Cosmic Lady 01

Auteur : Giganleth
Check: Miss X


Voilà le chapitre 1. J’aimerais hyper les gens en disant que c’est génial mais je suppose que ça fait pas partie de ma personnalité.

Bref, si vous appréciez, n’hésitez pas à laisser un like ou un commentaire. Le karma vous le rendra pour motiver ce con d’auteur à pondre la suite.

P.S : Ça se voit à quel point je suis blasé de reprendre le taf lundi ? Courage à ceux qui entament la rentrée.


Une brise froide soufflait sur les terres de Debrion. Les arbres étaient quasiment dévêtus de toute verdure tandis que l’herbe était à présent semblable à un tapis blanc. Sous cette température qui rendrait n’importe qui réticent à faire un pas dehors, un homme courait à grandes enjambées. Chaque expiration faisait sortir une traînée blanchâtre de sa bouche, preuve de l’effort qu’il était en train de mener.

– Bon sang ! J’en peux plus de courir ! Pourquoi c’est toujours à moi de faire ce genre de trucs ?!

Sans pouvoir s’empêcher de se plaindre à voix haute, Soren Climpsy fuyait désespérément à travers les rues de Lloren. Cette petite cité qui florissait non loin de l’ancienne capitale était à présent vide de vie. Seule la présence des bâtiments pouvait encore témoigner du passage d’éventuels habitants en ces lieux abandonnés.

Derrière lui, un étrange véhicule était lancé à sa poursuite. Flottant légèrement au-dessus du sol, ce qui ressemblait à un énorme carrosse de métal se déplaçait quasiment sans bruit. En tout cas, Soren n’entendait pas le bruit habituel de coups de sabots provenant de son poursuivant. La raison à cela était simple : il n’y avait aucun cheval pour tracter ce véhicule en avant.

Bien qu’il se demandait toujours comment une telle chose était possible, il n’était cependant pas décontenancé. Il avait eu l’occasion de voir beaucoup de choses surréalistes ces derniers mois et ceci était loin d’être le spectacle le plus bizarre auquel il avait assisté.

Depuis que les « envahisseurs » avaient fait disparaître Ramrir de la carte, sa vision du monde avait radicalement basculé. Leurs ennemis avaient clairement démontré des intentions hostiles à leur égard depuis le début et ils ne s’étaient pas privés pour le faire savoir.

Un rayon de lumière passa soudainement à côté de Soren et continua son trajet jusqu’à faire exploser une partie de la route devant lui. Avec l’apparition soudaine de ce cratère, Soren s’arrêta naturellement dans son élan. Celui-ci connaissait bien leur intention. Leur but était de le capturer vivant et non de l’exterminer, sinon ça ferait déjà un bon moment qu’il aurait quitté ce bas-monde.

Résigné et à bout de souffle, il leva alors lentement ses mains avant de se retourner. Le véhicule ennemi s’approchait lentement et n’était plus qu’à une dizaine de mètres. Le tube par lequel était sorti le rayon de lumière était désormais pointé sur lui et il ne put s’empêcher de ressentir une certaine appréhension en pensant que sa mort pouvait survenir à tout instant.

J’ai suffisamment couru, non ? Il serait pas temps que quelqu’un intervienne ? Qu’est-ce que je donnerais pas pour enlacer Lucy dans mes bras…

– Maintenant !

Alors que l’esprit de Soren divaguait pour échapper à la réalité, une voix familière retentit pour répondre à ses prières. L’instant d’après, un pilier de terre émergea du sol juste en dessous du véhicule, ce qui eut pour effet de l’envoyer voltiger en l’air.

Face à ce spectacle, Soren garda son calme et décida de se mettre bien gentillement à l’abri alors que le véhicule ennemi tombait à la renverse dans un fracas tonitruant. Au même moment, une dizaine de personnes apparurent sur les toits des bâtiments voisins. En balayant son regard de long en large, Soren fut rassuré de voir des visages familiers.

– Vous avez vraiment attendu le dernier moment pour agir ! Vous vouliez vraiment que mon coeur s’arrête de battre ou quoi ? Se plaigna-t-il.

– Ha ha ! Désolé ! C’est pas qu’on voulait pas, mais on attendait les ordres de Miss Aura avant d’agir. Si tu veux te plaindre, tu sais à qui t’adresser.

