10;Drops 5 — La vie n’est pas si simple

Auteur : Mouton
Check : Faust


Réveille-toi, Sahar.


Sahar sentit quelque chose lui toucher la joue. Il leva le regard, fatigué. Il n’avait plus envie de rien faire. Il en avait marre de tout. Il avait détruit toutes ses chances d’avoir une bonne relation avec Nyara. Creel allait le tuer ; sauf s’il mourait des blessures qu’il avait déjà. Son corps était épuisé.

– ……

On lui toucha à nouveau la joue. La douleur avait été si insupportable que Sahar ne la ressentait tout bonnement plus du tout. Nyara était bien trop forte…

Sahar en avait marre de s’évanouir, encore, encore et encore. Combien de fois allait-il souffrir et tomber dans les pommes ? Arriverait-il au moins à passer la première journée ? Voir à quoi ressemble la nuit dans ce nouveau Monde, ici, à Duzmog ?

Sahar n’entendit pas les appels ; son corps ne réagissait plus, ne percevait plus, ne sentait plus. Il était si faible. Le garçon ouvrit à peine les yeux : on venait de le secouer — ou quelque chose dans le genre.

Mais ça lui importait peu. Il pouvait mourir ; il n’en avait rien à faire. Il était totalement déprimé.

Il n’avait pas de pouvoir, il n’avait plus d’endroit où aller, il avait perdu la personne qui l’avait sauvé et rien n’allait dans son sens, actuellement ; seul le Harem qu’il imaginait pouvait lui remonter le moral. Sahar referma les yeux et s’endormit, bien trop épuisé.

****************************************************

Le garçon n’ouvrit pas les yeux directement. Il lui semblait après avoir entendu un bruit près de lui, mais ce n’était peut-être que son imagination. Il remarqua d’abord que son ouïe était revenue : il n’entendait plus le “biiip” continu qui l’oppressait auparavant. La dernière fois qu’une telle chose s’était produite, c’était après être rentré d’un Blind Test un peu trop bruyant. Certes, il avait adoré l’ambiance là-bas et les musiques avaient été bien choisi, mais le son… Il aurait pu devenir sourd, littéralement. Heureusement qu’il avait pris son casque à ce moment-là.

Mais il n’avait pas le temps de se remémorer le « bon vieux temps ».

Rien ne se passait. Sahar ne savait pas s’il devait bouger ou juste…… attendre. Il finit par se décider et ouvrit les yeux lentement. La lumière n’était pas très intense, ce qu’il appréciait : il n’aurait pas voulu être agressé dès son réveil. Son esprit était encore embrumé, mais il commença à se souvenir plus clairement de ce qu’il s’était passé auparavant.

De ce qui s’était passé avec Nyara.

… Pourtant, on ne dirait pas que je suis encore à l’extérieur.

La lumière n’était pas celle du soleil, mais clairement celle d’une lampe. Sahar se demanda s’il y avait l’électricité dans ce Monde ?

Evidemment qu’il y en a, vu qu’il y en avait chez Nyara… Je suis débile ou quoi ?

Le garçon cligna des yeux avant de remarquer qu’il était désormais couché ; alors qu’il s’était évanoui assis. On l’avait donc déposé quelque part d’autre…

Mais qui ? Et pourquoi ?

Il se mit en position assise, une main sur la tête. La douleur semblait être partie — encore une fois —, mais il ne se sentait pas bien pour autant. C’était la même sensation que le tourni, mais en plus dérangeant. En plus de cela, il sentait dans son ventre quelque chose de… désagréable. Peut-être avait-il tout simplement faim ? Il n’avait pas mangé depuis un petit temps ! Il était vrai qu’il avait beaucoup avalé avant de partir en train, dans SON monde, mais cela devait faire quelques heures, maintenant. Sahar n’était pas gros, mais il avait souvent faim. Même s’il avait décidé de faire plus attention désormais, sa gourmandise ne pouvait pas disparaître en quelques jours…… c’était bien plus compliqué que cela. Sahar plaça une main sur son ventre et regarda en vitesse autour de lui. Cela lui rappelait ce matin, quand il s’était réveillé dans le carrosse.

