Sîn – Chapitre 3

Auteur : Lux Lewin
Check : Yurane


Voici enfin le tant attendu (ou pas) chapitre 3 de Sîn. Au menu de cette partie : Aleth va faire une rencontre pour le moins singulière, qui va mettre l’intrigue en marche. Pour finir j’aimerais remercier SamiHuunter pour ses commentaires plus que constructifs ainsi que Yurane pour son check fait de manière très rapide mais surtout efficace. Sur ce, je vous laisse sans plus tarder à votre lecture. 


C’était avec un pincement au cœur que Aleth s’apprêtait à quitter son havre de paix. Elle aurait tout donné pour pouvoir rester ne serait-ce que quelques jours de plus, cela faisait pourtant bien longtemps qu’elle aurait dû partir, la règle instaurée par l’ancien était claire : pas plus de trois mois dans la même cache.
Mais l’absence de forces impériales et la relative tranquillité des lieux l’avait poussé à y rester près du double. Et cela aurait sûrement continué pendant un moment s’il n’y avait pas eu l’attaque de la veille. Maintenant qu’ils connaissaient sa position, elle n’avait plus le choix.

Aleth avait beau y penser, c’était bel et bien la première fois que la jeune fille se sentait autant en sécurité. Une vie de fugitive l’avait obligée à rester constamment sur ses gardes, mais ici elle se pouvait se permettre de se relâcher un peu.

C’était dans ce climat paisible qu’elle avait finit par prendre ses habitudes. L’ensemble de la matinée était réservée à l’exploration du village et de ses alentours. Au premier abord, cet exercice semblait long et fastidieux mais sa soif de découverte arrivait toujours à le lui faire oublier.

Au début, elle s’était assurée de parcourir chaque habitation à la recherche de vivres et de nouveaux vêtements pour remplacer ceux qui étaient trop usagés. Faire le tour de ce petit village ne lui pris pas longtemps. Elle avait dû se résoudre à s’en éloigner de plus en plus, au fur et à mesure que sa réserve de vivres s’amenuisait.

À l’extérieur, elle ne trouvait pas grand chose et devait concentrer ses recherches sur la grande autoroute desservant le sud. Elle y trouvait là-bas différentes carcasses de voitures laissées à l’abandon qui contenaient parfois de précieuses provisions.

Vers le soir, juste avant que le soleil ne se couche, elle avait pour rituel de se rendre à l’église en haut de la colline. Le sanctuaire était l’un des plus beaux bâtiments qu’elle n’ait jamais vu, et il possédait quelque chose d’unique, son accoustique.

Elle avait remarqué que lorsqu’elle se posait en face de l’autel de prière pour parler, son discours prenait un côté dramatique. Cela l’aidait grandement à créer une bonne ambiance pour son hobby favori, le théâtre.

Même si elle était seule, elle s’amusait à jouer tous les rôles possibles, passant du vieil homme aigri très inspiré de son grand-père, à celui de la mère de famille attendant désespérément le retour de son mari parti à la guerre. C’était ces moments-là qui lui donnaient le sourire et lui permettaient d’oublier toute la désolation qu’elle contemplait quotidiennement.

Accroché à son sac, le tigre blanc en peluche était le seul souvenir qu’elle garderait de cet endroit. Elle se doutait bien qu’elle n’aurait sûrement pas de répit avant un moment. Les soldats Ûriens connaisseaint désormais sa position et il faudrait ruser pour avoir une chance de leur échapper.

Aleth réfléchit. Si elle était à leur place, elle orienterait ses recherches vers l’Est. Il y avait un autre petit village près de celui qu’elle allait quitter, il aurait donc été évident qu’elle se dirige par là.

Quels étaient les autres itinéraires ? Le Nord était à exclure, Ûr se trouvait dans cette direction et les chances d’y rencontrer des soldats étaient donc très importantes.

Quant à l’Ouest, c’était une zone bien trop dangereuse du fait de l’accident de la centrale nucléaire qui était survenue au début du siècle. Les fortes radiations ne pardonnaient pas aux fous qui osaient s’y aventurer et puis de toute façon, l’Ancien lui avait toujours dit que le temps était toujours pluvieux là-bas.

Aleth choisit donc d’emprunter l’autoroute au Sud, elle devait forcément mener à une ville. D’un pas décidé, elle emprunta la chaussée descendante sans prêter une seule fois attention à la terre désolée qui entourait la voie. Là-bas tout n’était que cailloux, poussière et désolation. Il n’y avait rien. Juste elle et un silence oppressant uniquement brisé par le bruit de ses pas.

