10;Drops 7 — [Je comprends]

Auteur : Mouton
Check : Faust


Se faire pardonner ou se faire recaler… L’heure de s’excuser, c’est maintenant !


 

CHAPITRE 7
 [Je comprends]

Sahar marchait rapidement sur le chemin de gravier blanc. Il était pressé : il voulait se faire pardonner le plus vite possible ; se rattraper, montrer son « vrai » soi. Cependant, ce n’était pas parce qu’il avait si vite appris de ses erreurs qu’il serait pardonné.

C’était à Nyara de décider quoi faire. Il n’y avait qu’elle qui pouvait le pardonner… ou non. Il était possible qu’elle refuse toute discussion et le menace de mort. Malgré ce qu’avait dit Tadda, qui avait rassuré Sahar en disant qu’elle était très sympathique et gentille, il n’était pas tout à fait rassuré. Le garçon ne s’attendait pas à un résultat favorable et pensait se retrouver renvoyé de la maison, à peine accueilli… Az ne le protégerait pas, cette fois-ci. Sahar allait devoir assumer les conséquences de ces actes, ce qu’il ne voulait pas faire.

… Si on ne m’accepte plus, où vais-je aller… ?

Les autres personnes de ce Monde ne seraient sûrement pas aussi sympathique que Nyara et Az… Enfin, personne n’allait accueillir Sahar chez lui. Cela semblait tout bonnement irréaliste. Même si Tadda ne semblait pas si méchant, il était inutile de lui demander une chose pareille : il dirait non dans la seconde qui viendrait. Si Nyara décidait de ne pas pardonner Sahar, ce dernier ne pourrait qu’espérer avoir de la chance… Peut-être Dieu ne l’avait pas encore abandonné, qui sait ? Il restait de l’espoir.

Le chemin à prendre était plutôt long. Sahar avait rencontré quelques personnes, mais très peu. Il n’avait encore vu aucune fille ou aucun homme possédant des attributs d’animaux. Il semblerait que Nyara était la seule personne qui en avait. Peut-être était-ce très rare, dans ce Monde ? De plus, la fille-renard semblait pouvoir les faire disparaître à sa guise : quand ils s’étaient rencontrés, elle n’avait pas ses oreilles de renard ni sa queue, qu’elle avait révélées en rentrant chez eux. Peut-être d’autres gens dissimulaient ces attributs? Mais pourquoi ne pas les montrer ? Il ne comprenait pas.

Sur le chemin, Sahar réfléchissait. Il s’imaginait les conversations qu’il allait y avoir et pensait déjà à l’avance à quoi et comment répondre. Il ne devait pas mentir, sauf s’il était obligé, il ne comptait toujours pas parler de « son monde ». Il ne devait pas répondre de la meilleure façon possible : il devait juste être sincère et être lui-même. C’était un conseil que sa mère lui répétait depuis tout petit et cela marchait toujours bien. La preuve : il n’avait pas été vraiment lui-même depuis qu’il était dans ce nouveau Monde et tout allait de travers… !! Si cela n’était pas une preuve concrète… Son esprit n’acceptait toujours pas le fait que Sahar avait vu Nyara… comme une simple « Love Interest ». A quel point un humain pouvait être débile… ? Certes, c’était sous « l’extase d’être téléporté dans un autre monde », mais cela restait ridicule. Même si Nyara le pardonnait, Sahar, lui, ne se le pardonnerait pas. Il avait été beaucoup trop stupide pour mériter de s’en sortir sans rien. Il méritait d’avoir une réelle punition, une réelle contrainte.

J’espère quand même rester avec Nyara… J’aimerai mieux la connaître… En savoir plus sur elle… pensa le garçon aux cheveux gris.

Il n’avait pas passé beaucoup de temps avec elle. Il ne savait rien sur elle. Il ne pouvait pas dire d’elle que c’était son « amie ». Cependant… il avait une sorte de « feeling ». Il… voulait devenir son ami. Il voulait vraiment, vraiment devenir son ami. Il savait que cela prendrait du temps — encore plus que prévu, vu la connerie qu’il avait commis —, mais il savait être patient. Il fallait juste… que Nyara ne le détestât pas. Sinon, cela allait être très compliqué.