J’espère ne pas tomber dans les pommes une trois… enfin, une quatrième fois, quoi…

Il allait vite en avoir marre. Comment pourrait-il vivre d’aventure et de « epicness » s’il ne fait que se faire battre ?!! Il se toucha l’épaule et repensa à la raclée qu’il s’était prise par Nyara. L’avait-il mérité… ? Il lui sembla que… non. Qu’avait-il fait de si grave pour mériter un tel jugement ?

Sahar se concentra plus attentivement sur le décor autour de lui qu’à ses pensées : il devait savoir où il se trouvait.

Un mur blanc immaculé se trouvait devant lui, une petite table rond à son pied, laquelle s’ornait d’un vase plein d’une seule fleur jaune. Elle semblait regarder le garçon confus, qui tourna un peu la tête. La pièce était lumineuse, lui dévoilant tous ses secrets. Il avait en réalité dormi sur un lit, recouvert d’une couverture bleue. Tous les murs étaient de la même couleur, de même que le plafond, auquel était accrochée une lampe plutôt moderne. Il n’y avait rien d’autre dans la pièce. Seule une armoire à moitié montée remplissait maladroitement la chambre vide et silencieuse.

Si cet endroit aurait été son lieu de « TP » dans ce nouveau Monde, Sahar n’aurait jamais deviné du premier oeil qu’il s’était fait Isekai. On aurait tellement dit une chambre normale de son monde — la Terre.

– Qu’est-ce que je fais ici… Ce n’est même pas « ma » chambre… pensa Sahar en se levant du lit.

La chambre qu’il avait chez Nyara était bien plus belle, grande et tape-oeil que cette misérable pièce. Il y avait si peu de décorations, si peu de meubles et si peu de… style. C’était une chambre ridicule qui ne ferait plaisir à presque personne. Le matelas n’était même pas confortable ; le dos de Sahar pouvait en témoigner. Il s’étira et fit un tour de bras en baillant, même s’il n’était pas fatigué.

La porte devant lui était fait d’un bois qui ressemblait à du chêne. Le parquet, lui, probablement en acacia. En tout cas, c’était la même couleur. Sahar n’analysa pas plus profondément la pièce et tourna la poignée dorée.

La porte ne s’ouvrit pas, même après une deuxième tentative.

Sahar était bloqué dans cette chambre.

– …….

Il resta debout devant la porte sans bouger d’un poil, la main toujours sur la poignée. Devait-il crier à l’aide ? Et s’il avait été… kidnappé ?! Déjà ??

Est-ce que Nyara… viendrait le sauver, si c’était le cas ? Sa dernière vision d’elle……… Non, elle ne devait plus l’apprécier. Cependant, sa réaction n’était-elle pas exagérée ? Sahar avait-il été aussi… méchant avec elle ? Il ne souvient pas de l’avoir insulté…

– J’ai d’autre chose à penser, là. Laisse Nyara pour plus tard, merde.

Sahar s’énerva contre lui-même. Pourquoi pensait-il tant à elle comme cela ? Il était enfermé dans une chambre vide, il devait penser à des choses plus importantes.

Comme COMMENT en sortir. C’était actuellement la chose la plus importante. Il essaya de nouveau d’ouvrir cette maudite porte, mais évidemment, elle ne s’ouvrit pas. Le bruit que produisait la clenche fut le même que ceux dans les jeux vidéos. Il força sur la porte, mais rien de plus ne se passa.

Il était bel et bien enfermé dans cette pièce.

Sahar n’avait pas assez de force pour défoncer la porte, même avec ses pieds. Il aurait bien voulu tenter, mais il ne se sentait pas si bien. Il s’assit sur le lit et soupira, ne sachant quoi faire. Si ça se trouve, c’était l’autre « Creel » qui l’avait enfermé ici… Il avait bien dit que s’il touchait Nyara, il allait mourir……

– … Ahah…

Sahar baissa la tête et regarda ses cuisses, ne pouvant qu’espérer que son sort ne soit pas si… horrible.

Le garçon n’avait presque pas bougé, et cela depuis au moins une bonne heure. Il avait posé son oreille contre la porte quelques fois, mais aucun bruit ne provenait de l’extérieur. Il se sentait déjà mieux qu’à son réveil, ce qui était une bonne nouvelle pour lui.

Cependant, il était toujours dans cette chambre vide. Il avait fouillé ce qu’il pouvait ; mais il n’y avait rien. Il n’avait toujours pas tenté d’enfoncer la porte et l’envie lui prenait de plus en plus. Il en avait marre de rester dans cette pièce déprimante. Il devait… Il devait retrouver Nyara !