La jeune fille continua d’avancer pendant plus d’une semaine sans rien trouver. Seule l’obscurité de la nuit était en mesure de la stopper. Les banquettes arrières des voitures abandonnées lui offraient alors de confortables couchettes et si elle n’en trouvait pas, elle devait se résoudre à dormir à même le goudron, près des glissières de sécurité.

Sa réserve d’eau diminuait mais elle avait encore de quoi tenir une semaine de plus. Ses préoccupations étaient donc d’un tout autre ordre.

La jeune fille soupira. Ce n’était pas comme cela normalement. Où était donc passé le vent ? Ce maudit vent brûlant qui l’obligeait à se pencher pour progresser, qui ramenaient d’innombrables saletés dans ses yeux et qui fouettait sa peau de toute part.

Le vent avait pour elle une dimension quasi sacré. Il était le souverain des ruines, celui qui insufflait la vie dans ces paysages de mort. Petits objets et tissus légers étaient ses marionnettes qui dansaient au gré de ses envies. C’était un spectacle dont elle ne se lassait jamais.

Mais le souverain se faisait encore désirer. Il en était de même pour les sombres nuages qui recouvraient le ciel et menaçaient de libérer un déluge tant attendu. En résultait un air extrêmement lourd qui la faisait suer à grosses gouttes ainsi qu’une chaleur humide qui imprégnait en elle une sensation de mal être.

Quelques minces rayons de soleil percèrent les imposants nuages gris. Atténuant la chaleur étouffante, la caresse de la lumière douce sur sa peau apaisa Aleth qui resta immobile quelques secondes, appréciant cette sensation inhabituelle. Au fil des minutes, les nuages se dispersèrent et laissèrent leur place à l’astre solaire, maintenant en mesure de briller sans rien pour le dissimuler.

Gardant sa main à hauteur des yeux comme une visière, elle continua sa route. Contrairement à l’Ancien, Aleth détestait le soleil. Lorsqu’elle le lui disait, il lui répondait toujours que ce ne serait pas le cas si elle avait pu le contempler avant que Sîn ne descende du ciel.

Mais ce soleil jaune dont il lui parlait souvent, cette autre étoile qui réchauffait les cœurs n’avait jamais brillé pour elle. Tout ce qu’elle avait c’était un astre de sang dont l’éclat révélait les cicatrices d’un monde en ruine.

Même aveuglée par sa lumière, elle n’était pas diminuée. Sa vie de fugitive avait développé ses sens pour lui permettre de repérer le danger dans n’importe quelle situation. C’est pour cette raison qu’elle s’immobilisa quand son ouïe capta un très léger bruit.

La main gauche posée sur la crosse de son pistolet, Aleth tendit l’oreille et dirigea son regard en direction de la route parallèle à sa gauche. Les échos lointains de voix humaines lui parvinrent. Il n’y avait pas d’erreur possible, des gens arrivaient et ils étaient plusieurs. Des soldats ?

Aleth chercha un endroit où se cacher mais dut se rendre à l’évidence que c’était impossible sur une telle route. Il lui faudrait donc faire face. Elle fit alors jaillir l’ombre de son dos et se mit en posture de garde.

Les muscles de la jeune fille étaient tendus, prêts à bondir sur leurs adversaires à tout moment, ou bien à fuir si elle jugerait qu’engager le combat ne serait pas à son avantage.

— Tu n’as vraiment pas de chance Andreï, dit une voix féminine

Un groupe atypique émergea dans son champ de vision. Ils étaient trois et portaient des vestes de coupe militaire qui étaient, à la différence des uniformes blancs portées par les soldats Ûriens, d’un magnifique vert jade.

À leur tête se trouvait une femme aux cheveux noirs comme la nuit et ramenés en une queue de cheval haute. Les rayons solaires qui se reflétaient sur elle révélaient de somptueuses teintes de cyan. Ses yeux gris délavés semblaient exprimer une profonde tristesse. À ses flancs, deux pistolets militaires qui semblaient être du même modèle que le sien n’attendaient que d’être dégainés.

Juste derrière elle, deux hommes de grande taille marchaient au même niveau. Malgré leur différente corpulence, l’un massif et l’autre plus mince, Aleth était persuadée qu’ils étaient frères. C’était sûrement à cause de la couleur jaune paille de leurs cheveux ainsi qu’aux profonds yeux bleus qu’ils partagaient tous les deux.

