MdA Chap 109 : Chien

Auteur : Nightgale
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Snitch.

Enjoy.


« Attrapez-le ! »

Suite à cet ordre, quatre hommes se précipitèrent sur Fang et Yanro tandis que leur meneur restait en retrait.

« Fang, fuis ! »

Yanro se plaça devant lui pour s’interposer entre eux. Son geste était héroïque mais malheureusement inefficace. Face à la vigueur des quatre hommes, son vieux corps ne faisait pas le poids. Il n’arrêta la charge de ses opposants que l’espace d’une seconde avant de se retrouver projeté à terre.

« Guh… »

Fang aurait bien voulu fuir si c’était possible mais ses blessures lui dictaient que ce ne serait pas possible. Cependant, il ne comptait pas se laisser capturer aussi facilement. Il était prêt à en découdre, à se battre bec et ongles, même si ses chances de victoires étaient quasiment nulles.

L’homme le plus proche de lui tendit ses bras pour l’attraper. Avec un léger pas de côté, Fang l’esquiva avant de lui faire un croche-pied. Il n’eut pas le temps de voir son adversaire tomber que les trois autres étaient déjà à sa portée. Tant bien que mal, il utilisa le bâton qui lui servait de canne dans le but de riposter. À chaque mouvement effectué, une douleur lancinante venait parcourir sa poitrine.

Fang avait son lot d’expérience en matière de combat. C’est pourquoi il s’aperçut rapidement que les adversaires face à lui n’étaient que des amateurs. Malheureusement, bien que sa technique et son expérience lui avaient permis de leur échapper pour l’instant, ses ripostes étaient si faibles qu’elles ne permettaient pas de les neutraliser.

Le problème ne venait pas seulement de son manque de force. Malgré le fait qu’ils se faisaient frapper, chacun d’entre eux revenait à la charge avec plus de vigueur que jamais. Fang pouvait voir dans leurs yeux que ce n’était ni de la bravoure ni du courage qui les animait. C’était un regard effrayé. La peur de faillir à leur tâche était clairement plus grande que celle d’encaisser quelques coups.

Son simple bâton en bois céda en rien de temps et puis, inévitablement, un des hommes finit par l’attraper à force d’acharnement, puis un autre, puis le suivant, et enfin le dernier jusqu’à ce qu’il soit complètement immobilisé. Il essaya tant bien que mal de lutter mais en vain. Maintenant qu’il en était là, il savait ce qui allait suivre.

« Vous n’êtes que des méchants ! Lâchez Fang ! Lâchez-le ! »

Plus loin, Lysha semblait s’être remise du choc et s’était mise à marteler la jambe du cinquième homme avec les larmes aux yeux.

« Ferme-la, sale gamine ! »

Sans une once de pitié ou d’hésitation, l’homme donna un violent coup du revers de la main. Du sang vola de la bouche de Lysha, qui tomba alors au sol en sanglots.

« Lysha ! »

Fang se débattit violemment en voyant la jeune fille se faire frapper. Malheureusement, il était tenu trop fermement pour tenter quoique ce soit. Yanro assista aussi à la scène et durant un bref instant, il tourna successivement la tête entre Fang et Lysha, se demandant à qui il devait porter secours.

« Occupe-toi de Lysha. Tu ne peux rien faire de plus pour moi », dit Fang.

Avec des poings tremblant d’indignation, Yanro suivit sa suggestion et s’empressa de rejoindre Lysha. Le cinquième homme ne jeta qu’un bref coup d’oeil vers Yanro avant de se tourner vers lui.

En voyant celui qui semblait être le chef du groupe se rapprocher, Fang remarqua un détail. Contrairement aux hommes qui étaient en train de le tenir en place, celui-ci n’avait pas de collier autour du cou. Il en arriva alors à la conclusion que la personne face à lui était un homme de Gregar, tandis que les autres n’étaient que des habitants de Drouma soumis à ses ordres.

Une fois devant lui, l’homme le scruta silencieusement pendant quelques secondes. Son regard s’arrêta alors sur la poitrine de Fang avant d’arracher violemment le haut que celui-ci portait.

