Rêve Éveillé (Concours Halloween 2016)

Auteur : Exserra
Check : SamiHuunter/Faust


Deuxième oneshot pour le concours Halloween, si vous voulez soutenir cet auteur, votez pour lui sur la page des participants au concours.


Dewin se réveilla en sursaut, tiré de son sommeil par la sonnerie rageuse de son réveil- matin. Toujours à demi endormi, sa main glissa sur la deuxième moitié du lit à la recherche de sa femme. Celle-ci ne rencontrant que des couvertures froissées, il ressentit une vague angoisse s’appesantir sur l’atmosphère pourtant douillette de la chambre à coucher.

Secouant la tête pour chasser les dernières traces de sommeil, Dewin se rappela que sa femme était de garde toute la nuit, et qu’elle ne rentrerait que pour le déjeuner. Être de garde à l’hôpital n’était pas de tout repos, surtout dans le quartier. Lui serait déjà parti pour défendre ses concitoyens, et Dieu sait à quel point les habitants du Bronx avaient besoin de ses services. Nombreux étaient ceux qui risquaient l’expulsion chaque semaine, fautes d’impayés. Souvent des factures montées de toutes pièces ou bien gonflées à bloc par les lobby immobiliers, rêvant de faire place nette du quartier pour construire un parking ou un nouveau centre commercial. Dans certains cas, il était déjà trop tard et les conséquences désastreuses…des familles à la rue et des vies brisées.

Cela faisait maintenant 10 ans que Dewin avait obtenu son concours du barreau. Dix ans qu’il se battait bec et ongles pour défendre les plus démunis. À l’image d’un héros tout droit sorti d’un Comics, il affrontait le monstre que pouvait parfois être la machine judiciaire à l’aide de son cartable en cuir ( un cadeau de sa femme) et de son ensemble en tweed favori.

  • – D’ailleurs, je ferai bien de me préparer si je veux commencer ma tournée ! s’exclama t-il à voix haute.

Après s’être rapidement lavé au gant et avoir accompli ses ablutions, Dewin alla chercher son costume soigneusement plié sur une chaise. L’ensemble n’était pas particulièrement à la mode, ni d’une marque onéreuse. Non, c’était somme toute un costume en tweed assez banal, à l’exception du motif à carreau écossais jaune et rouge qui tapissait le tissu. Peu importent les compliments ou les moqueries que cet assortiment incongru de couleurs criardes lui valaient, le propriétaire l’avait choisi en son âme et conscience. Ce vêtement était un étendard, tous les gens le voyaient arriver au loin, aussi bien les pauvres gens que les représentants des puissantes industries immobilières.

Sa tenue de travail enfilée et cartable à la main, Dewin quitta le modeste appartement du 4 rue Dickson.

Dès qu’il eut franchi le seuil du bâtiment, Dewin fut pris d’un haut le cœur. Une odeur épouvantable venait lui agresser les narines, un véritable bouquet de senteurs nauséabondes évoquant les œufs pourris mélangés à de l’essence. Fouillant dans son cartable, il en sortit un mouchoir en tissu afin de se couvrir la bouche et le nez. Comme pour se moquer de lui, une nappe de brouillard noir passa au dessus de lui.

  • Est-ce que l’odeur viendrait de là ? Bon sang ! Je suis sûr que c’est encore des travaux qui ont mal tourné. Ces salauds ont dû percer une conduite de gaz ou une canalisation d’égout dans un de leurs chantiers.

Un coup d’œil à la rue d’en face le laissa hébété. Un mur en ruines, recouvert de symboles fluos. Les contours étaient illuminés par des lumières aveuglantes, du bleu pâle au rose clair, l’intensité des néons agressait les yeuxsens. Où était l’enseigne du barbier du Bronx ? Dont la lente rotation rythmait les allées et venues des habitués du petit salon de quartier.

  • Qu’est-ce que c’est que ce cirque!? Je sais que nous sommes le 31 octobre mais quand même! Où ont-ils été cherché tout ça ! s’emporta Dewin.

Alors qu’il allait se lancer dans une imprécation contre les services de la mairie, une ombre passa derrière lui.

  • Qu’est-ce que…

Dewin resta bouche bée devant la créature en face de lui. Si elle semblait humaine, Dewin ne pouvait en être sûr car elle masquait son visage sous la capuche d’un vêtement ample. De l’ombre de celle-ci sortaient de fins tentacules en plastique reliés à une sorte d’appendice…une plaque de métal lumineuse greffée sur la main de cet être…un monstre ne put s’empêcher de penser Dewin, une bizarrerie sortie de je ne sais quel enfer.

