10;Drops 3 — Pour toi ; d’il y a dix ans

Auteur : Mouton
Check : Faust


Ce projet n’a pas été abandonné ! ^^
La preuve, voici le chapitre 3 ! 😉

Neko


Sahar fixait le plafond depuis deux ou trois minutes. Il s’amusait à imaginer quelle serait sa vie dans ce nouveau Monde. Même s’il voulait la puissance et son harem, il savait que la réalité serait tout autre. Quelle partie de lui avait raison ? La suite le dirait.

– En tout cas, Nyara est sacrément jolie…~ se dit-il en souriant.

Sahar attendait patiemment qu’on l’appelle. Il n’avait aucune idée de ce qu’il allait apprendre, mais il ne pouvait rien faire d’autre. Depuis qu’il était arrivé, il se posait une question en boucle :

Est-ce qu’il allait s’aventurer dans son nouveau Monde avec Nyara, quelqu’un d’autre, ou même, seul ??

Il n’y avait aucun moyen de le savoir. Si elle n’était pas une aventurière, Sahar tenterait d’aller vivre une « histoire » tout seul ; il n’avait pas envie de ne rien faire. Peut-être n’y avait-il aucune magie, peut-être n’y avait-il pas tant de combats que dans les fictions, mais il y avait toujours tant à visiter ! Sur Terre, il était né trop tard pour découvrir le monde ; mais sur ce nouveau Monde, Duzmog, il ne connaissait strictement RIEN. De plus, il semblait qu’ici, les gens ne savaient rien du “continent en dehors du continent”. Il supposait de ce nom qu’une mer ou qu’un océan séparait ces deux continents. Cela voulait dire qu’ils n’avaient aucun moyen de traverser cette énorme masse d’eau… ?

Ou était-ce autre chose ?

– Trop de questions…

… si peu de réponses.

Il allait devoir les découvrir lui-même, ces réponses. Il les trouverait, il en était certain ! Il se leva du lit sans se presser. Il marchait rarement sans chaussure, mais qu’est-ce que c’était agréable…

Il commença à avancer tranquillement vers un meuble avant de l’étudier avec attention. Le bois était très bien travaillé et d’une propreté impeccable. Lisse comme tout, le bureau était d’une symétrie très satisfaisante. Un livre était posé dessus, mais une feuille blanche cachait la couverture de celui-ci. Il la retira et la mit à côté, là où elle ne gênerait pas. La couverture du bouquin était plutôt normale, d’un rouge un peu sombre, avec seulement un titre doré pour « gâcher » cette couleur presque omniprésent. Le titre était

« Pour toi, Goutte de Feu ».

– …………..

Il voulut l’ouvrir, mais…

– Sahar, c’est bon !!

La voix de Nyara se fit entendre.

Il lâcha l’ouvrage et regarda vers la porte, où se tenait la jeune fille. Elle portait toujours son pyjama. Invité par son sourire resplendissant, Sahar la rejoignit sans tarder. Nyara se retourna, laissant la porte ouverte, et marcha devant, tandis que le garçon la suivait dans les couloirs. La maison semblait être vraiment grande. Quand il l’avait vue de l’extérieur, il l’avait déjà trouvée impressionnante ; et encore, il n’avait probablement encore rien vu, vu qu’il y avait deux étages !!

– Avec mes compétences ménagères, je vais en avoir pour dix heures par jour, au moins… soupira-t-il.

Cependant, il n’avait pas d’autre choix. Nyara ouvrit une porte en la poussant avec force et leva les bras.

– Ah, t’es là, Az !!

Sahar sortit de ses pensées et regarda devant lui, pour enfin voir cet homme—

—qui n’était pas là.

Il n’y avait personne. Nyara avança et sauta sur le canapé devant elle. Sahar fit sa tête habituelle du garçon « ennuyé par la situation et n’a aucune idée de ce qu’il se passe » et soupira. Il mit les doigts sur ses yeux fermés.

– Et…… il est où, Az ? demanda-t-il.

– Là, juste à côté de moi. Ahah, arrête !!

Sahar regarda le spectacle, stupéfait.

Il n’y avait personne à côté d’elle. On aurait juste dit une folle qui parlait avec son meilleur ami imaginaire et qui ne voulait pas admettre qu’il n’existait pas.

