Sîn : Chapitre 4

Auteur : Lux Lewin
Check : Yurane & Impasseteur


Tout d’abord je tiens à m’excuser pour le retard conséquent que j’ai pris durant ma semaine de voyage. Ceci étant fait, je vous laisse à la lecture de ce quatrième chapitre dans lequel Aleth arrive dans une mystérieuse ville…


Aleth continua de courir, sans regarder une seule fois derrière elle. Le soleil aveuglant l’obligeait à baisser la tête et son cœur battait à tout rompre.

Mais c’est quoi ton problème ?

Les mots du blond résonnèrent en boucle dans sa tête.

L’esprit de la jeune fille se livrait à un véritable duel de force. Avait-elle eu raison de fuir ainsi ? La réponse qui finit par lui apparaître fut oui.

Oui, elle avait toujours réussi à se débrouiller seule et à surmonter chaque difficulté. Elle n’avait besoin de personne, et surtout pas d’un petit groupe de résistants. Au final, son grand-père avait raison, ce n’était que des fous qui refusaient d’accepter l’inévitable. Ils n’avaient aucune chance de gagner cette guerre et la présence d’Aleth n’y aurait rien changé.

Au fond d’elle, elle savait que ce n’était là que des excuses pour ne pas reconnaître qu’elle avait eu tort, mais elle refusait d’admettre sa propre faiblesse.

Ses jambes commençaient à se faire douloureuses, elle s’arrêta donc pour reprendre son souffle. Les nuages revenaient, masquant le soleil brûlant. Débarrassé de l’astre aveuglant, Aleth put enfin relever les yeux.

Le spectacle qu’elle vit alors la laissa bouche bée. En face d’elle, se dressait d’imposants buildings qui montaient très haut dans le ciel. Croyant rêver, elle regarda plus attentivement devant elle. Il y avait des panneaux, des lampadaires, et tout ce qui constituait une ville moderne.

La jeune fille eut alors l’impression que quelqu’un se jouait d’elle. Après tout ce temps à arpenter cette route, elle n’avait rien trouvé et c’est alors qu’elle ne cherchait plus, qu’elle tomba sur une ville.

Elle finit par se dire que cela importait peu, après tout il s’agissait sûrement de son premier objet de réjouissance depuis son départ du village.

D’un pas assuré, elle descendit la voie menant à ce qui serait sûrement son nouveau foyer. Un détail attira vite son attention, une énorme barricade se trouvait en plein milieu de la voie de gauche. Derrière se trouvait une petite voiture jaune broyée entre le rempart qu’elle avait percuté et la longue file de voitures qui suivaient.

Il était évident que la barricade avait été placée afin d’empêcher la fuite de ces véhicules et de leurs passagers, mais il s’agissait d’un choix incompréhensible pour Aleth.

Elle savait de par son grand-père qu’une évacuation massive des habitants d’une ville signifiait souvent l’attaque de cette dernière par une force ennemie. Il n’y avait dès lors aucune raison pour les autorités locales d’empêcher le massacre de ses propres citoyens comme c’était le cas ici.

Intriguée, la jeune fille examina de plus près la barricade. À moitié recouverte par une épaisse couche de crasse et de sueur, des initiales gris argentées n’attendaient que d’être révélées.

Voyant qu’elle n’arriverait jamais à deviner ce qui était marqué, elle posa sa main sur la couche de saleté. Elle ne fut pas une fois rebutée par le contact froid et visqueux de sa main sur la barricade et entreprit d’enlever ce qui était nécessaire à sa lecture.

Un seul et unique mot apparut dans la faible lueur du jour, mais cela lui suffisait amplement. “POLICE”.

Contrairement à ce qu’elle supposait, aucune armée ennemie n’avait, pour accomplir d’infâmes desseins, posée cette barricade ici. Le seul et unique responsable de cet acte se trouvait dans cette ville même.

Un profond sentiment de malaise gagna vite Aleth, quelque chose ne tournait pas rond ici. Les choses allèrent en s’empirant tandis qu’elle pénétrait dans la cité désolée.

Les bâtiments et les sols étaient couverts de traces de brûlures, mais il ne pouvait pas s’agir d’un incendie ou d’une quelconque explosion. En témoignait l’absence de ces mêmes traces aux niveaux supérieurs de ces bâtiments ainsi que le parfait état dans lequel ils étaient.

Ajouté à la barricade, ce détail acheva de plonger Aleth dans un profond désarroi.

