10;Drops 19 — [Un Virus sans remède, pt.3]

 

Auteur : Mouton
Check : Faust


Danser, c’est s’exprimer.


Il fallut à Sahar deux heures de marche pour retrouver Nyara. Le garçon avait tenté de récolter des informations auprès des habitants, mais certains préféraient rester muets et les autres ne savaient rien de plus. Leurs regards trahissaient tous un même sentiment : la peur. Ils étaient tous effrayés par ce Virus. Comment les dirigeants de ce pays pouvaient-ils laisser un tel tueur se promener en liberté ? C’était incompréhensible et inadmissible.

Nyara n’avait pas appris grand-chose. Elle avait juste pris connaissance du nombre de morts qu’il y avait eu hier soir : douze. Pendant qu’eux même étaient sortis… Sahar avait remarqué la colère dans les yeux de Nyara lorsqu’elle lui avait dit. Ils devaient vite le retrouver, d’une manière ou d’une autre. Az avait passé du temps à récolter des informations avec la fille, mais rien de concluant.

Les résultats de Creel avaient été tout aussi décevants. Nyara leur avait dit qu’il allait falloir demander à des gens plus influents ou trouver une solution pour avoir des informations intéressantes. Elle n’aimait pas laisser un tel tueur en vie. Elle voulait…

– Quelle plaie…

Az soupira, couché dans son lit. Sahar regarda de son côté, silencieux. L’homme aussi était mécontent qu’ils n’aient aucune information sur Virus. Le garçon ne savait quoi dire. Ils leur avait dit pour Bahama, mais cela n’avait rien apporté de plus. Ils étaient juste soulagés que ce n’ait pas été un piège et que Sahar s’en soit sorti sans aucune blessure. Il toucha le médaillon qui pendait à son cou et regarda le plafond. Il repensait à tout ce qu’il s’était passé quand—

– Tornade.

Aujourd’hui, il devait retrouver Tornade à vingt heures, à l’endroit de la dernière fois. Pour y retourner, il prenait environ quarante minutes de marche : il avait retenu le chemin qu’il fallait emprunter. La dernière fois, il avait pris deux heures… Tout cela parce qu’il avait oublié le chemin. Il devait d’ailleurs prévenir les autres de son absence, ce soir. Quelle heure était-il ???!!!! demanda-t-il à Az sans tarder.

– L’heure ? Il est quelque chose dans les dix-neuf heures… Ah, voilà. Il est dix-neuf heures treize. Pourquoi ?

Sahar soupira de soulagement. Il avait encore un peu de temps avant le rendez-vous… Il devrait prendre une douche avant !! Il ne sentait pas particulièrement mauvais, mais depuis qu’il était dans ce Monde, il n’en avait pas pris. Avant de foncer dans la salle de bain, il répondit à l’homme.

– Je dois voir Tornade à vingt heures…

– HEIN ????

Sahar se leva de son lit et roula des yeux.

– Rien de—

– Tu as dit… Tornade ?!!!

Le garçon regarda le lit vide en plissant des yeux. Il connaissait la fille… ?

– … Oui… Je t’avais déjà dit son prénom, hein…

– Mais-Mais…

Azgoria avait l’air… choqué. Sahar ne savait pas comment réagir. Que savait-il sur elle… ? Une amie ? Az se leva de son lit.

– ……. C’est un prénom étrange !!!

Sahar fit plissa un oeil, comme dégoûté, et soupira avant de se diriger vers la salle de bain. Azgoria répéta que c’était un prénom étrange et se rassit sur le lit. Le garçon avait bien besoin d’une douche.

– Tornade… hein.

Sahar sortit de la douche en se sentant bien propre. Il avait dû passer une dizaine de minutes dedans, alors il ne pouvait plus traîner ! Il regarda le lit d’Az, mais il semblait n’y avoir aucun mouvement. Peut-être l’homme se reposait-il ? Les cheveux bien coiffés, il se regarda une dernière fois dans le miroir avant d’approuver son style : il était beau, comme cela ! Parfumé au lilas !. Vive les shampoings ! Content de lui, Sahar sortit de la chambre en saluant l’homme. Ce dernier ne répondit pas, ce qui laissa croire au garçon qu’il dormait ou n’était plus là.

