Ω – Ash : Chapitre 2

Auteur : Zakkarin
Check : Yurane


Alors oui, c’est bel et bien le chapitre 2. Le premier chapitre n’est pas nécessaire pour l’instant, alors il sera publié plus tard, je ne sais pas quand cependant, sans doute après les prochains chapitres de Pierre.

Sur ce, bonne lecture !


Ash émergea d’un sommeil sans rêve.

D’après son horloge biologique, il jugea qu’il était encore tôt.

Le mal de tête qui lui avait obstinément harcelé le cerveau depuis quelques jours avait disparu. Le garçon s’en félicita en se calant plus confortablement sur le matelas.

Ce dernier était moelleux, très confortable. Cette seule information lui suffit pour déterminer qu’il se trouvait hors de sa cabine.

Même s’il était éveillé, il resta immobile, les yeux fermés, afin d’appréhender les environs.

Il capta une respiration régulière, juste à côté de lui, mais à part ça, il n’y avait pas d’autre bruit qui révélait la présence d’autre personne dans la pièce. Il en déduit qu’il avait passé la nuit chez une de ses connaissances sur Roedphita 1,69-3,9, la station orbitale Teshrinne.

La respiration ne ressemblait en rien à celle de Tresha, ce qui leva quelques interrogations chez lui.

Parce que des rayons de soleil lui chatouillaient le visage, il se décida enfin à ouvrir les yeux.

Étendu sur le dos, il fixa le plafond pendant quelques secondes avant de se rendre compte que sa vue n’était pas nette.

Aussitôt qu’il remarqua ce détail, sa main se porta sous l’oreiller, mais à sa grande surprise, il ne sentit pas le contact familier du pommeau de son poignard. Ash eut beau tâtonner, la seule chose que sa main palpa fut le tissu soyeux de l’oreiller et des draps.

Fronçant les sourcils, il se demanda comment il avait pu être aussi négligent.

Placer son arme à portée de main était devenu une seconde nature chez lui. Le fait d’avoir dormi sans sa dague le rendit mal à l’aise, sentiment accentué par la sensation d’inconfort qu’il ressentait depuis son réveil. Il avait l’impression que son corps ne répondait pas exactement comme à son habitude, comme s’il était immergé dans de l’eau et qu’il essayait de s’y déplacer.

Il finit par se redresser et jeta un coup d’œil circulaire autour de lui, cependant, il ne parvenait pas à distinguer correctement les contours ou les détails des objets autour de lui.

Sur ce qu’il détermina être la table de chevet, il vit ce qui devait être un écran de réveil. En plissant les yeux, il parvint à lire l’heure affichée : sept heures du matin.

Il me reste encore quelques heures avant l’heure du rendez-vous… Mais je pense avoir un peu trop forcé sur la boisson, hier. J’espère que Tresha ne m’en veut pas trop…

Les souvenirs de la veille étaient très vagues. Il se souvenait avoir accompagné Sho et Aldo dans un bar et y avoir attendu Tresha, mais après ça, c’était confus. Même s’il ne se souvenait pas de tout, il ne s’en inquiéta pas trop. Il savait que tout n’allait pas tarder à lui revenir en mémoire.

Il repoussa doucement la couverture pour ne pas réveiller la femme qui dormait encore, puis sa main tâta sur la table de chevet et attrapa la paire de lunettes qui y était posée. Une fois placée sur son nez, il put enfin voir clairement.

À nouveau, Ash fronça les sourcils et la sensation de malaise s’intensifia. Il n’avait pas pu voir ses lunettes à cause de sa mauvaise vue, mais pourtant, son bras s’était tendu mécaniquement, comme s’il savait qu’elles étaient là et qu’il avait répété ce mouvement pendant des années.

Il sortit du lit, et chercha des yeux ses habits. Parmi les vêtements négligemment jetés au travers de la pièce, il y avait des vêtements féminins, certainement ceux de la femme qui dormait encore. Il y avait également des vêtements d’homme éparpillés, mais un seul coup d’œil suffit pour comprendre que ce n’était pas les siens.

Parce qu’il était nu, il avait forcément dû se déshabiller quelque part, mais même en regardant sous le grand lit, il ne trouva pas sa tenue de la veille.

Se disant qu’il s’était peut-être dévêtu dans la salle de bain, il décida d’y passer afin de faire ses ablutions matinales.

Sans vraiment comprendre pourquoi, quand il se mit à marcher, il avait l’impression de savoir où aller.

Ses pieds prirent seuls la direction du couloir qui longeait la chambre. En posant la main sur la poignée de la porte en face de la chambre, il était certain que la salle de bains se trouvait de l’autre côté.

Alors qu’il tendait le bras pour attraper la poignée, il stoppa son mouvement pendant que des pensées étranges envahissaient sa tête.

Bien que ce ne soit pas la première fois qu’Ash se réveillait dans un endroit inconnu, la sensation qu’il éprouvait depuis le réveil était une nouvelle expérience pour lui.

En général, après une mission importante ou dangereuse, il passait la nuit entière en bonne compagnie ou à boire. En se réveillant, le lendemain, il avait simplement la gueule de bois et l’esprit vague, mais ça ne durait jamais plus d’une minute, le temps pour lui de se resituer.