Pourquoi mes émotions ont-elles pris possession de mon corps, à ce moment…

Voir que Nyara avait un pouvoir, était puissante, tandis que lui, téléporté dans ce nouveau Monde, n’était absolument rien comparé à elle… tout cela l’avait énervé. Il n’arrivait pas à gérer correctement ses émotions lorsqu’elles explosaient. Il était comme cela depuis tout petit et il ne pouvait rien y faire. Il tentait de se calmer, de ne pas laisser ses émotions le contrôler, mais malgré tout ses efforts, il ne parvenait pas à se maîtriser. Y arriverait-il jamais… ?

Il était jaloux de Nyara et du fait qu’elle soit si forte, qu’elle possède un pouvoir et qu’elle fasse beaucoup plus « personnage principal ». C’était une mentalité débile ; c’était ce que pensait Sahar. Pourtant, c’était comme cela qu’il avait vu les choses. Maintenant qu’on lui avait ouvert les yeux, il remarquait à quel point sa bêtise était allé loin.

Je fais plutôt pitié, c’est indéniable…

Sahar commençait à ressentir une sorte de haine envers lui-même, mais est-ce que cela en valait la peine ? N’exagérait-il pas ? N’était-il pas trop dur avec soi-même… ? Probablement ; mais il ne pouvait ignorer ce sentiment qui commençait à le ronger.

Il serra les lèvres ainsi que les poings et resta silencieux. Le chemin qu’il empruntait commençait à devenir long, mais ce fut en levant la tête qu’il remarqua qu’il était arrivé.

Une grande maison de deux étages, des couleurs très belles et vives, une grande superficie et un jardin impressionnant. Chez lui, on appelait ça une maison de riche. Il ne manquait qu’un jacuzzi et des voitures de luxe.

Il n’y a cependant pas de voitures, dans ce Monde. Ce sont des carrosses, il semblerait, se dit Sahar en avançant dans le jardin.

Même si Nyara semblait d’être quelqu’un d’un peu important, la maison n’avait pas l’air protégé. Peut-être était-ce Creel qui faisait la garde, au cas où des gens s’incrusteraient… ? Mais si c’était le cas, Sahar ne se ferait-il pas attaquer ? Certes, il était un peu « l’invité » actuellement, mais après ce qu’il avait fait à Nyara…

A moins que…

… la fille n’ait rien dit ?

Et si Nyara n’avait pas expliqué l’incident qui s’était produit ? N’avait rien dit aux deux autres à propos de son « attaque » ? Ce n’était pas impossible, au fond… Il était possible que la fille-renard ait tout gardé pour elle.

Mais Sahar n’appréciait pas cela.

Quand il avait quelque chose sur le coeur, il aimait le partager avec quelqu’un de confiant. Parfois il gardait tout pour lui, mais cela dépendait des situations, de la gravité de la chose. Si Sahar était à la place de Nyara, il aurait probablement expliqué, que cela soit en détail ou non, qu’on l’avait attaquée…… Que son invité l’avait attaquée. Il n’aurait pas apprécié garder tout cela pour lui. Cependant, tous les gens ne réagissaient et ne pensaient pas pareil. Il ne pouvait pas l’oublier. Ce n’était pas parce qu’il aurait fait comme cela que tout le monde pensait la même chose que lui.

Arrivé devant la porte d’entrée, Sahar ne sut quoi faire. L’attendait-on ? Est-ce qu’on allait l’accueillir à coup de katana ? Est-ce que Nyara était au moins à la maison… ? Trop de questions ! Il n’avait qu’à s’excuser et voir comment la conversation tournerait. Comment Nyara allait réagir et quelle décision elle allait prendre. Tout ce qu’il souhaitait…

– …

Il prit une bonne bouffée d’air et tenta d’ouvrir la porte.