Sahar prit une bonne quarantaine de minutes pour arriver au lieu prévu. Le banc ne servait actuellement à personne et invitait le garçon à venir s’asseoir après toute cette marche. Il allait accepter cette offre quand—

—des bruits de tambours arrivèrent à son oreille. Il se retourna et remarqua que la grande place était bondée. Il y avait bien plus de monde que la dernière fois… ! Ils étaient tous vêtus d’habits colorés et festifs. Certains hommes frappaient sur leurs tambours à un rythme régulier…

Il va y avoir une fête… ? se demanda le garçon.

Sahar se rapprocha de la foule pour voir ce qu’il s’y passait. Les tambours ne persistaient, mais encore aucune musique ne les accompagnait. C’était probablement pour attirer les gens et les prévenir que les festivités allaient débuter… La curiosité de Sahar prit le dessus et il en oublia presque son rendez-vous avec Tornade. Il avait le temps de voir ce qu’il se passait, non… ?

Tout d’un coup, une femme monta sur un piédestal. Ce dernier se trouvait au milieu de la place et de la foule. La femme portait une robe multicolore et ses cheveux étaient teints de toutes les couleurs imaginables. Quelques-uns commencèrent à applaudir et crier. Elle salua toute la foule en esquissant son plus beau sourire. Sahar regarda les gens s’exciter. Les tambours s’arrêtèrent d’un coup et le silence s’installa, mais ne demeura pas.

– Ce jour… était si attendu.

La femme parla de sa belle voix et regarda la foule avec des yeux soulagés. Les gens autours s’excitèrent à ses simples paroles. Sahar évita un coup de coude non-intentionnel et regarda de nouveau la femme.

– Nous avons espéré et patienté dans nos larmes et nos peurs, mais le jour est enfin arrivé.

De quoi parle-t-elle… ?

Sahar était curieux d’en savoir plus. La femme se tut et regarda le ciel en ouvrant grand les bras. Les yeux fermés, elle continua de sourire sans rien dire.

– Ils sont enfin réunis… Ils vont pouvoir enfin être tous ensemble… !

Quand elle eut fini de parler, les tambours reprirent, accompagnés d’instruments à cordes. L’intensité de la musique était faible, mais audible. La foule commença à crier et s’agiter, couvrant le son des instruments. La femme au milieu fit un geste de main inconnu à Sahar et tout le monde se tut petit à petit, même les instruments. Autant pour la musique…

Es una canción que te entregamos.

La femme, de sa douce voix, lâcha ces mots que Sahar eut du mal à comprendre.

… De l’espagnol ?!!

Comment, dans ce Monde… De l’espagnol… Qu’est-ce………

Sahar ne connaissait pas assez cette langue pour comprendre cette phrase. De plus, il n’arrivait pas à réfléchir : il était choqué d’entendre une AUTRE langue terrienne sur ce Monde.

Ahora que estàs aquí, con nosotros.

Le garçon remarqua que la foule commençait à s’agiter un peu, mais était toujours silencieuse. Les gens… dansaient !

Tenemos esperanza… !

De sa voix mélodieuse, la femme lâcha ces mots remplis d’espoir sur lesquels reprirent les instruments. Les gens s’agitèrent encore plus sans dire quoi que ce soit et Sahar sentit son cœur battre plus fort. L’ambiance était tellement festive… La musique lui parvenait et lui ordonnait de danser, lui aussi. Sahar n’était pas du genre à se remuer sur de la musique, mais bizarrement, il avait tellement envie… Les instruments jouaient une mélodie jouissive. Sahar comptait quitter les lieux pour retrouver Tornade quand une main l’attrapa le poignet. Il se retourna d’un coup, perturbée.

