Cosmic Lady 02

Auteur : Giganleth
Check: Miss X


Fatigué…

Ah oui, est-ce que j’ai dit que cette histoire est un one-shot ? Ben, cette histoire est un one-shot. Voilà, vous êtes prévenus.


 

– Mademoiselle ! Soren !

Dès leur arrivée, une douce voix exprimant un soulagement évident les accueillit aussitôt.

– On est de retour, Lucy.

– Ça va ? Tu n’as rien ? Tu n’as mal nul part ?

– Tout va bien. Tout va bien.

Lucy se précipita aux côtés de Soren pour l’examiner. Celui-ci voulait éviter de se donner en spectacle à peine arrivé mais sa réponse ne semblait pas suffisante pour dissiper les craintes de la jeune femme. Alors qu’il tentait tant bien que mal de la rassurer, il sentit la charge sur ses épaules soudainement s’alléger.

– Je vais m’occuper de notre invité. Il semblerait que vous et Miss Lucy avez beaucoup de choses à vous dire.

– Merci.

Amenant le captif avec lui, Ralf pénétra ensuite dans le manoir. Aura, de son côté, demanda aux gardes à l’entrée la situation sur les autres groupes. D’après eux, ils étaient les premiers à être arrivés à destination. Le plan prévoyant que le groupe d’Aura emprunte le chemin le plus court, leur réponse ne l’étonna donc pas. Après leur avoir ordonné de l’informer dès que les autres seraient arrivés, elle jeta un bref regard vers Soren et Lucy avec un léger sourire sur ses lèvres avant d’entrer à son tour dans l’enceinte.

– Je vais bien, tu sais. Vraiment.

Lucy le scruta encore plusieurs secondes avant de s’arrêter. Elle se jeta ensuite brusquement contre la poitrine de Soren.

– J’étais si inquiète.

– Je sais. Désolé.

Il enlaça alors tendrement Lucy en réponse à son étreinte. C’est en sentant la chaleur de son corps contre le sien que Soren put finalement relâcher toute la tension qu’il avait accumulée. Caresser le visage de la femme qu’il tenait dans ses bras lui permit de réaffirmer la raison pour laquelle il se battait. S’il est vrai que la présence d’Aura lui avait permis de supporter les épreuves du présent, c’était l’existence de Lucy qui lui donnait le courage nécessaire de se battre pour le futur.

Seulement quelques mois s’étaient écoulés et pourtant, il avait l’impression que ça faisait une éternité. Alors qu’il était assoiffé après son trajet pour transmettre un message du roi à l’attention Aura, Lucy fut celle qui lui offrit gentiment un verre d’eau pour étancher sa soif. À ce moment-là, il s’était déjà dit qu’il allait l’inviter à sortir un soir mais jamais il n’aurait pensé qu’ils formeraient un couple par la suite.

Leur première rencontre n’avait rien de dramatique, elle n’avait rien d’extraordinaire, et pourtant les voilà ensemble à présent. Lucy Maribel… Pour protéger la personne qui était la plus chère à ses yeux, Soren était prêt à courir n’importe quel danger.

– Comment ça se fait que tu m’examines des pieds à la tête après chaque mission mais que tu jettes à peine un coup d’oeil à Aura ou à Ralf ? Se plaignit-il.

– Je sais que je n’ai pas à m’en faire pour Mademoiselle Aura et Ralf mais toi…

– Mais moi ?

– Tu es faible, tu es maladroit et tu es malchanceux. S’il devait arriver quelque chose, tu serais la première victime, répondit-elle sèchement.

– Ouch ! Je peux pas vraiment te contredire mais là… Je crois que mon égo n’est pas prêt de s’en remettre…

– Ne t’en fais pas.

Lucy enlaça alors le bras de Soren et poursuivit avec un grand sourire.

– Je sais que tu n’es pas l’homme parfait, mais tu es l’homme dont je suis tombée amoureuse, avec toutes tes qualités et tout tes défauts.