Il se leva du lit, plus déterminé. Comme s’il allait rester coincé ici ! C’était dans ce genre de moments désespérés qu’on réveillait nos pouvoirs ! Sahar regarda avec un air sombre la porte, prête à l’éclater. Elle n’allait pas survivre plus longtemps dans ce Monde ! Elle allait rejoindre les autres portes cassées !

– Allez, mon pouvoir… !

Le garçon pointa ses deux mains vers la porte et cria « YAAAHH !! ».

Mais rien ne se passa.

Il n’abandonna pas et claqua des doigts, toujours en direction de la porte.

Mais rien ne se passa.

Une veine ressortit de son front et il serra les poings. Sahar fonça sur la porte, l’épaule droite en avant. Il s’écrasa contre la porte avec un bruit violent. La porte encaissa entièrement le coup, et…

… rien ne se passa.

Sahar tomba par et se tint l’épaule en gémissant. Qu’est-ce qu’il tentait, encore ? Il le savait… Qu’il n’avait ni force, ni pouvoir. Alors, pourquoi continuait-il… ?!

– Je suis juste con. Putain de con, oui.

Il s’insulta en se levant, puis se mit sur le lit, les yeux déjà plus tristes…… mais il ne devait pas désespérer pour autant. Ce n’était pas parce qu’il n’avait pas de pouvoirs qu’il n’allait pas vivre d’action, d’« epicness » et de tout ça…

… hein… ?

Alors qu’il perdait de plus en plus espoir, un bruit le fit sursauter, le réveillant de ses pensées : on avait toqué à la porte.

– Heuuu… Comment ça va là-dedans ? fit une voix de fille.

A en juger par sa voix, elle devait en avoir environ quinze, ou seize ans. Sahar cligna des yeux et se leva encore une fois du lit.

– Je… Je suis enfermé dans cette chambre !! dit-il.

– Oui, je sais, héhé !

– … Heu…

Elle ne s’était même pas expliquée que des bruits de pas s’éloignant de la porte se firent entendre. Sahar se mit devant la porte et la frappa à multiples reprises.

– Pourquoi m’enfermer comme ça ?!! Laissez-moi sortir, j’ai rien fait de—

– … de mal ? Ah bon ?

Désormais, c’était la voix d’un homme qui se fit entendre. Une voix assez grave, probablement dans les vingt-cinq ans. Sahar déglutit, l’angoisse prenant possession de son coeur. Avait-il réellement été kidnappé… ? Allait-il…… souffrir ??

– … P… P-Pourquoi je suis en… enfermé dans une… chambre… ??

– Oh, ça. On… Enfin, elle t’a soignée et je t’ai enfermé pour pas que tu ne t’échappes, c’est tout, expliqua clairement la voix grave.

Alors la fille qui était passée… était celle qui l’avait soignée de ces blessures ? Peut-être possédait-elle un pouvoir de guérison !! Cependant, Sahar n’était pas rassuré. L’homme ne semblait pas avoir l’intention de faire sortir Sah……

– Bon, je t’ouvre la porte, maintenant que tu es réveillé !

…… ar… ?

– ……… ?

Le garçon entendit le bruit d’un cliquetis et la porte s’ouvrit de peu. On l’invitait carrément à sortir. Cependant, si on voulait bien le laisser sortir… Pourquoi l’enfermer en premier lieu ?? C’était inutile !! Il ne réfléchit pas plus et ouvrit entièrement la porte.

Et cela fut une fille de moins de douze ans qui l’accueilla derrière la porte.

Sahar resta bloqué devant cette mignonne créature aux cheveux vert clair, telle l’herbe fraîche le matin. Il tourna le regard vers la gauche, puis la droite, mais le couloir se déroulait seul.

Aucun homme n’était présent.

Pourtant, il avait bel et bien entendu une voix bien grave lui parler, cela ne pouvait pas être cette petite fille qui faisait sûrement 1m20… !!

– Sa’ut !!!