Fermée.

Il déglutit bruyamment et essaya de se calmer. Il ne devait pas commencer à partir en sucette… Il n’avait qu’à toquer et attendre qu’on lui ouvre……

– …… Ca va aller, Sahar……

Tant de stress pour si peu. Le garçon se trouva presque ridicule. Il approcha son poing de la porte et la frappa doucement. Il attendit devant, les lèvres serrées. Les secondes s’allongeaient telles des minutes. Sahar commença à penser qu’il n’y avait réellement personne à l’intérieur. Cependant, même si Nyara n’était pas rentrée, n’y avait-il pas Az ou Creel ? Les deux n’étaient pas partis, laissant la maison sans défense… Si ?

… Je pourrai les attendre ici, devant le porche.

Sahar pensait que c’était la meilleure solution. Que faire d’autre, de toute façon ? Il n’allait pas tenter de rentrer sans permission : il risquait à leur retour de se prendre la pire raclée de sa vie . Le garçon n’avait qu’à les attendre…

– … ?

Tout à coup, alors que Sahar s’était à peine assis, un cliquetis s’échapper de la porte, comme si… on venait d’ouvrir la porte. Sahar se leva d’un coup et se retourna vers elle, mais ne vit rien de spécial. Était-elle ouverte, maintenant ?! Il s’approcha lentement de celle-ci et toucha la poignée, le coeur battant à tout rompre. On avait donc attendu avant de lui ouvrir… ? Il nota ces questions dans un coin de sa tête tandis qu’il ouvrait la porte. Il entra en catimini.

Personne ne l’attendait dans l’entrée.

Qui m’a ouvert, alors… Az ?

Vu que Sahar n’avait pas la possibilité de voir Az, il était possible que celui-ci se trouve juste à côté de lui, mais sans faire de bruit. Est-ce que Sahar devait l’appeler, au cas où… ?

– …… Az… ?

– …….

L silence régnait toujours. Soit Az n’était pas dans les parages, soit il ne répondait pas.

Mais si c’était le cas, pourquoi faire cela ? Le jugeait-il…

Si c’est le cas, je vais devoir être irréprochable. Cherchons Nyara, pensa Sahar.

Il ferma la porte derrière lui et avança dans le couloir plutôt sombre : les lumières n’étaient pas allumées. Il ne savait pas comment les activer, alors il laissa tomber. De toute façon, il voyait plutôt correctement, malgré l’obscurité. C’était probablement dû aux fenêtres qui laissait un peu de lumière rentrer à l’intérieur. Néanmoins, c’était assez faible. Sahar se dirigeait vers la chambre de Nyara, dans laquelle la fille se reposait peut-être. Il se sentait suivi… regardé, observé par quelqu’un…

Peut-être est-ce Az… Sûrement… Sûrement.

Le garçon n’était pas totalement convaincu que ce sentiment soit fondé : il était probablement juste un peu paranoïaque.

Sahar arriva devant la chambre de la fille. Il déglutit et hésita à ouvrir la porte. Cela ne se faisait pas, de rentrer sans frapper… Cependant, il devait quand même parler à Nyara. Lui expliquer, tenter de se faire pardonner et peut-être prévoir une relation entre eux plus tard…

Tant que je suis son ami, je serai content…

Sahar frappa doucement la porte avec son poing droit et attendit une réponse en se tournant les pouces. Après quelques longues secondes dans le silence, le garçon tenta une nouvelle fois d’appeler la fille.

