MdA Chap 106 : Esclave

Auteur : Nightgale
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Un petit chapitre pour égayer la journée ? En vrai, je sais pas quoi raconter dans cet en-tête mais bon le plus important est en bas.

Enjoy.


 

Quand Fang rouvrit les yeux, il s’aperçut que l’intérieur de la maison était beaucoup moins lumineux. La journée semblait sur le point de se terminer.

« Je suis resté si longtemps que ça à inspecter mon âme ? Vu mon état, je ne devrais pas trop m’en étonner… »

Avec son âme sur le point de s’effondrer au moindre faux-pas, il avait perdu beaucoup de temps. Cependant, tout ceci n’était pas en vain. Une nouvelle lueur d’espoir était désormais à portée de main.

« Il faut que je récupère de l’énergie ! Mais il va falloir attendre un peu. La précipitation ne me mènera à rien. »

Si ça ne tenait qu’à lui, il aimerait commencer à méditer sur le champ. Malheureusement, il était mentalement exténué après cette excursion dans son âme. De plus, il y avait aussi ses blessures physiques en prendre en compte.

Comme Shen lui avait si souvent répété, le corps et l’âme étaient étroitement liés. Sans un réceptacle robuste, absorber de l’énergie pouvait être dangereux, voire mortel, et ceci était encore plus vrai avec son corps meurtri.

« Il faut que je fasse étape par étape. D’abord soigner mes blessures externes et ensuite me concentrer sur l’intérieur. Qui sait combien de temps ça va me prendre ? »

Fang ne put s’empêcher de soupirer devant les tâches qu’il avait à accomplir. C’est à ce moment-là que la porte d’entrée s’ouvrit.

« Ah ! Fang ! Tu es réveillé ? »

Avec une énergie débordante, Lysha se précipita à ses côtés.

« Je vois que tu as pu manger la soupe. C’est bon signe », dit Yanro.

« C’est moi qui ai posé le bol sur le plateau ! J’ai fait bien attention à ne rien renverser ! » Ajouta Lysha.

« Merci à toi Yanro, et bien sûr, à toi aussi, Lysha », remercia Fang.

« Héhé ! »

Avec un visage rempli de fierté, Lysha arborait un grand sourire tandis que Yanro lui caressait doucement la tête.

« Et… qui est-ce derrière vous ? » Demanda Fang en apercevant un jeune homme légèrement en retrait.

« C’est mon fils, Kuzu. Tu n’as pas encore eu l’occasion de le rencontrer. Kuzu, voici Fang, le jeune garçon que Lysha a trouvé. »

« Tch. Pourquoi on s’embête pour quelqu’un comme lui ? Il n’est même pas d’ici. »

Kuzu détourna la tête sans en ajouter davantage. En assistant à ce spectacle, Yanro s’excusa pour lui.

« Je suis désolé, Fang. Kuzu n’est pas un mauvais garçon. C’est juste que c’est un peu difficile pour lui ces derniers temps. »

« Non, ce n’est pas grave. Je suis un étranger après tout. »

Il avait répondu poliment par égard pour Yanro, mais intérieurement, il avait déjà fait sa propre évaluation de Kuzu.

« Même s’ils se ressemblent physiquement, c’est loin d’être pareil pour leur attitude. »

Dans son esprit, Fang avait déjà rayé Kuzu de la liste des personnes à qui il pouvait faire confiance.

« Il est temps de préparer le dîner. Comme d’habitude, je compte sur ton aide, Lysha. »

« Pas de problèmes, oncle Yanro ! »

Les deux se mirent ensuite à l’oeuvre. De son côté, Kuzu restait dans un coin avec une mine renfrognée. L’impression que Fang avait de lui se dégradait à chaque seconde passée.

Une fois le repas prêt, Lysha posa la part de Fang sur un plateau en bois. Quand elle demanda s’il avait besoin qu’elle l’aide à manger, il refusa net. Même s’il devait prendre son temps, manger par lui-même était possible. Ce n’était pas comme s’il était pressé après tout et, en vérité, il se sentait un peu gêné de se faire aider ainsi par la jeune fille.