Mais Sahar avait bien entendu la voix de l’homme, et elle ne venait sûrement pas de Nyara. Ce qui étonna particulièrement Sahar, c’était que les oreilles de renard de la fille étaient baissées et qu’entre elles, sur son crâne, ses cheveux partaient un peu dans tous les sens, comme si on… lui caressait les cheveux… ?

– Ahah, arrête !!

Poussant la « personne invisible » à côté d’elle, Nyara tenta de reprendre son sérieux, mais rigola à de multiples reprises, laissant Sahar planté au milieu de la pièce — qui devait être un salon pour invités. Il y avait juste quelques canapés qui formaient un arc de cercle et le même tapis que dans l’autre pièce. Les murs étaient, cette fois-ci, peints de dessins qu’il ne comprit pas. La pièce était éclairée par une seule et simple ampoule accrochée médiocrement au plafond, mais qui faisait bizarrement l’affaire.

– Qu’est-ce que tu fais, idiot ? Tu ne veux pas t’asseoir ? lança Nyara en regardant Sahar.

– …… Uuugh, si, si…

Il s’avança vers le canapé le plus proche de Nyara et s’assit doucement, le regard toujours fixé sur elle. La fille, voyant la bouille du garçon, l’interrogea.

– Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme si j’étais folle ?

– Ah… ? Ah, pardon, pardon… C’est—

– Je crois qu’il parle de moi.

Une voix sortit de nulle part vint interrompre Sahar. Ce dernier garda la bouche ouverte, essayant de trouver l’origine de ce bruit. Dans la pièce, il n’y avait personne, excepté Nyara et lui-même. La voix provenait du même canapé que celui de la fille, mais il n’y avait littéralement personne.

Alors, comment ?

Sahar cligna des yeux à multiples reprises et ferma la bouche, toujours silencieux. Nyara tourna la tête vers l’autre côté du canapé, là où il y avait une place libre.

– Hein ? Pourquoi ? Quoi, Sahar, tu le trouves si moche ? demanda Nyara. J’avoue qu’il est pas si beau, mais c’est insultant.

– En profite pas pour m’insulter, Nyarasmotte.

– Gneu gneu gneu.

Sortant la langue tout en levant les yeux, Nyara se moqua de « Az », les bras croisés. Sahar ne comprenait réellement pas d’où provenait cette voix, mais il était désormais sûr que quelqu’un était là ; que « Az » était réel. Alors…

… Pourquoi ne le voyait-il pas ?

Nyara tomba du canapé, comme si on l’avait poussée avec une violence affligeante. Roulant sur le tapis deux fois, elle se cogna la tête contre la table, ce qui fit tomber un vase à forme rectangulaire. Ses pieds tombèrent sur le sol, et, avec un soupir, Nyara ouvrit les yeux.

– T’es un vrai connard, Az.

– Gneu, gneu… gneu ! se moqua-t-il, toujours invisible aux yeux du garçon.

Nyara se leva et soupira une nouvelle fois. Ensuite, elle se tourna vers le garçon aux cheveux blancs.

– Désolé que tu sois obligé de voir ce désastre, Sahar, lâcha-t-elle. On devait faire quelque chose de sérieux, mais ce con d’Az gâche, ENCORE UNE FOIS, tout.

Sahar se dit qu’ils devaient bien s’apprécier. « Qui aime bien, châtie bien » pensa-t-il. Elle alla se rasseoir à côté de l’invisible et se tapota les cuisses, installant un silence plutôt gênant. Sahar voulait parler, mais il ne savait pas quoi dire. Il aurait pu parler du « problème » avec Az, mais d’un côté… Nyara ne savait-elle rien ? Elle devait le voir, pourtant.

– Bon.

Nyara, embêtée par ce silence, attira l’attention des deux garçons.

– Sahar, c’est quoi le problème avec Az ? demanda-t-elle, les bras croisés.

Un pied sur le canapé, elle le regarda avec attention. Le garçon allait parler, quand—

– Il ne me voit pas, je suppose ?

—Az parla en premier. Sahar acquiesça, ce qui étonna Nyara.

– Tu ne peux pas voir Az ? Sérieusement ? Pourquoi ?