L’homme qui venait de lui répondre et qui était sur le bâtiment le plus proche s’appelait Joseph Bertion. Avec ses courts cheveux bruns, ses yeux couleur émeraude et les traits bien façonnés de son visage, il était connu pour avoir eu bon nombre de conquêtes auprès de la gente féminine. Il était également un ancien compagnon d’armes d’Aura Vermillon et aussi un grand baratineur. Lui et Soren avaient pris la fâcheuse tendance de passer quelques soirées à boire ensemble tout en se racontant des histoires salaces.

– Pour saluer tes efforts, je t’offre une tournée ce soir. Je suis pas gentil ? Déclara Joseph avec un ton magnanime.

– C’est pas comme si tu me devais déjà quelques tournées de toute façon, rumina Soren.

– Taisez-vous les deux débiles ! Je vous rappelle qu’on est en plein milieu d’une mission !

– Du calme, soeurette. Détends-toi un peu. À force d’être aussi tendue c’est pas étonnant qu’aucun mec ne…

À cause du regard perçant que celle-ci  lui lança, Joseph n’osa pas terminer sa phrase. Soren, quant à lui, se tut aussitôt en entendant les réprimandes de Katherine Bertion. La soeur de Joseph avait un caractère bien trempé et elle était l’une des rares personnes à pouvoir remettre immédiatement son frère en place.

Après leur bref échange, du bruit se fit entendre du véhicule immobilisé et quatres personnes en émergèrent rapidement. Sans aucune hésitation, ceux-ci brandirent leurs armes étranges.  Des tubes similaires à ceux qui étaient installés sur leur véhicule et tenables à une seule main, émettant des rayons de lumière capables de percer les armures les plus résistantes.

– À l’attaque ! Le temps est limité. Finissons-en au plus vite !

Cette voix remplie d’assurance et d’autorité provenait de l’élément central du groupe, Aura Vermillon. Vêtue des pieds à la tête d’une armure au lustre argenté, sa présence à elle seule donnait l’impression qu’une centaine d’hommes étaient avec eux. Bien qu’il avait déjà assisté de nombreuses fois à ce genre de scène ces derniers temps, Soren restait encore émerveillé par le charisme qui se dégageait de la jeune femme.

Aussitôt que les ordres furent donnés, le groupe lança son assaut. Katherine avait dressé une barrière avec sa magie pour bloquer les tirs ennemis tandis que Joseph décochait des flèches les unes après les autres. La tactique était la même pour les autres membres. Le groupe était constitué de plusieurs paires, l’un protégeant avec de la magie tandis que l’autre attaquait à distance en tirant à l’arc.

Soren, tapi dans l’ombre d’une ruelle, observait l’affrontement avec une pointe de nervosité. Son rôle était d’amener ce groupe d’envahisseurs jusqu’ici. Sa spécialité n’était pas le combat. Même s’il avait pris confiance dans ce domaine grâce à « l’arme » qu’il avait récemment obtenue, celle-ci n’était pas efficace contre leurs ennemis actuels.

Harcelés par les nombreuses flèches qui s’abattaient sur eux, la pâle lueur bleutée du bouclier qui entourait chaque ennemi déviait sans faillir la trajectoire de tous les projectiles.

Ce moyen de protection, qui créait une sphère parfaite autour de son utilisateur, pouvait non seulement dévier la majorité des projectiles comme les flèches mais avait aussi la propriété de résister à tout type de magie lancée dessus. Couplé avec leurs armes qui arrivaient à percer même des barrières magiques, un seul de ces envahisseurs possédait autant de potentiel militaire qu’un groupe de magiciens.

La seule raison pour laquelle les compagnons de Soren tenaient le coup était que chaque membre de leur groupe faisait partie de l’élite de Debrion. Chacun d’entre eux étaient des magiciens ou des soldats aguerris qui avaient autrefois accompagné Aura sur le champ de bataille. Leur talent et leur expérience dépassaient largement ceux d’un soldat ordinaire.