La petite fille lui fit un signe de main, un sourire à faire craquer n’importe qui sur les lèvres. Sahar recula d’un pas, voyant que sa voix n’était même pas la même que l’autre fille. Il y avait donc AU MOINS trois personnes ici… Sahar s’abaissa et la regarda dans les yeux. Ils étaient d’un beau violet qui pourrait facilement l’hypnotiser. Sahar était fragile avec les filles mignonnes…… Nyara n’était pas une exception, il s’était contrôlé, mais il était certain qu’il aurait presque pu devenir son esclave juste parce qu’elle était superbe.

– J’exagère, là, calme tes nerfs, Sahar. Tu n’es pas si soumis… soupira le garçon.

La fille rangea son grand sourire pour en faire un petit. La forme de sa bouche était comme les “:3”, ce qui fit rater un battement au coeur du garçon. Ce dernier secoua la tête et se remit les idées en place.

– Pardon… Il est où l’homme qui m’a parlé, juste avant… ? demanda Sahar.

– Tadda est pas ‘à ! Pas enco’e !

Elle devait avoir environ douze ans, mais parlait comme une fille de sept ans, voire moins. Sahar se leva, tournant le regard une nouvelle fois. La petite continua à le regarder, avant de prendre la manche du garçon. Celui-ci la fixa et elle lui fit signe de la suivre. Il accepta : il n’avait pas vraiment le choix de toute façon, il devait savoir où il était, pourquoi il se trouvait ici et comment en sortir.

Le garçon regardait la fille ; elle fredonnait un air mélodieux. Elle portait une longue robe qui faisait penser à celle d’une mariée, d’un beau blanc décorée de fleurs. Dans ses cheveux se trouvait quelques fleurs verte pâle.

– Alors comme ça…

Sahar voulait briser le silence entre eux deux.

– Mmmh ?

– Le monsieur s’appelle “Tadda”, c’est ça ? demanda-t-il.

– M’oui ! répondit-elle, sans pour autant se retourner.

– Et il est parti où… ? Je veux dire, il m’avait parlé à travers la porte, avant de m’ouvrir…

– C’est v’ai ?

La fille était vraiment innocente. Ce ne pouvait pas être elle qui l’avait soigné, mais l’autre. C’était certain. Il voulut lui répondre, mais la fille s’arrêta et Sahar l’imita. Elle lui lâcha la main et sauta pour ouvrir la porte. Il désirait l’aider, mais elle réussit à l’ouvrir sans problème. La fille l’invita à rentrer dans cette nouvelle pièce, ce qu’il accepta. Un beau sofa ressemblant fortement à celui que possédait Nyara se trouvait au fond de la pièce. Le reste n’était que des cartons qui remplissaient la pièce d’un peu trop. Une armoire neuve régnait de l’autre côté, près du canapé. Elle touchait carrément le plafond, ce dernier pourtant assez haut.

– Ooh, Miah a tou’ours rien ran’é…

La petite fille semblait parfois avoir du mal à parler. Il était compliqué de la comprendre sans l’écouter attentivement. Elle poussa quelques cartons en gémissant et incita Sahar à passer entre ceux-ci pour se diriger vers le canapé.

– Encore une fois… ? se dit Sahar.

Il avait déjà eu une discussion avec Nyara et Az dans un canapé et il allait avoir une nouvelle fois une discussion dans un canapé… ? Dans ce nouveau Monde, ils aimaient cela ou quoi ?!

Cependant, Sahar s’y dirigea, ne voulant pas contredire la mignonne petite chose. Il pouvait tenter de s’enfuir, surtout qu’elle ne pourrait rien faire contre, mais il avait trop de questions en tête pour partir sans rien demander. De plus, il pouvait y avoir des pièges dans le coin.

Sécurité avant tout.

Il avança entre les cartons, faisant attention de ne pas en heurter un sans faire exprès. Tout cela avait l’air si fragile… Et vu que certains d’entre eux étaient empilés, tout pourrait s’effondrer malencontreusement.

Il arriva sans problèmes jusqu’au canapé, sur lequel il s’assit sans attendre. Il baissa le regard en soupirant avant de sursauter en lâchant un cri tout sauf viril. La petite fille pencha la tête, étonnée de le voir avoir peur pour si peu.

– Bah quoi ? demanda-t-elle. Ze t’ai fait peur… ?

Sahar avait été surpris de voir la fille si proche de lui, aussi vite. Il mit une main sur son coeur et hocha la tête de gauche à droite.

– Juste… surpris, dit-il brièvement.