« L’un des points positifs de l’absence de Shen, c’est que je n’aurai pas à subir ses remarques », pensa Fang en imaginant facilement Shen le taquiner dans cette situation.

Les autres s’installèrent ensuite à table, à l’exception de Kuzu qui décida d’en faire autrement.

« Je peux très bien manger ailleurs », dit-il avant de s’en aller sans hésitation.

Yanro et Lysha firent comme si cette attitude n’avait rien d’exceptionnel et commencèrent à manger. Après le départ de Kuzu, Fang jugea que l’atmosphère était désormais moins tendue et se décida à poser quelques questions.

« Yanro, hier vous vouliez m’expliquer quelque chose sur Drouma avant d’être interrompu », rappela Fang.

« Oui… Tu as raison. Par où commencer ? »

Devant l’expression hésitante de Yanro et le silence soudain de Lysha, c’est Fang qui prit l’initiative de poser une question.

« Est-ce que ça a un rapport avec ce que vous avez autour du cou ? » Demanda-t-il alors.

Ce détail qui avait particulièrement attiré son attention la veille était cet étrange collier noir qui ornait leurs cous. Aussi bien hier qu’aujourd’hui, Lysha, Yanro et même Kuzu portaient cet étrange attirail sur eux. Il ne le croirait pas si Yanro lui disait que c’était juste un accessoire à la mode à Drouma.

« Eh bien… Ce n’est pas comme si on pouvait vraiment le cacher. Je pense que tu l’as compris, ces colliers signifient que nous sommes des esclaves », dit Yanro avec un faible sourire.

Fang fronça les sourcils. Ils étaient peu nombreux à Mura, mais il en avait déjà vus quelques uns. Il savait également que ce concept était très répandu dans le continent de Meng. Heureusement pour lui, bien qu’il avait vécu à l’écart du village, la forêt lui avait procuré suffisamment de ressources pour vivre sans avoir à en arriver à cette extrémité.

« Esclaves ? Pourtant, Lysha possède cette maison, et avec Kuzu, vous avez aussi la vôtre il me semble », fit remarquer Fang.

Même si le traitement des esclaves pouvait être différent selon l’endroit, il ne pensait pas que chaque esclave puisse posséder sa propre maison individuelle.

« C’est parce que nous n’étions pas des esclaves à l’origine. Nous… enfin pour être plus exact, tous les habitants de Drouma sont devenus des esclaves contre leur propre volonté. »

« Une cité entière devenue esclave ? Qui est capable d’une chose pareille ? » S’étonna Fang.

« Le fils d’une des familles les plus influentes du royaume, Gregar Baltio », répondit Yanro avec un visage sombre. « La maison des Baltio est une ancienne lignée de nobles qui entretient depuis toujours des liens étroits avec la famille royale. »

« Pourquoi quelqu’un de si important est ici ? Est-ce que Drouma a tant de valeur que ça ? »

Fang était perplexe. D’après ce que lui avait dit Yanro, Drouma n’était pas très éloigné de Lasfalle. Celle-ci n’accueillait un représentant de la capitale que lors du grand rassemblement, et les chances pour que ce représentant soit un noble était inexistant. Même si c’était toujours mieux comparé à Mura, il doutait que Drouma ait tant d’intérêt pour y attirer les hautes sphères d’Yildir.

« Personne ne sait la raison exacte de sa présence ici. Drouma n’est qu’une cité de taille moyenne parmi tant d’autres. Lasfalle, qui est la cité la plus proche d’ici, est plus attrayante à tout point de vue. Mais il y a quelque chose à Drouma que Lasfalle ne possède pas. »

« Quoi donc ? »

« Un gisement de cristaux naturels. »

« Cristaux naturels… Vous voulez dire des cristaux d’énergie naturelle !? » S’exclama Fang.

« Oui, c’est comme ça qu’on les appelle en général. Un problème ? » Demanda Yanro en voyant la réaction du jeune garçon.

« Ah non, ce n’est rien. Ce serait donc pour ce gisement que Gregar est venu ? » Poursuivit Fang.