En vérité, s’ils l’avaient vraiment voulu, cela ferait longtemps qu’ils auraient pu se débarrasser de leurs ennemis. À partir du moment où ceux-ci avaient été forcés à quitter leur véhicule, la victoire était assurée. Cependant, l’objectif de cette opération n’était pas de les éliminer. De la même manière que l’ennemi voulait capturer Soren, le groupe d’Aura, lui, voulait capturer ces envahisseurs. D’ailleurs, dans le but d’accomplir cette tâche, Aura avait déjà disparu de sa précédente position.

En plein coeur de cet échange intensif, aucun ennemi n’avait remarqué la disparition de la jeune femme jusqu’à ce que celle-ci se tienne finalement debout sur le véhicule renversé. Seuls quelques mètres séparaient désormais la jeune femme de ses opposants.

Ceux-ci pointèrent aussitôt leurs armes dans sa direction mais Aura les prit de vitesse. Se faufilant à travers leurs rangs, elle manipula habilement son épée pour couper chacune de leurs armes avec précision et dextérité. Même leurs ennemis semblaient avoir des scrupules à tirer sur leurs camarades et, profitant de cette mentalité, la jeune guerrière à la crinière écarlate profita de la confusion pour finir de désarmer chacun d’entre eux.

L’affrontement ne dura qu’un instant. L’ennemi se reposait essentiellement sur leurs armes et ne représentait presque aucun danger une fois engagé au corps-à-corps. Une fois désarmé, toute notion de victoire s’envola de leurs esprits et ils tentèrent alors de prendre leurs jambes à leur cou. Malheureusement pour eux, le reste du groupe était déjà descendu du haut des bâtiments et les avaient déjà encerclés. Leur sort était scellé.

– Mademoiselle, les renforts ennemis ne sont plus très loin. Nous devrions nous retirer au plus vite.

Cet avertissement provenait du seul membre du groupe qui n’était pas descendu pour encercler l’ennemi, Ralf, le majordome d’Aura Vermillon. Ce n’était que très récemment que Soren avait appris que le nom complet de Ralf était en fait Ralflord Valrod. Dernier descendant de la famille des Valrod, celui-ci possédait autrefois un titre de noblesse dans l’un des royaumes voisins.

Comment avait-il fini comme majordome pour Aura ?  Est-ce que celui-ci avait encore de la famille en vie ? Personne ne le savait. Selon Joseph, la maison des Valrod avait disparu il y avait de cela une décennie. Cependant, il n’y avait aucun détail précis sur les raisons de cette disparition. Ralf parlait rarement de son passé et personne n’osait aborder ce sujet. À part Ralf lui-même, seule Aura connaissait probablement la vérité.

Outre le fait qu’il était une personne remplie de mystère, Soren avait appris en le côtoyant ces derniers mois que Ralf était un homme calme, compétent et extrêmement fiable. Ce sentiment était d’ailleurs aussi partagé par tous les membres du groupe. Son avis et ses conseils avaient autant de poids que ceux d’Aura, si ce n’était plus dans certaines situations.

Averti par Ralf, le groupe se dépêcha d’assomer leurs captifs et de les ligoter avant de prendre la poudre d’escampette. Comme convenu au préalable, ils se divisèrent alors en quatre petits groupes, chaque groupe emportant un ennemi avec eux, et se séparèrent pour se rejoindre plus tard au point de rendez-vous.

Pourquoi c’est moi qui me tape cette corvée ?

Accompagné de Ralf et d’Aura, Soren portait l’un des envahisseurs sur ses épaules tandis qu’ils s’éloignaient du centre de Lloren au plus vite. Leur plan s’était apparemment déroulé sans accroc puisqu’il semblait n’y avoir aucun poursuivant à leurs trousses. Cependant, cela n’empêchait pas Aura et Ralf de rester sur leurs gardes.

Je peux comprendre que laisser Aura porter quelqu’un ne soit pas très courtois et que Ralf… Bref, il vaut mieux que ce soit moi qui m’en charge.

Ce n’est pas comme si Ralf n’était pas capable de porter quelqu’un. D’ailleurs, malgré son âge, celui-ci avait un physique qui n’avait rien à envier même à un soldat dans la fleur de l’âge. Cependant, Soren avait quand même des scrupules à imposer son calvaire à une personne qui avait l’âge d’être son père. Et puis la raison principale était qu’au cas où un éventuel danger surviendrait, Aura et Ralf étaient bien plus aptes à s’en occuper que lui.