– Uuuugh. Qu’est-ce que j’en sais ? répondit Sahar.

– Ah, ouais, oups !

Nyara mit son poing droit à côté de son oreille droite tout en clignant un œil.

– Bref, Az, commença Nyara, pourquoi ne peut-il pas te voir ? C’est étrange, non ?

– Mais, Nyara.

– Quoi ??

– Presque personne ne peut me voir.

Le silence s’imposa et le temps se figea dans la pièce. Nyara cligna des yeux, la bouche ouverte. Sahar, lui, resta assis sur le canapé avec l’envie de…… rire. Il ne savait pas pourquoi ; il avait juste envie de rigoler de la situation. Nyara ne savait-elle rien sur son ami ?? Depuis quand se connaissait-il ??

Rien n’allait.

– Hééééé…. ?

Nyara réagit enfin. La face toujours aussi immobile, elle lâcha ce petit bruit si doucement que Sahar ne l’entendit pas. Il sembla au garçon qu’Az avait soupiré.

– Nyara, t’es débile, lâcha l’invisible.

– Hein… ?! Hein ??!! Ne m’insulte pas de débile, non plus ! Tu ne m’as jamais dit que tu étais invisible aux yeux des autres, hein !!

– On a dû te prendre pour une folle, à chaque fois que je t’accompagnais en ville.

– Uugh— !! Et…… Et toi, qui le savait, tu m’as laissé dans cet embarras ??!!

– ….

– ….

– …. Ouais, c’est drôle.

– Hein ?!! Ce n’est pas drôle ! Tu n’es pas drôle non plus, Azassin !!!

– Azassin…… Woaw.

– Ferme ta—

– Vous vous entendez bien, l’interrompit Sahar.

Il souriait, fixant la fille aux cheveux menthes. Elle lui lança un regard noir, même si elle n’était pas fâchée contre lui. Elle finit par se tourner vers le garçon et lui rendit son sourire.
– Je pense aussi ! dit-elle.

Sahar cru qu’il allait se faire insulter ou qu’elle allait faire la « tsundere » ; mais elle ne fit aucun des deux. Un sourire sincère sur les lèvres, elle avait l’air d’une fille totalement normale et innocente.

– M’enfin, sortit-elle, c’est un peu dérangeant que tu ne le voies pas… mais bon, c’est survivable.

– Survivable n’est pas un mot qui existe… corrigea Sahar.

– Ouais, ouais, rien à faire. Tu m’as comprise, c’est l’important. Bref.

Elle se renfrogna puis regarda calmement le garçon aux cheveux gris.

– Tu as beaucoup de questions, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

Sahar acquiesça.

– J’ai quelques questions, que cela soit sur le job, ou en général, oui.

Nyara se mit confortablement dans le canapé et continua à fixer Sahar. Ce dernier, dont le cœur battit plus fort, prit une forte inspiration. Il avait tellement, mais TELLEMENT de questions en tête. Cependant, il ne pouvait pas toutes les poser. Il allait devoir les trier en trois classes : celles qu’il peut poser, celles qu’il ne pose que si l’occasion se présente, et celles qu’il ne doit PAS poser. Il les avait déjà triés à l’arrache vite fait, pendant que Nyara plaisantait avec Az.

– Bon.

Sahar leva la tête, prêt.

– Déjà…… Le travail, ça fonctionne comment ? Et vraiment, il va falloir des heures, et des heures, pour tout nettoyer !

Le garçon prit un air énervé, mais il était ironique. Nyara sourit, amusée.

– Des heures ? Quelqu’un avec un minimum de compétence peut faire toute la maison en… genre, deux à trois heures ! lâcha-t-elle.

– Je n’ai même pas vu le deuxième étage, et juste tout le premier étage va me—

– Ah.

Sahar se fit interrompre en plein milieu de sa phrase. Une voix grave s’imposa : c’était Az.

– Je crois qu’il y a malentendu, Sahar, fit-il.

– ……

– Excepté Creel, personne ne touche au deuxième étage. Même pas Nyara.

– ……… Ah ?

Sahar ne sut quoi dire. Il ne connaissait pas ce « Creel ». Un autre habitant de cette maison ? Une sorte de colocataire… ? Vu le prénom, Sahar en conclut que c’était un homme ; ce qui le décevait : il aurait aimé que cela soit une autre fille !