Mais aucune réponse ne vint. Dormait-elle ? Il n’irait pas vérifier, alors il pouvait seulement espérer qu’elle soit simplement dans le salon. Il continua à marcher dans la pénombre en quête de la fille aux oreilles de renard. Sahar espérait toujours et encore qu’elle fût bien ici… Il arriva devant les portes du salon et inspira un bon coup. Si elle n’était pas ici, il irait chercher dans les autres pièces, voire le deuxième étage s’il fallait ; bien qu’il se souvint qu’on ne pouvait pas y accéder. Seul Creel pouvait aller au deuxième étage. Cela avait marqué Sahar, qui se demandait encore pourquoi il était le seul à pouvoir y aller…

Sahar prit un bol d’air tout en fermant les yeux et poussa la porte. Elle s’ouvrait sur le salon, dans lequel se trouvaient cinq canapés, plus ou moins tous les mêmes. Ils pouvaient tous accueillir deux personnes, voire trois s’ils se serraient. L’ampoule qui faisait office de seule lumière de la pièce menaçait de rompre, mais elle tenait quand même et éclairait plus que ce qu’elle semblait pouvoir produire. Les murs étaient peints d’une façon étrange qui mettait plutôt mal à l’aise le garçon, même s’il n’y avait pas pensé quand il était venu la première fois. Il regarda le canapé où la fille s’était assise, la dernière fois, espérant la revoir.

Et…

– …… Tu es venu, hein.

Sahar se mordit la lèvre inférieure en entendant la voix. Il pensait être prêt, et pourtant, il avait envie de s’enfuir… S’il se retrouvait ici, à devoir s’excuser, c’était à cause de ce satané problème de colère… Ce fichu problème…

C’est à ses 7 ans qu’on apprit qu’il souffrait de problèmes de colère. Quand quelque chose ne va pas dans son sens, il s’énerve trop rapidement et explose. Un ami n’avait pas voulu jouer avec lui, alors Sahar a piqué une crise énorme… Il n’est pas violent, mais lors de ses explosions, jil tend à le devenir……

C’est en grandissant que Sahar apprit à se calmer de plus en plus, mais quand ses émotions débordent, il devient bien trop violent et il lui arrive de ne même plus me souvenir de ce qu’il s’est passé. Depuis tout petit, il aime que les choses tournent en SON sens. Il ne pouvait pas se contrôler et même maintenant, Sahar a du mal. Il n’avait pas envie de s’énerver contre Nyara ou de la frapper, de lui faire du mal.

Sahar n’arrive juste pas à se contrôler, à LES contrôler. Malgré ses efforts, il se trouve toujours… aussi pitoyable.

 

Sahar, en voyant la fille aux cheveux menthes devant lui, la fuya du regard : il n’osait pas la regarder dans les yeux.

Il se faisait honte. Il savait qu’il n’était pas totalement responsable de cette situation, mais cela restait de sa faute puisqu’il ne savait pas se contrôler. Il prit du temps avant de s’asseoir et se tut. Le silence était très gênant, que cela soit pour la fille ou pour le garçon. Qu’est-ce que Sahar devait dire pour rompre cette ambiance… ? Devait-il tenter de se faire pardonner directement ? Devait-il s’expliquer ? Ou plutôt demander comment ça allait… ? Il baissa la tête tel un lâche et préféra que Nyara l’interpelle. C’était la solution la plus nulle, mais que pouvait-il faire d’autre…

Je fais vraiment pitié, se dit Sahar.

La fille tourna la tête vers le garçon avant de se détourner de nouveau. Sahar se sentait plutôt mal de faire cela, mais il se sentit si opprimé qu’il ne pouvait rien faire—

– Tu. vas. dire quelque. chose. oui. ou. non. ?

Sahar sursauta et regarda tout autour de lui pour savoir d’où provenait cette voix. La façon dont l’homme avait parlé, c’était… !!

– Tu. crois. que. rester. planté là. sans. rien. dire. c’est. la. façon. dont. tu te. feras. pardonner. ? Ah. ah. ah.