« Argh ! »

Fang ne put s’empêcher d’émettre un râle de douleur. Avec la lutte précédente, sa blessure s’était rouverte et du sang coulait de nouveau le long de son torse.

« Blessé à ce que je vois… Il semble que tu saches aussi te battre. Bref, tant que tu es bon pour les mines, c’est tout ce qui m’importe. »

L’homme fouilla ensuite dans une sacoche attachée au niveau de sa taille et en sortit un objet que Fang reconnaissait bien.

« Tu sais ce que c’est ? Avec ça accroché à ton cou, ton destin est scellé. Il ne te reste plus qu’à survivre dans les mines ou bien voir ta tête explosée en mille morceaux ! »

Clac !

Résonnant dans ses oreilles, le son du collier qui s’était verrouillé autour de son cou signifiait désormais qu’il était devenu lui aussi l’un des esclaves de Drouma. Ses chances de s’échapper de la cité, ainsi que ses perspectives d’avenir, étaient à présent plus que compromises. Bien que le destin lui avait permis d’éviter la mort, il semblerait bien que celui-ci ne voulait pas le laisser s’en sortir à si bon compte.

« Ah ! Et une dernière chose… »

Bam !

Sans crier garde, l’homme donna un coup de poing droit dans son estomac. Sa blessure à la poitrine amplifia la douleur ressentie et il ne put s’empêcher de plier le dos, le souffle court et haletant.

« N’essaie pas de lutter et ne pense même pas à t’échapper. Ce qui attend les rebelles… c’est un sort pire que la mort. »

L’homme ordonna ensuite de lâcher le jeune garçon. Toujours sous le choc, celui-ci tomba au sol à genoux en tentant de reprendre son souffle. En voyant Fang ainsi à terre, il esquissa un sourire avant de se tourner vers la maison de Lysha.

« Sors de là maintenant ! Ce que tu as dit était exact, tu seras donc récompensé comme promis ! »

Suite à ces paroles, un autre homme émergea lentement de la maison d’un pas peu assuré. Une fois son visage visible, c’est Yanro qui fut le premier à réagir.

« K-Kuzu !? Qu’est-ce que tu fais là ? »

« J-Je t’avais prévenu papa, mais tu ne m’as pas écouté. Puisque tu n’as pas voulu suivre mon conseil alors je l’ai fait », répondit Kuzu d’une voix faible.

« Dénoncer des innocents pour ton propre intérêt… Kuzu, comment tu as pu tomber aussi bas ? Ta mère… »

« La ferme ! » S’exclama soudainement Kuzu. « Parce qu’elle était incapable de dire non, les gens de la cité l’ont exploitée jusqu’à sa mort ! Je n’ai pas l’intention de finir comme ça ! Contrairement à elle, j’ai bien l’intention de survivre… quoiqu’il en coûte ! »

« Kuzu… »

Un peu plus loin, l’homme se mit à éclater de rire en assistant à la scène. Il s’approcha ensuite de Kuzu et lui tapota chaleureusement l’épaule.

« Bien joué pour les renseignements. Tu vas donc être promu comme je te l’avais promis. Mais avant de conclure notre accord, il y a une dernière chose que tu dois faire. »

« Tout ce que vous voudrez », lui assura Kuzu.

« Donne-lui un coup de pied au visage », dit l’homme en pointant son doigt vers Yanro.

« Un… un coup de pied ? Mais c’est mon père… » Répondit Kuzu de manière hésitante.

« Tu ne vas pas me faire croire que tu as des remords maintenant ? Fais-le ! » Ordonna l’homme.

« … »

D’un pas lent, Kuzu se plaça devant Yanro. Celui-ci mit Lysha à l’écart et regarda son fils droit dans les yeux.

« Vas-y », dit-il sans hésitation.

« Pa… »

Kuzu semblait vouloir dire quelque chose mais il ravala ses paroles au dernier moment. Il avait atteint le point de non-retour. Il avait déjà fait son choix.

Bam !