– Tu ne veux pas danser ?! Attends au moins qu’elle chante !

Tornade.

C’était Tornade.

Ses yeux fixaient Sahar avec joie. Son sourire embellissait son doux visage et ses cheveux volaient librement dans la fraîcheur de la nuit. Elle était habillée d’une courte robe à en faire tomber plus qu’un. Sahar étant pris de court, il n’arriva pas à s’exprimer correctement et se laissa emporter par cette douce main qui lui tenait le poignet. Sans aucune gêne, Tornade envoya le corps du garçon sur le sien. Elle était plus petite que lui, mais seulement d’une demi-tête. La fille regarda la femme aux bras ouverts et le garçon l’imita.

La vida me sonríe,
Pero hacer lo mismo
No es posible para mi.
Quiero hacer asi mismo.

Dans une langue qu’ignoraitSahar, elle chanta des paroles qui n’évoquaient que tristesse et espoir. Le garçon ne se doutait pas du sens de ces paroles, mais la musique mélangée aux émotions et à la voix mélodieuse de la femme redoubla son envie de danser. Tornade fit de nouveau le premier pas et commença à baller avec Sahar. Il se laissa entraîner par la fille, ne sachant pas réellement comment danser correctement. Les gens autour d’eux ne se gênaient pas non plus et s’agitaient sur le rythme de la musique.

Déjame vivir
Dejame cantar
Deja que el mundo me ame
Reir para esconder mis lagrimas.

Les émotions de la femme transparaissaient dans sa voix. Elle aussi, tout en chantant, dansait sur son piédestal de pierre. Les habitants se lâchaient. Sahar et Tornade, eux aussi, se laissèrent emporter par l’ambiance festive.

La vida me sonríe,
Pero hacer lo mismo
Me parece imposible.
Quiero hacer asi mismo.

Sahar ne se sentait plus gêné de danser. Lui qui était normalement timide, il osait remuer sur cette musique. Les tambours, les instruments à cordes et des sortes de maracasses accompagnaient seuls la voix de la femme. Blanra éclairait ces festivités de sa blancheur depuis tout là-haut, au-delà du ciel. Les gens ne pensaient plus à rien, ils se laissaient emporter. Le garçon regarda la fille tout en souriant. Il n’était peut-être pas bon pour danser, mais cela ne le dérangeait pas. La fille aux cheveux verts le fixait avec des paillettes dans les yeux. Ils exprimaient sa joie ainsi qu’un autre sentiment que Sahar se sut discerner.

Deja que los árboles canten,
Deja que el sol me caliente,
Mi corazón vive bajo la lluvia
Tengo de esta vida bastante.

La femme chantait de toute ses forces. Elle n’avait pas peur de se laisser dépasser par ses émotions. La foule colorée continuait de s’agiter, et naissait une atmosphère douce/chaleureuse et agréable. Les sourires, les espoirs et les larmes… Tout se mélangeait dans les danses et les chants des humains. Certains joignaient leurs voix à celle de la femme. Sahar ne savait pas réellement ce qu’il se passait, ni pourquoi il dansait avec Tornade…

Mais tout cela, il s’en fichait.

Son cœur battait au rythme des tambours et ses pieds frappaient le sol au rythme des pas de Tornade. Ils dansaient, dansaient… Ne se souciaient pas de la situation actuelle de la Capitale. Leurs pensées uniquement guidées par la musique…

Déjame vivir
Dejame cantar
Deja que el mundo me ame
Reir para esconder mis lagrimas

Mirar salir el sol
Cantar bajo la lluvia,
Bailar con el viento
Abrazar la alegría

Déjame vivir
Dejame cantar
Deja que el mundo me ame
Reir para esconder mis lagrimas