Elle mit un doigt devant ses lèvres et le regarda attentivement.

– Tu n’as qu’à a’endre Tadda, main’enant !!

Mignonne… se dit Sahar en rougissant faiblement.

Elle lui sourit et repartit d’où elle venait, sautant au-dessus des cartons comme une acrobate. Sahar la regarda, bouche bée. Quelle était cette souplesse ?!! Elle avait à peine douze ans ! Il se frotta les yeux, mais quand il les rouvrit, elle était déjà partie. Il mit les mains sur ses cuisses et attendit. Ce « Tadda » était à coup sûr l’homme qui lui avait parlé à travers la porte. Pourquoi était-il parti aussi vite, et où ? De plus, pourquoi la fille s’était trouvée derrière la porte alors que c’était un homme qui avait parlé… Il n’y voyait aucune logique. La fille aurait-elle menti ? Non, même si elle mentait, tout cela n’avait quand même aucun sens. Il ne comprenait réellement pas… Le garçon aux cheveux gris décida de ne pas y penser plus longtemps. Il n’avait qu’à demander à ce Tadda et cela serait réglé.

Il continua à attendre, l’esprit vide. Il n’avait pas envie de se perdre dans ses pensées. Seule Nyara était passée vite fait dans son cerveau, mais Sahar l’avait dégagée, ne voulant pas penser à elle maintenant. Il ne devait pas se chauffer de trop. La pièce, pleine de cartons, était bien éclairée, mais il n’y avait aucune fenêtre ici : seule une lampe joliment composée maintenait ce salon en vie. A elle seule, elle produisait toute cette lumière, qu’on aurait pensé naturelle en premier lieu. La pièce avait beau être remplie de cartons de déménagements — en tout cas d’objets en tout genre —, elle était chaleureuse. C’était l’impression qu’avait Sahar en ce moment même. Même si, à n’importe qui d’autre, le salon aurait donné une autre impression, Sahar, lui, ne pouvait pas voir cette pièce comme autre chose que « vivante ». Il n’y avait aucune autre porte que celle de devant. C’était l’entrée et la sortie. On ne pouvait entrer dans cette pièce d’une autre manière.

… C’est long…

Il en avait déjà marre d’attendre. Cela devait faire vingt minutes qu’il était là, assis sur le canapé, à attendre Tadda. Il aurait bien voulu s’amuser à faire quelque chose d’autre ; mais il n’y avait rien pour jouer dans cette pièce. Il aurait pu fouiller les cartons, mais peut-être n’était-ce pas une bonne idée. C’était propriété privée, quand même. Il n’avait pas le droit de fouiller dans les affaires des autres. Cela ne se faisait pas.

Sahar soupira et baissa la tête, les yeux à demi-fermés. Il n’était pas fatigué, mais à attendre sans rien faire, sans bouger, c’était assez fatiguant. Il s’était levé et avait marché en rond pour réveiller ses jambes, mais c’était tout. D’un coup, l’image de ses parents passa dans sa tête. Il sourit, ne sachant pas pourquoi il pensait à eux maintenant.

– Tu penses à quoi ?

Sahar sursauta et faillit glisser du canapé.

Une voix lui avait susurré quelques mots dans l’oreille droite.

Il tourna la tête, mais il ne vit personne. Il cligna des yeux et observa toute la pièce, avant de le voir.

Un homme aux cheveux blancs — plus clairs que ceux de Sahar — se tenait au fond de la pièce. Vu que le salon n’était pas si grand, il put remarquer que ce dernier souriait, mais ses traits, ainsi que la couleur de ses yeux, étaient indéfinissables. Le garçon fut d’abord attiré par les vêtements de l’homme. Ils étaient beaux, mais il ne savait pas comment les décrire. Sa « veste » lui arrivait jusqu’aux genoux et était d’un blanc superbe, comme toute neuve. Quatre bords étaient remontés tout au-dessous de sa veste ; c’était un style particulier. Sahar n’avait jamais vu cela de sa vie…… sûrement parce que ce n’était même pas possible à créer.

Pourtant, l’homme, devant lui, portait un tel vêtement. Sahar trouvait cela vraiment stylé et il en était presque jaloux. Ses habits à lui étaient basiques et auraient mérité un LAVAGE. Le garçon déglutit.