– Vraiment…

Lucy avait un don pour le mener par le bout du nez. Il pouvait compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où celle-ci avait réussi à avoir le dernier mot. Il ne faisait vraiment pas le poids face à elle. Ses mots avaient le pouvoir de réchauffer son coeur à chaque fois qui les entendait. Elle avait toujours été là pour le réconforter dans les moments difficiles et sa gentillesse et sa compassion avaient fini par le séduire… et il devait avouer que son petit côté malicieux ne lui déplaisait pas non plus.

– Tu es tout sale. Tu devrais prendre un bain chaud et changer de vêtements. En attendant, je vais préparer ton plat préféré pour fêter ton retour, tu m’en diras des nouvelles.

– J’ai hâte d’y goûter.

Se tenant main dans la main, Soren et Lucy entrèrent à leur tour dans le manoir. En sentant la paume de Lucy contre la sienne, Soren se promit intérieurement qu’il continuerait à lutter pour pouvoir continuer à marcher aux côtés de sa bien-aimée jusqu’à la fin de ses jours.

Tandis que dans les cuisines, les effluves d’un délicieux repas commençaient à se faire sentir, dans les sous-sols froids et humides du manoir, l’ambiance était tout autre. L’ancien propriétaire de ce manoir était quelqu’un d’excentrique. Ajouté à cela une légère tendance paranoïaque, celui-ci avait fait construire tout un ensemble de galeries souterraines sous sa demeure pour se prévenir dans l’éventualité d’une attaque.

Fidèle à sa personnalité, il n’avait pas hésité un instant à fuir quand l’attaque sur Ramrir s’était produite. Bien qu’il n’ait pas eu besoin d’utiliser ces issues de secours pour s’échapper, elles furent cependant un critère essentiel dans le choix d’une base d’opérations pour Aura et ses compagnons.

S’étendant sur des kilomètres à la ronde, ces tunnels débouchaient sur plusieurs sorties, permettant ainsi de s’enfuir à tout moment quand bien même que leur ennemi arriverait à découvrir leur emplacement. De plus, différentes salles avaient également été construites tout du long. À l’origine, celles-ci regorgeaient d’armes et de vivres pour les éventuels rescapés. Cependant, le groupe décida de réaménager certaines d’entre elles pour les transformer en cellules ou en salles d’interrogatoire. Et c’était justement dans l’une d’entre elles qu’Aura se trouvait actuellement.

Derrière elle et non loin de la porte se trouvait Ralf qui semblait agir comme un garde du corps. Son regard vif et alerte se portait non seulement sur le prisonnier qui était attaché au fond mais aussi sur les trois personnes qui étaient présentes dans un coin de la pièce.

Affublés de longues robes beiges avec une capuche recouvrant la majeure partie de leurs visages, les trois individus dégageaient une atmosphère sinistre et oppressante en accord avec l’austérité de ces lieux. Avec pour seule source de lumière une torche qui crépitait dans la pièce, une certaine tension était palpable entre les différents partis.

Sans montrer aucun signe d’anxiété, Aura s’approcha du captif comme si de rien était et enleva le casque qui ornait sa tête pour révéler son apparence. Une peau rugueuse, presque écailleuse, d’un teint bleuâtre, couplée avec des yeux de couleur ambre aux pupilles verticales. Mis à part cela, son apparence était étrangement similaire aux leurs. Une bouche, un nez, des oreilles… La seule chose notable était qu’il ne possédait ni cheveux ni aucun poil sur le reste de son corps. En tout cas, ça a toujours été ainsi pour ceux qu’ils avaient capturés jusqu’à présent.

– Ralf, passe-moi l’oreillette je te prie.

– Tout de suite mademoiselle.