Cette fois-ci, c’était complètement différent. Il était perdu, ignorant complètement où il se trouvait, mais en même temps, tout lui semblait étrangement familier, comme s’il avait toujours vécu ici.

Secouant la tête pour essayer de chasser ces pensées qui lui embrouillaient l’esprit, il ouvrit la porte et pénétra dans la pièce.

En regardant le lavabo surmonté d’un miroir, la douche italienne et la baignoire, il eut des sentiments partagés. Il avait envie de dire « Je le savais », mais en même temps, il continuait à se demander d’où provenait cette certitude que cette pièce était en effet la salle de bains.

Il n’y avait aucune trace de ses vêtements.

Ses yeux s’attardèrent sur le grand miroir qui occupait le dessus de l’évier sur toute sa longueur.

“Oh…”

En se dévisageant dedans, il ne put empêcher un petit bruit de franchir ses lèvres, seule preuve audible qu’il était surpris.

Il était face à son reflet, mais la glace ne lui renvoyait pas l’image du corps sculpté par les innombrables heures d’entraînements qui constituaient la majorité de son temps libre. Ce qu’il voyait, c’était le corps d’un adolescent qui devait occasionnellement entretenir son corps, mais sans plus.

C’était comme si sa masse musculaire avait été divisée par trois. En baissant la tête, il aperçut même une fine pellicule de graisse qui recouvrait son abdomen.

Bien que choqué, Ash n’en fit néanmoins rien transparaître. Il restait immobile, à observer son corps sans bouger rien d’autre que les yeux.

Il se dit que peut-être que s’il les fermait et les ouvrait à nouveau, il allait retrouver le corps avec lequel il s’était endormi.

Pourtant, même après qu’il ait rouvert les yeux, son corps était dans le même état déplorable.

“Quelque chose ne tourne pas rond…”

Ash était tellement déstabilisé par cette transformation qu’il avait énoncée à haute voix l’évidence.

Il remarqua un autre détail étrange. Ses cheveux, habituellement courts, atteignaient ses épaules. Avec ses lunettes à la monture épaisse, il avait l’impression que le garçon qui le dévisageait de ses yeux vert était déguisé et il se trouvait stupide.

J’ai l’impression que quelqu’un a transformé mon corps pour qu’il corresponde à ses critères physiques idéaux… Ce style ne me va pas du tout… J’espère juste que ce n’est pas définitif et que ma vue reviendra, je n’ai vraiment pas envie d’aller voir Dori pour ce genre de conneries.

Les souvenirs d’une expérience que le médecin de bord avait concoctée lui revinrent en mémoire. La doc avait cherché un moyen d’accélérer la croissance capillaire, mais le résultat avait été désastreux. Peut-être s’était-elle servie de lui pour essayer une nouvelle formule dérivée ?

Ouvrant les placards sous le lavabo, Ash farfouilla à travers les produits hygiéniques entreposés là. Il finit par dénicher ce qu’il cherchait : une tondeuse. Il était persuadé que c’était là où elle était rangée et son instinct ne l’avait pas trompé.

Appuyant sur le bouton, il haussa un sourcil en voyant que l’objet demeurait inerte.

J’ai l’impression qu’il manque quelque chose… On dirait ces vieux appareils qui ne se font plus… Pourtant, rien qu’à voir la salle de bain et la chambre, je dirais que le propriétaire doit être privilégié, pourquoi se servirait-il d’une chose aussi peu pratique ?

Il replongea le bras dans le placard et en extirpa un câble d’alimentation. Le regard qu’Ash porta à ce qu’il tenait à la main était bien plus expressif qu’aucun discours.

Les scientifiques n’avaient pas cherché à simplifier le transfert d’énergie pendant des décennies pour que l’on utilise des câbles d’alimentation.

Soupirant, il brancha la machine et l’alluma.

Il se coupa les cheveux en reproduisant la coupe qu’il portait la veille : Rasé de près sur les côtés ainsi qu’à l’arrière tout en gardant quelques centimètres sur le sommet du crâne. C’était une coupe indémodable, simple à faire et qui ne risquait pas d’obstruer sa vision ou de se coincer quelque part, quelle que soit la situation.

Il jeta à la poubelle les longs cheveux qui avaient dégringolé dans le lavabo, puis il décida de prendre une douche rapide.

Une fois lavé, il récupéra une serviette plié sur le lavabo et la noua sur ses hanches, remit ses lunettes sur son nez et s’observa une dernière fois dans le miroir. Malheureusement, il n’avait pas retrouvé sa silhouette habituelle.

Il rentra à nouveau dans la chambre et prit le temps de bien la détailler.

Le mur du fond était entièrement en verre et offrait une vue sur un jardin bien entretenu que le soleil inondait de ses rayons matinaux.

Les murs blancs étaient couverts par des affiches diverses, malheureusement, Ash ne reconnut aucune d’entre elles.

Dans un coin, des appareils de toutes sortes étaient entreposés. Ash remarqua que la plupart avait un style très rétro et se demanda si le propriétaire n’avait pas une obsession avec ce genre de chose.

Il y avait également des cartons empilés non loin. Sur les boîtes, les images imprimées indiquaient que leurs contenus étaient similaires aux machines déjà déballées.

