Les mésaventures d’un homme pas si ordinaire – Chapitre 4


Auteur : Henri

Check : Nekoyashiki-san


Nous descendîmes dans le sous-sol et nous fîmes face à cette porte métallique. Cette dernière avait perdu beaucoup de prestance. Elle ressemblait à une porte de réfrigérateur. Les ornements, les têtes de mort, les flammes, tout ça, avaient disparu. Ce n’était pas plus mal.

   Un chien tout mignon nous regardait avec attention. Enfin, il nous regardait même avec beaucoup d’attention avec ses trois têtes et ses trois paires d’yeux. Sa queue faite de serpents avait l’air presque inoffensive, elle ressemblait aujourd’hui à des serpentins endormis.

  Là, maintenant, il était tout mignon mais à chaque fois que je l’avais rencontré, j’avais dû me battre à mort. D’ailleurs, je ne savais même pas qu’il pouvait prendre cette forme. J’avais presque eu un fou rire frustré.

  Pour m’accueillir, il avait l’habitude plutôt de mesurer quelques dizaines de mètres et d’avoir des crocs longs comme des sabres. Sa présence effrayait n’importe quel héros. Agile, puissant et terrifiant, il était le gardien des Enfers, celui qui dévorait tout ce qui essayait de sortir des entrailles de la Terre.

 

  On ne s’était battus que trois fois en tout, mais c’était déjà trois fois de trop.

  La première fois, j’étais venu chercher l’âme de mon maître. Ce jour-là, il m’avait détruit le bras droit. Je n’avais littéralement plus rien à droite. Plus d’épaule droite, plus d’avant-bras, rien. J’avais dû aller voir Asclépios pour qu’il me le fasse repousser. Et, ce n’était certainement pas l’expérience la plus agréable que j’avais vécue.

  La deuxième fois, je passais juste à côté mais il m’avait foncé quand même dessus, croyant à une intrusion. J’avais vraiment failli perdre la vie, heureusement qu’un autre héros était avec moi. À deux, nous réussîmes à le maîtriser avant de nous enfuir comme des lâches. J’avais encore des traces de brûlure sur ma fesse gauche.

  La troisième fois, j’étais venu pour chercher l’âme de ma femme. Mais, cette fois-ci, je ne réussis pas à le passer. Je n’étais plus si jeune. Le désespoir avait rongé ma chair. Il lui avait suffi de me toucher une seule fois pour me mettre hors d’état de nuire. Voyant ma carcasse brisée, il n’avait même pas trouvé l’envie de me manger. Par terre, en sang, avec mes larmes comme seul réconfort, j’étais proie à l’oubli.

  Soudain, une main délicate me tira en dehors de l’étreinte de la fin.

  Enfin, c’était une histoire passée, enfin presque passée, ruminai-je en jetant un œil à celle qui se tenait à côté de moi.

 

  Grâce à elle, me voilà, face à cet ennemi qui m’avait tant donné du fil à retordre. Je n’éprouvais pas particulièrement de haine envers lui. Après tout, il faisait son travail. J’éprouvais juste de l’amertume envers ma propre faiblesse.

  Il avait bien changé. Il avait donc vieilli, lui aussi. Il avait l’air beaucoup plus doux.

 

“Sur le dos !” dit Athéna en souriant.

 

  Hein ?! Il avait peut-être vieilli mais le provoquer n’était peut-être pas la meilleure chose à faire. Je cachai Athéna derrière mon dos, et je me préparai au combat. Je canalisai mon énergie vitale. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mené de combat de cette envergure. Est-ce que je tiendrais assez longtemps pour qu’elle puisse demander de l’aide ?

  Je me tournai vers notre guide plâtré. Dieu de la mort ou pas, il n’allait pas faire le poids vu son aura et son visage déconfit. J’étais donc tout seul.

  Ah… Pourquoi est-ce que je me trimballai cette déesse déjà ?

 

   Alors que mon cerveau simulait les différents choix que j’avais à ma disposition pour mener à bien ce combat, je clignais des yeux violemment. Qu’est-ce que je venais de voir là ? Le chien. Ce sale chien. Il s’était roulé, non ? Par Nura, il s’était vraiment mis sur le dos. Je le fusillai du regard. Tu te fiches de moi, pensai-je, c’est ça l’animal qui a failli me tuer.

 

“Qu’est-ce que tu fais ? Ne t’inquiètes pas, regarde. Mignon, chien, chien, mignon”, continuait-elle en lui caressant le ventre.

 

 Même si cette scène pouvait paraître mignonne au premier abord, je ne relâchais pas ma garde. Il était beaucoup trop dangereux pour être sous-estimé ou apprivoisé.

  Je sortis l’os de mammouth de ma poche spatiale. Je regardai à nouveau la déesse de la sagesse chatouiller le ventre du chien des Enfers avant de le ranger. Le regret devait sûrement tâcher mon visage. Tant pis, cela finira aux enchères.

   350 000 Crédits pour que cela ne me serve à rien, au moins, je n’avais pas eu à le combattre.

 

  Avec toutes ces missions et trajets, je n’allais jamais réussir à tenir juste avec mes économies à ce rythme. J’espérais ne pas avoir à reprendre mon travail de Héros.

 

“Tu as fini de jouer avec lui ? dis-je amèrement.

– Tu ne veux pas arrêter d’être grincheux un peu ? Regarde, comment il est trop mimi. Il a dit qu’il va nous guider.

– Hein ? Et qui va garder la porte ? demanda Thanatos.

– Toi, enfin, c’est ce qu’a dit ce mignon petit toutou.

– Je ne vais pas faire le poids.

– Il a raison, ajoutai-je.

– Laissons plutôt ton Héros adoré faire ce travail. Je t’accompagne.

– Wouaf grrr wouaf ! Wouof ! Wouaf ! Wouaf wouaf wouaf !

– Il dit : Thanatos est un faible. Fais chier. D’accord. Je reste pour cette fois, traduisit-elle. Fais pas ta tête toute triste. La prochaine fois, je t’emmènerai faire un tour ! ajouta-t-elle.

– Wouaf !

– Allons-y !

– Allons-y, dis-je en glissant la clé dans la porte tout en gardant un œil sur ce chien.”

 

  Quatrième passage aux Enfers, je croisai les doigts pour que rien de bizarre ne se passe. Il y avait eu assez de surprises aujourd’hui. J’avais eu de la chance qu’elles soient toutes bonnes mais j’avais bien peur que cela n’allait pas durer.

  Après tout, je n’avais pas acquis le titre “Héros de la Malchance” pour rien.

 

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