– … Je…

– ………

L’homme ne disait rien, toujours souriant. Il ne semblait pas vouloir bouger d’un pas. Les encombrants cartons les séparaient de quelques mètres. Est-ce que c’était lui qui lui avait susurré ces mots dans l’oreille… ? Comment était-il déjà aussi loin… ? Sahar voulait briser le silence, mais il ne savait juste pas comment… Devait-il se lever ? Lui dire bonjour ? Être direct, peut-être… ? Sa gorge était bizarrement serrée, ne lui laissant pas dire quoi que ce soit. Alors qu’il ne se passait rien, que l’homme ne bougeait pas, la tension était énorme. Le garçon sentait la pression peser sur ses épaules.

– ……….

L’homme se gratta les cheveux, remarquant que le garçon assis sur le canapé n’osait rien dire. Il finit par soupirer et enjamba les cartons. Sahar plissa un peu les yeux, son coeur battant de plus en plus vite.

Il s’approchait, toujours silencieux.

Qu’allait-il se passer ? Est-ce que ce Tadda comptait faire du mal à Sahar ? Ou une conversation entre eux allait réellement se passer sans aucune encombre ? Dans tous les cas, le garçon ne pouvait rien faire. Quoi qu’il arrivait, la fuite n’était pas possible : la sortie se trouvait derrière l’homme, donc il ne pourrait pas passer. Si l’homme — qui était probablement Tadda — était venu le battre, alors Sahar était totalement sans défense.

Mais il ne pouvait pas mourir si vite.

Il n’avait pas été téléporté dans ce nouveau Monde juste pour mourir quelques heures après… !! Il ne pouvait pas l’accepter.

Se faire téléporter dans un autre Monde, se faire battre directement, trouver une magnifique fille et se refaire battre tout ça pour mourir après ?? Le Monde ne veut pas de lui ou quoi ? Certes, Nyara était une très belle fille, mais il l’avait perdue. Déjà. Il pouvait toujours aller se faire pardonner, mais il ne savait pas trop comment : il devrait déjà savoir ce qu’il avait a fait pour mériter un tel jugement.

– …… Pourquoi tu n’arrives pas à te l’avouer.

– ………

L’homme finit par arriver devant Sahar. Il avait les yeux comme des diamants. Un blanc mélangé avec un bleu très clair ; ils étincelaient. Il avait l’air plutôt jeune, probablement dans la vingtaine ; le début de la vingtaine. L’homme regarda impassiblement le garçon , bien qu’il tente de dissimuler un sourire en coin. Il ne brisa pas le silence et s’assit à côté de Sahar, ce qui fit sursauter ce dernier. L’homme failli rigoler.

– Peur pour si peu ? Calme tes nerfs, dis.

– Ah… Ahahah…… Ouais………

L’homme plissa un oeil sans détourner le regard. Il avait un air mesquin sur le visage.

– Tu dois te demander ce que tu fais ici, pas vrai ? demande l’homme tout en souriant.

Sahar acquiesça, ne pouvant pas le nier. Il n’avait aucune idée de ce qu’il faisait ici et aimerait le savoir. L’homme augmenta l’intensité de son sourire.

– Tu n’en as vraiment aucune idée… ?

Il ne semblait pas être confus, mais plutôt amusé ; contrairement à Sahar. Comment ce dernier pourrait le savoir… ?

– … Non.

Sahar finit par répondre, la gorge toujours serré. Il était mal à l’aise et l’ambiance n’aidait pas. L’homme arrêta de sourire et détourna le regard. Les yeux rivés vers le sol, celui aux yeux diamants hocha la tête, comme désespéré. Il soupira doucement.

Le silence était gênant ; Sahar n’aimait pas cela. Il se sentait… mal. Devait-il comprendre POURQUOI il était ici ? Mais, COMMENT devait-il le comprendre ?!! Il était exaspéré. Il voulait vraiment sortir de cette ambiance et enfin avoir des explications, mais sa gorge ne se desserra pas, ne laissant pas au garçon la possibilité de parler. L’homme tourna le regard vers Sahar.

– Tu trouveras la raison par toi-même, ne t’en fais pas, dit-il, les bras croisés.

Sahar ne sut quoi dire, alors il ne fit que hocher la tête faiblement. Le garçon déglutit avant de poser sa première « vraie » question.

