Sîn – Chapitre 2

Auteur : Lux Lewin
Check : Yurane


Hey ! C’est Lux ! Voici comme promis (avec un peu de retard bien évidemment) la suite de Sîn. Pour ceux qui s’inquiétaient un peu vis à vis du chapitre précédent, soyez rassurés, ce chapitre explore plus en profondeur les pensées de d’Aleth et sera l’occasion de situer le contexte général de l’œuvre. Sur ce, bonne lecture et un grand merci à Yurane pour son check ^^ . 


Avance, Ne regarde pas en arrière, ne t’arrête pas

Le cerveau d’Aleth mobilisait ses dernières ressources dans sa fuite désespérée. L’ombre qui émanait d’elle avait désormais totalement disparue. Quant à son épée, elle était désormais rengainée dans son fourreau d’ébène et elle s’en servait comme d’une canne pour accélérer sa progression.

La situation ne pouvait pas être pire, la nuit tombait et ses forces commençaient à l’abandonner. D’autant plus qu’elle avait du mal à se repérer dans la pénombre. Les maisons de pierre avaient beau se suivrent, elle ne parvenait pas à trouver de repères familiers.

Une profonde crainte rongeait la jeune fille, si elle ne rejoignait pas vite la cache, ses poursuivants allaient la rattraper et elle n’avait sûrement pas assez d’énergie pour en venir à bout.

Mais où est cette putain de maison à la fin ?

Comme pour lui répondre, une puissante rafale souffla. Le lampadaire brisé suspendu à l’arche qui se trouvait devant elle manqua de décrocher.

L’espoir revint alors en elle, elle reconnaissait cet endroit. Les petits escaliers en dessous menaient directement à sa maison.

Allez Aleth, plus que quelques pas

Elle décida de les compter pour se motiver.

Un, deux, trois…

Chaque pas qu’elle faisait avec sa jambe gauche lui arrachait une grimace de douleur.

Six… Sept… Allez, plus vite !

Elle entamait l’ascension des cinq petites marches qui lui restaient. C’était un véritable supplice avec sa jambe qui boitait. Elle dut s’arrêter au bout de la troisième afin de reprendre son souffle.

Arrivée à douze, elle tourna son regard en direction des habitations à sa gauche. Si elle ne s’était pas trompée de chemin, la première qu’elle verrait devrait comporter le numéro 58 sur la plaque qui y était accrochée. Elle constata avec soulagement que c’était bien le cas.

La jeune fille se précipita vers l’entrée de la grande maison en foulant la terre désolée qui faisait autrefois office de jardin. Elle franchit ensuite la petite marche du seuil et, exténuée, s’appuya sur la vieille porte de bois.

Elle fouilla ensuite dans la poche gauche de son jean en cuir noir et son cœur s’arrêta de battre.

Plus là. Les clés n’étaient plus dans sa poche !

— Il doit y avoir une erreur, concentre-toi Aleth, murmura t-elle pour elle même.

Elle reprit ses esprits et fouilla dans son autre poche. Lorsque l’extrémité de ses doigts effleurèrent le trousseau, elle expira longuement. Tout allait bien, elle s’était juste trompée de côté.

Le trousseau comportait trois clés mais deux d’entre elles étaient trop rouillées donc inutilisables. Le verrou tourna sans difficulté et la porte s’ouvrit dans un long grincement.

La jeune fille ne se fit pas prier pour entrer et referma à double tour une fois à l’intérieur. Elle abattit ensuite les battants de sécurité. Une précaution inutile si l’on considère que les soldats avaient déjà dû recevoir l’ordre de rentrer. Cela la rassurait néanmoins.

Aleth balaya la salle à manger du regard. Rien n’avait changé. La petite table rectangulaire disposée au centre dégageait toujours la même odeur de moisi et les rideaux jaune criard devant la meurtrière étaient toujours aussi affreux.

Sa première action fut de se débarrasser de sa cape sur le petit sofa posé près de la cheminée. Une fois délestée de ce vêtement plus décoratif qu’utile, elle défit sa ceinture et déposa sa rapière et le pistolet sur l’âtre.

Il fallait maintenant qu’elle s’occupe vite de ses blessures. Elle jura en se rappellant que la salle de bain était à l’étage.

Son regard se dirigea alors vers les imposantes marches de pierres qui l’attendaient. Son âme s’envola presque en les voyant.

Note pour plus tard : ne pas mettre les médicaments à l’étage.