Qu’est ce qui a bien pu se passer ici ?

Cette question lui taraudait l’esprit mais elle avait beau chercher, elle n’en trouvait pas la réponse.

Alors qu’elle examinait de plus près la surface carbonisée du mur en satin bleu d’une maison, un puissant cri fit écho au silence matinal.

D’un geste vif, Aleth posa sa main gauche sur le manche de son pistolet accroché à sa ceinture. Tous ses sens en alerte, elle déploya l’ombre et regarda anxieusement autour d’elle.

Un puissant tintement métallique sur sa droite attira son attention. Elle dégaina son arme et visa en direction du bruit mais seulement pour voir une pauvre feuille d’acier se faire balloter par le vent.

C’est alors qu’elle compris avec soulagement qu’il n’y avait jamais eu de cri, enfin si, mais c’était juste celui du vent.

Ce n’était qu’un simple phénomène acoustique, auquel elle avait souvent eu affaire. Comment avait-elle pu oublier et perdre à ce point le contrôle d’elle-même ? Ce devait être l’atmosphère qui régnait ici, elle avait l’impression que quelqu’un l’observait et elle ne se sentait pas sereine.

Il fallut encore plusieurs secondes à son cœur pour reprendre son rythme normal. Il n’avait pas l’habitude de subir ce genre de choc émotionnel. Prudente et vigilante comme elle était, il était rare que quelque chose arrive à la surprendre. Mais il y avait visiblement des exceptions.

Une fois remise de ses émotions, Aleth se dirigea vers l’entrée d’une maison, située juste à côté d’un terrain de chantier. C’était la première d’une longue rangée d’habitations, toutes identiques.

Aleth activa la poignée de la porte mais elle restait obstinément fermée. De plus, il était impossible de la forcer au vu des épaisses couches de métal qui la composait. Elle fit le tour de la maison pour voir ce qu’il en était des fenêtres mais de lourds volets faits dans le même métal prévenaient toute tentative d’intrusion.

Elle remarqua également de légères traces de brûlures sur la façade avant mais elles n’avaient rien à voir avec celles vues précédemment.

La jeune fille essaya les maisons d’à côté mais obtint toujours le même résultat. Elle avait beau chercher, il semblait que l’ensemble des maisons de la ville avaient opté pour ces modèles de portes et de volets imprenables.

Aleth fronça les sourcils. C’était la première fois qu’elle avait affaire à ce type de portes mais là n’était pas le problème. Elle comprenait parfaitement que les citoyens de grande ville avaient plus de moyens et s’équipaient donc en conséquence.

Le problème était tout autre. Depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvenait, chaque ville et chaque village qu’elle avait visité contenait toujours une ou deux maisons fermées, mais c’était extrêmement rare.

Ceci était, d’après L’Ancien, dû au fait que les évacuations se faisaient toujours dans l’urgence. À l’époque, il était hors de question pour un habitant de quitter son foyer s’il n’y était pas contraint, ce serait fuir devant l’ennemi. Son grand père qualifiait cela de “fierté d’imbécile”.

Le ventre gargouillant d’Aleth l’arracha à ses réflexions. En fouillant dans son sac quasiment vide elle se rappela l’urgence que consistait pour elle la recherche d’une cache et de vivres.

Résoudre le mystère de cette ville n’était pas sa principale priorité, elle attendrait le lendemain.

En regardant autour d’elle, elle vit une grosse pancarte verte pointant vers l’Est. Il était indiqué : « Centre commercial Sud : 500 m.”

Parfait !

Tout ce dont elle avait besoin se trouverait forcément là-bas. En plus ce n’était pas loin, elle pouvait apercevoir le grand bâtiment blanc et jaune d’où elle était.

Il n’y avait pas de temps à perdre. Aleth prit une démarche hâtive.

Au fur et à mesure qu’elle traversait la grande avenue, elle constata que les traces de brûlures se faisaient de moins en moins présentes. Lorsqu’elle arriva devant le parking désert de l’enseigne, il n’y en avait déjà plus.

Elle nota également avec soul agement que les stores métalliques n’étaient pas fermés. Mais en y repensant cela ne collait pas avec toutes ces maisons fermées. L’entrepôt à côté semblait lui aussi ouvert.

Mais ce n’était pas le moment de penser à cela, il lui fallait se dépêcher, l’exploration de ce bâtiment pourrait s’avérer longue et il restait la possibilité qu’elle ne trouve rien et doive partir à la recherche d’une autre source de vivres.

