Maître des âmes 24 : Après les souvenirs, les pleurs…

Auteur : Nightgale
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Eh ben, y en a qui ont de sombres perspectives sur l’avenir de Hong.

Mais bon… Qui suis-je pour juger ?

Enjoy.


Hong avait une main posée sur son visage et l’autre sur sa jambe tandis qu’il se tortillait de douleur. Il jetait un regard rempli de haine vers Fang.

« Faaang ! Ne penses pas t’en sortir comme ça ! Quand mon frère et mon père appr… »

Crac !

Fang ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et lui brisa le bras.

« Tais-toi un instant », répliqua froidement Fang.

Il s’accroupit et s’approcha ensuite de Hong pour lui murmurer doucement à l’oreille.

« Ici et maintenant, il n’y a que toi et moi. Vas-y, tu peux hurler et me maudire autant que tu le souhaites si ça te fait plaisir. Mais tu ferais mieux de te préparer à passer un long moment avec moi. »

Si un regard suffisait pour tuer des gens, il était clair que celui de Hong aurait déjà déchiqueté Fang en mille morceaux depuis bien longtemps. Après sa suggestion, Hong ne se priva pas pour exprimer sa rage sous forme de menaces et d’insultes.

Crac ! Crac ! Crac !

En réponse à Hong, seuls les bruits de ses os brisés et de ses hurlements lancinants résonnèrent dans la forêt durant les minutes suivantes. Fang poursuivait machinalement sa tâche avec zèle, sans montrer la moindre émotion, ni même prononcer la moindre parole. Les doigts, les mains, les bras, les coudes et les épaules, puis ensuite les orteils, les pieds et les jambes… Quand celui-ci s’arrêta enfin, on aurait dit que Hong ressemblait davantage à un pantin désarticulé qu’à un être humain.

« Pitié, pitié, pitié, pitié…. »

Hong ne prononçait plus que ce mot en boucle. Il tremblait de tout son corps, non pas à cause de la douleur, mais dû à la terreur que lui inspirait désormais Fang. Au tout début, sa fierté lui dictait de ne montrer aucune faiblesse devant son tortionnaire. Mais très vite, ses horribles souffrances le ramenèrent à la raison.

Il ne lui fallut alors pas longtemps pour commencer à supplier, implorer, promettant de ne plus jamais s’en prendre à Fang. Il jura de lui donner tout ce qu’il possédait et même de devenir son esclave… mais rien n’y fit. Fang poursuivit de façon imperturbable sa besogne, si bien que Hong avait été sur le point de perdre connaissance plus d’une fois.

Mais alors que la douleur était telle qu’il allait s’évanouir, Fang toucha l’anneau qu’il lui avait dérobé et lui fit alors avaler une pilule de force. Quand il avala, Hong ressentit alors comme une douce chaleur émanant de son corps. Sa conscience qui était sur le point de s’envoler revint ensuite très vite à terre, le ramenant vers l’atroce cauchemar qui l’attendait.

« Ne pense même pas pouvoir t’échapper en perdant connaissance. »

Fang ouvra sa bouche pour la première fois dans le but de prononcer ses mots.

« Tu vas rester conscient et sentir ta mort se rapprochait pas à pas », ajouta Fang, avec un air impassible.

C’est à ce moment-là que l’esprit de Hong se brisa. En prévision de son combat, il avait préparé une bonne quantité de pilules aidant à soigner les blessures. Mais Fang, ce démon, allait à présent les utiliser pour le maintenir en vie aussi longtemps que possible. Tout ça dans le but de le regarder lentement souffrir !

De son point de vue, Fang était maintenant devenu une terreur absolue, un dieu de la mort qui se délectait de sa souffrance. À cette pensée, sa vessie se relâcha et il urina dans son pantalon sans pouvoir se contrôler. Son regard devint ensuite vide et inerte, et il se mit à se remémorer son passé.

Dans son esprit, il se voyait puissant et dominateur, sans personne dans Mura qui osait lui tenir tête. Son père le félicitait même pour son talent, tandis son frère reconnaissait son infériorité.

« Père, grand frère, je suis le plus fort… le plus fort… hée, hée, hée… »

Après l’avoir transformé en pantin, Fang ramassa l’épée de Hong. Il s’apprêtait à passer à la suite de sa séance de torture quand il vit l’état pathétique dans lequel Hong était tombé. Cependant, tout cela lui importait peu. Il continua à avancer et posa la lame sur le bras du garçon. Il s’apprêtait à dépecer celui-ci quand la voix de Shen l’interpella.