Faisant semblant de rire à la fin de sa phrase, Creel se moqua ouvertement du peureux qui ne tenait plus en place. Sahar tenta de répliquer, mais l’homme avait totalement raison. Le garçon en profita pour regarder à quoi ressemblait l’homme. Ses cheveux étaient d’un mauve plutôt foncé, même si des mèches roses étaient visibles à la fin de sa coupe. Ils étaient plutôt longs et arrivaient à la nuque. Sans son visage viril et sa carrure musclée, bien coiffé, on aurait pu le confondre avec une fille… Il était trop loin pour qu’il puisse observer ses yeux, mais il sembla à Sahar qu’ils étaient d’un brun clair, tel le chocolat au lait. Il devait être plutôt grand — quelque chose comme 1m90. Il portait un collier de perles autour de coup, et sur chacune des perles était gravée, mais de là où il se trouvait, Sahar ne pouvait pas les comprendre ou même bien les voir. Assis avec les jambes croisées, Creel se trouvait à l’exact opposé de Sahar. Il reposait sa tête sur son poing et fixait le garçon avec un sourire presque indécelable. Sahar ne savait pas quel âge avait Creel, mais il devait avoir au-dessus de la vingtaine. En tout cas, il n’était pas un adolescent.

Son regard transperçait l’esprit de Sahar. Ce dernier ne se sentait pas seulement observé de fond en comble, mais aussi jugé. Creel bougeait faiblement le pied de façon régulière, mais sinon, il ne faisait aucun mouvement. Pour revenir sur ce qu’il avait dit auparavant, le garçon aux cheveux blancs était d’accord avec lui. S’il ne disait rien, il ne ferait pas avancer la conversation et ne pourra pas se faire pardonner. C’était inutile de rester planté là sans rien dire, sans rien faire. Il lui fallait dire le premier mot.

– ……

Nyara tourna le regard vers Creel, ne sachant pas quoi dire. Elle voulait parler avec Sahar, mais aucun mot ne sortait de sa gorge. Pourquoi donc ? Certes, il était celui qui devait s’excuser pour son comportement, mais elle n’avait pas été mieux… Elle l’avait presque embroché, tué sur place. Elle n’avait pas le droit d’être comme cela avec un « invité »… Surtout que……

– … C’est vrai.

Sahar trancha le silence avec deux simple mots. Le regard fixé sur l’homme devant lui, le garçon se décida enfin à prendre la parole. Creel sourit.

– On est. d’accord.

– On l’est, oui, continua Sahar. C-Cependant, j’aimerai parler à Nyara. Seul.

Le sourire sur le visage de Creel s’agrandit suite aux paroles « « menaçantes » » du garçon. Alors qu’il n’était pas dans la meilleure position, il osait prendre un tel ton ?

– Amusant, répondit Creel. Tu. oses. me parler. comme cela. Es. tu. fou. ?

– J-J’aimerai juste… lui parler seul…

Il commençait déjà à perdre du courage. L’homme assit sur le canapé était… plutôt menaçant, avec un tel regard et un tel sourire. Sahar s’était déjà prit une bonne raclée par Creel, alors il n’avait pas le droit d’être trop confiant. S’il parlait mal, il allait le regretter à l’aide de deux bons coups de poing dans la tronche… Mais il devait montrer qu’il n’avait pas peur.

Même si ma voix me trahit, on dirait… pensa-t-il.

Il ne pouvait pas entièrement cacher sa peur intérieure. Comparé aux deux humains devant lui, il était un cafard et eux des monstres. Creel n’avait pas montré son pouvoir encore, mais Sahar était certain d’une chose : il ne pouvait pas tenir deux secondes face à lui. Il le sentait et le savait. Creel plissa légèrement les yeux, amusé.

– Et. pourquoi. devrai-je. te. laisser. seul avec. Nyara. ?

– ……

Sahar n’avait juste pas envie qu’il écoute leur conversation. Il voulait se faire pardonner par Nyara en lui parlant uniquement à elle. Il était déjà plutôt gêné de faire cela devant la fille, alors si quelqu’un d’autre se joignait à la partie… Non merci.

– Alors. ? demanda Creel.

– … Cela ne concerne que Nyara et moi… lâcha Sahar, incertain par sa réponse.

– Qui. me dit. que tu ne. vas. pas. encore. tenter. de. l’attaquer. ?