Ralf s’exécuta et offrit le petit appareil à Aura qui le plaça aussitôt sur son oreille droite. Dès le départ, la barrière des langues fut l’un des obstacles majeurs pour pouvoir soutirer des informations à leurs ennemis. Heureusement, la solution à ce problème fut résolu lorsqu’ils découvrirent que les appareils que ceux-ci portaient à l’oreille servaient non seulement à communiquer sur de courtes distances, mais aussi à comprendre et à parler le langage de ces envahisseurs. Une fois qu’il fut possible de communiquer, ils purent soutirer bon nombre d’informations sur eux ainsi que sur leurs objectifs.

Comme ils s’en doutaient, ces envahisseurs venaient d’un autre monde existant par-delà les étoiles. Leur race se nommait les Kryssivos, créatures natives d’une planète qui portait le nom de Gyvopsis. La raison de leur venue était simple : Gyvopsis était en train de mourir. Leur peuple avait épuisé toutes les ressources naturelles de leur planète et ce n’était plus qu’une question de temps avant que celle-ci ne soit plus habitable.

C’est donc en désespoir de cause qu’ils envoyèrent plusieurs équipes dans l’espace pour trouver une nouvelle planète et, après plusieurs années de recherche, ils trouvèrent enfin un endroit convenable. C’était la planète où ils se trouvaient actuellement : Orphine.

Après avoir brièvement observé Orphine et ses habitants, les Kryssivos jugèrent que ceux-ci n’étaient pas capables de leur opposer la moindre résistance et décidèrent alors de lancer directement une invasion plutôt que d’entreprendre une approche pacifique.

Ils jetèrent donc leur dévolu sur Ramrir, la cité la plus imposante sur Orphine. Cependant, après avoir détruit la capitale de Debrion, ils n’entreprirent par la suite aucun mouvement à grande échelle. Plaçant leur cité volante qu’ils appelaient leur « vaisseau-mère » à l’endroit où se trouvait Ramrir, ils se déployèrent ensuite vers les villages et cités à proximité pour capturer leurs habitants et en faire leurs prisonniers.

Cette étrange manoeuvre avait laissé Aura et les autres perplexes durant un bon moment, mais tout devint plus clair quand ils purent finalement interroger les soldats Kryssivos sur la raison de ce geste. Premièrement, le groupe de Kryssivos qui avait débarqué sur Orphine n’était qu’une équipe de reconnaissance. Il existait une dizaine d’équipe comme la leur qui avaient été dispersées aux quatres coins de l’espace. Deuxièmement, leur vaisseau avait subi de nombreux dommages après toutes ces années de recherche, demandant donc une main d’oeuvre et des matériaux pour entamer des réparations, d’où la nécessité de faire des prisonniers.

Et c’était le deuxième point en particulier qui constituait à la fois un salut et un ultimatum pour Aura et les autres. Parmi les dommages que le vaisseau avait reçu, leur système de communication en particulier avait été fortement compromis, empêchant les Kryssivos de contacter les leurs pour les guider jusqu’à Orphine.

Un seul de ces vaisseaux-mères avait réduit Ramrir de la carte en un instant, si plusieurs de ces vaisseaux venaient à débarquer… le résultat était facilement prévisible. C’était donc une course contre-la-montre pour Aura et ses compagnons. Ils devaient infiltrer le vaisseau-mère Kryssivos et mettre définitivement hors d’état de nuire leurs appareils de communication avant qu’il ne soit trop tard. Autrement, le peuple d’Orphine était soit condamné à la mort soit à l’esclavage.

– Je vais être direct, soldat Kryssivos. Si tu parles, tu n’auras pas besoin de souffrir et tu pourras même rester en vie. Nous n’avons ni l’envie, ni le besoin de te tuer, ou même de te torturer si tu es honnête avec nous et que tu réponds juste à quelques questions.

– Comme si j’allais croire tes paroles, espèce de khrisna !