« Petit, ça suffit… Il est totalement brisé. Tu peux continuer à lui infliger autant de douleurs physiques que tu le souhaites… mais il est déjà mort à l’intérieur. Aller plus loin est inutile. »

Fang s’arrêta alors un moment pour contempler Hong des pieds à la tête. Quand il finit par poser son regard sur le visage béat de son ennemi mortel, il serra alors brièvement les dents… Puis il enfonça l’épée dans le crâne de Hong, mettant ainsi fin à sa vie.

Hong, celui qui l’avait martyrisé depuis si longtemps. Hong, celui qui était au huitième niveau du stade humain, un niveau alors inimaginable pour Fang il n’y a pas si longtemps. Hong qui, comparé à Fang, possédait talent, richesse et pouvoir. L’un était en haut de la chaîne et l’autre tout en bas. L’écart entre leur statut dans le village étaient aussi grand que le distance qui séparait le ciel et la terre.

Cependant, malgré toutes ces différences, Hong était à présent bel et bien mort. D’abord torturé lentement avant de perdre la raison, pour ensuite être froidement exécuté, seul, dans cette sombre forêt, sans aucune gloire ni noblesse. Telle était la réalité de ce monde ! Aussi cruelle et ignoble soit elle !

Fang retira alors l’épée qui était logée dans le crâne de sa victime, puis la rangea dans son anneau interspatial. Son esprit était comme vide. Sa haine et sa rage étaient si intenses qu’il avait agi automatiquement. C’était comme s’il avait toujours été conscient de ses gestes, mais que ce n’était pas vraiment lui qui contrôlait son corps.

Ce n’est qu’une fois que son ennemi ait rendu son dernier souffle qu’il commença à réaliser que tout ce qui venait de se passer était bien réel. Il avait tué Hong !

Il observa alors dans quel état se trouvait le cadavre avant de tourner ses yeux vers ses mains et ses habits recouverts de sang. Ce n’est qu’à ce moment qu’il réalisa pleinement le fait qu’il avait tué un autre être humain.

Fang avait déjà tué des animaux dans la forêt pour se nourrir. Il avait aussi brisé les bras de Dizz et sa bande, c’est vrai. Mais en voyant le corps de Hong, même lui ne pouvait imaginer qu’il était capable d’une telle barbarie.

Mais ce n’était pas les actions qu’il avait commis qui le choquaient. Non, c’était plutôt son état mental. Après avoir tué quelqu’un et qui plus est, une personne qu’il détestait, que devait-il ressentir exactement ? De la joie ? Du soulagement ? Ou bien de la peur peut-être ?

Fang eut beau essayer de se sonder mais il n’en savait rien. Très vite, il réalisa alors qu’il n’y avait que du vide dans son coeur. Il avait ôté la vie d’une personne, et cela ne lui avait fait ni chaud ni froid.

« Est-ce que je suis un monstre ? Ou peut-être bien que pour se hisser au sommet dans ce monde, il n’y a pas d’autre choix que d’abandonner son humanité ? »

À cette pensée, les mains de Fang se mirent à trembler de façon incontrôlable. Shen, de son côté, continuait à observer le jeune garçon en silence… parce qu’il n’y avait rien à dire.

Tôt ou tard, ceux qui poursuivent la voie du plus fort laisseront forcément sur leur chemin une montagne de cadavres derrière eux. C’était un fait inévitable. Certains le réalisent la première fois qu’ils tuent un autre être humain. Pour d’autres, seulement après avoir tué un nombre incalculable de personnes.

En tout cas, réaliser la cruauté de la voie sur laquelle il s’était engagé, était nécessaire si Fang avait l’ambition de devenir plus fort. S’il n’était pas capable de surmonter cela, alors le mieux pour lui était encore de vivre paisiblement dans son village jusqu’à la fin de ses jours.

Même si Shen ne pourrait pas accomplir son objectif si cela se produisait, il ne s’en plaindrait pas. Il ne s’attendait pas à grand chose à l’origine et s’était résigné à suivre le même destin que Fang, quelque soit son choix. Cependant, en voyant ce jeune garçon qui tremblait de façon incontrôlable, il craignait que celui-ci ne s’effondre psychologiquement. Il décida alors de briser le silence et lui fit une simple suggestion.