Sans aucune autre hésitation, il donna un coup de pied à Yanro, qui tomba alors à terre.

« Oncle Yanro ! Kuzu, pourquoi ? Pourquoi ?! »

Lysha commença à se précipiter sur Kuzu mais elle fut rapidement retenue par Yanro. Avec sa bouche en sang, il secoua la tête pour signifier à la jeune fille qu’il valait mieux ne pas poursuivre.

« Ha ha ha ! Un fils qui trahit les espoirs de son père et qui lui donne un coup de pied au visage en plus. C’était un joli spectacle ! Je vais donc respecter ma part du marché. Te voilà désormais un chien ! Félicitations ! L’endroit est déjà prêt à t’accueillir alors vas-y dès ce soir. »

Avec un dernier éclat de rire, l’homme s’en alla finalement, suivi de près par ses sbires.
Quelques instants après, Kuzu prit la parole.

« Fang, à partir de demain, tu es obligé de travailler dans les mines. Si tu décides de ne pas venir, c’est Lysha qui en subira les conséquences. C’est bien compris ? »

Après avoir proféré sa menace, Kuzu s’en alla lui aussi sans se retourner, laissant Fang, Yanro et Lysha à leur sort.

« Fang, ça va ? » Demanda alors Yanro en s’approchant de lui.

« Ça va… Et vous deux, vous allez bien ? »

« Un peu mal à la mâchoire mais ça va », répondit Yanro.

« Tout va bien. Je n’ai pas mal. Tu vois ? Je ne pleure même pas », assura Lysha.

Malgré ces paroles, le visage de la jeune fille faisait peine à voir avec les traces de sang et la zone rougeâtre sur sa joue droite qui commençait déjà à enfler.

« Tu ferais mieux de penser à ta blessure d’abord, on dirait bien qu’elle s’est rouverte. Mieux vaut s’en occuper au plus vite », dit Yanro.

Aidé par Yanro et Lysha, Fang marcha alors jusqu’à la maison avant de s’allonger sur le lit. Bien qu’ils étaient à l’intérieur avant leur arrivée, Kuzu et les autres n’en avaient pas profité pour saccager l’endroit, bien qu’il n’y avait pas grand-chose à saccager en premier lieu.

Tandis qu’ils s’occupaient de leurs blessures respectives, Fang réfléchissait à sa situation maintenant qu’il était devenu un esclave. La première chose à faire était tout d’abord d’avoir plus d’informations et une question lui vint rapidement en tête.

« Yanro, tout à l’heure… Cet homme a dit que Kuzu était devenu un « chien ». Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? »

Parler de Kuzu était un sujet délicat mais il n’avait pas le loisir de faire dans la finesse. Il semblait que certains esclaves possédaient différents statuts. Fang sentait que c’était peut-être là le début d’une solution.

« J’aurais aimé que tu puisses t’en aller avant de découvrir ça. Ça n’a rien de très glorieux. Pour faire simple, quand des esclaves rentrent dans les bonnes grâces des hommes de Gregar, ils deviennent des « chiens », comme tu as pu le voir avec Kuzu. Bien que ce ne soit pas très courant, trouver un nouvel esclave est une façon d’y arriver. Dénoncer des esclaves qui pensent à se révolter ou bien à s’enfuir est ce qui se fait le plus souvent », expliqua Yanro.

« Et donc, je suppose que devenir un chien a ses avantages si les gens sont prêts à vendre les autres pour y arriver ? »

« Ce n’est pas le grand luxe mais la condition de vie des « chiens » est meilleure que celle de simples esclaves. Leur travail principal consiste à superviser les différents groupes d’esclaves dans les mines. Comparé à passer sa journée entière à creuser, c’est nettement mieux. »

Fang était pensif. Vu les conditions dans lesquelles ils vivaient, il n’était pas surprenant que certaines personnes craquent sous la pression et soient prêtes à dénoncer leurs amis ou bien leur famille. Kuzu était un parfait exemple de la sombre ambiance qui régnait à Drouma.