La femme regarda le ciel noir avec des yeux remplis de larmes et s’arrêta de chanter, un sourire gigantesque sur le visage. Les habitants ne s’arrêtèrent pas de danser et l’harmonie des instruments perdurant encore. Tornade saisit la main de Sahar et pressa de nouveau son corps contre le sien. Ils se regardèrent, des étoiles dans les yeux, essouflés. Ils se fixaient encore quand la musique stoppa. Les gens s’immobilisèrent petit à petit et l’excitation retomba. Sahar n’eut pas le temps de savoir si les festivités allaient continuer : Tornade l’entraîna avec elle hors du lieu. Il courut derrière, la main dans la sienne. Ils arrivèrent finalement au banc où ils avaient prévu de se retrouver à vingt heures. Ils halletaient et se dévisagèrent longuement avant de tous deux rougir violemment. Détournant le regard l’un de l’autre, ils bégayèrent.

– Ahahah, jeajjefodkka, ahah….

– Ouais, heu…… t-tu dansaeaorka….

Ils ne parvenaient pas à se parler et et se turent. Sahar se prit la tête dans les mains et ferma les yeux.

AAAAAAH !!! Je me suis laissé emporter par la musique ! s’écria-t-il. Ma timidité prend le dessus, là !

Sahar était bien trop gêné pour la regarder. Ils avaient dansé tellement…… Ils avaient tout donné !! Tornade déglutit et tenta de se calmer en inspirant et expirant lentement. Le garçon fit de même, les joues toujours en feu. La fille se posa sur le banc et soupira. Sahar prit quelques secondes à l’imiter, mais il y parvint. Ils ne se parlèrent pas et ne se regardèrent pas, toujours gênés. L’ambiance festive les avait entraînés dans un état second… Sahar voulait vaincre sa timidité, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Malgré tout, il ne voulait pas que cela soit Tornade qui parle en premier. Le garçon réussit à placer des mots les uns après les autres.

– Si-Sinon, tu es j-j-jolie comme… comme ça…….

Tornade ouvrit grand les yeux et devint encore plus rouge. Sahar tenta de s’excuser, mais sa gorge se bloqua. Pourquoi avait-il dit cela ?!! Quel idiot !! Il ferma les yeux et s’insulta quand—

– M-Merci… Je… savais pas quoi mettre…

Tornade répondit à son compliment. Sahar se tourna vers elle et lui fit un sourire maladroit. Elle était réellement…

Mignonne comme tout.

Le garçon était reconnaissant envers Ovo, qui serait la Déesse de ce Monde, d’avoir lié son chemin avec ceux de filles aussi belles et gentilles. Il ne connaissait pas bien Tornade, mais de sa première conversation, elle avait l’air de quelqu’un de très pure. Harmonie, la fille de Tadda, était vachement mignonne, mais c’était une petite fille. Bahama semblait être quelqu’un d’intéressant, mais pas méchante. Pour Nyara…

Elle mérite d’avoir un ami sur qui compter. Je deviendrai cet ami, coûte que coûte.

Il n’avait pas de réel but, sur ce Monde. Actuellement, c’était d’aider Nyara et les autres à arrêter ce Virus. Mais après… ? Il comptait rester avec eux encore et encore, mais pourquoi ? Quelle était sa motivation ? Il ne devait pas se prendre la tête avec cela, mais il savait très bien ce qu’il VOULAIT faire : devenir une force pour Nyara. Elle qui l’a accepté. Elle qui l’a pardonné. Elle qui l’a sauvé.

Il ne se pardonnerait pas s’il lui faisait du mal à nouveau.

Sahar regarda Tornade à nouveau, calmé. Ses pensées l’avaient calmé.

– De rien.

Tornade sourit, les joues toujours teintées de rouge.

– T-Tu es pas mal aussi ! dit-elle.

Sahar lâcha un petit rire et la remercia. Elle pinça les lèvres et regarda devant elle. Le garçon n’acceptait pas de revivre un moment gênant à nouveau ! Il s’approcha un peu de la fille et parla impatiemment.

– Pourquoi y avait-il cette fête ?! demanda-t-il.