Nyara, voyant l’air étonné du garçon aux cheveux blancs, se mit à secouer la tête.

– Ne cherche pas à comprendre, commença-t-elle. Dans tous les cas, tu n’as que le bas à faire, et on ne salit pas tant que ça, donc c’est un travail facile. Un peu trop à mon goût, en fait… Il faudrait je te donne plus de ménage……

– … Hé !

Sahar revint enfin à lui. Il fronça les sourcils et Nyara commença à pouffer de rire, les mains sur le canapé. Le garçon la trouvait mignonne, quand elle souriait comme ça… Dans tous les cas.

– On a un deal, on a un deal ! dit Sahar. Ne commence pas à me rajouter du travail là où je ne devrais pas en avoir !

– Mmmmh… Mais MON hospitalité, ce n’est pas rien ! Tu viens de l’autre continent, je te rappelle.

– Et ? Que j’en vienne ou non, cela ne change rien.

– Si, beaucoup. Ne fais pas genre que tu ne comprends pas.

Sahar se surprit lui-même : il s’était reculé dans son fauteuil, effrayé par peur. Le regard de Nyara était devenu bien plus sérieux, bien plus menaçant. Comme ça, elle avait l’air violente. Comme il ne la connaissait pas du tout, ce n’était que des préjugés, mais Sahar n’aimait pas ça. S’il faisait confiance en ses connaissances en manga et anime, cela voulait dire que Nyara avait un passé douloureux touchant au fameux « autre continent ». Il ne devait pas en parler sans faire attention. Sahar regarda sa main, et ensuite la serra. Il se promit d’apprendre ce passé, et l’aider à le dépasser, si besoin il y avait.

– En tout cas, on dirait qu’elle m’apprécie déjà énormément. C’est un bon début.

Penchant un peu la tête vers la droite, Sahar ne cacha pas son enthousiasme. Dans SON monde, la Terre, il n’avait jamais pu connaître l’amour, aucune fille ne s’était vraiment intéressé à lui. On l’avait déjà pris moulte fois pour un gay, en plus. Sahar remarqua que Nyara le fixait, ce qui le fit rougir. Il détourna un peu le regard et ferma les yeux, prenant un bon bol d’air bien frais. Ici, l’air était tellement… agréable à respirer !! Il y avait une odeur sucrée dans l’air ; et cela même à l’extérieur. C’était spécial, comme odeur, mais il adorait ; c’était mieux que de respirer de l’oxygène normal ! Il ne connaissait pas bien ce nouveau Monde, mais pour l’instant, il l’ADORAIT !!

– Bref.

Il se tourna vers l’homme qu’il ne pouvait pas voir.

– N’avais-tu pas une tonne de questions ? Là, ça n’en fait qu’une.

– Pas faux, pas faux, acquiesça Sahar. Je voulais savoir, pour ce travail, il faut que je me lève à une heure particulière, ou… ?

– Pas forcément, tant que tu le fais avant le souper du soir, répondit Nyara.

– Vous mangez à quelle heure, ici ?

Sur Terre, Sahar avait eu des parents qui le forçait à manger deux heures avant d’aller au lit ; bref, à dix-huit heures et demi. Il trouvait que c’était une heure tout à fait normale, vu qu’il avait toujours vécu comme cela, mais quand il entendait les heures des autres…. Dix-neuf heures et demi, vingt heures…… et même des—

– Vingt-et-une heure, ici.

– ……

Même des vingt-et une heure.

Pour Sahar, c’était si… tard. Comment pouvait-on manger aussi tard ?!! Allaient-ils dormir à minuit ? Oui, c’était vrai, Sahar pouvait se coucher aussi tard, voire plus tard encore, mais au moins, il ne mangeait pas quand la moitié des gens normaux dormaient !! Le problème avec le fait de manger aussi tôt et de dormir aussi tard, c’est qu’au bout d’un moment, on a encore faim. C’était pour cela que Sahar appréciait garder un petit reste de souper dans le frigo ; voire des sucreries de temps à autre : il avait toujours été plus « salé » que « sucré ».

