Maître des âmes 79 : Aveu

Auteur : Nightgale
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Votre chapitre hebdromadaire.

Ok, je sors.

Enjoy.


 

Il va sans dire qu’après avoir reçu leur récompense, l’ambiance fut à la fête, au plus grand bonheur de Douali. Cependant, il déchanta vite quand Clog et Vyne lui firent la morale sur les événements de la journée.

Quant à Fang, il inventa de toutes pièces une histoire. Il avait prétendu s’être séparé de Douali une fois que celui-ci avait commencé à boire pour aller traîner ici et là. Luan et le reste n’en demandèrent pas plus et sa petite escapade passa donc inaperçue.

Après plusieurs heures de beuverie, les choses s’étaient enfin calmées. L’échange de Meimei avait apparemment enlevé un poids car même Luan, qui ne buvait pas beaucoup d’habitude, s’était lâché.

De son côté, Fang n’avait bu que quelques chopes de bière, sous la contrainte de Douali bien sûr. Il était donc l’un des rares encore debouts dans le camp.

« Ping, pas encore couché ? »

« Chef ! »

La personne qui venait de lui adresser la parole n’était autre que Varuh. Fang avait gardé un oeil sur lui durant toute la soirée, en espérant qu’il finisse complètement saoul, mais ce fut en vain.

Même lors des fêtes précédentes, Varuh était toujours en bon état malgré qu’il ait bu de nombreux verres.Celui-ci ne relâchait jamais complètement sa garde, ne laissant aucune opportunité à Fang depuis le début. Après tout, si c’était aussi simple que ça, il n’aurait pas eu besoin de faire tout ces préparatifs.

Varuh observait les hommes qui dormaient au sol, ivres morts, avec un visage impassible. Son attitude depuis qu’il était revenu était étrange. Fang savait que ça avait un rapport avec Eul.

« Chef ? Quelque chose ne va pas ? » Demanda-t-il par curiosité.

La question semblait avoir ramené Varuh à ses esprits et celui-ci se tourna ensuite vers lui.

« Rien. C’est juste que… Ping, tu as dit que tu venais de Gedo, n’est-ce pas ? »

Le coeur de Fang s’emballa. Pourquoi posait-il cette question maintenant ? Varuh se doutait-il de quelque chose ? Cependant, Fang répondit sans montrer la moindre trace d’anxiété.

« Oui, avant d’arriver ici, j’habitais à Gedo. »

« Hmmm… Si je me rappelle bien, tu as dû quitter le village à cause de Borgr, hein ? »

L’expression de Varuh s’assombrit. Il regarda autour de lui un bref instant avant de reprendre.

« Ping, j’aimerais parler avec toi quelques instants. Suis-moi ! »

Sans lui laisser la possibilité de refuser, Varuh se mit à marcher. Fang était inquiet tandis qu’il le suivait. Il ne savait pas de quoi il en retournait exactement, mais il était certain que la discussion tournerait autour du village de Gedo à un moment donné. Il craignait d’exposer sa couverture puisqu’il n’avait jamais mis les pieds à Gedo auparavant et qu’il ne savait absolument rien à son sujet.

« Merde ! Il ne me reste plus qu’à improviser dans ce cas. S’il découvre le pot aux roses, je n’aurai pas d’autre choix que de m’enfuir. »

Tout en ruminant ses pensées, Fang était arrivé devant la tente de Varuh. Celui-ci entra sans rien dire et Fang le suivit. C’était la première fois qu’il entrait dans cette tente. Elle était plus grande que les autres et elle était plutôt bien décorée. Cependant, ses objets étaient surtout esthétiques et ne semblaient pas avoir beaucoup de valeur, probablement dans le cas où il aurait à s’enfuir de son camp à la dernière minute.

« Comme je m’y attendais, les objets les plus importants sont dans son anneau interspatial. »

Après avoir analysé la pièce, Fang jeta un bref coup d’oeil à l’anneau autour du doigt de Varuh. L’objet pour lequel il avait fait tant d’efforts se trouvait juste sous son nez.