L’excitation dans la voix de Sahar fit sursauter la fille qui bégaya.

– Aaaah ! C-C’est…

Elle reprit son souffle et répondit sérieusement à la question de Sahar.

– C’est juste des festivités pour fêter leur rassemblement…

– Leur rassemblement ?

Tornade regarda d’un œil le garçon. Elle semblait penser à quelque chose ou le jugeait…… Devait-il le savoir ? Était-ce si évident ?! La fille baissa les yeux, mais garda son sourire.

– Ce qui est drôle avec ça…

Tornade se posa confortablement sur le banc et regarda le ciel étoilé.

– C’est que les gens connaissent leur existence, ils sont connus, et pourtant, on dirait qu’ils ne sont rien…

– …..

Sahar voulait en savoir plus. C’était bien trop vague… ! De quoi parlait-elle, bon sang ?!

– Quand tu parles d’eux, on les connaît, mais…

Tornade se tut et ne fit que sourire. Sahar allait en demander plus quand la fille hocha la tête.

– Désolé, je me laisse emporter, s’excusa-t-elle.

– P-Pas grave…

– Les habitants sont remplis d’espoir, maintenant qu’ils sont enfin tous là… Tous les…

 

….. dix.

 

– D-dix…

Ce chiffre… C’était le même que celui dont Azgoria avait parlé… ! Il lui avait demandé si sur l’autre continent, on parlait des « dix » ! Qui étaient-ils… ? Il n’hésita pas à demander. Tornade le regarda avant de fixer à nouveau le ciel.

– Tu ne sais pas qu’ils sont…

– C’est—

– Laisse tomber. Il y a certaines choses dont je préfère ne pas parler.

Sahar trouvait cela étrange. Elle n’agissait… pas normalement. Il comptait découvrir la vérité derrière ces « dix ». Comme si elle n’avait rien dit de tout cela, Tornade finit son explication.

– Bref, ils fêtent leur rassemblement parce qu’ils ont enfin de l’espoir.

– De l’espoir… ?

– Certaines personnes pensent que lorsqu’ils seront enfin tous rassemblés, alors le Monde pourra être en paix. Ils se basent sur d’anciennes bêtises écrites dans des livres, mais je peux les comprendre. Depuis… ce moment, le Monde n’a jamais été entièrement en paix. Il est plus que normal que certaines personnes VEULENT croire à des choses pareilles. Je ne pense pas que les dix soient forcément tous des bonnes personnes, après. Je te conseille de laisser tomber et de ne pas en apprendre plus sur eux pour l’instant, ça pourrait te retomber dessus.

– Me retomb—

– Sinon, tu ne veux pas me redire que je suis magnifique dans cette robe ?

– … Hein ?!

– J-Juste pour changer de sujet !!

Tornade tenta de cacher ses joues rouges de façon maladroite, ce qui fit rire le garçon. Il sourit en la regardant.

– Tu es magnifique là-dedans, Tornade.

– M-M-Merci. B-B-Bref……

Elle semblait très gênée, mais c’était elle qui l’avait demandé. Elle devait aussi être peu douée pour les conversations et les relations, ce qui amusa le garçon. Il ouvrit grand les yeux en se souvenant de ce qu’il voulait demander à Tornade. Il n’attendit pas plus longtemps.

– Dis, Tornade.

– Oui ?

– Qu’est-ce que tu sais, à propos de Virus ?

– Je l’avais complètement oublié, lui… Uuuugh… On était dans une ambiance si paisible et si festive, alors qu’il est toujours en liberté, pas vrai ?

– … Il l’est toujours.

Sahar avait presque oublié son existence, tellement il se sentait paisible avec cette fille. Elle soupira en hochant la tête. Il était content qu’elle ait connaissance de ce tueur, peut-être avait-elle des informations intéressantes à lui donner. Elle secoua la tête.

– C’est vraiment énervant qu’un tel tueur soit toujours en liberté, je me demande ce que font les Missopere et les grands… dit-elle avec une faible tristesse.