Elle traversa donc le parking, poussa la porte tournante et pénétra dans le hall principal. La jeune fille fut immédiatement émerveillée par le foisonnement de couleurs qui s’offrit à elle.

La multitude d’informations présente sollicitait grandement son cerveau. Elle ne savait plus où donner de la tête entre les panneaux « soldes », « prix cassés » et les différentes publicités vantant les mérites de tels ou tels produits.

Cet émerveillement réussit à chasser la tristesse qui l’avait gagnée depuis l’incident de l’autoroute ainsi que le sentiment étrange qu’elle ressentait depuis qu’elle était entrée dans la ville.

En face d’elle, de nombreux magasins de vêtements et de cosmétiques étaient disposés en cercle. Au bout des deux allées elle pouvait apercevoir une partie des caisses du magasin.

Les rayons étant à proximité, elle céda à un tout autre appel et entreprit de visiter les magasins à côté d’elle. Elle devait de toute façon trouver quelque chose qui pourrait remplacer son vieux débardeur, usé depuis un bon moment déjà.

Après plusieurs essais infructueux, fortement dûs à ses stricts goûts vestimentaires, elle finit par dénicher un magnifique haut noir dont les bordures en dentelles étaient du plus bel effet.

La jeune fille s’empressa de l’arracher de son cintre et l’enfila par dessus celui qu’elle portait déjà. Il était pile à la bonne taille. Elle se dirigea ensuite vers l’une des cabines d’essayage posée au fond afin de contempler le résultat.

Aleth ne ferma pas le rideau, c’était une précaution inutile. Elle se regarda ensuite dans le miroir et s’amusa à prendre diverses poses en prenant bien soin de mettre en valeur sa fidèle cape.

Cette cape était une reproduction parfaite de celle de l’Aile d’Ébène, le héros d’une série de romans que Aleth affectionnait tout particulièrement. Brodée en authentiques fils d’or, ce tissu noir qui s’envolait constamment au vent représentait tous ses bons moments passés avec l’Ancien.

Chaque soir, le grand-père d’Aleth lui lisait un nouveau chapitre de cette histoire et elle en connaissait bon nombre de passages par cœur.

Quand elle avait la cape, elle était le chevalier noir qui vagabondait à travers les terres désolées, tentant désespérément de survivre aux terrifiants démons blancs.

Sa rage de survivre était marquée par la profonde blessure de son cœur : Yseult, la femme adorée qu’il ne reverrait jamais. Depuis la mort de son grand-père, elle se sentait plus que jamais proche de lui.

Il y avait même parfois des jours où elle se demandait si l’ombre n’était pas Tristan lui-même, venu l’aider dans sa quête. Mais elle chassait vite cette idée de son esprit par rationalité.

Faisant écho à ses pensées, l’ombre surgit. Aleth voulait s’enfuir, sortir de la cabine mais ses jambes étaient tétanisées par la peur.

— Arrête… lui implora-t-elle

Elle n’avait pas envie de lui parler. Pas envie qu’il lui rappelle à quel point elle était stupide et se détestait elle-même. Mais surtout, elle n’avait pas envie qu’il lui dise la vraie raison pour laquelle elle s’était enfuie ce jour-là. Elle n’était aucunement prête à entendre la vérité, même si cela voulait dire agir de manière futile.

Étrangement, l’ombre obéit à son ordre et la brume se dissipa aussitôt. Aleth poussa un long soupir de soulagement. Il semblait avoir compris qu’essayer d’argumenter avec elle à ce stade ne ferait qu’empirer les choses. Elle avait un besoin pressant de se changer les idées et c’était l’endroit idéal pour le faire.

Après s’être délestée sans ménagement de son vieux débardeur, elle explora un magasin de sport dans lequel elle mit la main sur une vieille épée d’escrime qu’elle s’amusa à tester. Elle n’était certes pas aussi efficace que sa fidèle rapière mais c’était toujours intéressant d’essayer de nouvelles choses.

C’est au moment où elle comptait partir qu’elle finit par trouver un sac de bonne facture près de la caisse.

Génial ! Enfin un truc utile !

C’était un modèle fait pour la randonnée, il pouvait contenir beaucoup plus de choses que son vieux sac à dos de lycéen. Et puis de toute façon elle n’aimait pas le rose. La couleur noire de celui-là lui irait à merveille avec son nouveau haut.