« Tu peux t’installer ici. »

La voix de Varuh le ramena à ses esprits et Fang s’installa à l’endroit indiqué. Le siège sur lequel il était assis était rembourré et recouvert d’une peau d’animal particulièrement lisse. En temps normal, il se serait prélassé sur quelque chose d’aussi confortable, mais la présence de la personne en face de lui l’empêchait de se détendre.

« Puisque tu étais à Gedo, il y a quelque chose que j’aimerais savoir. »

Varuh ne perdit pas de temps et se lança au coeur du sujet. Fang attendait avec appréhension la question qui allait lui être posée.

« Est-ce que tu aurais déjà aperçu quelqu’un qui se prénomme Ninel ou Yulie ? »

Ce n’était pas le genre de questions auxquelles Fang s’attendait. En tout cas, il n’avait pas besoin de mentir à ce sujet.

« Non, je ne connais aucune personne portant l’un de ces noms. »

« Je vois… Pas étonnant. Gedo est grand après tout. Les chances que tu les connaisses sont faibles. »

Varuh émit un long soupir et leva les yeux en l’air d’un air triste. L’impression de puissance et d’autorité qui se dégageait de lui en temps normal semblait avoir complètement disparu.

« Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider », répondit Fang.

« Ce n’est pas ta faute », dit faiblement Varuh.

Un silence s’installa après. Fang aurait bien aimé s’en aller au plus vite mais la situation actuelle ne s’y prêtait pas. Après un long moment, ce fut Varuh qui reprit la parole.

« Tu vois, Ping. Si je t’ai posé cette question, c’est parce que moi aussi je viens de Gedo. »

Fang fit une expression étonnée même s’il s’en doutait déjà depuis un moment. Les réactions de Varuh étaient étranges à chaque fois que le village de Gedo était évoqué et son bref échange avec Eul avait confirmé ses soupçons.

« Et ces deux personnes que vous avez mentionnées, ce serait… »

« Ma femme, Ninel. Et ma fille, Yulie », répondit sèchement Varuh.

« Pourquoi me demander si je les connaissais ? Est-ce que ce ne serait pas plus simple d’aller les voir tout simplement ? » Demanda Fang.

« Si seulement c’était aussi simple. »

Varuh posa la main sur son visage. En face de lui, tout ce que Fang pouvait voir en ce moment, ce n’était pas le chef des Vents Hurlants, mais seulement l’apparence d’un homme tourmenté.

« Ping, je veux te raconter quelque chose. Tu veux bien m’écouter ? »

Fang hocha la tête pour acquiescer. L’attitude de Varuh avait changé depuis sa rencontre avec Eul. Il portait visiblement un poids sur lui et c’était peut-être pour cette raison qu’il voulait se confier à lui. Celui-ci ressentait peut-être une sorte de lien entre eux puisqu’il pensait que « Ping » venait aussi de Gedo.

Quoiqu’il en soit, si Varuh avait envie de parler, Fang n’avait aucune raison de refuser. Cela prouvait que Varuh lui faisait confiance et qu’il serait ainsi plus facile de le tromper plus tard. Il tendit donc l’oreille avec un air faussement attentif.

« Comme tu t’en doutes maintenant, je suis né et j’ai grandi dans le village de Gedo. J’étais un combattant prometteur et j’ai naturellement fini par par devenir un garde d’élite dans le village. C’est à cette époque que j’ai rencontré Ninel. Ce furent les plus beaux jours de ma vie. »

Varuh marqua ensuite une courte pause. Fang sentait que la mauvaise partie allait venir.

« La concurrence était féroce à Gedo. J’avais atteint le 10ème niveau du stade humain mais je savais que si je ne faisais rien, d’autres allaient rapidement me passer devant. C’est pourquoi j’ai pris une décision. J’ai utilisé toutes mes économies pour réunir assez d’ingrédients dans le but de passer au stade supérieur. »

« Mais ça a échoué », devina Fang.