Avec des gens soumis, exploités et prêts à trahir son prochain à la moindre occasion, tout le monde vivait dans le doute et la paranoïa. Avec un tel état d’esprit, il était impossible pour les gens de s’unir et encore moins de se rebeller. Gregar semblait avoir un contrôle parfait sur la cité.

Après s’être occupé de leurs blessures, c’est dans une atmosphère lourde et tendue qu’ils prirent leur repas. Même Lysha, qui était si énergique d’habitude, avait une expression peinée. Avec son visage enflé, la voir ainsi était encore plus difficile pour Fang et il ne trouvait aucun mot pour la réconforter. Alors que Yanro était sur le point de partir, il se tourna vers Fang et baissa la tête. Des larmes coulaient le long de ses joues.

« Fang, je suis vraiment… vraiment désolé ! Si Kuzu a agi comme ça, c’est de ma faute. Si je m’étais mieux occupé de lui, jamais il n’aurait jamais tourné ainsi ! »

« Yanro, ce n’est pas de ta faute. Tu n’as pas à t’excuser », se dépêcha de répondre Fang.

« Fang a raison ! Oncle Yanro est quelqu’un de bien ! C’est Kuzu qui… »

Lysha voulait poursuivre mais le regard insistant de Fang l’empêcha de continuer. Bien évidemment, il était loin de porter Kuzu dans son cœur après que celui-ci l’ait dénoncé. Mais ce qui l’avait surtout énervé, c’était la façon dont celui-ci avait traité son père. À ses yeux, si Kuzu était prêt à tomber aussi bas pour son propre intérêt alors le titre de chien lui allait à merveille. Cependant, et même s’il pensait cela, il n’avait pas le cœur à accabler Yanro sur le comportement de son fils.

« Je suis désolé, Fang. Je suis désolé. »

Après avoir murmuré ces paroles une dernière fois, Yanro rentra finalement chez lui. Avec sa femme décédée et la trahison de son fils, sa lointaine silhouette semblait vouloir se fondre dans les ténèbres de la nuit. Fang ne pouvait s’empêcher d’imaginer à quel point celui-ci devait être attristé à l’heure qu’il est.

« Kuzu n’est qu’un méchant. Il a fait pleurer oncle Yanro », s’indigna Lysha.

Fang lui caressa la tête.

« Je le pense aussi. Mais ça ne sert à rien de le dire devant Yanro. Tu ne veux pas le rendre plus triste non ? »

Lysha acquiesça en silence.

« Il est temps de se coucher. Demain va être rude. Maintenant que je suis un esclave, je n’ai pas d’autre choix que de vous accompagner dans les mines à partir de demain. Comme c’est la première fois pour moi, je compte sur toi pour me montrer comment faire. »

« Hé hé. Pas de soucis. La grande Lysha sera là pour t’aider », déclara fièrement la jeune fille en bombant le torse.

Lysha semblait avoir récupéré un peu de sa bonne humeur, ou peut-être qu’elle se forçait à être joyeuse. Fang espérait que c’était la première option. Après s’être mis au lit, il se mit à regarder le plafond d’un air absent. Ses pensées se bousculaient tandis qu’il tentait de trouver le sommeil.

« Je suis redevenu aussi faible que je l’ai été auparavant et me voilà devenu un esclave pour couronner le tout. Est-ce que c’est le destin qui me dit de rester à ma place ? »

Fang leva sa main en l’air avant de la refermer avec vigueur. Non ! Le destin n’était pas quelque chose d’absolu et définitif. Il avait déjà réussi à changer les choses à Mura et ce n’était pas différent cette fois-ci non plus. Même si celui-ci n’était pas en état de lui parler ou de l’aider, Shen était encore là, à lui offrir une lueur d’espoir. Il avait encore une chance !

Ce n’était pas le moment de se laisser aller par le doute et l’hésitation. S’il avait pu changer son destin une fois, alors il était capable de le faire une fois de plus. Après avoir réaffirmé sa volonté, il ferma finalement les yeux. Il s’était préparé mentalement. Pour le meilleur ou pour le pire, sa vie en tant qu’esclave allait bientôt débuter.

 

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