– Vous n’êtes pas trop fatigué, Mr Soren ? Vous voulez que je vous relaie quelques instants ? Demanda Ralf avec un sourire.

– N-Non, c’est bon. Merci.

Est-ce qu’il peut lire dans mes pensées ?

Le timing des interventions de Ralf lui faisait souvent penser que c’était le cas. Celui-ci avait un sens d’observation aiguisé et il y avait peu de choses que Soren semblait pouvoir lui cacher.

À moins que ce soit moi qui soit tout simplement facile à lire.

Même Lucy lui avait souvent fait cette remarque. Soren se demandait s’il pourrait ressembler à Ralf à l’avenir. À ses yeux, Ralf était une sorte de modèle, un idéal masculin qu’il rêvait d’atteindre.

Fort heureusement, et au grand soulagement de Soren, ils n’eurent pas à courir très longtemps. Un chariot avait déjà été préparé à l’avance, prêt à les accueillir à tout instant. Ralf prit immédiatement les rennes tandis qu’Aura et Soren s’installèrent à l’arrière avec leur prisonnier.

– Soren, c’était du bon travail tout à l’heure.

Avec le bruit des sabots martelant le sol et les secousses incessantes du chariot, Soren prit un petit moment avant de répondre aux compliments inattendus d’Aura.

– Ah… euh. Je n’ai pas fait grand-chose. Vraiment, c’est grâce à vous et aux autres que tout s’est déroulé sans problèmes.

– Tu n’as pas à te rabaisser, Soren. Tu n’as peut-être pas participé au combat mais jouer le rôle d’appât demande un courage que peu de personnes possèdent.

– C’est surtout parce qu’aucun autre membre du groupe ne pouvait le faire.

Si ça avait été le cas, ça lui aurait bien épargné de la peine. Malheureusement pour eux, l’ennemi avait un appareil capable de visualiser la quantité de magie possédée par un individu. À part Soren, tous les autres membres du groupe étaient des combattants d’élites qui avait en eux une quantité de magie supérieure à la moyenne, ce qui aurait immédiatement éveillé des soupçons. Pour pouvoir attirer un seul groupe d’ennemi dans le but de les capturer, Soren était donc le candidat idéal.

– Certes, mais tu es le seul qui ait accepté cette tâche tout en sachant les risques que ça impliquait, ajouta Aura.

– Je ne pouvais pas laisser ça à d’autres. Si je ne m’étais pas porté volontaire, je suis sûr que Lucy n’aurait pas hésité à le faire. Comme si je pouvais accepter ça.

– Tu tiens beaucoup à Lucy, n’est-ce pas ?

Face à la question d’Aura et son petit sourire en coin, Soren ne put que détourner son regard en silence avec un air gêné.

– Ceci dit, il y a encore quelque chose qui me dérange.

– Quoi donc ?

– Soren… Tu continues à me vouvoyer même après tout ce temps. Je peux comprendre ça de la part de mes serviteurs ou de Ralf mais je t’ai déjà répété que je préfère qu’on s’adresse à moi de façon plus familière.

– C’est que vous êtes une noble après tout. Je ne peux pas tout à coup…

– Mon titre de noblesse a disparu au même moment que Ramrir. On peut difficilement parler de nobles quand la majorité d’entre eux, ainsi que le roi et toute sa famille, ont été réduits à néant avec la capitale.

– Ce n’est pas faux.

La perte de Ramrir ainsi que celle de la quasi-totalité des personnes nécessaires à la gestion du royaume avait précipité sa chute. Debrion n’était plus à présent qu’un royaume déchu et le titre de noblesse d’Aura Vermillon ne valait pas mieux qu’une décoration vide de sens.

– Rahhh ! Très bien. Si c’est comme ça, je ne me gênerai plus. Aura, ça te va mieux si je te parle comme ça ?

– Hé hé… J’espère que tu continueras à nous aider dans notre lutte, Soren.

Même si son coeur était déjà voué à une autre, Soren se mentirait à lui-même s’il ne trouvait pas le sourire innocent d’Aura particulièrement charmant en cet instant. En temps normal, la jeune femme dégageait une telle présence qu’il était difficile pour lui de ne pas s’adresser à elle formellement. D’ailleurs, les occasions où ils pouvaient discuter ainsi en face-à-face étaient extrêmement rares et ce n’était pas souvent qu’il pouvait voir la facette qui se cachait derrière celle de la « princesse d’acier ».