« Petit, ton ami… Ping, tu ne devrais pas le laisser comme ça. »

Quand Fang entendit la voix de Shen, il tourna soudainement son regard vers Ping. En voyant le corps de son ami ainsi, ses tremblements s’estompèrent et il se déplaça rapidement jusqu’à lui. Il toucha ensuite son visage avec tristesse. Bien que son sourire était toujours présent, son corps était désormais froid et complètement inerte.

« Tu as raison Shen, je devrais le ramener au village. C’est le moins… que je puisse faire pour lui », dit doucement Fang.

En constatant la réaction de Fang, Shen fut légèrement rassuré. Il lui fit ensuite une autre suggestion.

« Tu peux placer Ping dans l’anneau interspatial. L’anneau ne peut pas contenir des êtres vivants, et même s’il est de basse qualité, cet anneau a suffisamment d’espace pour contenir au moins un corps. »

« … »

Fang s’exécuta et plaça le corps de Ping dans l’anneau sans prononcer un mot. Il ne restait plus désormais qu’une mare de sang à l’endroit où se tenait précédemment son ami. C’était là la seule preuve qui témoignait de ses derniers instants.

Il se dirigea ensuite sans plus attendre en direction de Mura. Telle une ombre au coeur de la nuit, il ne lui fallut pas longtemps avant d’arriver à proximité de la demeure de Ping.

La famille de Ping vivait à l’ouest du village. En général, les villageois étaient placés dans Mura selon leur contribution au sein de la communauté. Cela prenait en compte à quel niveau de méditation leur famille était et du métier qu’ils exerçaient.

Pour simplifier, au nord de Mura résidait les personnes les plus importantes, comme le chef Han ou bien le chef en second Shang et sa famille. Quant à l’ouest, c’était là où les personnes de classe moyenne habitait. Leur existence était assez importante, mais cependant loin d’être essentielle, au bon fonctionnement du village.

C’était encore le beau milieu de la nuit. Il n’y avait donc personne à l’extérieur et toutes les lumières venant des habitations étaient éteintes. Fang s’approcha lentement de la porte d’entrée, le pas lourd. Cela faisait des années qu’il ne s’était pas tenu devant la maison de Ping.

Celle-ci ne semblait pas avoir changée malgré le passage des années. Le regard de Fang était rempli de nostalgie. Il fut souvent invité à jouer chez Ping par le passé. Mais au fil du temps, lorsqu’il fut mis à l’écart à cause de son médiocre talent, les parents de Ping lui ordonnèrent de couper toute relation avec Fang, craignant que leur fils ne se fasse ostraciser par le reste du village en le fréquentant.

« Si Ping m’avait ignoré, comme ses parents l’avaient conseillé, il serait sûrement en vie à l’heure qu’il est… »

Il ne put s’empêcher d’avoir cette pensée et laissa échapper un long soupir rempli de regret. Le passé ne pouvait plus être changé. Tout ce qu’il restait, c’était les souvenirs et les regrets.

Fang toucha alors l’anneau à son doigt et fit apparaître le corps de Ping dans ses bras. Il le posa ensuite délicatement au sol avant de frapper à la porte. Étant donné que tout le monde dormait à cette heure-ci, il dut insister un moment avant de voir finalement une lueur apparaître depuis la fenêtre. Il entendit alors une voix grommelante à travers les murs.

« Qui c’est qui fait ce boucan à cette heure-ci ? »

Une fois la voix parvenue à ses oreilles, Fang exécuta les [huit pas de l’ombre] et se dissimula rapidement dans un coin de la rue. De là où il se trouvait, il pouvait clairement apercevoir l’entrée de la maison tout en restant à l’abri des regards indiscrets.

La porte s’ouvrit brusquement. Fang reconnut de suite la silhouette du père de Ping. Même après tout ce temps, celui-ci n’avait pas beaucoup changé.

« Qui c’est le plaisantin qui vient frap… »

Il s’arrêta alors en plein milieu de sa phrase en voyant le corps qui gisait au sol. Il se mit ensuite à genoux et scruta attentivement le visage de son fils, comme s’il voulait confirmer que tout ceci n’était pas une illusion.

« Non… non, ça-ça ne peut pas être mon fils. Il aime traîner chez ses copains la nuit sans rien nous dire, mais il ne ferait jamais quelque chose de dangereux… I-il est trop timide pour ça… »

Des larmes commençaient à couler le long de son visage.

« Chéri, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu es à genoux devant la porte ? » Demanda une voix que Fang reconnaissait. Il s’agissait de la mère de Ping.

Lorsque celle-ci s’approcha de son mari et vit la personne que celui-ci tenait dans ses bras, elle recula soudainement en arrière. Elle posa sa main contre sa bouche et des larmes apparurent ensuite au coin de ses yeux.

