Perdu dans la Nuit 26 : Rencontre 2

Auteur : Faust
Check : Sinei


Le titre vous dit quelque chose ? C’est normal ~ Le retour d’un personnage que je préfère à Eliana… Cherchez l’erreur…

Encore un chapitre régulier, quel miracle ! Le chapitre 29 s’allonge… Sur ce, bonne lecture !


En même temps qu’Aln se sentait emporté loin d’Eliana, et du sombre monde dans lequel elle était confinée, un profond malaise l’assaillit. Il se sentit analysé froidement, comme si un regard mécanique venait fouiller jusqu’au plus profond de lui. Il tressaillit intérieurement : il avait peur. Une terreur fugace, intense, qui lui donna des sueurs froides avant de disparaître aussi vite qu’elle était apparu. Aln n’avait qu’une certitude : quel que soit l’être qui l’avait observé, il n’était pas humain.

En revenant dans le monde réel, il commença par survoler d’un regard inquiet le bosquet dans lequel il se tenait. Mais c’était pendant le « trajet » entre les mondes que le regard l’avait transpercé, et rien n’avait changé autour de lui. Qu’est-ce que cela signifiait ? Le jeune homme ne pouvait que lancer des suppositions invérifiables, et pour la plupart, sans fondements.

Il soupira, s’inquiétant de ce que les Ombres retournassent attaquer Éliana pendant son absence. Il décida d’essayer d’utiliser son grimoire le plus souvent possible, et bien sûr, c’était uniquement pour s’assurer qu’elle aille bien.

Mais pour le moment, il devait retrouver Rieln. Non, non, il ne l’avait pas du tout oublié pendant quelques heures… Il sortit du laboratoire, et s’aventura prudemment dans les escaliers. Il n’y avait pas trace de Jion, ni de l’Ombre, et la seule preuve de leur affrontement, c’était les traînées de sang répandues sur le sol. Malgré tout ce qui s’était passé, Aln espérait que Jion soit indemne.

Lorsqu’il arriva au niveau de la barrière, et la traversa, il fut surpris par le fait que les traces de sang aillent en s’amenuisant. Enfin, lorsqu’il atteint le camp, Rieln l’accueillit d’un regard sévère :

« Je commençais à croire que tu m’avais oublié !

– Moi ? Jamais ! Comment peux-tu imaginer ça ? »

Rieln soupira. Pourquoi doutait-il de la réponse d’Aln ? Et il n’arrivait même pas à lui en vouloir.

« Content de te voir en vie, Aln, je commençais à penser que Jion t’avais eu. Je me voyais déjà le pourchasser en me maudissant de l’avoir laissé partir.

– Ah, tu peux parler, mais tu n’as pas l’air de vouloir sortir d’ici. »

Là-dessus, Rieln le toisa, mais reprit sur un autre sujet.

« Enfin, je ne sais pas ce qui t’est arrivé dehors, mais j’imagine que tu as de bonnes raisons d’avoir mis autant de temps pour revenir. J’ai vu Jion redescendre en laissant des traînées de sang.

– Jion ? Il t’a attaqué ?

– Non, c’était très étrange. Il était en sang, les vêtements en lambeaux, mais sans une seule blessure sur son corps. Et surtout, il était calme. Il est arrivé sans prévenir, par l’escalier. J’ai d’abord cru qu’il t’avait eu, mais son attitude m’a tellement surpris que j’ai changé d’idée. Et puis on s’est retrouvé autour d’un feu sans même que je comprenne pourquoi. Il était silencieux, et il s’est levé d’un coup, avant de me dire de t’aider, puis de partir.

– Non, il ne m’a pas attaqué, au contraire, il m’a sauvé la vie. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais…

– Mais il n’est peut-être pas aussi fou que ce qu’il semblait être à Norsigl. Peut-être est-il possible de le sauver…

– Oui. J’espère que c’est vraiment possible. S’il est capable de reprendre le contrôle de lui-même comme ça, tout espoir n’est pas perdu. »

Aln laissa échapper un soupir de soulagement. Un soupçon d’espoir ? Jion était son premier, et son meilleur ami : l’abandonner sans combattre ? Impossible. Et pourtant, n’était-ce pas une chimère que de le sauver ?

« Bon… Et sinon, Aln, tu as un moyen de me faire ressortir de là ?

– Ah, oui, tout seul tu ne dois pas pouvoir. Ne t’inquiète pas, il suffit que je t’y force. Donc il me faut de quoi t’attacher…

– Euh… »

Rieln s’écarta de quelques pas.

« Il n’y a pas une autre solution ?

– Mmh, le problème, c’est que tu vas essayer de t’enfuir, et je suis à peu près sûr de ne pas être capable de te retenir. Donc… Bien sûr, je ne profiterai pas de l’occasion pour m’amuser un peu.

– Tu n’es pas resté songeur longtemps. C’est comme ça que tu traites un ami que tu as lâchement abandonné pendant une semaine dans une prison magique ?