L’oreillette avait du mal à traduire certaines expressions quand il n’y avait pas d’équivalent dans leur langue alors son utilisateur entendait le mot tel quel. Aura ne savait pas ce que « khrisna » voulait dire exactement mais ce n’était pas la première fois qu’elle entendait ce mot sortir de la bouche des soldats Kryssivos. Elle était parfaitement consciente que c’était une insulte de leur part mais il était difficile pour elle de s’en trouver offusquée puisqu’elle n’avait aucune idée de ce à quoi elle était comparée.

– Je prends cette réponse comme le fait que tu ne veuilles pas collaborer. Très bien, dans ce cas…

Un sifflement d’air presque inaudible, suivi par un cri à percer les tympans. En un rien de temps, une dague en acier s’était plantée dans la main du Kryssivos. Aura attendit stoïquement que le ton redescende d’un cran et, après une série d’insultes diverses et incompréhensibles pour la plupart, elle agita légèrement son index. La dague se retira alors d’elle-même avant de se mettre à tournoyer lentement dans les airs autour du prisonnier.

– S-Sorcière…

– Merci du compliment.

Sans changer d’expression, Aura poursuivit alors son interrogatoire. Des cris remplis de souffrance continuèrent alors à résonner dans le dédale de tunnels tandis qu’au-dessus d’eux, c’étaient des cris remplis de joie qui se faisaient entendre.

– On est de retour ! J’espère qu’il y a de quoi boire et manger ! Je suis mort de faim !

– Tu peux pas baisser d’un ton des fois ? Je suis fatiguée rien qu’à t’entendre parler.

– Joseph ! Katherine ! Content de vous revoir sains et saufs.

Dès que Soren entendit cette voix familière, il se précipita aussitôt vers l’entrée. À son grand soulagement, la vision d’un Joseph plein d’entrain et de Katherine donnant la réplique à son frère le rassura sur leur état de santé. Les autres membres du groupe étaient aussi présents, tout le monde semblait être rentré en un morceau.

– Évidemment qu’on va bien ! Qu’est-ce que tu crois ? Que le grand Joseph allait perdre face à ces créatures venus d’un autre monde ?

– Ouais… ouais…

– Sophie !

– Lucy !

Derrière lui, Lucy se précipita quant à elle vers une fille aux yeux noirs. Avec ces cheveux courts et châtains balayés par le vent, celle-ci ne montrait aucune intention d’éviter la brusque charge de Lucy. Les deux filles se prirent ensuite mutuellement dans les bras et restèrent dans cette position quelques secondes avant de se séparer.

Un rare sourire se trouvait sur le visage de Sophie Riez, le membre le plus jeune parmi le groupe d’Aura. Âgée de 17 ans, ses talents envers la magie l’avaient très vite amenés sur les champs de bataille, où elle avait finalement intégré l’unité d’Aura. Confrontée à l’horreur de la guerre à un jeune âge, celle-ci exprimait rarement ses émotions. Lucy était une exception cependant, puisque toutes les deux semblaient avoir grandi dans le même village. Bien qu’elles n’étaient pas amies à l’époque, ce lien en commun permit à Sophie de s’ouvrir à Lucy au cours de ces derniers mois. Depuis, les deux filles avaient une relation semblable à celle de deux soeurs. En tout cas, c’est comme ça que Soren le percevait.

– Les autres serviteurs et moi avons commencé à préparer vos repas en anticipant votre retour. Ça ne devrait plus tarder, affirma Lucy en s’adressant au groupe.

– Yahoo !

– Arrête de te comporter comme un gamin !

L’échange habituel entre Joseph et Katherine finit de détendre l’atmosphère dans le groupe. Alors que la plupart discutait de ce qu’il y avait au menu ou de combien un bon bain leur ferait du bien, l’un d’entre eux prit la direction des sous-sols. Tout le monde remarqua rapidement l’homme qui s’était séparé d’eux. De toute façon, même si celui-ci avait voulu partir discrètement, il aurait été difficile de ne pas l’apercevoir avec sa carrure massive.

– Clavis, où tu vas ?