« Ping ! Mon fils… NOOOON !!! »

Elle se mit alors à crier hystériquement avant d’éclater en sanglots. Devant ce spectacle, Fang ne supporta pas d’en voir davantage et se précipita à toute vitesse en dehors du village.

« Huff… huff… »

Après une course effrénée, Fang avait le souffle court. Il finit par s’affaler au pied d’un arbre. La scène à laquelle il venait d’assister tournait en boucle dans sa tête.

« Ping était différent de moi… Il avait des parents qui l’aimaient sincèrement et bon nombre d’amis autres que moi. Pourquoi a-t-il fallu qu’il s’associe à un bon à rien comme moi ?! » S’exclama Fang à haute voix.

Tout en se recroquevillant en boule, un souvenir particulier lui revint en mémoire. Il s’agissait d’une certaine conversation qu’il avait eu avec Ping.

____

C’était avant que Fang ait passé son pacte avec Shen. Il avait, pour la énième fois, subi les brimades de Dizz et sa bande. Mais avant que les choses ne tournent mal, Ping était intervenu au moment opportun.

Après que Dizz et ses compères s’en soient allés, ils s’installèrent au sommet d’une colline, admirant ensemble les dernières lueurs de la journée. Ils restèrent un long moment immobiles, sans qu’aucun des deux ne prenne la parole. Au bout d’un moment, incapable de se retenir plus longtemps, Fang ne put s’empêcher de poser cette question qui était depuis si longtemps suspendue à ses lèvres.

« Ping, pourquoi… pourquoi tu aides quelqu’un comme moi ? » Demanda Fang en se tournant vers lui.

Ping lui rendit son regard, mais avant qu’il ne puisse prononcer la moindre parole, Fang poursuivit :

« Tu as plein d’amis et tu es au sixième niveau du stade humain. Tu ne fais que t’attirer des ennuis en prenant ma défense… »

Il était extrêmement reconnaissant envers lui. Mais c’était aussi la raison pour laquelle il ne voulait pas voir son ami souffrir par sa faute. Si Ping avait décidé de l’ignorer comme les autres, Fang l’aurait compris. Mais dans le même temps, il craignait de perdre le seul ami qu’il lui restait. C’est pourquoi jusqu’à présent, il n’avait jamais osé aborder le sujet.

Ping resta silencieux quelques instants. Il tourna sa tête en direction du soleil couchant avant de prendre finalement la parole.

« Est-ce que tu te souviens de notre première rencontre, Fang ? Moi, je m’en rappelle encore clairement aujourd’hui. »

Ping ferma alors ses yeux, comme s’il essayait de visionner au mieux ce lointain souvenir.

« À l’époque, alors que tous les autres enfants étaient au niveau 3 du stade humain, j’avais du retard et n’avait atteint que le deuxième niveau. Je pense que tu t’en souviens toi aussi, mais j’étais très timide à l’époque… ce qui était loin d’arranger les choses », rajouta Ping en ricanant avant de poursuivre. « Tout le monde m’avait mis à l’écart, me traitant de tous les noms. Quant à ceux qui ne s’en prennaient pas à moi, ils se contentaient de regarder sans rien dire. »

On pouvait sentir de la nostalgie ainsi que de la tristesse dans sa voix.

« Mais c’est là que tu es apparu ! » S’exclama Ping, les yeux pétillants. « Peu importait pour toi mon niveau ou bien ma personnalité. Tu m’as défendu, tu m’as tendu la main, et par dessus tout, tu as dit que tu voulais être mon ami. »

Ping se tourna ensuite vers Fang avec un sourire radieux.

« Si je reste à tes côtés… ce n’est pas parce que je pense que je te dois quelque chose ou bien que j’ai pitié », expliqua-t-il lentement.

« Je t’ai aidé, et t’aiderai toujours à l’avenir, simplement parce que le jour où tu m’as proposé de devenir ton ami… j’ai accepté », conclut alors Ping, en regardant Fang droit dans les yeux.

____

Alors que les paroles autrefois prononcées par Ping lui revenaient en mémoire, Fang sentit quelque chose d’humide qui coulait le long de son visage. Il passa sa main dessus et remarqua très vite qu’il s’agissait de ses larmes.

Fang eut ensuite la même réaction qu’à l’époque où il avait entendu les paroles de son meilleur ami. Ressentant plus de solitude que jamais, il se mit alors à fondre en larmes sans pouvoir s’arrêter.

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