Revenant à la discussion, Sahar acquiesça une nouvelle fois.

– Je vois, j’ai donc le temps….. Nous dormons à quelle heure ?

– Cela dépend de ce qu’il y a faire le lendemain, mais, ici, on dort généralement à vingt-deux heures.

– A peine une heure après le souper ?

– On profite de la nourriture ici, alors on finit souvent à vingt-et-une heure quarante. Après, il faut ranger, laver tout ça – ton travail – et prendre une Teethclean, tout ça… prend généralement vingt minutes. Enfin, j’aurai dix minutes à moi, maintenant que tu es là. Merci d’être notre esclave !

– Oh, oh, oh. Je ne suis pas un esclave, OK ? Tu m’aides à ne pas mourir dehors, je t’aide pour les tâches ménagères, c’est tout. Si je veux, je peux partir quand je veux.

Ce que Sahar ne fera pas. Peut-être que s’il trouve une une aventure plus excitante quelque part d’autre, il ira, mais là, il était content d’avoir une fille si belle à ses côtés. Nyara prit un air ennuyé et sembla déçue.

– Le petit oiseau fait déjà sa crise, mooh, dit-elle. Si tu veux partir, tu peux, mais c’est une des idées les plus connes que j’ai jamais entendue.

– Pardon d’interrompre votre conversation, mais, Nyara.

La voix d’Az s’interposa entre le garçon et la fille. Cette dernière tourna le regard vers l’autre côté du canapé, là où se trouvait l’homme que ne voyait toujours pas Sahar. Ils commencèrent à parler à tout bas, se « cachant » du garçon.

Après une bonne minute, Nyara tourna la tête à nouveau vers Sahar, laissant Az de son côté.

– Alors, d’autres questions, monsieur ?

– Evidemment ! Je ne vais pas toutes les poser, mais j’en ai encore quelques-unes… lâcha Sahar.

– Dis-moi ça.

– …….

Sahar n’avait aucune idée de quoi poser.

Quelle question devait-il poser ? Il allait demander « Avez-vous des pouvoirs, vous aussi ? », mais c’était bien trop louche. Il devait trouver un moyen de la poser sans que ça fasse louche.

– ……

Ce monde regorgeait de questions, Sahar aimerait tellement de réponses ; mais il n’avait pas le droit de toutes les dire. Certaines questions étaient trop étranges pour les poser ; ce qui était dommage, car c’était principalement les plus intéressantes. Sahar regarda avec attention Nyara.

– Vous aussi, vous avez des pouvoirs ?

Il posa sa question de la meilleure façon qu’il trouva. Nyara sembla confuse, surprise.

– Hein ? Comment ça ?

– …… Merde, il n’y a pas de pouvoir ou de magie, dans ce monde…… ?

Il était déçu.

Vraiment déçu.

Lui qui était fan de magie et de pouvoirs, il aurait tellement voulu être téléporté dans un monde où la magie règne, où les aventures regorgent de mystère, de combats et de danger… !

– Ah, vous n’en avez pas…… Pas—

– Il existe des gens sans pouvoir ?

Alors que Sahar allait finir sa phrase, son cœur rata un battement. Il cligna des yeux, immobile, et se tourna vers Nyara, le visage figé.

– ……

Bouché bée, le garçon venait de vivre un vrai ascenseur émotionnel. Balancer entre espoir et désespoir, aussi vite… c’était la première fois que cela lui arrivait. Souriant, le garçon avait des étoiles dans les yeux.

– Ce-cela veut dire que……

– C’est quoi cet air débile ? demanda Nyara, moqueuse.

– Mais… c’est géniAAAL !! Tout le monde à des pouvoirs, sur ce m…… continent ???!!!!

– Heuuu… ?! C’est plutôt moi, la surprise, ici. Tout le monde n’a pas de pouvoir sur VOTRE continent ?

– Je…… Enfin, non, pas vraiment.

Calmant son enthousiasme d’un coup, Sahar comprit sa bêtise.

Il venait de mentir, et c’était possible que ça aies des répercussions plus tard. Heureusement, Nyara ne connaissait rien – enfin, il lui semblait – de l’autre continent, et Az non plus ; en tout cas, il ne disait rien. Cependant, à en croire ses paroles, tout le monde avait donc des pouvoirs dans ce monde ; sur ce continent, au moins. C’était…… parfait pour lui ! Tellement parfait !! Plus que parfait !!!