Ash se souvint d’un contractant qui avait une telle passion pour le style qu’il avait forgé un contrat afin de récupérer les objets d’une exposition sur le début de l’ère technologique de Prima Terra, mais lui et ses compagnons avaient visité sa résidence et elle ne ressemblait en rien à ce qu’il voyait autour de lui.

Alors qu’il jetait un coup d’œil au ciel au travers d’une grande fenêtre percée dans un mur de pierre, il eut la certitude qu’il avait quitté Roedphita.

Le ciel lui semblait bien réel, mais sa couleur n’était pas assez verte pour être celui de Tersh et de toute manière, il n’arrivait pas à trouver le second soleil du système.

Le bruit d’une petite sonnette attira son attention dans la chambre. La sonnerie fut presque immédiatement suivie par un faible gémissement.

En tournant la tête, il vit que la femme commençait à s’agiter. Le bruit qui résonnait dans la pièce ainsi que les rayons du soleil qui avaient enfin atteint son visage devaient être les raisons pour lesquelles elle se réveillait.

Ash s’approcha en silence du lit et s’assit sur le rebord. En appréciant les courbes qu’il voyait sous la couverture, il se dit qu’il avait de la chance qu’elle soit là. Elle allait pouvoir lui faire un petit résumé de la veille et lui rendre compte pour ce qu’il lui été arrivé.

Il posa sa main sur la hanche de la femme et décrivit avec la courbe sinueuse que formait sa silhouette. Elle marmonna quelque chose en réponse à sa caresse, mais il continua son mouvement.

Quand il se pencha vers elle, il cessa de bouger tant sa surprise fut importante, il en écarquilla presque les yeux. À la place de la Teshrie qu’il avait contacté la veille, c’était une humaine blonde qui occupait le lit.

Une fois la surprise passé, son cerveau essaya de refaire le fil de la soirée à la recherche d’un souvenir contenant une jeune fille blonde, mais en vain. Il ne se rappelait absolument pas d’elle. Le fait qu’elle soit, à l’instar de lui, dans son plus simple appareil indiquait à l’évidence la nature des échanges qu’ils avaient eus. Ash ne parvenait pas à se souvenir desdits échanges, et cela commençait à l’exaspérer.

Il écarta les mèches blondes qui masquaient le visage de la femme endormie et la détailla.

Elle était d’une grande beauté, malgré son jeune âge. Quelle que soit la race dont on faisait partit, prétendre le contraire aurait simplement été une preuve de mauvaise foi.

Des cheveux blonds encadraient l’ovale de son visage parfaitement symétrique. Sa peau pâle était dénuée de toute impureté et quand Ash caressa sa joue, il constata, presque avec étonnement, qu’elle était incroyablement souple et douce. Ses grands yeux, protégés par de longs cils, étaient fermés et étaient surmontés par des sourcils un peu épais qui ajoutaient à son visage un certain charme.

Le jeune homme était captivé par l’adolescente. Il avait eu des expériences avec des gens de son âge, mais c’était la première fois qu’il voyait une expression authentique aussi innocente et vulnérable sur le visage d’une femme.

Il aimait observer les visages endormis des gens avec qui il avait passé la nuit, car il trouvait fascinant les expressions qu’ils pouvaient afficher quand ils dormaient.

On lui avait un jour dit que l’expression d’une personne endormie en disait plus sur elle que plusieurs heures de conversation, et il trouvait que cette phrase était tellement véridique que c’en était presque effrayant.

La bouche légèrement entrouverte de la jeune femme laissait apercevoir une dentition parfaite ainsi qu’un bout de langue rose. En voyant son petit nez retroussé, Ash ne put s’empêcher d’y déposer un baiser.

La beauté marmonna quelque chose à nouveau et un petit sourire étira ses lèvres pulpeuses. Elle ouvrit lentement les paupières et le regard vert d’Ash plongea dans un océan bleu marine.

Elle fixa le visage du garçon à quelques centimètres du sien pendant un instant, aucun des deux ne disait rien, se contentant de se dévisager l’un l’autre.

L’esprit d’Ash avait été happé par le regard de la jeune fille et flottait dans l’univers bleuté qui respirait d’émotions qu’il se savait incapable de comprendre.

Une envie soudaine poussa Ash à déposer ses lèvres contre celles de l’adolescente. Son baiser ne dura que quelques instants, mais quand il sépara ses lèvres des siennes, le visage de la jeune fille avait pris une belle couleur rouge.

Ash trouva sa réaction si adorable qu’un sourire fendit son visage constamment impassible. Il aurait aimé recommencer, mais la jeune fille remonta la couverture sur sa tête pour dissimuler sa rougeur. Il rompit le silence :

“Bonjour, bien dormi ?”

Au son de sa voix, l’adolescente découvrit une petite partie de son visage et l’observa. Ses yeux restèrent fixés pendant quelques secondes sur l’expression affectueuse qu’Ash affichait, puis son regard se promena sur le reste de son corps, mais remontèrent rapidement vers son visage quand elle remarqua qu’il ne portait qu’une simple serviette.

Malgré la couverture qui masquait la moitié de son visage, Ash n’eut aucun mal à deviner qu’en dessous, elle devait afficher une expression paniquée.

Le cœur du garçon tambourinait dans sa poitrine.

Il ne comprenait pas cette émotion puissante qui l’étreignait quand il posait ses yeux sur cette fille, mais il aurait voulu ne jamais se séparer d’elle.