– Je me demande si Joseph et les autres s’en sortent de leur côté.

– Tu n’as pas à t’en faire pour eux. Ils sont plus que capables de s’en sortir par eux-mêmes.

Il n’y avait pas la moindre trace de doute dans la voix d’Aura.

– Je suppose. Au fait, en parlant de Joseph, il y a toujours un truc que je me demande.

– Quoi donc ?

Puisque Aura insistait pour qu’ils parlent de façon plus naturelle, Soren voulait en profiter pour en savoir plus sur un sujet que Joseph avait constamment évité durant leurs conversations.

– Tu sais, vu comment il est, Joseph… n’a jamais tenté de te séduire ?

C’était trivial mais Soren était vraiment curieux de connaître l’attitude de Joseph lors de sa première rencontre avec Aura. Avec la beauté de cette dernière, il avait du mal à croire que celui-ci n’ait jamais rien tenté jusqu’ici.

– Dès que nous nous sommes rencontrés, il a sans cesse essayé de me courtiser. Son comportement avec la gente féminine lui avait déjà valu des problèmes avec ses précédents supérieurs alors je n’étais pas vraiment surprise. Cependant, je dois avouer qu’il devenait de plus en plus insistant au fil du temps, du coup…

– Du coup ?

– Je l’ai battu devant tout le monde dans un duel à l’épée pour le faire taire.

– J’aurais bien voulu voir ça.

S’il y avait autre chose dont Joseph aimait se vanter à part ses conquêtes, c’était bien ses talents à l’épée. Soren pouvait facilement imaginer la frustration de Joseph après que celui-ci ait subi une cuisante défaite en public.

– Grâce à ça, il m’a finalement considéré comme son supérieur. Ceci dit, ça ne l’a pas freiné pour aller voir d’autres femmes ailleurs par la suite. Heureusement que peu de temps après, j’ai pu recruter Katherine.

Malgré son tempérament ardent, tout le monde voyait que Katherine tenait énormément à son frère. La scène de leurs retrouvailles était encore gravée dans la mémoire de Soren. Après la destruction de Ramrir, Katherine avait été l’une des premières à se joindre à Aura. Quelques semaines plus tard, Joseph avait fait aussi son apparition. Chacun pensait que l’autre avait péri, mais le destin avait voulu qu’ils soient tous les deux en dehors de la capitale durant l’attaque. C’était la seule et unique fois où Soren avait vu autant de larmes coulaient sur les visages de ces deux-là.

– Je suis contente que Joseph et Katherine ait pu être réuni malgré les circonstances. Qui sait combien d’entre nous ont souffert de la disparition de leurs proches, dit Aura avec un air attristé.

Ses mots frappèrent lourdement dans le coeur de Soren. Comme Joseph et Katherine, le sort avait voulu qu’il soit en dehors de la capitale quand la tragédie s’était déroulée. Malheureusement, sa famille et ses amis n’avaient pas eu cette même chance.

– Je… Ce n’était peut-être pas le bon moment pour ça mais… Aura, je tiens à te remercier. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à toi.

Son regard fixé sur les pupilles bleues d’Aura, c’est en toute sincérité qu’il tenait à exprimer sa reconnaissance. Après avoir assisté à l’anéantissement de Ramrir, son coeur et son esprit étaient sur le point de s’effondrer sous la tristesse et le désespoir. C’était Aura qui l’avait repêché des abîmes dans lesquels il était tombé. Elle lui avait donné des instructions, des objectifs, et une motivation pour continuer à lutter malgré la peine qu’il ressentait. Sans elle, il aurait probablement erré comme un spectre le restant de ses jours, hanté à jamais par la disparition brutale de tous ses proches.

– Je n’ai rien fait de spécial. C’est toi, et toi seul qui a trouvé la force de te relever. Pour te dire la vérité, quand Ramrir avait disparu sous mes yeux, j’avais du mal à y croire. J’étais presque au bord de la panique à ce moment-là.

– Vraiment ? On aurait dit que tu avais un contrôle total sur la situation.