– Au sous-sol, je vais amener les prisonniers.

– Laisse ça à d’autres. Tu ne veux pas te reposer un peu ?

– Le capitaine est en bas. Quand vous aurez fini, venez prendre le relais.

– Ok, ok… On va pas tarder alors n’en fais pas trop.

– Hm…

Après avoir acquiescé aux paroles de Joseph d’un hochement de tête, Clavis disparut dans les couloirs du manoir.

– Je me demande si on ne devrait pas aider Clavis, dit doucement Sophie.

– Je comprends tes sentiments mais c’est aussi important qu’on se repose. Même si par chance, l’opération s’est déroulée sans avoir de blessés, la fatigue mentale n’est pas à sous-estimer. Et puis Sophie, je doute que Clavis veuille que tu l’aides à faire ce qui va suivre. D’ailleurs, aucun d’entre nous ne le souhaite. Est-ce que tu veux vraiment participer ? À torturer nos ennemis je veux dire.

– Si… s’il le faut vraiment…

La question de Joseph perça droit dans les défenses de Sophie qui ne put que répondre faiblement. Tout le monde dans le groupe était conscient des difficultés que Sophie avait eu pour surmonter les horribles spectacles que la guerre lui avait montrés. Soren était sur le point de réprimander Joseph pour son manque de tact mais un coup de poing le devança dans ses paroles.

– Ouurf… Ça va pas de me frapper comme ça ?

– C’est plutôt toi qui ne vas pas bien ! Je vous jure… Même si tu es mon frère, il y a des choses que je ne peux pas laisser passer.

Après avoir infligé sa sanction, Katherine s’approcha de Sophie et lui caressa la tête pour la réconforter.

– Personne ne te demandera ni te forcera à torturer des gens, tu as ma parole. Comme Joseph l’a dit, personne parmi nous ne veut que tu le fasses. Je suis sûr que Clavis est du même avis et c’est pour ça qu’il n’a pas demandé ton aide. La mission est terminée, laisse le reste entre nos mains, d’accord ? Dès que nous aurons fini de manger, nous irons aussitôt remplacer Clavis et le capitaine. D’ailleurs, c’est Joseph qui prendra le premier tour pour avoir été méchant avec toi. Qu’est-ce que vous en pensez les autres ?

– J’approuve.

– Je suis d’accord.

– Joseph n’a que ce qu’il mérite.

– Hey, les gars ! Vous êtes pas un peu cruels ? Je voulais juste que Sophie comprenne bien la situation. Ce n’est plus une enfant, vous savez ? Tu n’es pas d’accord avec moi, Soren ?

Ne cherche pas un compagnon parce que tu ne sais pas mâcher tes mots. Tu es clairement le mauvais gars dans cette situation.

– Joseph, accepte ton sort et dépêche-toi d’aller manger avant que ton tour arrive. Tu n’as pas envie de mener un interrogatoire le ventre vide, non ?

– Toi aussi, Soren ?! Ah, c’est bon ! J’ai compris ! Si vous le prenez comme ça, je vais le prendre ce premier tour !

Et c’est en continuant à ruminer ainsi que Joseph s’en alla. Ce côté immature chez lui n’était pas inconnu pour les membres du groupe et ils savaient tous qu’une fois calmé, Joseph viendrait présenter ses excuses à Sophie… de gré ou de force.

Après ça, les membres restants se séparèrent pour vaquer à leurs occupations. Ayant déjà mangé avant eux, Soren ne participa pas au repas et traîna ici et là pour tuer le temps. Avec la personnalité de l’ancien propriétaire, bon nombre d’objet insolites avaient été disposés ici et là à travers l’enceinte. Malheureusement, tous ces objets encombraient également le va-et-vient constant des soldats. Il fut alors décidé de se débarrasser de toutes les décorations superflues du manoir. De toute façon, l’ancien propriétaire avait emporté avec lui les objets ayant le plus de valeur alors il n’y avait pas grand intérêt pour ce qu’il avait laissé derrière lui.