Une espèce de douce euphorie s’était emparée de son esprit et le poussait à embrasser la jeune femme sur tout son corps et à la caresser jusqu’à reconnaître sa silhouette les yeux fermés.

“T-Tu es réveillé depuis longtemps ?”

Le ton était hésitant, mais la question tira Ash de sa torpeur. Sa voix était exactement comme il se l’imaginait. Douce et agréable à entendre.

Il resta à la dévisager pendant quelques secondes, puis il se souvint qu’elle venait de lui poser une question.

Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? C’est comme si je perdais ma capacité à réfléchir ! Est-ce que c’est un effet secondaire de ce que Dori m’a filé ? Ou alors j’ai attrapé une maladie ?

Ash se força à détourner les yeux du visage qui le fascinait et les tourna vers le réveil. L’écran noir désuet affichait sept heures vingt avec de gros chiffres rouges.

Ses yeux revinrent se planter dans ceux de la jeune fille et inexplicablement, il fut soulagé de pouvoir la détailler à nouveau, comme si détacher son regard d’elle le rendait anxieux. C’est avec un sourire qu’il lui répondit.

“Environ vingt minutes, mais ne t’inquiète pas, je ne vais pas oublier ton expression endormie de sitôt.

— Depuis aussi longtemps ?!”

L’expression embarrassée qu’elle afficha était la chose la plus adorable qu’Ash ait jamais vu.

C’est le sourire toujours aux lèvres qu’il réalisa qu’il avait complètement perdu de vue la raison initiale pour laquelle il l’avait réveillé. Reprenant contenance, il essaya d’ignorer les sentiments nouveaux qui l’empêchaient d’agir comme à l’accoutumé.

Il ouvrit la bouche pour la questionner, mais la jeune fille fut plus rapide.

En baissant la tête et en rougissant, elle remonta la couverture jusqu’à ses épaules avec un air gêné.

“Est-ce que tu pourrais me passer mes vêtements, s’il te plait ?…”

Apparemment, elle venait de se rendre compte qu’elle ne portait rien sous la couette.

En hochant la tête, Ash se releva et se mit à parcourir la chambre en ramassant les vêtements éparpillés.

Alors qu’il était en train de se baisser pour ramasser ce qui semblait être une culotte blanche en dentelle, il entendit l’adolescente élever la voix dans son dos :

“Euh… Pour hier… Je suis désolé d’avoir agi comme ça, Pierre… Je ne sais pas ce qui m’a pris. D’habitude, je suis beaucoup plus taciturne. C’est juste que Sofia, mon amie qui m’a forcé à venir, m’a fait boire, et une fois ivre, j’agis comme une personne complètement différente…”

La voix s’était faite de plus en plus faible à mesure qu’elle continuait à donner des excuses, avant de s’éteindre misérablement. Ash était persuadé que s’il se retournait, il la verrait avec les joues rouges et une expression embarrassée.

Je vois, donc elle était ivre… Elle devait être au bar d’Ivonne. Par contre, que faisait une fille comme elle sur cette station ? Les jeux Teshrins ne commencent pas avant plusieurs mois, et dans tous les cas, je ne pense même pas qu’elle ait l’âge. À quoi pensait cette Sofia ?

Minute… Elle a dit Pierre ? C’est qui Pierre ? Oh non… Est-ce que j’ai accepté un contrat d’infiltration ? Ça expliquerait de nombreuses choses, mais je suis dans la merde si j’arrive pas à me souvenir des termes. Je suis sûr que c’est Tresha qui a tout manigancé. Je sens que je vais avoir du mal à me sortir de là…

Ne laissant rien transparaître de ses pensées, il se releva, sa pile de vêtements dans les bras, et s’approcha du lit :

“Tu sais où tu es actuellement ?”

L’adolescente le dévisagea un instant, un air interrogateur plaqué sur son visage, puis elle acquiesça.

“Je sais très bien où on est, je ne suis plus bourrée, ne t’inquiètes pas !”

Le panel d’expression qu’elle pouvait afficher semblait très vaste. Comme si ses émotions étaient directement reliées à son visage, à chaque fois qu’elle ressentait quelque chose, son visage l’affichait.

Parce que depuis tout jeune, il avait été entraîné à reconnaître les différences entre une expression authentique et une artificielle, Ash était certain que les réactions de cette fille étaient réelles, ce qui la rendait plus captivante encore.

Cependant, Ash avait beau être dans un état second, il n’allait pas pour autant oublier son entraînement. Il vit une occasion de récupérer des informations sans paraître trop suspect, alors il n’hésita pas.

“C’est certain ? Tu sais donc où tu es en ce moment ?”

La jeune fille fronça les sourcils d’un air mécontent. Elle voulait très certainement exprimer de la colère, mais cela donna plutôt à Ash une envie de sourire et de lui caresser la tête.

C’est les joues roses qu’elle attrapa le soutien-gorge qui trônait au sommet des vêtements dans les bras d’Ash et se mit à parler, utilisant la couette comme paravent de fortune.

“Bien sûr que je suis sobre ! Je suis Angelica McSlay, que tu as rencontrée hier à la fête de Sébastien Macurier. Je suis dans ton lit en ce moment, chez toi, dans une petite ville du sud-ouest de la France, en Europe, l’un des six continents de la planète Terre. C’est suffisant pour te prouver que je ne suis plus ivre ?”