« Il sait… » fut la première chose que Sahar se dit. Nyara avait probablement raconté l’incident à Creel et même à Az. C’était évident, pourquoi ne l’aurait-elle pas dit… ? Cependant, en regardant la renarde, il remarqua qu’elle semblait étonné.

– Mais… ? dit-elle.

– Oui. ?

– Comment tu sais… ?

Cette fois-ci, ce fut Sahar qui fut étonné. Elle semblait surprise par le fait que Creel sache ce qu’il s’était passé il y avait quelques heures. Alors…… cela voulait dire…

– Je ne t’avais rien dit, pourtant…

Sahar resta bouche bée en apprenant que Nyara avait gardé cela pour elle. Pourquoi… ? Elle aurait totalement pu le dire aux autres, juste pour leur expliquer la situation… alors…

– Je. vous ai juste. suivi. J’ai. failli. intervenir. au fait. Tu lui. as mis. cher. ah. ah. ah. !

– Tais-toi… râla Nyara, sincèrement énervée.

La fille n’était pas amusée par les paroles de l’homme aux cheveux mauves. Il arrêta de rire sans pour autant retirer son sourire moqueur. Il se tourna de nouveau vers le garçon.

– Je. veux juste. qu’on soit. clair. sur. une. chose.

– ……

– Malgré. les. apparences. ne crois. pas. que je suis. quelqu’un. de. méchant. J’aime. me. moquer. parfois. mais. je ne. suis. pas. méchant. Enfin…

– …… ?

– Ne me fais pas devenir méchant, Sahar.

D’un coup, Creel parla normalement. Alors qu’il ne faisait que discuter avec des pauses entre presque tous les mots, il venait de lâcher une menace d’une façon terrifiante. Les yeux levés vers le garçon, son sourire ne montrait pas une once d’empathie ou de gentillesse. Il se contredisait complètement. Sahar ne comprenait pas sa personnalité.

– Je n’ai aucune raison de te faire du mal ou de te détester si tu entretiens des bonnes relations avec ma Nyara, ahah, dit-il.

– Creel… se chauffa Nyara.

– C’est bon, c’est bon.

Il se leva tout en agitant la main et s’éloigna du canapé pour rejoindre la porte de sortie. Il tourna le regard vers le garçon une nouvelle fois et le fixa intensément avant de quitter la salle en fredonnant. Sahar ferma les yeux et soupira.

– J’ai dit que j’aimerai être SEUL avec Nyara.

Il lâcha ces mots dans le vide, mais…

– Oh, on m’a grillé.

… une voix répondit de nulle part.

Az rit, bien que Sahar ne puisse le voir. Seul Nyara, dans cette pièce en tout cas, pouvait le voir.

– Je vous laisse donc seuls, héhé ! lâcha Az.

– Azgoria, n’écoute pas à la porte, s’il te plaît.

– Oh, on m’appelle par mon prénom en entier, maintenant ? C’est… ça me fait bizarre. Beuurk.

Il fit semblant de vomir et quitta la place avec un gloussement qui fit sourire la fille. Elle secoua la tête en signe de désespoir et se retourna vers Sahar quand la porte se ferma. Le garçon voulut parler, mais sa gorge se serra d’un coup. Il avait fait le mec confiant, mais son stress le réduisit au silence. Il se tint les mains et se força à commencer la conversation. Maintenant que les deux autres étaient partis, ce n’était pas le moment de paniquer !! Il lui fallait se faire pardonner et expliquer à Nyara la raison pour laquelle il avait été si agressif… !

Cependant, il n’arrivait toujours pas à parler. Il se trouvait si pathétique…

– Toi non plus, tu ne sais pas quoi dire… ?

Ce fut Nyara qui brisa le silence en première. Sahar leva la tête et sourit faiblement.

– Je sais quoi dire… mais pas comment le dire, répondit-il avec gêne.

La fille sourit en soufflant du nez et posa les deux mains sur les cuisses. Le silence revint dans la pièce et s’installa à nouveau entre eux. Le garçon, ne voulant pas retomber dans la même situation, préféra dire quelque chose, même si c’était n’importe quoi.