– Tu es bien… Tadda ? demanda-t-il.

L’homme sourit.

– Je vois qu’on connaît déjà mon prénom !

– C’est une petite fille… qui me l’a dit.

– Oooh… Harmonie, je suppose ?

La mignonne fille s’appelait donc Harmonie. Il aurait trouvé ça plus logique qu’elle s’appelle « Flora », vu le nombre de fleurs qu’elle possédait sur sa robe. Cependant, Harmonie était très beau, il appréciait énormément ce prénom. Sahar espérait que Harmonie était bel et bien le prénom de la fille qu’il avait rencontrée, et pas de quelqu’un d’autre encore…

– Je… suppose, lâcha Sahar.

– Fille aux cheveux verts, yeux violets, des fleurs un peu partout ?

– E—Exact !!

– Alors c’est bien Harmonie, ma petite fleur~ !

Tadda se mit à sourire bêtement en rougissant faiblement. Sahar trouvait cela assez bizarre, mais ça ne voulait rien dire. Si cet HOMME était amoureux de cette PETITE FILLE, cependant, le garçon commencerait à avoir peur… Tadda, voyant l’air un peu choqué de Sahar, se mit à rire.

– Qu’on soit bien clair, ce n’est pas ma petite-copine ou quoi que ce soit, ahah ! C’est juste ma fille !

– Ta… fille ?

Sahar était très surpris par cette nouvelle. Tadda ne semblait pas être très vieux et Harmonie devait avoir dans les douze ans. Si, dans ce nouveau Monde, l’âge légal était 18 ans, comme sur Terre, alors Tadda devait être dans la trentaine…

Mais il semblait bien plus jeune ! Poser la question serait indiscret et impoli, mais il en avait bien envie.

Cependant, Tadda changea de sujet très rapidement.

– Bref, comment ça va ? demanda-t-il.

– Un peu confus de tout ce qu’il se passe, mais… ça va pas trop mal, je suppose ?

– Comment tu peux aller bien…

L’homme avait parlé dans sa barbe : Sahar ne l’entendit pas.

– Pa… Pardon ? bégaya Sahar.

– Hein ? Ah, rien. C’est bien si tu te sens bien. Je ne veux pas discuter trop longtemps, tu dois sûrement te remettre… de tes émotions. On compte pas te garder ici, si tu te posais la question.

Tadda parlait rapidement. Sahar avait presque du mal à suivre, mais il avait tout compris. C’était une bonne nouvelle qu’il ne reste pas ici trop longtemps, car il devait rejoindre Nya—

Enfin, si… elle acceptait de revoir Sahar.

Sahar secoua la tête pour tenter de décrocher ces pensées de son esprit. Ce n’était pas le moment d’y penser !! L’homme assis à côté de lui baissa légèrement les yeux en voyant le garçon réagir comme ça.

– Sinon… Tu as des amis ?

Sahar tourna le regard rapidement vers Tadda. Quelle genre de question était-ce… ?

– … En gros…

Sahar en avait dans SON monde, mais ici, Nyara était la seule à être sympa. Enfin, Az semblait le protéger aussi, mais pouvait-on considérer cela comme un « ami » ? Le garçon venait bien évidemment de mentir : il n’avait pas d’amis, ici. Nyara ne pouvait plus être considérée comme ami, après ce qu’il avait fait.

– Et cette fille aux cheveux menthes, elle n’est pas ton amie, alors ?

Sahar ouvrit grand les yeux et se tourna vers Tadda.

… Quoi ?

Il…

…connaissait Nyara ?

Tadda semblait être tout innocent, un air sérieux sur le visage. Il ne réagit pas à l’air choqué de Sahar. Il avait posé cette question comme si c’était tout à fait normal. Ses yeux diamants fixaient le garçon avec attention. Ils ne le lâchaient pas.

L’ambiance générale de la pièce changea d’un coup.

Sahar sentait ses mains trembler. Il ne se sentait pas bien, il ne se sentait pas en sécurité. Cet homme… Pourquoi Sahar était si… effrayé ? Tadda n’avait posé qu’une simple question, rien de spécial… Pourtant.

– J…… Si………

Il avait prit du temps à répondre. Nyara n’était pas vraiment son amie, mais que devait-il répondre ? Si Tadda était une de ses connaissances, alors il était bien trop risqué de répondre « Non ». Il devait faire attention à ce qu’il disait, à partir de maintenant. Encore plus qu’avant.