En entendant la réponse d’Angelica, Ash sourit en hochant la tête.

Au fond de lui, il était complètement perdu. Il avait l’impression qu’on lui avait fait une grosse blague, mais pourtant, il était intimement persuadé que ce qu’elle racontait était vrai.

Le nom de Sébastien Macurier ne lui disait rien, et pourtant, il avait une bonne mémoire. Quant à la planète Terre divisée en six continents, il avait déjà entendu ça quelque part, mais il ne parvenait pas à se souvenir d’où ou de quand.

Parce qu’il connaissait avec précisions les systèmes planétaires voisins à la planète Teshrinne, il était certain qu’il avait quitté les Bras de la Pieuvre.

Un horrible pressentiment lui noua l’estomac, mais rien dans son expression ne pouvait laisser croire ça. C’est avec un sourire toujours aussi radieux qu’il s’adressa à Angelica.

“Hum, ça me suffit presque. Une dernière épreuve et je te considérerais gagnante. Tu serais capable de refaire le fil de la soirée ?

— J’en serais parfaitement capable… Et toi ?”

Ash leva les mains en l’air en voyant qu’elle le regardait avec une expression suspicieuse, les yeux plissés. C’est en la fixant droit dans les yeux qu’il répondit.

“Bien évidemment, je ne te le demanderais pas sinon.”

Malgré le mensonge qu’il venait de proférer, son expression demeura inchangée.

Angelica parut satisfaite de la réponse, et c’est en piochant sa robe noire des mains d’Ash qu’elle résuma les événements de la veille.

“Hum, mon amie Sofia m’a convaincu de l’accompagner à la soirée de Sébastien, qui est un ami de son demi-frère. Elle s’est dit que la disparition de mon cousin Nathan m’avait assez morfondue comme ça et que j’avais besoin de décompresser. Elle m’a forcé à boire des cocktails dont je ne connais même pas le nom. Quand j’ai enfin réussi à m’enfuir de son emprise, je me suis réfugiée dans la bibliothèque, et c’est là où je t’ai vu. On s’est mis à papoter et un de tes amis est arrivé et ce fut à ton tour de boire. Il me semble que son nom était Vincent ou quelque chose comme ça. D’ailleurs, je suis persuadée que tu avais les cheveux plus longs…

Après ça, c’est un peu confus, mais je crois que tu m’as embrassé, et ensuite…”

Elle laissa sa phrase en suspens et fixa Ash.

L’expression qu’elle afficha eut pour effet de serrer le cœur du garçon dans sa poitrine, comme si un étau compressait son cœur et qu’il s’apprêtait à être broyé.

Ash ne parvint pas à déterminer avec certitude ce qu’elle ressentait, mais il lut sur son visage de l’inquiétude, du regret, de la surprise et même de la douleur. Cela lui suffit pour comprendre qu’il avait dû mal se comporter avec elle.

Quand elle reprit la parole, elle parla d’une voix blanche, faisant un effort évident pour ne pas croiser le regard du garçon qui l’observait, anxieux.

“Est-ce que je peux avoir ma culotte, s’il te plaît ?”

Ash s’empressa de lui tendre le sous-vêtement. Elle le lui arracha presque des mains et l’enfila sous la couette.

Un petit gémissement accompagna la grimace de douleur qui déforma ses traits fins, renforçant l’inquiétude et l’incompréhension du garçon.

“Tu es sûre que ça va ?

— Oui, je vais parfaitement bien, merci !” Le coupa-t-elle sèchement.

Elle repoussa la couverture, sortit du lit, et prit la direction de la porte, continuant à éviter le visage d’Ash.

Ce dernier l’observait faire, planté à côté du lit, incapable de réagir devant ce soudain accès de colère.

“Je viens de me rappeler que mon père voulait que je sois rentrée avant huit heures, j’étais censée dormir chez Sofia…”

Elle enfila ses chaussures à talons aussi vite qu’elle pût, fit coulisser la baie vitrée, mais avant de sortir, elle se retourna et après une petite hésitation, ajouta d’une voix plus timide :

“Je t’appellerai, ok ?”

Avant même qu’il ait le temps de répondre quoique ce soit, elle referma la baie et s’en alla en marchant aussi vite que ses chaussures le permettaient. Cependant, avant qu’elle ne se détourne, il était persuadé d’avoir vu ses yeux briller, comme si elle pleurait.

C’était pour lui la première fois qu’une fille agissait de cette manière.

Parce qu’il n’avait même pas souvenir de sa rencontre avec elle, il ne pouvait pas lui présenter des excuses pour ce qu’il avait bien pu lui faire. Il avait appris par expérience que les femmes avaient, à un certain degré, la capacité de déterminer la sincérité avec laquelle les hommes pouvaient s’exprimer.

S’excuser maintenant ne ferait qu’exacerber sa colère, il en était persuadé, mais ça le peinait de la voir prendre ainsi la fuite, presque autant que l’expression qu’il avait aperçu.

Je ne l’ai quand même pas… forcé, pas vrai ? Je sais que je peux être con quand je suis bourré, mais aux dernières nouvelles, brute et agresseur sexuel n’en font pas parti, je suis pas comme Sho… Dans tous les cas, elle avait l’air bien en se réveillant, qu’est-ce que j’ai bien pu fai…

Le cours de ses pensées fut interrompu quand il remarqua les draps.