S’approchant doucement de lui, elle semblait marmonner quelque chose. Dewin n’en comprit rien, les sons étaient étouffés, comme lorsqu’on avait quelque chose dans la bouche… à manger sûrement…… À cette pensée terrifiante, Dewin recula, ne voulant pas prendre le risque d’être la prochaine bouchée de cette chose. La créature ne fut pas perturbée par la manœuvre d’évitement, bien au contraire, elle semblait excitée pensa Dewin en voyant le jeu de lumière s’intensifier sur l’appendice de métal du monstre.

Il n’en fallut pas plus, cédant à l’instinct de survie ancré au plus profond de chaque être humain, Dewin prit ses jambes à son cou. Une des plus belles courses de sa vie, il dépassait les croisements à toute allure, se souciant peu d’être percuté par un véhicule. Cependant, le  brouillard noir s’intensifiait et son angoisse avec. Un filet de sueur froide coulait le long de son dos car depuis qu’il courait, un bourdonnement le suivait et ne voulait pas le quitter.

Partagé entre l’horreur de ne pas savoir et la peur de voir son poursuivant, il finit par regarder par dessus son épaule. Là ! Dans l’ombre, il était là, il le suivait depuis le début ! “Mais comment ?” Se demanda Dewin !

Ses jambes n’avaient pas l’air de toucher le sol, et aucune bruit de pas à part ce bourdonnement électrique, rappelant la menace permanente qui lui filait aux trousses.

Retournant trop tard son regard devant lui, Dewin percuta de plein fouet un poteau. Le choc de l’impact le propulsa en arrière et il en lâcha son cartable qui glissa en plein milieu de la route. Sonné, Dewin distinguait à peine les contours de son outil de travail. Par contre, il n’eut pas de mal à reconnaître l’attroupement de figures encapuchonnées autour de lui. Toutes s’étaient pressées autour de lui, avaient accouru avec leur appendice plongées dans les ténèbres de leur capuche.

La terreur s’empara de Dewin alors qu’il comprit que rien ne pourrait le sauver à présent. Et une fois de plus, un phénomène enraciné au cœur de l’homme s’activa. Sa conscience inondé par la peur s’éteignit, s’évitant ainsi la vue de sa fin affreuse.

Dewin se réveilla pour la deuxième fois aujourd’hui. Pourtant, il était très las, fatigué comme s’il avait travaillé toute une vie. Et puis, que penser de ce terrible cauchemar qu’il avait fait…Une rapide analyse de son environnement lui indiqua qu’il se trouvait dans une chambre d’hôpital. Comment pourrait-il en être autrement avec ces murs blancs, l’odeur de javel omniprésente et le bip familier du moniteur.

Aussi ne fut-il pas surpris de voir le visage de sa femme se pencher sur lui. Une tension perceptible dans la voix, elle lui demanda:

-Comment te sens-tu?

-Ça va…juste fatigué, chérie répondit-il. Cependant, cela ne suffit pas à la rassurer.

-Papa, tu es sûr que tout va bien? C’est la deuxième fois en un mois.

– Papa…Enfin Rebecca, pourquoi m’appeler papa, nous n’avons même pas d’enfants!

– Papa, c’est moi, Jenny. Ta fille!

Dewin écarquilla les yeux de stupeur. Ce nom ne lui disait rien du tout. Il avait le sentiment d’avoir oublié quelque chose d’important, pourtant il était incapable de se souvenir quoi. Chaque fois qu’il pensait avoir trouvé, le souvenir lui glissait entre les doigts. Incapable de comprendre à quoi jouait sa femme et pour ne pas la blesser, il hocha lentement la tête.

Comme il l’avait escompté, l’angoisse n’était plus aussi visible sur les traits de sa compagne……Alors qu’elle s’apprêtait à reprendre la parole, une sonnerie stridente l’en empêcha. Sur l’injonction de cette cacophonie, la femme portant le masque de sa femme fit volte face, une plaque de métal soudainement greffé à sa main droite.

-Allô, James, je suis avec Papa à l’hôpital. Il a refait un crise.

– Ce doit être un rêve…oui, un rêve murmura Dewin alors que ses yeux scrutaient la pièce en vain à la recherche de son cartable, un cadeau de sa femme. Il ne trouva qu’un ensemble en tweed miteux à motif écossais à peine reconnaissable tant il était usé…

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