« Oui, j’ai pitoyablement échoué », avoua Varuh en rigolant amèrement. « Non seulement je n’avais plus un sou, mais en plus, mon échec avait endommagé mon âme. Je n’avais plus aucune chance d’atteindre le stade guerrier. J’étais même devenu plus faible qu’avant. À partir de là, ma position au sein de Gedo tomba rapidement. »

« L’exemple typique de celui qui n’a pas pu changer de stade. Cependant, tu n’as rien à craindre, petit. Tant que je serai là, ton succès est garanti » lui assura Shen.

« Tais-toi un peu, j’essaie d’écouter », répliqua Fang.

« Pff, rabat-joie. »

Shen se tut ensuite et Fang put reporter son attention sur l’histoire de Varuh.

« C’était le début d’une période difficile pour moi et ma femme. C’est dans cette période sombre qu’une occasion de changer les choses fit son apparition. »

Fang était intrigué. Varuh était actuellement au stade guerrier. Cela signifiait qu’il existait un moyen de changer de stade même après avoir subi un échec.

« Un Poglao. Tu en as déjà entendu parler ? » Demanda alors Varuh.

« Non, c’est la première fois que j’entends ce nom. »

« C’est un fruit extrêmement rare dans la région. Il peut absorber une énorme quantité d’énergie naturelle en poussant et il peut même la purifier. Même ceux qui ont eu leur âme endommagée comme la mienne peuvent passer au stade supérieur en consommant ce fruit. »

Cette information laissa Fang bouche bée. Il n’avait pas imaginé qu’un tel objet pouvait exister.

« Pourquoi tu ne m’as pas parlé de ça plus tôt, Shen ? »

« Parce que les chances de tomber sur ce genre d’objet sont rares. En plus, tu penses vraiment que tu peux changer de stade aussi facilement sans aucune contre-partie ? Tu ferais mieux d’écouter ce qu’il a à dire, ce sera plus parlant que mes explications », suggéra Shen.

Écoutant ses conseils, Fang se tourna à nouveau vers Varuh qui continuait à parler.

« J’avais reçu une mission consistant à protéger une cargaison contenant un Poglao. Durant la mission, j’ai cédé à la curiosité. J’ai jeté un oeil à ce fruit aux propriétés miraculeuses. C’est à ce moment là que je me suis aperçu de quelque chose d’incroyable. Le coffret contenait une branche de l’arbre sur lequel le Poglao avait poussé, et tu n’imagines pas ma surprise quand je me suis aperçu qu’il n’y avait pas qu’un fruit sur cette branche, mais deux ! »

Malgré le fait que Varuh évoquait un souvenir lointain, Fang pouvait ressentir qu’il subsistait encore une faible excitation dans sa voix.

« Le rapport de mission n’avait indiqué la présence que d’un seul fruit. Quand j’ai vu ça, je n’ai pas pu résister à la tentation et j’ai… »

« Vous l’avez volé », termina Fang.

« Oui. Je pensais qu’avec ça, tous mes problèmes seraient résolus. Grâce au Poglao, j’ai pu effectivement passé au stade guerrier. Seulement, les vrais problèmes ont commencé après ça. »

Le visage de Varuh s’assombrit aussitôt. On voyait qu’il avait du mal à poursuivre son récit.

« Le Poglao est un tel concentré d’énergie pure qu’il permet de passer au stage guerrier même avec des fondations fragiles. Ce que je ne savais pas, par contre, c’est qu’une fois le stade suivant passé, cette énergie était telle que mon âme fut incapable de la supporter. Pour simplifier, je suis passé au 1er niveau du stade guerrier, mais mon âme n’a plus la capacité d’absorber de l’énergie. Je suis condamné à rester à ce niveau toute ma vie. En plus, je suis plus faible que quelqu’un qui a réussi à atteindre le stade guerrier par ses propres moyens. À vrai dire, je suis même à peine plus fort qu’un combattant au 10ème niveau du stade humain. »

« Voilà donc le problème que Shen avait évoqué », réalisa Fang.

« C’est comme il vient de le dire, petit. Il ne suffit pas d’avoir une source d’énergie suffisante. Il faut aussi savoir canaliser cette énergie. Bref, ce n’est pas le lieu ni l’endroit pour parler de ça. Quand le moment viendra, tu comprendras à quel point ma présence est essentielle. »

Tout en n’oubliant pas de se jeter des fleurs, Shen en resta là, laissant le jeune garçon dans le mystère le plus complet.