Une tâche rouge étalait ses pétales écarlates sur le blanc immaculé du tissu soyeux.

En voyant ça, Ash comprit immédiatement la situation. Dans un soupir presque inaudible, il résuma ses pensées.

“Et merde…”

Il se précipita vers le jardin, une main tenant sa serviette qui menaçait de glisser au sol. Il porta l’autre à sa bouche et cria aussi fort qu’il put :

“Angelica !

— Non, c’est Marguerite… Désolée de te couper dans ton élan de romantisme, mais ça fait vingt minutes que maman t’appelle. Vinc est là depuis dix minutes aussi… Ah ! Mais qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ?! On dirait un militaire !”

Stupéfait, Ash dévisagea la nouvelle venue avec des yeux ronds.

Plantée devant lui, les mains sur les hanches, elle le regardait en fronçant légèrement les sourcils.

Elle n’était pas très grande, le haut de son crâne n’atteignait même pas son sternum. Des mèches rebelles s’échappaient de son chignon et cascadaient autour de son visage fin. En le détaillant, il se rendit compte que les yeux de la jeune fille qui se prénommait Marguerite lui renvoyaient un regard aussi vert que le sien.

Ses traits lui étaient familiers, même son nom lui disait quelque chose, mais pourtant, il n’avait aucun souvenir d’une fille pareille.

Malgré sa ressemblance évidente avec lui, Ash ne baissa pourtant pas sa garde. Les soupçons qui l’avaient assailli plus tôt devenaient plus forts à mesure que les minutes passaient, et s’ils se révélaient corrects, alors il ne devait absolument pas se fier à l’apparence enfantine de cette personne.

“Marguerite ?”

Il avait posé la question en gommant toute trace d’expression sur son visage.

“Oui, Marguerite, ta petite sœur ! Mais la question n’est pas là, qu’est-ce que faisait cette fille dans ta chambre ? Angelica c’est ça ? Il s’est passé quelque chose la nuit dernière dont je devrais être au courant ? Fufu, tu sais que tu peux tout dire à ta sœur adorée !”

Ash avait cessé d’écouter à « petite sœur ».

Derrière le masque inexpressif qu’il portait, il bouillonnait de rage.

Il était maintenant persuadé de savoir ce qu’il se passait.

La Compagnie l’avait enfin retrouvé.

Il ne savait pas comment, mais c’était eux qui avaient tout mis en place, il en était certain. Il ne savait pas pourquoi ils l’avaient placé dans cet environnement qui semblait reproduire un simulacre de vie, mais leurs desseins n’auguraient jamais rien de bon.

Comment osaient-ils se moquer de lui ?! Ils savaient parfaitement qu’il recherchait sa famille, mais ils inventaient un personnage censé représenter sa sœur ?!

Contrôlant avec peine la colère qui faisait battre son sang à ses tempes avec force, il afficha un sourire sans joie.

“Ma petite sœur, hein ? Bien sûr que c’est toi…”

La jeune fille recula de deux pas en l’entendant, sans doute à cause du ton légèrement menaçant, ou peut-être était-ce son sourire qui devait plus ressembler à un rictus mauvais.

Ash se retourna et s’approcha du lit sur lequel reposaient encore les vêtements masculins qu’il avait ramassé.

Tout en s’habillant, il jugeait sa situation et cherchait à élaborer un plan.

Il semblerait que ces personnes croient dur comme fer que je suis quelqu’un d’autre, Angelica m’a appelé Pierre. Je ne sais pas ce que ces tarés de la Compagnie leurs ont fait, mais soit ils sont hypnotisés, soit on leurs a lavé le cerveau, dans tous les cas, ça veut dire qu’ils sont partiellement innocents dans l’histoire.

À moins qu’ils soient des Agents hypnotisés ? Non, leurs mouvements ne laissent pas penser qu’ils sont entraînés…

Ça pourrait aussi être des robots ? Je pense pouvoir écarter cette hypothèse, les expressions m’ont semblées trop réaliste pour être faites artificiellement.

En tout cas, si c’est bien une question d’hypnose, alors ça expliquerait pourquoi je ressemble à ça et que je n’ai aucun souvenir. Ils doivent m’avoir fait croire que j’étais quelqu’un d’autre pour m’extirper des informations grâce aux personnes avec qui j’allais interagir dans cette imitation de réalité. Je dirais que je suis resté là assez longtemps pour que mon corps devienne comme ça et que je m’habitue aux lieux. L’hypnose a dû cesser brusquement, en emportant avec elle les souvenirs que j’avais quand j’étais ce Pierre inventé de toutes pièces.

Quel que soit la situation, ce n’est pas les figurants qui vont pouvoir m’offrir les réponses que je cherche. Il va falloir que je trouve un moyen de me sortir de là tout en m’assurant qu’on réponde à mes questions.

Je pense que s’ils se rendent compte que je suis sorti de mon état d’hypnose, ils vont intervenir directement, et c’est à ce moment que je vais agir…

Oui, ça me semble correct, Bird aurait très certainement quelque chose à redire par rapport à mon plan, mais c’est déjà mieux que rien.