Même si la décoration manquait cruellement à l’appel, il y avait cependant des signes constants de vie dans le manoir et ce quelle que soit l’heure de la journée. Entre les soldats qui montaient la garde, ceux qui allaient et venaient pour accomplir différentes missions, ou bien les quelques serviteurs qui effectuaient les tâches ménagères, il n’y avait pas un seul instant sans aucune activité.

Après avoir fait un petit tour, Soren se dirigea naturellement vers le bar. Quand il pénétra à l’intérieur, il ne fut pas surpris de voir une certaine personne assise à une table avec le début d’une bouteille déjà entamée.

– Yo, tu as déjà fini de manger ?

– Je n’avais pas beaucoup d’appétit. J’y suis surtout allé pour m’excuser auprès de Sophie avant de venir ici.

– C’est toi qui étais en tort.

– Katherine m’a déjà suffisamment sermonné, pas besoin d’en rajouter. Je me suis excusé, ok ? Allez, viens boire un coup avec moi plutôt.

Soren ne se fit pas prier et attrapa un verre derrière le comptoir avant de s’installer face à Joseph. Une grande variété d’alcool était déjà présente dans le bar quand ils s’étaient installés ici. Pour un noble, il était sûrement plus important de prendre ses pièces d’or plutôt que quelques bouteilles, au grand bonheur de Joseph qui trouva son compte en ces lieux.

– Tu es sûr que tu devrais boire ? Tu as encore du travail après.

– Il en faut plus pour que ça affecte mes sens. Si c’était un combat qui m’attendait je dirais pas mais là, il me faut bien ça avant d’aller questionner ces lézards bleus.

– Je sais pas si on peut vraiment les comparer à des lézards mais si tu le dis…

Les deux hommes enchaînèrent ensuite quelques verres sans prononcer le moindre mot. Mis à part eux, personne d’autre ne se trouvait dans le bar en ce moment. Il n’y avait pas tant de gens qui buvaient de l’alcool ici et comme il y avait une rotation constante des soldats, il était plutôt rare de croiser quelqu’un en ces lieux plutôt que le contraire. Alors que le contenu de la bouteille se vidait gorgée après gorgée, Soren remarqua que l’alcool que Joseph avait choisi n’était pas spécialement fort. Celui-ci semblait avoir tout de même une certaine conscience professionnelle.

– Avec ces nouveaux prisonniers, on devrait enfin pouvoir toucher au but. Il faut dire que ça a pris du temps, reprit Joseph.

– L’opération pour prendre d’assaut le vaisseau-mère ? J’ai entendu dire que ça n’allait pas être aussi simple.

– Je ne vais pas te mentir, il y a un gros risque qu’on y passe. Mais comme tu le sais déjà, le temps joue contre nous et nous n’avons pas le temps de formuler un plan plus sûr.

Joseph se resservit un verre après avoir terminé sa tirade. Même si Soren ne connaissait pas tous les détails sur l’assaut à venir, Aura avait été franche avec tout le monde sur le fait qu’il fallait mener cette attaque au plus vite. S’ils n’arrivaient pas à neutraliser le vaisseau-mère avant que celui-ci ne transmette la position d’Orphine, alors la partie était terminée.

– Si seulement les autres royaumes avaient accepté de participer à ce plan ! Bande de lâches !

La table vibra sous le coup de poing de Joseph, manquant de peu de renverser la bouteille par la même occasion. Soren pouvait comprendre la colère de son compagnon, il partageait aussi le même sentiment.

Il y a quelques mois de cela, Aura avait envoyé des missives aux autres royaumes dès la disparition de Ramrir. Cependant, non seulement ceux-ci avaient décidé d’ignorer la menace mais ils profitèrent également du chaos qui régnait sur Debrion pour lancer une massive campagne militaire. Valsik avait apparemment mal digéré sa précédente défaite contre Debrion et avait déjà établi une alliance secrète avec les royaumes qui bordaient Debrion, à savoir Sunrhar et Lorenheim.