« On dirait bien. Depuis que lui et ses hommes sont venus, ils ont fait de nous leurs esclaves. On a dû alors cesser toute autre activité pour nous concentrer uniquement là-dessus. Toute la journée, on creuse encore et encore pour déterrer des cristaux naturels. Peu importe l’âge ou peu importe la fatigue, ils nous forcent sans arrêt à continuer. C’est comme ça que les parents de Lysha… »

Yanro tourna son regard vers Lysha qui n’avait pas prononcé un mot. Le sourire avait disparu du visage de la jeune fille depuis que celui-ci avait commencé ses explications. Elle avait les yeux rivés au sol, comme perdue dans ses pensées.

« Un tunnel s’est effondré. Ça fait presque deux mois maintenant », poursuivit Yanro en caressant la tête de Lysha. « Les hommes de Gregar ne se soucient pas de notre sécurité. Tant qu’on peut creuser, notre sort ne les intéresse pas le moins du monde. »

« … »

Fang comprenait mieux pourquoi les parents de Lysha ne s’étaient jamais manifestés jusqu’ici. Il compatissait en voyant la mine sombre de la jeune fille mais il décida de poursuivre la conversation.

« Gregar aurait donc besoin d’une grande quantité de cristaux naturels ? C’est pour ça qu’il vous fait travailler comme des forcenés ? »

« C’est bien là le problème. Le gisement de Drouma est loin d’être exceptionnel. La quantité que nous pouvons en extraire est limitée. Même Lasfalle n’était pas intéressé pour l’exploiter et nous a laissé le gérer à notre guise. »

« Dans ce cas, si ce n’est pas pour les cristaux, il y a bien une raison », murmura Fang, pensif. « Peut-être que le gisement contient autre chose ? Quelque chose de suffisamment important pour expliquer tant d’efforts ? »

« Je ne crois pas », dit Yanro. « S’il y avait vraiment quelque chose de précieux, ils ne nous laisseraient pas creuser pour eux. Gregar aurait amené sa propre main d’oeuvre, ça aurait été bien plus sûr et plus efficace que de se servir de nous. »

« C’est vrai », admit Fang.

Alors qu’il réfléchissait aux raisons qui motivaient Gregar, le bruit d’un gong se fit entendre à l’extérieur. Yanro fut le premier à réagir.

« C’est l’heure du couvre-feu, on reprendra cette discussion plus tard. Juste une dernière chose avant que je m’en aille. Fang, évite de sortir dehors la journée, si les hommes de Gregar te trouvent, tu seras forcé de devenir un esclave comme nous. Même si tu n’es pas de la cité, ils n’auront aucune pitié pour toi. Ils n’iront pas jusqu’à fouiller à l’intérieur de la maison ceci dit. Tant que tu ne fais pas trop de bruits, ça devrait aller. »

« C’est compris », répondit Fang avec un léger hochement de tête.

« Je suis sûr que tu as encore des questions mais ça devra attendre. Ne t’inquiètes pas, du moment que tu fais profil bas, rien de dangereux ne t’arrivera. Une fois que tu seras remis sur pieds, tu pourras partir de ce maudit endroit sans problèmes », lui assura Yanro.

« Merci. »

Avec un dernier sourire, Yanro fit ses adieux et sortit de la maison, laissant Fang avec une Lysha toujours silencieuse.

« Lysha, ça va ? » Demanda-t-il, inquiet.

« Ah, c’est rien, c’est rien ! »

Lysha tourna un instant la tête et se frotta les yeux, avant de regarder Fang de nouveau avec un grand sourire.

« J’ai promis à Papa et Maman de garder le sourire alors je vais tenir ma promesse », dit-elle avec ferveur.

Malgré ses paroles, Fang pouvait voir que les coins de ses yeux étaient légèrement rougeâtres. Quoiqu’elle puisse en dire, la mort de ses parents n’a sûrement pas été facile pour elle.

« Au fait Lysha, je peux te poser une question ? »

« Oui, bien sûr ! Tout ce que tu veux ! »

L’ambiance était lourde et Fang décida de changer de sujet de conversation. De plus, la question qu’il voulait poser était également importante.