Sahar se posait la même question. Tornade esquissa un petit sourire, mais n’en expliqua pas la raison.

– Pourquoi Virus t’intéresse… ? demanda-t-elle.

– J’ai… des amis qui courent après, je veux les aider à mettre fin à sa terreur…

Il avait bien vu les airs des habitants : terrifiés, inquiets. Ils ne se sentaient plus en sécurité. Virus n’arrêtait pas d’augmenter son nombre de victimes sans rencontrer d’opposition. Même si certaines personnes tentaient de l’arrêter, il continuait, comme s’il ignorait la peur… Ce Virus était quelqu’un de puissant et de cruel, Sahar en était plus que certain. Tornade lâcha un « Oooh » en souriant.

– C’est vrai ?! dit-elle. J’espère que vous allez pouvoir mettre fin à son existence, il a tué trop de personnes pour mériter de goûter à la vie…

– Je pense…

Pareil était ce qu’il allait dire, mais il hésita. Qui était-il pour décider du sort de quelqu’un ? Pouvait-il oser décider de la survie d’un être humain ? Après tout, il en était un aussi… Il baissa la tête.

– Pourquoi je me dis ça maintenant, ça fait depuis le début que je dis qu’il ne mérite pas d’être libre… se dit-il.

Néanmoins, Sahar savait que dire « Il ne mérite pas d’être libre » n’était absolument pas pareil à « Il ne mérite pas la vie ». Il ferma les yeux et arrêta d’y penser. Cette personne avait fait bien trop de morts et de tort, il ne devait pas se poser de questions… !

– Je pense… pareil.

– On est d’accord ! Sinon, tu veux savoir quoi sur lui ?

– Tout ce que tu sais, ça pourrait aider.

– Tu ne veux pas plutôt dire ce que tu sais toi en premier ? proposa-t-elle. Comme ça je te donne les informations que tu n’as pas !

Sahar hésita, mais il accepta. Cela ne changeait pas grand-chose, après tout.

– On connait le nombre de ses victimes et qu’il agit principalement, voire uniquement dans la capitale, énonça le garçon. On connait aussi sa manière de tuer et qu’il est comme invisible aux yeux des grands…

C’était peu d’informations, il en était conscient. Comment cela se faisait qu’aucun témoin d’un des meurtres de Virus ne soit là pour témoigner… ? Ce tueur ne pouvait pas être littéralement invisible !!

Tornade regarda le garçon longuement, silencieuse. Elle finit par parler.

– Je sais pas grand-chose de plus, excepté deux informations.

Sahar ne comptait pas râler parce qu’il n’avait « que » deux informations : cela pouvait être plus qu’intéressant. Il ouvrit grand les oreilles et l’écouta attentivement. Elle tourna la tête de tous les côtés pour voir si quelqu’un était dans les parages. Satisfaite d’être la seule ici avec Sahar, elle se décida à parler.

– La rumeur dit que Virus… est en fait une femme.

– Une femme…

Sahar disait toujours « tueur » et jamais tueuse, mais il ne savait pas si c’était un homme ou non. Si les rumeurs disaient que ce criminel est en fait une femme… Devait-il dire désormais « tueuse » ? Après tout, ce n’était que des rumeurs. Après, c’était une information qui pouvait s’avérer utile pour les recherches, c’était indéniable.

L’air apportait la douce mélodie des festivités, un peu plus loin. La fête n’était donc pas terminée…… Sahar n’avait pas réellement envie d’y retourner, mais il aurait apprécié voir à nouveau toutes ses couleurs… C’était si agréable pour les yeux… Le garçon secoua la tête et se concentra sur la fille.

– La deuxième chose que je sais…

Sahar déglutit.

– … c’est que la plupart de ses récentes victimes sont à Kassumi.

– K-Kassumi… ?