Soren se rappelait encore du sang-froid dont Aura avait fait preuve, donnant rapidement des ordres à ses serviteurs et faisant évacuer promptement son manoir.

– Je me suis juste raccrochée à mon expérience. J’ai aussi la chance de ne pas avoir à déplorer la perte de personnes chères dans la capitale. Si ça avait été le cas, je n’aurais certainement pas pu garder mon calme.

C’était un fait connu que les parents d’Aura avaient péri lors de la précédente guerre contre Valsik. Elle n’avait ni frère ni soeur, et vu son jeune âge ainsi que la chute de sa famille après la mort de ses parents, elle n’avait quasiment tissé aucune relation avec la noblesse de Ramrir.

– Non, tu es quelqu’un de formidable, Aura. Il n’y a pas que moi qui le pense. Lucy, Joseph, Katherine… C’est grâce à toi si nous sommes tous réunis ici et que nous avons encore la force de combattre !

– Je fais seulement ce que je pense être le mieux. Ceci dit, je me demande parfois si choisir de résister était le bon choix. Peut-être que j’aurais dû ordonner à tout le monde de s’enfuir dans les royaumes voisins et d’essayer d’y vivre paisiblement. Une vie sans combat, sans peur de perdre sa vie ou de perdre ses proches…

– …

En voyant l’apparence d’Aura regardant ainsi le ciel d’un air triste, ses lourdes paroles pleines de ressentiments amenèrent Soren à réaliser un fait qu’il avait négligé jusqu’ici.

Depuis le début, Aura a été notre lumière, notre étoile, notre guide qui nous a permis de persévérer aussi loin. À cause de ça, il y a quelque chose que j’ai toujours ignoré. La personne que j’ai en face… est aussi une femme, et qui plus est, encore plus jeune que moi.

En cet instant, ce n’était pas la « princesse d’acier » qu’il voyait devant lui mais une simple jeune femme de 24 ans qui portait un fardeau bien trop lourd pour une seule et même personne. Comme tous les autres, Soren se reposait sur elle pour conserver un semblant d’espoir. Cependant, avait-il le droit de placer ainsi toutes ses attentes sur elle ? Peut-être qu’Aura n’avait jamais voulu de tout cela. Peut-être que son seul désir était de mener une existence paisible, libérée de toutes ses obligations. C’était peut-être cette raison même qui avait autrefois poussé celle-ci à refuser toutes les invitations de la famille royale.

– Je suis désolé.

Ce sont les seuls mots qui réussirent à sortir de la bouche de Soren. L’heure était grave et l’existence de la personne dénommée Aura Vermillon n’appartenait pas qu’à elle désormais. Trop de choses étaient en jeu et Debrion… non, le monde entier d’Orphine, avait besoin de la « princesse d’acier ».

– Tu n’as pas à t’excuser. Je ne faisais que me parler à moi-même. De toute façon, il est trop tard pour reculer. Si nous ne nous battons pas maintenant, alors il n’y aura plus d’endroit où nous pourrons vivre en paix.

La frêle jeune femme de tout à l’heure semblait n’avoir existé que le temps d’un rêve éphémère, avant d’être de nouveau remplacée par le héros qui avait autrefois mené Debrion à la victoire. Au même moment, le chariot s’arrêta et la voix de Ralf se fit entendre à l’extérieur.

– Mademoiselle, Mr. Soren, nous sommes arrivés sains et saufs à destination.

– Merci, Ralf.

Aura se leva avec grâce pour sortir du chariot. Baignant dans la lumière du soleil, elle laissa dans la rétine de Soren une image digne d’être immortalisée dans une peinture.

Tout le monde a des doutes et tout le monde a sa part de faiblesses on dirait.

Après avoir vu un côté d’Aura qu’il n’avait jamais vu jusqu’ici, Soren fit cet amer constat. Prenant le captif toujours inconscient sur ses épaules, il sortit alors à son tour du chariot tandis qu’une bourrasque glaciale l’accueillait à la sortie. Cependant, il préférait encore subir ce froid plutôt que le sort qui attendait son ennemi.

– Quant à toi, mon gars, je te plains. Que tu le veuilles ou non, on va te faire cracher tout ce que tu sais.

 

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