Il faut que je commence par récupérer une arme, et après je mettrais mon plan à exécution…

Maintenant présentable, Ash boucla la ceinture de son pantalon et regarda sa « petite sœur », vautrée sur un divan à l’apparence confortable, ce qui semblait être une bande-dessiné entre les mains.

“On y va, Marguerite ?”

La fille releva la tête en entendant son nom, haussant un sourcil interrogateur en regardant Ash droit dans les yeux.

“T’es vraiment bizarre aujourd’hui. C’est à cause de ce qu’il s’est passé avec Angelica et dont tu veux pas me parler ?”

Déstabilisé par ce regard si familier qui faisait émerger en lui de vieux souvenirs, il grogna plus qu’il ne prononça sa réponse.

“Contente-toi d’ouvrir la marche.

— Oké, monsieur est grognon aujourd’hui, j’ai saisi, c’est pas la peine d’être aussi désagréable !”

Ash capta ce qui semblait être un ton vexée et il se mordit l’intérieur des joues pour ne pas laisser exploser sa colère.

Du calme, c’est une simple ruse utilisé par la Compagnie, cette fille est aussi innocente que je l’étais. Reste concentré Ash ! Il faut que tu suives le plan si tu veux avoir une chance de retrouver ta vraie famille !

Il continua à se répéter des encouragements tout en traversant l’immense jardin.

À une centaine de mètres du bâtiment qu’il venait de quitter à la suite de Marguerite, sa fausse petite-sœur, un immense manoir était érigé.

Le style architectural de l’édifice était quelque chose qu’il avait jamais vu, mais Ash ignora les questions que cette construction soulevait et se concentra sur son objectif.

Ils pénétrèrent dans la demeure par l’une des baies-vitrées qui donnait sur la piscine et entrèrent dans un gigantesque salon.

Un écran immense projetait des images de ce qui semblait être un reportage. Un garçon au visage souriant tourna sa tête vers lui et le salua.

Le salon avait une forme rectangulaire. À l’autre bout de la pièce, un long comptoir en marbre blanc marquait la séparation entre le salon et la cuisine.

Ash vit une femme ranger de la vaisselle dans ce qui semblait être une machine à laver assez primitive.

Elle ressemblait comme deux gouttes d’eau à Marguerite et il comprit qu’elle remplissait le rôle de la mère dans cette simulation.

Malgré tout, en voyant le visage de sa mère supposée, Ash ne put s’empêcher d’y trouver des ressemblances avec sa véritable mère.

À nouveau, il sentit la colère monter en lui, mais il fit de son mieux pour ne pas la laisser prendre contrôle de son corps.

Sa pseudo-mère leva les yeux et dévisagea Ash.

“Ah bah enfin ! J’ai bien cru que j’allais devoir te chercher par la peau des fesses ! Je me suis inquiétée hier ! Je voulais vous voir tous les deux avant d’y aller, puisque je vais rentrer tard ce soir et… Tu t’es coupé les cheveux Pierre ?”

Marguerite leva la tête vers sa mère, une expression peinée sur le visage, ignorant complètement la dernière question concernant le style capillaire de son frère :

“Quoi ?! Mais on est dimanche !

— Je sais ma chérie, mais j’ai une réunion très importante, elle sourit à Marguerite et lui caressa la tête affectueusement avant de reprendre, votre père et moi avons été très occupés ces dernières semaines, pour se faire pardonner, nous avons réservé un hôtel en Californie pour la semaine prochaine, puisque ça sera vos vacances. Qu’est-ce que vous en dites ?”

Les yeux de Marguerites brillèrent en entendant la proposition. Elle cria « Merci Maman ! » en se jetant dans les bras de sa mère.

Ash, lui, essayait de savoir où pouvait bien se situer Californie, mais le nom de cette planète ne lui disait rien. Dans tous les cas, il voyait cette proposition comme un moyen d’acheter le pardon de ses enfants. Si ces parents voulaient vraiment s’excuser, alors ils feraient en sorte de passer plus de temps avec eux, quotidiennement.

Le regard que la femme lui porta le sortit de ses pensées. Il lut dans ses yeux verts, identiques aux siens, de la sincérité et un peu d’angoisse.

Il faut pas que je sois suspect avant d’avoir mis mon plan à exécution. Je suppose qu’un sourire et une réponse lui suffira.

“Bien sûr que je trouve cette idée géniale. On va bien s’amuser, pas vrai Marguerite ?”

Sa fausse petite-sœur et sa mère le regardèrent en haussant un sourcil interrogateur. Lui-même savait qu’il ne devait pas être très convaincant, mais à cause de l’hypnose, il ignorait comme il se comportait quand il était Pierre.

“Parfait alors ! Votre père nous rejoindra à l’hôtel dans une semaine, il a encore plusieurs affaires à conclure, alors soyez patients ! D’ailleurs, Vincent, j’ai discuté avec Tatiana, et elle est d’accord pour que tu nous accompagnes, à toi de voir si tu veux venir ou pas. Sur ce, j’y vais, bisous les enfants, et pas de bêtises les garçons !”

Le garçon assis sur le fauteuil se releva et parodia un salut militaire.

“Yes Ma’am ! Je vais tenir votre fils à l’œil pour pas qu’il fasse de connerie, pas d’inquiétude !”