– Je…

– … ?

– …

– ……

Il voulait juste se faire pardonner.

– Je suis désolé, Nyara.

Et il comptait bien s’excuser jusqu’au bout.

La fille leva les yeux et fixa le garçon avec une touche d’étonnement. Elle cligna plusieurs fois avant de répondre, embarrassée…

– Moi… moi aussi, Sahar.

Et elle s’excusa aussi. Le garçon ne savait pas trop pourquoi elle voulait, elle aussi, s’excuser, alors il lui demanda. Elle sourit faiblement.

– J’ai… Je t’ai presque tué, quand même… Ma réaction était… était exagérée, répondit-elle sincèrement.

C’était vrai que vouloir le tuer juste parce qu’il avait failli la frapper était exagéré, mais il l’avait à moitié mérité.

– Tu n’as… p-pas vraiment à t’excuser, cependant… laissa sortir Sahar en se grattant la joue.

– Je pense que je suis celle qui doit réellement s’excuser…

– Mais c’est moi qui ai failli te frapper pour rien… !!

– Pour… rien… ?

– Oui, pour—

– Pourtant, je comprends.

– ………. Hein ?

Nyara remit correctement une mèche qui lui tombait devant les yeux et fixa Sahar avec un regard sérieux. Le garçon ne sut quoi répondre et ne comprit même pas le sens de la phrase de Nyara. Comprendre…. quoi ? Elle savait pour le problème d’explosivité de Sahar ? Non, ce n’était pas possible… Le garçon maintint son regard sur la fille et attendit la suite de ses paroles.

– Je peux comprendre… pourquoi tu étais si énervé, dit-elle. Je… Je t’avais dit qu’on irait voir si tu avais un pouvoir. Je t’ai dit que tout le monde en avait, enfin, presque.

– ……

– Je t’ai fait croire que tu en avais un, alors qu’au bout de trois exercices, ça me semblait déjà… mort. Je… Je voulais juste vérifier le plus loin possible pour peut-être trouver quand même quelque chose… Mais, même après tout cela, on a rien trouvé en toi. Je me sentais un peu mal.

– …… Il ne faut p—

– Je t’ai fait croire que tu avais un pouvoir, et ta déception devait être juste… gigantesque. Je comprends. Après, peut-être méritais-je de me faire frapper…

– Qu’est-ce que tu racontes ?!

Sahar cria en se levant du canapé sans fuir le regard. Il se redressa et serra les poings en voyant qu’il venait de parler avec un ton élevé, mais il ne pouvait pas accepter que Nyara puisse dire de telles choses.

Elle parlait comme si c’était de SA faute, alors que c’était Sahar qui était venu se faire pardonner. Elle n’avait rien à se reprocher, même si elle avait failli le découper en morceaux. Elle l’avait pourtant prévenu et s’était protégé de Sahar. C’était une réaction certes excessive, mais ce n’était pas aussi grave que ce qu’avait fait le garçon. Il s’avança un peu vers Nyara, tout en gardant ses distances : il ne voulait pas qu’Az et Creel se ramènent pour le mettre en pièce.

– Tu n’as rien fait de mal ! continua Sahar. C’est moi qui suis totalement responsable de cette situation ! J’ai failli te frapper, alors que vous m’avez « sauvé » et accueilli ici ! Tout ça… Tout ça pour des bêtises !

– Même ! Je n’aurai jamais dû être aussi violente avec toi, c’est tout !! répliqua Nyara.

– Cela ne change rien le fait que j’ai failli te frapper pour rien !

– Ce n’est pas rien, de t’avoir fait espérer tant que ça… !

– … C’est surtout parce que j’ai un problème de colère que j’ai failli te faire du mal.

– Et c’est moi qui l’ai provoqué, cette colère !

Ils ne s’arrêtèrent pas. L’un voulait avoir raison, l’autre voulait l’avoir aussi. Ils souhaitaient tous les deux se faire pardonner par l’autre, se sentant coupables de la situation.