– Un coin reculé de la capitale, à la frontière d’Albeinäh, expliqua la fille. C’est une ville plutôt pauvre et il y a peu de bâtiments… De plus, s’y aventurer peut être dangereux. Les gens sont plutôt méfiants des étrangers et se montrent agressifs sans aucune raison, parfois.

Même si Sahar voulait en apprendre de plus en plus sur ce Monde, il allait avoir du mal à se souvenir de tous les noms des villes, des régions, des coins…

– … Je vois.

– Même si c’est compliqué d’avoir des informations sur ce lieu, c’est une femme de Kassumi qui est venue hurler et pleurer dans les rues de la Capitale pour demander de l’aide.

Le garçon fronça des sourcils. C’était grave à ce point…

– Elle hurlait que plus de la moitié des habitants s’étaient fait tués. Cela est arrivé avant-hier, expliqua la fille.

– Plus de la moitié… ?!!

– Ils ne sont qu’environ deux-cents, là-bas. Cela reste bien trop énorme. Les habitants de cette région… Ils se connaissent tous. Les liens qui les lient entre eux sont aussi forts que ceux d’une famille, voire plus forts. Le souci… C’est que personne n’a prêté attention à la femme.

– Quoi… ?

– Des officiels travaillant pour les dirigeants ont ramassé la femme par terre et l’ont… emprisonnée. Pour tapage… nocturne.

Sahar resta bouche bée, yeux grands ouverts. Comment… Tornade baissa le regard, ne cachant pas sa tristesse.

– C’est comme s’ils voulaient… que Virus ne soit pas arrêté.

– …….

Impardonnable. Comment… était-ce possible. Comment des dirigeants d’un pays… acceptait qu’une personne massacre tant de gens ?! Ils ne voulaient pas l’arrêter ?

– Je trouverai ce Virus.

– Hein ?

Tornade se tourna vers le garçon. Il n’arrivait pas à cacher la rage qui lui rongeait le cœur. Les poings serrés, il fixait la fille avec colère.

– Je vais tout faire pour découvrir qui se cache derrière ce surnom et pourquoi il fait ça. Non, en fait, j’en ai rien à foutre de ses raisons.

Sahar se leva.

– On va le défoncer. Femme ou homme, ce Virus payera pour ce qu’il a fait. Si même les dirigeants ne veulent rien faire, alors on le fera.

Le garçon savait qu’il n’avait aucun pouvoir et ne pourrait pas battre ce Virus… mais il avait Nyara, Creel et Az à ses côtés. Eux… ils allaient battre ce Virus, c’était certain. Sahar était plus que confiant qu’ils y arriveraient. En premier lieu, ils allaient devoir aller à Kassumi… Les habitants ont peut-être été témoins d’une attaque de Virus.

– Ce Virus…

Sahar regarda Tornade, les yeux toujours enragés.

– C’est un Virus sans remède, Sahar. Le seul moyen de s’en débarrasser, c’est… de l’exterminer.

– … Je suppose, oui.

Tornade lui sourit.

– Tu ne comptes pas partir maintenant, j’espère ?! dit-elle en se levant. J’ai bien envie de me défouler, ça te dit pas qu’on aille voir la fête ?!!

– Comptes pas sur moi pour danser à nouveau, héhé…

– Je pense que mon coeur ne supporterait pas à nouveau une telle honte…

Ils se regardèrent et rigolèrent avant de se diriger vers la fête.

Sur un bâtiment se tenait une femme aux longs cheveux. Elle était assise en tailleur et avait sa tête posée dans sa main. Elle souriait en regardant les deux jeunes partir vers les festivités.

– Si mignons… Occupez-vous bien l’un de l’autre.

Elle se leva et s’étira. La femme était assise depuis trop longtemps, elle avait besoin de bouger. Les cheveux toujours dans le vent, elle fixa le ciel étoilé.

– …….. Nous sommes tous les dix, désormais.

Et elle s’en alla sur ses mots.

Elle disparut d’un coup, sans laisser aucune trace de son existence.

 

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