« C’est toi qui m’a trouvé ? C’est bien ça ? »

« Yup ! Au bord de la rivière, pas très loin de la maison. »

« Est-ce que tu étais seule à ce moment-là ? »

« Au début, oui. Mais comme je ne pouvais pas te porter, j’ai demandé de l’aide à Oncle Yanro. »

« Je vois. Une dernière chose, quand tu m’as trouvé, est-ce que par hasard tu aurais trouvé un anneau sur moi ou à proximité ? »

« Un anneau ? » Répéta Lysha en penchant la tête.

« Un anneau comme on en porte sur les doigts, avec des drôles de motifs tracés dessus. Ça ne te dit rien ? »

Quand il pensa à la manière de récupérer de l’énergie, Fang s’était aperçu qu’il n’avait plus son anneau interspatial sur lui. Avec toutes les pilules contenues dedans, ce serait un gain de temps considérable pour lui s’il pouvait les consommer.

« Hmm… hmmmm… Désolé, ça ne me dit rien », déclara finalement Lysha.

« Évidemment, comme si ça pouvait être aussi simple », se lamenta Fang. « Est-ce que je l’ai perdu quand j’étais en train de dériver ? Si c’est le cas, je n’ai aucune chance de le retrouver. »

« Est-ce que c’était un objet important ? » Demanda Lysha en voyant l’expression de Fang.

« On peut dire ça » répondit-il.

Il ne négligeait pas la possibilité que l’anneau se trouve encore là où il s’était échoué. Une fois qu’il serait à nouveau en état de marcher, Fang prévoyait d’aller fouiller la zone.

« Ne t’en fais, cet anneau n’est pas si important que ça », s’empressa de rajouter Fang quand il vit la façon dont Lysha le regardait. « Je suis épuisé, et si on allait se coucher ? »

« D’accord. »

Il ne savait pas si elle l’avait cru ou non mais Lysha accepta la proposition de bonne grâce. Après avoir aidé Fang à se rallonger dans son lit, elle éteignit toutes les lumières dans la pièce avant de s’installer dans le sien.

Après l’introspection de son âme, Fang était réellement fatigué. Bercé par l’obscurité et le silence de la nuit, il était sur le point de s’endormir quand il entendit Lysha s’adresser à lui.

« Fang, tu dors ? »

« Non, pas encore », répondit-il.

« Euh… je… voulais juste te dire merci », dit-elle doucement.

« Pourquoi ça ? »

« Depuis que papa et maman ne sont plus là, j’ai toujours dormi seule. Oncle Yanro voulait que j’habite chez lui mais je ne voulais pas quitter la maison », avoua-t-elle.

Elle ne voulait pas perdre cet endroit, ce lieu qui renfermait ses souvenirs passés avec sa famille. Fang pouvait comprendre son geste. C’était le même sentiment qui avait poussé sa mère à refuser l’offre du chef Han et de s’installer à Mura.

Sa mère lui avait dit que c’était pour ne pas attirer plus de jalousie et d’attention que nécessaire mais ce n’était pas tout. Bien que ce ne soit pas le plus luxueux des endroits pour vivre, elle y avait vécu pendant plus d’une décennie. Dans cette bancale petite maison en bois, elle avait élevé et vu grandir son fils. Quand elle lui expliqua ses raisons, Fang n’eut plus le courage de lui imposer de partir et accepta sa décision de rester.

« Tes parents devaient être de bonnes personnes. J’aurais bien aimé les rencontrer. »

« Maman aurait fait un délicieux gâteau ! Et papa… serait en train de se faire gronder par maman. »

Fang et Lysha se mirent alors à rire. C’était d’autant plus difficile pour Fang avec ses blessures mais il n’en fit rien transparaître dans sa voix. Après que leurs rires se soient estompés, Lysha reprit.

« C’est pour ça que je suis triste la nuit. Mais maintenant, ça va mieux ! Parce que je ne suis plus toute seule ! C’est pour ça Fang… Merci. »

« De rien. »

« Bonne nuit, Fang. »

« Bonne nuit, Lysha. »

Fang ferma ensuite ses yeux et s’endormit rapidement. Plus tard dans la nuit, il crut entendre des sanglots provenant du lit de Lysha. Cependant, il préféra garder le silence avant de replonger de nouveau dans son sommeil.

 

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