Nyara se sentait coupable d’avoir fait espérer Sahar.

Sahar se sentait coupable d’avoir voulu frapper Nyara.

La fille s’était aussi levée, commençant à un peu s’énerver.

– Je vois pas pourquoi tu n’acceptes pas mes excuses ! laissa-t-elle sortir.

– Et toi, pourquoi tu n’acceptes pas les miennes ?

– Car tu n’as pas à t’excuser !! Je veux que tu me pardonnes !

Sahar voulut continuer, mais il s’arrêta. Sa gorge se serra quand il vit la tête de la fille.

Des petites larmes se formaient aux bords de ses yeux rouges.

Quand elle vit l’expression du garçon, elle ouvrit la bouche en ouvrant grand les yeux avant de se les frotter.

– … Laisse, je t’ai déjà pardonné, moi… lâcha-t-elle en se laissant tomber sur le canapé.

– ……

Elle fit la moue en baissant le regard, fuyant celui de Sahar. Le garçon s’assit à côté d’elle et regarda de l’autre côté. Il ne savait pas comment répondre à tout cela.

– ……….
Le silence reprit, mais pas pour longtemps.

– Alors, je te pardonne aussi.

Parce que Sahar le brisa à nouveau. La fille le regarda, les yeux exprimant toujours la tristesse. Le garçon semblait avoir l’esprit ailleurs, les yeux rivés devant lui, mais il était bel et bien sur terre.

– Si tu penses être aussi fautive, alors je te pardonne entièrement.

– … Merci.

– Mais à une seule condition.

La fille prit un air étonné et attendit la suite de sa phrase.

– J’aimerai qu’on tente de devenir amis.

Sahar, pour avoir tenté de faire du mal à Nyara, je t’oblige à devenir ami avec elle, et qu’elle soit ton amie aussi.

 

C’était la « punition » que lui avait offert Tadda. Cependant, ce n’était pas parce qu’il lui avait ordonné d’être ami avec Nyara qu’il voulait le devenir. Il avait juste…… envie. C’était son coeur qui l’avait décidé entre temps.

Et Sahar comptait tout faire pour être son ami. Seulement, il fallait voir si Nyara, elle, voulait bien être son amie…

– … Mph.

La fille se tourna vers le garçon, un grand sourire sur les lèvres. Ses yeux pétillaient et on pouvait voir à l’intérieur des petites étoiles briller chaudement. Elle était tellement plus belle quand elle souriait, se dit le garçon en l’imitant.

– Avoir un ami, ça me plairait bien ! dit-elle avec un magnifique sourire.

– Avoir une amie, ça me plairait bien aussi, héhé, lâcha Sahar.

Voyant qu’elle montrait sa nature « faible », Nyara recula un peu et toussa. Elle montra un air plus sérieux et leva l’index vers le ciel.

– Hum hum, cependant, ne crois pas qu’on va devenir réellement amis si vite !! dit-elle en essayant d’être la plus sérieuse possible.

– Cela me semble logique. Je te prouverai que je suis digne de ton amitié.

Sahar laissa apparaître un sourire et ne cacha pas son amusement. Il était cependant sérieux : il voulait prouver à Nyara qu’il serait un bon ami.

– Sinon, je n’aurai qu’à te botter les fesses, héhé ! lâcha Nyara en sortant la langue.

Et là-dessus, Nyara et Sahar rirent ensemble, pardonnés l’un l’autre.

– Alors c’est bon ? demanda Az.

Creel sourit.

– Ils. se. sont. réconciliés. on dirait, répondit-il.

Azgoria sourit, regardant la porte du salon. Il tourna les talons et s’éloigna. L’homme aux cheveux mauves le regarda partir en plissant les yeux.

– ……

Az s’arrêta, sentant un regard posé sur lui, mais il ne se retourna pas et continua sa route après quelques secondes de pause.

– Il a intérêt à en valoir le coup, Az, murmura Creel en s’éloignant aussi de la porte.

 

 

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