Il était néanmoins facile de les différencier. Celui qui semblait être l’aîné était plus massif et arborait une barbe bien fournie. Son cadet quant à lui, portait un bandeau noir sur l’œil gauche. Les deux frères étaient équipés des mêmes fusils d’assaut qu’utilisaient les soldats impériaux, à la différence prêt que le borgne avait fixé sur le sien un couteau au niveau du canon.

Malgré l’atmosphère relaxée qui semblait planer sur le groupe, Aleth ne baissa pas sa garde pour autant. Elle allait entrer dans leur champ de vision quelques instants plus tard et le fait qu’ils soient tous armés les rendait dangereux.

Aleth prit silencieusement une longue inspiration et ferma les yeux afin de faire le vide dans son esprit. Elle possédait l’effet de surprise et c’était un avantage indéniable.

Malheureusement, elle n’en profita pas bien longtemps. Une rafale de vent souffla et déplaça une cannette vide posée à côté d’elle dans un tintement métallique. La jeune fille prononça un juron inaudible. Le souverain qu’elle avait tant adulé venait de la trahir.

Les trois individus regardèrent instinctivement en direction du bruit et remarquèrent la présence d’Aleth. Ils dégainèrent d’un même geste parfaitement coordonné et pointèrent leurs armes vers elle.

Le fait qu’ils n’ouvraient pas immédiatement le feu écarta définitivement l’hypothèse qu’il s’agissait de soldats Ûriens. La jeune fille décelait cependant une crainte dans leur regard. Elle savait d’expérience que ce n’était pas elle qu’ils regardaient ainsi mais l’ombre qui émanait de son dos.

Elle en déduit que c’était ce mélange entre peur et incompréhension qui les retenaient de lui tirer dessus pour l’instant. Confiante de sa capacité à éviter les balles, elle décida malgré tout de ne pas entamer les hostilités.

Une goutte de sueur perla sur son front. L’attente devenait insoutenable. Aleth n’osait pas esquisser le moindre geste, de peur qu’ils n’interprètent cela comme un signe d’hostilité à leur encontre.

Son regard se plongea dans celui de la jeune femme. Il y avait quelque chose d’hypnotisant dans ses yeux gris, Aleth se sentit submerger par une vague d’émotions mais elle ne parvint pas à s’en détacher.

Lentement, elle vit les traits de la jeune femme s’adoucir et ses lèvres s’étirer pour former un sourire plein de chaleur. Aleth ne comprenait pas pourquoi mais elle se sentit immédiatement en sécurité.

— Je propose que l’on baisse tous nos armes, finit par déclarer la jeune femme, brisant ainsi ce moment solennel.

Aleth s’apprêtait à hocher la tête lorsqu’elle envisagea la possibilité qu’il s’agisse d’un piège. Après tout, Aleth était singulière à leurs yeux, ils ne comprenaient sûrement pas ce qu’ils avaient en face d’eux. Ou plutôt, ils ne comprenaient pas pourquoi l’ombre émanait d’elle. Ils pourraient donc chercher à l’éliminer de la manière la plus prudente possible.

Mais quelque chose lui disait que la jeune femme était sincère.

— Vous, baissez les vôtres, ensuite je baisserai la mienne.

C’était la meilleure solution pour elle. S’ils ne lui voulaient vraiment aucun mal, ils s’éxecuteraient. Aleth transpirait abondamment, tout dépendrait de ce moment.

La jeune femme dévisagea les autres membres du groupe. Ces derniers semblaient hésiter. Le borgne fixa son frère du regard à la recherche d’une réponse. Il finit par obtenir un acquiescement de la tête et ils baissèrent tous deux leurs armes.

Visiblement satisfaite, la jeune femme rangea ses deux pistolets dans leur étui et gratifia la jeune fille d’un autre sourire chaleureux.

— Voilà, à ton tour maintenant.

Aleth n’hésita que très peu de temps avant de finalement ranger son pistolet. Elle garda néanmoins sa rapière en main mais l’abaissa de manière à ne pas paraître hostile.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle

— Je m’appelle Liz. Et ces deux-là sont Andreï, elle désigna le borgne, et son frère Elijah.

Le dénommé Elijah la salua d’un signe de tête, Andreï opta lui pour un signe discret de la main accompagné d’un sourire nerveux.

