente et horrible.

– Oui, haha, alors fais attention à toi !
– Ne t’inquiète pas pour ça, je préfèrerai coucher avec une dizaine de Teshris en chaleur.

Elle avait répondu presque immédiatement, mais le rire qu’elle ajouta était si charmant que Pierre en oublia d’être vexé. Elle reprit avec quelques secondes de blanc :

– Mais sinon, c’est vrai ce qu’on dit d’eux ? Qu’ils utilisent leurs « cheveux » pour jouer avec ?

Parce que l’image qui se forma dans la tête de Pierre était très explicite, ses joues s’enflammèrent et il fit plusieurs tentatives avant de parvenir à bafouiller intelligiblement :

– Euh, c’est… euh, je préfère ne pas en parler.

Le bip de l’ascenseur le sauva d’un terrible embarras.

C’est le sourire aux lèvres qu’Ishia passa les portes qui venaient de s’ouvrir sans bruit.

Le couloir dans lequel ils s’avancèrent était cylindrique, similaire à un tube. À l’instar de la chambre dans laquelle il s’était réveillé plus tôt, la lumière jaune était projetée par une source dissimulée dans le faux-plafond.

À intervalle régulier, des portes perçaient les murs qui étaient tapissés d’innombrables panneaux métalliques. Une plaque numérologique était fixée sur chacune des portes, et à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le passage, les numéros décroissaient.

Quand ils arrivèrent au numéro « 1 », ils se trouvèrent en face d’une porte ronde, prenant la totalité de la largeur du couloir.

Ishia passa le morceau de verre qu’elle venait de sortir de sa poche sur un petit boîtier installé sur le mur, et après un bip sonore, ils purent entendre un déclic et la porte ronde se sépara en deux, chaque partie coulissant, l’une vers le haut, l’autre vers le bas, libérant le passage.

Ishia passa la porte, et une fois que Pierre eut traversé à son tour, un nouveau bip retentit et la porte se referma.

Ils étaient arrivés dans un endroit que Pierre définit comme un hall d’hôtel.

Un grand comptoir en marbre en occupait une grande partie, tandis que des piliers soutenaient un dôme qui rappela à Pierre la chapelle Sixtine de par les peintures grandioses qui l’ornaient.

Une zone était meublée par de nombreux fauteuils, mais personne n’était installé dedans, en fait, il n’y avait personne nulle part, à l’exception de l’individu qui se tenait derrière le comptoir.

Malgré l’opulence et la beauté des lieux, la clientèle n’était pas au rendez-vous.

Pierre était sur le point de demander pourquoi cet endroit était désert, mais Ishia se retourna et, un grand sourire étirant ses lèvres, déclara :

– Heureusement que c’est la saison creuse, tu imagines si les jeux Teshrins étaient ouverts ? On aurait pas fait trois pas avant qu’on nous reconnaisse.
– Oui, heureusement, haha…

Parce qu’il n’avait pas la moindre idée de quoi elle parlait, Pierre avait hoché la tête et acquiescé. Il félicita à nouveau son cerveau pour toujours lui fournir les réponses aux questions qu’il se posait.

Toujours à la suite de la belle jeune femme, Pierre examinait le sol en pierre qu’il foulait. Nombre de minéraux brillants formaient une mosaïque aux formes complexes qui s’étirait sur toute la surface.

Soudainement, une douleur explosa à l’arrière de son crâne, le faisant tomber à genoux, se tenant la tête à deux mains.

C’était la même douleur qui avait enserrée son cerveau quand il regardait son film, le jour où tous ses objets électroniques avaient grillé.

Il vit la silhouette d’Ishia se précipiter vers lui alors qu’il tombait au sol, et son visage fut la dernière chose qu’il vit avant de perdre connaissance.

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