– Hehe… Viens par là… »

L’épéiste soupira, puis jeta un regard désespéré sur Aln. Enfin, il sortit du sac qu’il avait réussit à emporter dans leur fuite une corde, et la tendit à contrecoeur.

Une fois Rieln solidement ligoté, avec seulement les jambes de libres, pour marcher, le duo s’enfonça dans la forêt, Aln traînant sa proie derrière lui. L’étrange brume qui les avait accueillis à l’aller s’était dissipée, pour finalement ne laisser derrière elle que l’ombre d’un souvenir. Les discrets rayons de soleil s’infiltrant sous la frondaison des arbres annonçaient la fin de la matinée, et les gémissements effrayés de Rieln tandis qu’ils s’approchaient de la lisière de la forêt donnaient un petit air de fête.

En effet, au fur et à mesure de l’approche, Aln avait de plus en plus de mal à retenir un sourire moqueur en savourant la réaction de son ami. Voir Rieln essayer de se rouler en boule, en pleurnichant car il était incapable de s’enfuir, voilà qui ne pouvait être que réjouissant. Il rit joyeusement lorsque, au moment de sortir de la forêt, son ami se mit à le supplier de le laisser ici, car il pensait ne pas survivre à la traversée, allant même jusqu’à présenter ses excuses à son père pour sa disparition prématurée.

Bien sûr, ce n’était qu’un effet inoffensif de la barrière, Aln l’avait appris lors de ses études sur la magie, et aussitôt de l’autre côté, Rieln verdit. Puis il jeta un regard menaçant à Aln, lui enjoignant de ne jamais en reparler s’il ne voulait pas souffrir.

Il n’y avait aucune trace des Ombres qui les avaient submergés quelques jours auparavant, et leur campement était resté en l’état, pourtant ils décidèrent de s’éloigner au plus vite de l’endroit. Qui sait si elles ne revenaient pas toutes les nuits.

Sur le trajet, Aln raconta la majeure partie de ce qui s’était passé, et évoqua sans détour le permis d’accéder aux niveaux inférieurs de la bibliothèque de la capitale. Rieln écouta avec attention, mais il comprit vite que ce n’était pas de son ressort. Quand Aln commençait à parler d’autres mondes, d’Ombres humaines, de créatures l’observant entre les mondes, il se dit que la magie devait être laissée aux magiciens. Quant à la permission, il décida d’en parler à son père.

Ainsi, le voyage se poursuivit sans encombres jusqu’à Norsigl, Lorsqu’au bout d’encore presque une semaine, ils arrivèrent sur les falaises surplombant la ville. Le soleil se couchait à l’horizon, éclairant les nuages épars d’une lumière d’un velouté orange. Aln savoura la vue, apaisé, et profita quelques instants de ce paysage flamboyant avant de retourner dans la morne Norsigl.

La ville était toujours aussi sinistre, sale, et la foule grouillante s’ouvrit d’elle même pour laisser place à Aln, pleine de crainte respectueuse. Ils s’arrêtèrent dans la même auberge que la première fois, prévoyant déjà de repartir le lendemain en direction d’Eljinor, la capitale de la Coalition, et au désespoir de certains, c’est ce qu’ils firent. En effet, dès le matin, ils étaient sur les routes, en ayant fermement refusé les invitations répétées de certains magnats de la ville. Rieln connaissait le chemin, et il en profita pour renseigner Aln sur Eljinor.

C’était la capitale commerciale et intellectuelle du continent. Ce que l’on ne trouvait nulle part ailleurs, là, il suffisait de savoir chercher pour le découvrir. Reliques, objets précieux, livres, rien n’échappait à cette règle. Si elle n’était pas la plus grande, ni la plus peuplée, elle était, bâtie sur les versant du mont d’Eljinor, la plus majestueuse. S’enroulant en anneaux réguliers autour du pic qui en marquait le centre, elle s’était développée au fil des siècles, non pas en surface, mais en hauteur et en profondeur. On raconte même que la cité, construite sur les ruines des premiers niveaux, abriterait dans ses profondeurs des villages entiers d’oubliés, des proscrits ou de pauvres hères abandonnés là par le temps. La sécurité à la surface et dans les niveaux supérieurs était considérée impeccable. Celle des profondeurs, infernale. En entrant par le haut, les visiteurs normaux devaient laisser leurs armes, et par le bas, bien souvent, leur vie. Bien sûr, Rieln avait sa propre entrée, où il pouvait conserver les deux.

Le trajet jusqu’à la ville était plus long que celui de Magasnin jusqu’à Norsigl, mais les deux voyageurs avancèrent à un rythme rapide. En réalité, avec l’amélioration des capacités d’Aln, ils faisaient maintenant suffisamment confiance à ses runes pour ne pas forcément passer la nuit dans une auberge, et ils avançaient donc au plus vite. Les entraînements du pauvre Aln avait repris de plus belle. Etait-ce pour se venger de l’humiliation de la barrière, ou parce qu’il avait eu de nouvelles inspirations ? En tout cas, Rieln se déchaînait. Si, à Norsigl, Aln se plaignait de la relative facilité des entraînements, il renouait maintenant avec la terreur des lignes. Beaucoup seraient devenus fous avec un tel entraînement, mais c’était juste ce qu’il fallait à Aln pour progresser vite.