— Nous sommes de la Résistance, précisa fièrement Liz.

Le cœur d’Aleth s’emballa. La Résistance ? Le groupe de combattants qui avait osé se lever face à l’armée de Sîn ? Son grand-père les évoquait souvent, c’était, pour le citer : “ de pauvres imbéciles qui refusaient d’accepter la réalité”. La jeune fille n’était pas de cet avis et défendait toujours ardemment le courage dont ils avaient fait preuve.

Mais il y avait quelque chose qui clochait. Son grand-père lui avait clairement dit que ce groupe rebelle avait été exterminé lors d’un assaut ûrien.

— La résistance ? N’aviez-vous pas été complètement anéantis ? demanda-t-elle afin de confirmer ses doutes.

La jeune femme éclata de rire.

— La Résistance peut s’affaiblir mais sa flamme ne s’éteindra jamais, répondit-elle tout aussi fière.

Aleth fronça les sourcils. Le sens de ces mots lui échappait. Le borgne se mit lui aussi à sourire devant son regard d’incompréhension. Elle lui lança un regard noir. Aleth détestait que l’on se moque d’elle.

— Et toi ? Comment tu t’appelles ? poursuivit-elle rapidement en remarquant l’animosité qui gagnait la jeune fille.

— Aleth… Je m’appelle Aleth.

À l’évocation de son nom, Liz fronça à son tour les sourcils mais reprit aussitôt son air calme et bienveillant.

— Eh bien, Aleth, que dirais-tu de nous accompagner au camp ?

Le cœur d’Aleth battait désormais la chamade. Les accompagner au camp ? Elle allait l’emmener à leur Q.G ? N’était-ce pas là l’opportunité qu’elle avait depuis toujours attendu ?

— Vous… Vous voulez que je rejoigne la résistance ? demanda-t-elle pour confirmer.

La jeune femme acquiesça d’un signe de tête. Aleth avait l’impression que son cœur allait s’arracher de sa poitrine tant il battait fort. Juste un mot, elle n’avait qu’à prononcer un mot, un seul petit mot de trois lettres et toutes ces années de solitudes s’achèveraient.

Mais était-ce vraiment ce qu’elle voulait ? En partant avec eux, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Et puis, elle ne partait pas là-bas pour passer d’agréables moments, ils allaient forcément la faire combattre, lui faire risquer sa vie afin de combattre les forces de Sîn. Était-elle vraiment prête à quitter son ancienne vie pour cela ?

La réponse lui apparut alors immédiatement. C’était bien un mot de trois lettres mais il avait un tout autre sens.

— Non.

L’ensemble du groupe de résistant exprima de l’incompréhension. Comment leur en vouloir ? Elle aurait sûrement eu la même réaction si elle était à leur place.

— Pardon ?

Liz lui donnait une deuxième chance. Elle avait fait mine de ne pas l’entendre afin qu’elle réfléchisse encore et choisisse la « bonne réponse ». Mais la jeune fille choisit de ne pas saisir cette chance.

— Non. Je ne peux pas venir avec vous, lui confirma Aleth.

Décontenancés, les deux frères se dévisagèrent.

— Mais pourquoi ?

La voix de Liz était tremblante. Elle semblait vraiment tenir à ce que Aleth les accompagne.

C’était la question qu’Aleth redoutait. Elle même n’était pas sûre de sa réponse. Elle choisit donc de rester muette.

— Je comprends que tu puisses avoir peur et… insista Liz

— Vous ne comprenez rien du tout ! Vous ne savez rien de moi ! lui hurla la jeune fille à la figure

Aleth ne savait pas pourquoi elle réagissait ainsi. Ce n’était pas ce qu’elle voulait. Cette colère, cette haine injustifiée envers cette personne qu’elle ne connaissait pas ne lui ressemblait pas.

La jeune femme fut blessée par ses propos et ses tristes yeux gris cherchèrent son regard à la recherche d’une réponse, ce qui lui brisa le cœur.

— Hé ! C’est quoi ton problème ? On essaye juste de t’aider, je te signale ! cria le borgne.

Aleth serra les poings et concentra les pouvoirs de l’ombre dans ses jambes.

— Désolé… murmura-t-elle pour elle-même.

« Attend ! Aleth, reviens ! » furent les derniers mots qu’elle put entendre avant de disparaître de leur champ de vision.


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