Une fois l’échange de contenu fait, elle balança son vieux compagnon et partit d’un pas jovial en direction des caisses du supermarché. Elle prit un cabas et s’amusa à arpenter les différents rayons à la recherche de nourriture.

Il ne restait pas grand chose et parmi ce qu’il restait, seulement deux trois conserves avaient été épargnées par la date de péremption. Elle fut grandement soulagée quand elle trouva des packs d’eau encore viables.

Il faut savoir qu’à cette époque, la guerre sonnait aux portes et les gens avaient la phobie du manque de rations. Les conservateurs à très longue durée aussi appelés CTLD s’étaient alors développés.

Les premiers prototypes de ces conservateurs furent insérés au jus des conserves pour assurer la pérennité de ce qu’elles contiennent. Malheureusement leur développement s’acheva lorsque l’Europe s’effondra face à l’armée de Sîn.

Une fois son bonheur trouvé, elle se dirigea vers les escalators. Elle se dit qu’établir sa cache à l’étage serait une bonne idée.

En haut se trouvait plusieurs magasins de restauration. Elle se demandait dans lequel elle allait s’installer lorsqu’une enseigne bleu clair attira son attention. Il était marqué sur la devanture « Dans les bras de Morphée ».

Intriguée, elle regarda à travers la vitrine et eut la bonne surprise de voir différents modèles de lits exposés. Il s’agissait d’un magasin de literie, le rêve !
Les portes automatiques ne fonctionnant plus, elle dut se résoudre à se créer elle-même une ouverture au moyen d’un tabouret trouvé dans le café voisin.
La vitre explosa au bout du troisième coup.

Le trou était assez large mais elle prit quand même soin de ne pas frôler un bout de verre. Elle se faisait déjà assez de blessures comme ça.

Chaque matelas, chaque drap, passait sous son prétendu œil d’expert. Du simple divan au luxueux deux places, il y en avait pour tous les goûts. Au bout d’un long moment de recherche, elle finit par dénicher un modèle de lit d’exposition aux couleurs de ce qui était sûrement une de ces séries de science-fiction quelconque qui pullulaient au début du siècle.

Une bâche en plastique le recouvrait et elle la retira précautionneusement afin d’éviter que l’immense nuage de poussière qu’elle soulèverait ne se retrouve sur son duvet. Une fois satisfaite, elle se laissa tomber lourdement dessus.

Son corps accueillit avec soulagement la surface très douce d’un matelas. Elle s’allongea et croisa ses doigts derrière sa nuque.

Aleth tentait désespérément de ne pas penser aux évènements de la journée, mais ses pensées la ramenait toujours à ce moment douloureux. Les visages des trois résistants venaient hanter ses esprits.

Mais c’est quoi ton problème ?

Les mots du blond résonnèrent une nouvelle fois dans sa tête et perçèrent son cœur. Elle fouilla longtemps dans sa tête à la recherche d’une explication à son comportement et la réponse finit par lui apparaître lorsqu’elle s’imagina ce qu’aurait été sa vie aux côtés de Liz, Andreï, Elijah et de tous ceux dont elle ne connaissait pas encore le nom.

Elle avait peur, c’était aussi simple que cela. Pas peur de combattre ou de mourir comme elle l’avait toujours pensée, mais peur des autres, peur d’être rejetée. Ses parents l’avaient abandonnée parce qu’elle était différente, rien ne lui garantissait qu’eux n’en feraient pas de même.

Elle avait bien vu leur regard. Ils essayaient de le cacher mais leurs coups d’œils furtifs voulaient tout dire, « Qu’est ce que c’est que cette chose ? »
Un passage des aventures de l’Aile d’Ébène lui revint alors en mémoire. « Le chevalier regarda alors le terrifiant démon qui se dressait face à lui. Il avait peur, peur de cette chose qu’il ne connaissait pas. »

Voilà où était la vérité. Elle n’était sûrement pas le chevalier noir dans l’histoire. Elle était le terrifiant démon qui inspirait la crainte et que l’on devait exterminer.

Elle se dit alors qu’elle avait bien fait de fuir. C’était la meilleure chose à faire, elle n’avait besoin de personne et pouvait très bien continuer toute seule.

Une petite voix lui criait qu’elle se trompait, qu’il n’était pas trop tard pour faire marche arrière mais elle choisit de ne pas l’écouter et, la gorge nouée, elle céda à un profond sommeil.


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