« Toujours à couper au moment le plus intéressant », se plaignit Fang.

Ce n’était pas quelque chose de nouveau pour Shen, et bien que c’était frustrant, il avait maintenant l’habitude de son côté joueur.

« La suite n’est pas compliquée à deviner. On a fini par découvrir que j’avais pris un Poglao et on m’a expulsé du village. J’ai dû laisser derrière moi ma femme et ma fille qui venait juste de naître. »

« Et vous avez formé les Vents Hurlants après. Mais il y a quelque chose qui m’échappe. Pourquoi avoir choisi de devenir un hors-la-loi ? Un combattant au stade guerrier, même au plus bas, reste quand même redoutable. »

Bam !

Varuh abattit soudainement son poing sur la petite table qui se tenait entre eux deux, la réduisant ainsi en morceaux.

« Je n’ai pas eu le choix ! Tout ça à cause de lui ! Ce satané Malksim ! »

« Malksim ? »

« Le chef de Gedo ! Ah… »

Comme s’il venait de réaliser quelque chose, la rage passagère de Varuh s’estompa aussitôt. Il regarda alors les débris du meuble qu’il venait de détruire d’un air absent avant de prendre à nouveau la parole.

« Oublie ce que je viens de dire, Ping. Tu peux y aller maintenant. »

Sentant qu’une certaine tension était encore présente, Fang ne prononça pas un mot et sortit de la tente conformément aux demandes de Varuh. Ce n’est qu’une fois suffisamment éloigné qu’il se repencha plus en détail sur ce qui venait de se passer.

« C’est la première fois que je vois Varuh réagir ainsi. Gedo, Eul et… Malksim. Varuh n’a pas raconté toute l’histoire. Il y a sûrement quelque chose d’autre de caché derrière tout ça. »

Le chef de Gedo, Malksim. Il était également le père de Borgr. Vu la personnalité de son fils, Fang supposa que Malksim était loin d’être une personne appréciable.

« Bah, peu importe à quoi Gedo peut jouer. Je me suis rapproché davantage de Varuh aujourd’hui et c’est tout ce qui compte. L’heure viendra bientôt où je pourrai passer à l’action. »

Le monde était rempli de conspirations et de manigances. Fang ne faisait pas exception. Il avait ses propres plans en tête et attendait juste le moment opportun pour frapper.

 

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4 commentaires sur “Maître des âmes 79 : Aveu

    1. « Je n’ai pas eu le choix ! Tout ça à cause de lui ! Ce satané Malksim ! »

      « Malksim ? »

      « Le chef de Gedo ! Ah… »

      À noter que Fang n’a pas dit «Qui est Malksim ?», il a juste dit «Malksim ?». Il se contente de suivre le cours de la conversation à ce point. La réplique de Varuh n’est pas forcément une réponse à la question de Fang.

      Je vais prendre un exemple.

      « Je n’ai pas eu le choix ! Tout ça à cause de lui ! Ce satané Macron ! »

      « Macron ? »

      « Le président ! Ah… »

      Ça ne veut pas dire que la personne ne connaît pas le nom du président mais ça peut être interprété comme de l’étonnement. Genre «Macron ? Vraiment ?» «Oui, Macron, le président. Pas un autre Macron».

      Mais ça n’exclut pas aussi le fait que Fang a peut être commis une erreur en cherchant à vouloir en savoir plus.

      En écrivant de cette manière, ça met une petite ambiguïté dans ce passage. J’ai trouvé ça marrant alors je l’ai laissé tel quel. Est-ce que Fang a commis une petite erreur ? Est-ce que Varuh s’est aperçu de quelque chose ? Ou bien ça lui a semblé parfaitement naturel ? Plusieurs interprétations sont possibles.

      Dans tous les cas, suite au prochain épisode.

      J’espère que ma réponse aura apporté quelques éclaircissements. Mais bon, je ne suis pas à l’abri des incohérences. Plus l’histoire est longue et plus il y a des chances d’en avoir.

      (J’ai fini par écrire un petit pavé mine de rien lol)

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