– Donc, tu as un pouvoir aussi, Sahar ? demanda Az.

– Je ne sais pas !!

Dans son excitation, Sahar avait répondu sans avoir réfléchi. Il lui fallut à peine trois secondes pour comprendre qu’il avait fait une énorme boulette. Son sourire s’effaçait lentement sur son visage tandis que Nyara le regardait bizarrement.

– Mais, tu as dit « vous aussi », ce qui laisse à croire que TOI AUSSI, tu as un pouvoir… ? le questionna-t-elle.

– ………..

– De plus, comment ça tu ne sais pas si t’en as un ?? Il y a quelque chose qui ne va pas, là.

– ……………..

– ………

Toujours silencieux comme une carpe, il utilisa son cerveau au maximum pour se sortir de cette situation. La solution était peut-être simple, mais il ne la trouvait pas. Il tentait de trouver les bons mots, que cela soit mensonge ou vérité. Malheureusement, il ne trouvait rien de convaincant ou qui n’allait pas le mettre en tort dans le futur. Devait-il dire qu’il s’était mal exprimé ? C’était très simple, comme solution, et c’était une bonne excuse.

– …. Quand je disais « vous aussi », je parle des gens…… de ce continent.

– … ?

– Genre, « Ah, vous aussi, vous avez des pouvoirs, car chez nous, on en a, mais ici, je ne sais pas »…….. Enfin……. ça…… quoi……….

– …..

Le silence revint s’interposer entre l’homme invisible, la fille aux cheveux menthe et le garçon inondé de sa propre sueur. Sahar se gratta la joue, attendant une quelconque réaction de la part de Nyara, ou même Az. Le silence devint très gênant pour eux. La fille toussa, se décidant enfin de le briser.

– Je… vois. Je n’avais pas vu ça… comme ça, dit-elle. Oui, ici, tout le monde a un pouvoir ; mais certains bien plus faibles, ou juste moins développés. Cela varie en fonction de plusieurs points.

– Tel que la santé mentale ou la santé en général, la condition physique, comment tu l’entraînes et combien de temps, etc… rajouta Az.

– Enfin, non. C’est vrai que certains en ont pas, mais techniquement, ils en ont un. Ils ne peuvent juste pas l’utiliser…

– C’est comme chez moi, alors… lâcha Sahar.

C’était un mensonge, évidemment. Sur Terre, les pouvoirs, c’était seulement et uniquement fictifs. Et Sahar n’avait aucune idée si sur ce « fameux continent » les gens avaient des pouvoirs – et comment cela marchait.

Mais là, il était obligé de mentir. Il devait faire gaffe à ce qu’il disait, ne devait pas se laisser emporter par les émotions, rester crédible et ne pas devenir incohérent.

Il pouvait le faire. Il savait qu’il en était capable.

– Et donc ? Comment tu ne peux pas savoir si tu as un pouvoir ou non… ? demanda Az.

– … Ah, ça.

Alors qu’il reprenait confiance en lui, l’homme invisible le bouscula de nouveau et le fit tomber tout en bas. Que pouvait-il donner comme explication… ? Une qui soit cohérente, compréhensible… Sahar n’avait pas assez temps pour réfléchir ; alors il fit à l’instinct.

– Quand… j’étais petit, on m’a dit que je n’en avais pas. Alors je n’ai pas cherché plus loin, c’est tout….

– Et tu n’as jamais essayé de le maîtriser plus tard, au cas où ? demanda la fille étonnée.

– Non…. J’étais tellement… désespéré, que j’ai juste abandonné. En plus, je me disais que vu que j’étais comme ça, je n’avais pas le mental pour avoir un… pouvoir.

Sahar pensait avoir donné une bonne excuse. Elle était cohérente, c’était possible et c’était au fond, correct. Il avait toujours essayé de voir s’il maîtrisait un pouvoir, même s’il savait que c’était ridicule. Parfois, dans le jardin, il testait pour voir s’il pouvait parler aux animaux ou faire bouger des objets par la pensée. Il trouvait cela ridicule, mais au fond, si cela avait marché, un jour…

– A quoi je pense, encore…

Nyara regarda Az et haussa des épaules.