Formant ainsi une coalition militaire, les trois royaumes combinés avaient alors soulevé une armée forte de plus de 200 000 hommes qui avait ravagé Debrion dans son ensemble. C’est ensuite avec arrogance et sans peur qu’ils tentèrent d’abattre le vaisseau-mère Kryssivos.

Le résultat ? Un massacre pur et simple… de la part des Kryssivos bien entendu. Aura avait tenté maintes fois de les prévenir du danger que représentaient ces envahisseurs, mais chaque royaume pensait qu’ils étaient invincibles après avoir uni leurs forces. Cependant, la réalité fut cruelle. L’armement avancé des Kryssivos annihila près de 90% de cette grande armée, laissant le reste s’enfuir vers leurs royaumes respectifs avec leurs queues entre leurs jambes.

Depuis, les royaumes de Valsik, Sunhrar et Loreinheim vivaient dans la peur que les Kryssivos pointent leur armes sur eux. Comme ceux-ci ne montraient pas la moindre intention de bouger de Debrion, ils n’osèrent plus quitter leurs territoires, de peur de provoquer le courroux de cette race venue d’ailleurs.

– Ces lâches ont tellement peur qu’ils n’osent même pas participer au plan d’Aura ! Est-ce qu’ils savent au moins qu’on est tous condamnés si on ne fait pas bientôt quelque chose ?!

– Ce que tu dis est vrai. Ceci dit, je peux quand même les comprendre un peu. C’est seulement grâce à Aura que nous avons une lueur d’espoir. Après avoir assisté à la destruction de Ramrir, si elle n’avait pas été là, je me serais probablement caché le plus loin possible d’ici en priant que les Kryssivos ne me trouvent pas.

– C’est vrai que face à ces armes étranges, personne ne savait quoi faire. C’est grâce au capitaine que nous avons pu établir des stratégies pour lutter malgré les nombreux sacrifices que ça a impliqués. Elle a même eu la présence d’esprit de disperser le peu de force armée que Debrion possédait encore en préparation du moment fatidique. Rahhh ! Beauté et intelligence… Juste une nuit avec elle et je serais un homme comblé.

– Laisse tomber. Si Katherine entend ça, tu vas passer un sale quart d’heure.

– Je sais, je sais. De toute façon, je sais que je n’ai aucune chance avec elle. J’envie le petit veinard qui saura capturer son coeur… Bon allez, il est temps de se mettre au boulot !

Joseph se leva alors promptement de sa chaise et, après avoir fait ses adieux à Soren, il laissa son ami seul dans le bar. Soren jeta un bref coup d’oeil à la bouteille, celle-ci était encore à moitié pleine. Il remplit à nouveau son verre mais ne l’entama pas de suite, se contentant de regarder son reflet déformé sur le liquide d’un air absent.

– Aujourd’hui n’était qu’une petite victoire. La vraie bataille va bientôt avoir lieu et quand celle-ci arrivera, il y aura beaucoup de morts.

Soren vida ensuite son verre d’un trait. Il y avait de fortes chances qu’il meure dans les jours à venir. Il ne savait absolument pas s’il allait pouvoir survivre à cette épreuve ou non. Cependant, il n’allait pas prier, et il n’allait pas non plus espérer. Tout ce qu’il pouvait faire à présent, c’était de contribuer du mieux possible… pour un avenir, pour Lucy. Mais en attendant, il allait d’abord terminer cette bouteille avant de rejoindre plus tard sa chère et tendre dans le lit.

 

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3 commentaires sur “Cosmic Lady 02

    1. Que ça va être une histoire courte. Un terme plus exacte peut être serait de qualifier cette histoire de nouvelle. En tout cas, vous attendez pas à une saga qui s’étale sur des centaines de milliers de mots.

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