Pourtant, quelque chose les hantait tous les deux. Chaque nuit, ils sentaient une étrange tension descendre sur eux. Qu’ils dorment à la belle étoile ou dans une belle auberge, elle était là, oppressante, comme si la nuit venait peser sur leurs épaules, et tenter de les écraser de tout son poids. Aln aimait la nuit, mais pas celle-là. Quelque chose avait changé depuis la dernière activation de son grimoire, et il sentait que le temps pressait.

Presqu’une semaine après leur départ, le ciel commença à se couvrir. Des nuages noirs semblaient se rassembler venant de toutes les directions, et s’amonceler juste au-dessus de la tête des deux voyageurs. L’orage menaça toute la journée ; la lourdeur de l’air humide qui collait à la peau donnait la chair de poule, le vent hurlait lugubrement, et le soleil semblait de lui-même se cacher derrière les nuages.

Craignant de devoir passer la nuit sous la pluie, le duo décida de s’arrêter à une auberge de voyage. Ils atteignirent leur destination probablement quelques heures avant la tombée de la nuit, même s’il faisait déjà si sombre que c’était difficile à savoir. Au loin, le tonnerre grondait en se rapprochant. L’orage serait probablement sur eux dans la soirée.

Le couple qui les accueillit était bien assorti à l’endroit. L’homme et la femme semblaient parfaitement dans leur élément ici, comme un rôle poli par les ans, et ils devinrent presque serviles en remarquant l’emblème de magicien que portait Aln. En bref, ce dernier n’arriverait probablement pas à les différencier des autres tenanciers d’auberge. Un garçon dont les yeux brillaient d’une terreur brûlante s’occupa de leurs affaires, et Aln se demanda d’où venait cette peur.

Depuis le matin, une sensation alarmée grandissait en lui. Il était habitué à pressentir les dangers depuis son enfance, aussi cela ne le surprenait-il pas. Ce qui le surprenait, c’était que son sens du danger ait mis autant de temps pour s’adapter à sa nouvelle situation. Et qu’il le prévienne maintenant.

Bientôt, ils furent installés dans une chambre à l’étage. Bâtie sur un modèle standard, l’auberge était carrée, entourée des quatres côtés par de hauts murs à l’aspect solide, et une barrière qu’Aln pouvait probablement dissoudre simplement en la touchant. Elle suffisait cependant à repousser les Ombres inférieures. Ils étaient les seuls clients.

La pluie s’invita ; d’abord une bruine légère et silencieuse, puis, petit à petit, elle s’intensifia pour devenir si violente qu’on y voyait pas à deux mètres. L’ambiance semblait étrangement dangereuse, et s’il ne pleuvait pas aussi fort, Aln aurait sans hésitation décidé de poursuivre son chemin. La tempête avait d’ailleurs amené avec elle une troupe de cavaliers, dont on entendait les voix bourrues fuser en même temps que leurs chevaux renâclaient sous la fenêtre, sensibles à la tension de leurs maîtres.

***

Nimronyn avait l’impression de poursuivre un fantôme.

Elle était arrivée à Norsigl le lendemain du départ d’Aln et de Rieln pour le laboratoire d’Ilksa, et comme il était difficile de les suivre dans les montagnes, elle avait attendu avec son unité, en ville. Trois semaines plus tard, lorsqu’enfin le duo était revenu, elle était à bout. La ville était sale, mal famée, et ils avaient dû jouer les gendarmes un nombre incalculable de fois. Par politesse cependant, elle avait attendu le lendemain pour aller les voir.

Quelle erreur.

Quand ils étaient partis le lendemain matin tôt, elle avait pensé qu’elle pourrait les rattraper à cheval, mais une bagarre aux portes de la ville les avait retardés. Lorsqu’enfin partie, elle pensait pouvoir les retrouver à l’auberge de voyage, elle s’était rendue compte en y arrivant que ces fous dormaient à la belle étoile. Il était hors de question de dormir dehors ; ses hommes, bien que courageux et loyaux, avaient tous la peur des Ombres inscrites dans leurs gènes.

Et bien sûr, quand l’orage s’en était mêlé, ils avaient bien cru ne pas arriver à temps à destination. De fait, ils avaient été attaqués par quelques Ombres sur la fin du trajet. En arrivant, ils étaient tous épuisés, tant physiquement que psychologiquement.

Là, le couple propriétaire avait agi de manière étrange, et Nimronyn avait failli sortir de ses gonds en remarquant le rictus de mécontentement et de mépris que l’homme afficha un bref instant. Mais leur comportement après cela fut si exemplaire qu’elle finit par penser que son imagination lui avait joué un tour. Tout ce stress n’était pas bon pour elle.

C’est pour cette raison qu’elle ne comprit pas tout de suite ce qui se passait quand elle entendit un cri d’agonie dans la pièce d’à côté.

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