La femme sortit de la cuisine en emportant son sac, puis, une minute plus tard, un bruit de moteur se fit entendre.

Ash attendit patiemment quelques minutes, le temps de s’assurer que le bruit ait bien disparu. Il vit Vincent se réinstaller dans le fauteuil, Marguerite le dévisager suspicieusement, et c’est à ce moment qu’il décida de mettre son plan en action.

En arrivant dans la cuisine, il avait immédiatement remarqué les couteaux dont les manches dépassaient de leurs socles.

Maintenant, il allait enfin pouvoir s’en servir.

Il s’approcha le plus naturellement possible des manches, et une fois parvenu à leur hauteur, il tira un couteau de son socle.

Avec une lame d’une vingtaine de centimètres au tranchant souvent aiguisé, Ash fit tourner le couteau dans sa main et comprit instantanément que c’était un instrument d’excellente qualité.

Dès qu’il touchait une arme blanche, il ressentait une sorte de connexion avec elle et appréhendait son poids, son équilibre, la manière dont on s’en servait et plus encore, comme s’il avait lui-même forgé l’arme.

C’est ce don qui avait fait de lui un prodige des armes blanches.

Au moment où il saisit le couteau, il tira Marguerite hors de sa chaise et plaça la lame sous sa gorge.

“Pierre ? Qu’est-ce que tu…”

Avant qu’elle puisse finir sa phrase, Ash la secoua avec son bras qui la tenait en maintenant le couteau contre sa gorge tout en criant :

“Silence ! Vincent, Marguerite ou quelque que soit vos vrais noms, je veux que vous appeliez le responsable de cette opération ! Maintenant !”

Vincent se retourna et écarquilla les yeux en voyant la scène devant lui.

Marguerite essaya de se débattre un instant, mais quand elle sentit la pression sur son cou d’accentuer, elle se raidit et cessa de bouger.

“Pierre ? Qu’est-ce que tu fais ? Même si c’est une blague, tu vas trop loin là !”

Vincent affichait toujours son sourire, mais Ash pouvait clairement voir la panique et l’incompréhension sur son visage.

Faisant fi de la sensation de commettre une grossière erreur, il continua :

“Je ne sais pas qui est Pierre, je suis né Caleb Ek Dalen et on m’appelle Ash. Maintenant, je ne me répéterais pas une troisième fois : Appelez-moi le responsable de cette opération !”

En fixant le garçon devant lui, Ash comprit bien qu’il ne savait pas de quoi il parlait, l’incompréhension évidente qu’il affichait l’indiquait.

Mais c’était trop tard. Il avait révélé qu’il était sorti de son hypnose, il ne pouvait plus faire demi-tour.

“Alors ? Tu te décides à les appeler ?

— Appeler qui ? Je ne sais pas de quoi tu parles !”

Ash banda légèrement ses muscles et le fil aiguisé de la lame mordit froidement la peau fine de la jeune fille qui prétendait être sa sœur.

Elle poussa un petit gémissement ressemblant fort à celui d’une bête apeurée, puis elle se mit à pleurer silencieusement.

Au fond de lui, Ash regrettait amèrement ce qu’il faisait, sans vraiment savoir pourquoi puisqu’il avait déjà fait bien pire, mais en même temps, il y avait une chance que l’hypnose des figurants se défasse s’ils venaient à être en danger de mort.

S’il fallait supporter de voir une enfant à l’aspect et au comportement innocent faire goutter ses larmes sur l’acier froid de son arme pour avoir des réponses, alors il était prêt à le faire.

Quand il vit le sang couler le long du cou de Marguerite, le sourire de Vincent disparut. Ash vit ses poings se serrer avec tellement de force que ses jointures en devinrent blanches.

Parce qu’il savait que Vincent se préparait à bondir sur lui, d’un geste vif, il jeta le couteau dans sa direction et dans la continuité du mouvement, il saisit un autre couteau dans le socle, derrière lui et revint le poser sur le cou de son otage.

Bien qu’il sentit Marguerite se raidirent en comprenant ce qu’il venait de faire, Ash ne ressentit pas d’inquiétude.

Même dans ce corps qui manquait d’entraînement, il aurait pu lancer un couteau les yeux fermé, il savait qu’il ne raterait pas sa cible. C’était une chose qu’il avait tellement pratiqué qu’elle était devenue aussi naturelle que marcher ou respirer.

La pointe du couteau se planta avec grand bruit de verre brisé dans l’écran de la télé.

Un fin filet de sang s’échappait de l’oreille du garçon qui avait complètement cessé de bouger.

“Le prochain se plantera entre tes deux yeux, alors pas de…”

Avant de pouvoir finir sa menace, une douleur atroce parcourue la tête de Ash.

Il avait l’impression que quelqu’un essayait de forcer son crâne pour séparer son cerveau en deux.

Inconsciemment, il jeta au loin le couteau qu’il tenait toujours en main avant de tomber à genoux au sol en se tenant la tête.

Ses lunettes avaient dû tomber, car il ne voyait plus rien de net, à moins que ce ne soit à cause des larmes de douleurs qui avaient perlées et qui brouillaient sa vision.

Il remarqua un mouvement du coin de l’œil et instinctivement, il balança sa main dans la direction de la silhouette floue en espérant la tenir en respect, mais une nouvelle vague de douleur déferla et tout devint noir.

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