Tadda l’observa de haut en bas avant de plisser les yeux.

– Déjà ton amie, après si peu de temps ? Tu es son ami, alors que tu as voulu la frapper ?

Deux coups dans le coeur.

Sahar se vit arrêter de respirer. Son coeur fit pareil. La bouche bée, il ne lâcha pas du regard l’homme devant lui. Il était désormais…

… menaçant.

Sahar ne savait pas quoi répondre. Il n’arrivait même plus à réfléchir. Tadda l’avait prit par surprise. Il ne pouvait plus penser à quoi que ce soit. L’homme sourit, toujours menaçant.

– Tu penses que je ne sais rien ? Tu vas devoir comprendre quelque chose d’assez vite.

Tadda approcha sa tête de celle de Sahar, qui eut un sursaut. L’homme cligna les yeux doucement.

– Tu vas devoir comprendre que rencontrer Nyara ne peut t’attirer que des ennuis.

– …… N… Non……

– … E… Aeueah…

Sahar n’arrivait pas à parler. Une boule gigantesque à l’intérieur de sa gorge le gênait. Son corps était effrayé et tremblait devant l’homme. Ses yeux le transperçait avec une violence qu’il ne comprit pas.

– L’endroit où vous étiez, dès que j’ai entendu des bruits, j’y suis directement allé, expliqua Tadda avec une voix calme. Quand j’ai vu que vous tentiez de voir si tu avais un pouvoir, je suis resté parce que c’était amusant. Dès le moment où t’as voulu attaquer celle que je protège, Nyara, j’ai hésité à… te tuer.

Sahar recula tout au fond du sofa, les poings serrés, effrayé par l’homme.

– Mais Nyara est bien trop gentille. Elle ne t’as beaucoup battu. Elle aurait dû te tuer. Directement. Elle ne l’a pas fait juste par gentillesse. Te pardonner, c’est autre chose.

– … A…

– Je ne t’ai jamais vu avant, alors tu dois sûrement être quelqu’un qui a été sauvé par Nyara, ou peut-être recueilli ? Je ne sais rien sur toi, mais je compte bien tout savoir. Je compte bien savoir si tu es nuisible pour Nyara, et à ce moment là, je mettrai ta tête sur un plateau.

– … M… J…

– Cependant…

Dès que Tadda cligna des yeux, son air menaçant s’effaça. Il semblait être… sympathique, désormais. Il rigola.

– Je t’ai bien fait peur, pas vrai ?! Ahahah !

Sahar cligna des yeux, sa respiration coupée et son coeur affolé. Il n’arrivait toujours pas à sortir un seul mot de sa bouche. Tadda se frappa le genou sans s’arrêter de rire. Le garçon aux cheveux blancs commença à rigoler pareillement, mais ce n’était pas parce qu’il trouvait cela drôle.

Il ne savait même pas pourquoi il rigolait. Tadda se tourna vers lui et hocha la tête.

– Cela ne change rien au fait que tout ce que j’ai dit est vrai, excepté le fait que je compte savoir qui tu es et te tuer !! Ahahah !

Sahar éloigna un peu la tête toujours en rigolant. Tout son s’envola/s’évanouitt, même s’il avait toujours peur.

– Tu sais, la vie n’est pas si simple, lâcha Tadda en secouant la tête.

Le garçon le regarda d’un air étonné. L’homme continua.

– Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on va sortir avec ; ce n’est pas parce qu’on rencontre quelqu’un qu’il deviendra notre ami ; et ce n’est pas parce qu’on croit être puissant qu’on l’est, parla Tadda. La vie ne nous offre pas de cadeaux ; c’est aux autres et à soi-même de les faire.

Sahar ne savait pas pourquoi il disait tout cela, mais c’était bien dit. Il n’avait jamais vraiment pensé à tout ça. Il s’était toujours laissé « emporter par les vagues de la vie ». C’était une expression que sa mère utilisait souvent…

– Bref, tu veux savoir ce que tu fais ici ? demanda l’homme aux cheveux blancs.

Sahar sortit de ses pensées et acquiesça. Tadda sourit faiblement.

– Tu as voulu frapper Nyara. Je vais choisir ta punition. Ton sort.

 

 

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