– C’est plutôt…

– …

– … triste, en fait, lâcha la fille.

Sahar se mordit la lèvre inférieure tout en la regardant.

– Pourquoi ils t’ont dit que tu n’en avais pas alors qu’il est possible que cela soit faux ? demanda-t-elle.

Le garçon aux cheveux gris se les gratta et détourna un peu le regard.

– Aucune idée….. répondit-il.

La fille sourit et se leva, un air victorieux sur le visage

– Alors, c’est décidé !

Sahar la regarda.

– On va faire un test pour voir si tu as un pouvoir, ou non !!

Sahar se leva, tout excité.

– Tu…. Tu ferais ça pour moi ?!! cria-t-il.

Nyara sortit la langue, les yeux fermés.

– Vui ! Je n’ai rien à faire aujourd’hui, donc, on peut faire ça en une, voire deux heures ! Voire plus longtemps, je… ne sais pas. Voire moins, héhé !

Elle se gratta la joue en souriant bêtement. Sahar, lui, courut vers Nyara et lui prit les mains, ce qui lui arracha un cri de surprise.

– Merci, merci, merci, merci, merci, merci, merci !!!! dit-il d’une vitesse surhumaine.

– Hééé… ! De… De rien…

Elle éloigna un peu la tête de celle du garçon tout en plissa un œil. Derrière elle, Az se leva.

– Je vais te laisser, Nyara, dit-il.

Elle se retourna, ne faisant pas attention au garçon qui lui tenait encore les mains.

– Tu vas où ? le questionna-t-elle.

– Je vais juste voir une amie, rien d’autre. Tu saurais gérer ce gars tout seul ?

– Facilo !

– Mph. Alors je te laisse.

Az partit sans que Sahar ne puisse le voir ou l’entendre. Pendant ce temps, Nyara, elle, le regarda. Il ouvrit la porte pour sortir.

– J’ai hâte de voir si j’ai un pouv–

Sahar, l’excitation visible dans ses yeux, sentit une main lui prendre la bouche ; et ses jambes s’envoler du sol. N’ayant aucune idée de ce qu’il se passait, il n’eut pas le temps de chercher à comprendre qu’il sentit son dos s’écraser contre le sol. Il voulut lâcher un cri, mais la main l’en empêcha. Le plafond apparut devant ses yeux
– Tu. ne. la. touches. pas.

Une voix masculine se fit entendre, remplie d’une rage inexprimable. Sahar fut obligé de fermer les yeux, des cheveux lui touchant ses iris. Il réussit à en ouvrir un avec difficulté, et vit que devant lui se trouvait des yeux enragés.

– Qu’est-ce… ?!

Ce fut la voix de Nyara.

Le garçon, qui ne comprenait toujours rien, tenta de parler ; mais n’y arriva toujours pas.

– Nyara. Que. Te. Voulait-il ?

– C’est quelqu’un qui va venir aider dans la maison ! Il ne faisait rien de mal, merde quoi ! Allez, lâche-le !

– Je ne. Sais pas. S’il est. Quelqu’un. De. Confiance.

– Creel !!

– Creel… ?

Il avait entendu ce prénom quelques secondes, voire minutes avant. Creel… N’était-ce pas le seul qui pouvait avoir accès à l’étage d’en haut ?! Alors, que faisait-il… ?

– Creel, tu as beau n’avoir aucune raison de lui faire confiance, je te jure que si tu ne le lâches pas…

Un bruit métallique se fit entendre. Sahar, toujours conscient, trouvait que cela ressemblait beaucoup à une lame sortant de son fourreau. La voix qui venait de menacer Creel était tout simplement celle d’Az.

– Az… ? demanda Nyara.

– ……

– Tu le lâches. Maintenant.

La main devant la bouche de Sahar se retira doucement, le laissant enfin respirer correctement. Le garçon toussa, ouvrant enfin les yeux. Nyara parla, mais il ne l’écouta pas.

– .

– Merci, dit Az.

Sahar se leva, se secouant la tête, et regarda autour de lui.

Excepté Nyara, il n’y avait déjà plus personne.

 


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