Encadrée au milieu de la montée infernale, la photo d’un homme impeccablement rasé venu d’une époque désormais lointaine lui offrait un sourire bienveillant. Mais les pensées d’Aleth s’embrouillaient tellement qu’elle crut distinguer sur ses lèvres un rictus moqueur.

Lentement, elle se dirigea d’un pas résigné vers cette cruelle épreuve. Monter l’escalier en spirale fut un véritable supplice pour ses jambes. Elle manqua de perdre l’équilibre plusieurs fois. Sa main s’accrochait au rebord comme si sa vie en dépendait, ce qui était probablement le cas.

Lorsque, enfin, elle accéda à l’étage, elle offrit au portrait de l’ancien propriétaire un sourire satisfait dont elle seule avait le secret.

Son sourire laissa vite place à une nouvelle grimace de douleur. Elle avait déjà perdue énormément de sang et sa vision commençait à se troubler. Il fallait immédiatement stopper l’hémorragie où elle perdrait connaissanceconscience.

La salle de bain était la première pièce à gauche. La porte était coincée. Irritée, Aleth la décoinça d’un bon coup d’épaule mais paya de son audace en basculant vers l’avant.
Son bras réussit l’exploit d’attraper le rebord de la baignoire à sa droite, arrêtant ainsi sa chute. Elle soupira une fois de plus de soulagement. Elle attrapa finalement le lavabo en face et se retrouva devant son reflet.

Elle n’était vraiment pas belle à voir. Ses yeux tournaient au blanc. On aurait cru avoir affaire à une zombie. Son visage était sale et ses cheveux crasseux, mais ce n’était pas la priorité.

D’un geste précis, elle retourna le miroir, dévoilant ainsi un nécessaire médical. Elle fouilla la petite caisse en carton, et se saisit d’une seringue à piston de trois centimètres de diamètres environ, remplie de petites pastilles blanches.

Sans aucune hésitation, elle la planta directement dans sa blessure à la jambe. Elle serra les dents au moment où l’aiguille perça sa peau. L’objet libéra son contenu qui se consacra immédiatement à sa tâche.

Au contact du sang, les pastilles se multiplièrent et se transformèrent en petites éponges qui formèrent deux bouchons là où la balle avait traversée, stoppant ainsi l’hémorragie.

Loin d’être magique, cette seringue était un dispositif médical utilisé par les soldats ûriens en intervention. Elle en récupérait parfois sur leurs cadavres quand l’occasion se présentait.

Elle appliqua ensuite un épais bandage autour de la blessure. Imprégné d’une crème cicatrisante aux effets quasi-miraculeux, il accélérerait la guérison de sa jambe. Avec un peu de chance, elle serait entièrement rétablie d’ici deux jours.

Elle versa ensuite un peu de désinfectant sur ses nombreuses coupures aux bras et ne put laisser échapper une grimace de douleur. Porter un débardeur n’avait pas que des avantages songea-t-elle alors.

Elle referma la porte et se regarda dans le miroir. Son visage était recouvert de terre et de sueur. Elle trempa ses mains dans le seau d’eau posée dans la baignoire et se débarbouilla la figure. Le contact de l’eau froide avec sa peau la sortit un peu de sa léthargie.

Sans crier gare, l’ombre jaillit derrière elle. Aleth déglutit, elle n’avait pas envie de le voir, ce n’était sûrement pas le bon moment. Une main décharnée vint se poser sur son épaule et elle vit à travers le reflet du miroir des yeux jaunes luisants apparaître dans son dos.

– Alors, tu vas encore fuir ?

Sa voix rauque et puissante résonnait dans sa tête. C’était à cause de cette même voix qu’elle pensait à l’ombre en tant que lui et non elle.

Aleth ne répondit pas et se contenta de serrer les poings. Elle pouvait sentir son souffle glacé sur sa nuque.

L’ombre accentua sa pression sur l’épaule de la jeune fille et rapprocha doucement son visage de son oreille.

– Tu es pitoyable… lui murmura-t-il avec dégoût.

– Je n’ai pas le choix… Rétorqua-t-elle.

– Faux ! Tu peux te battre !

– Ce serait du suicide…

– Tu as peur… constata-t-il.

– Oui, et alors ? répondit-elle sèchement.
Quel est le mal à vouloir vivre ?

– Passer sa vie à fuir, ce n’est pas ce que j’appelle vivre…

– Ça vaut mieux que de ne pas vivre du tout…

Le visage de l’ombre esquissa des traits d’hésitation. Il semblait méditer sur sa prochaine réponse. Plusieurs minutes passèrent sans que rien ne se passa.

Une goutte de sueur perla sur le front de la jeune fille. Avait-elle gagnée ?

La bouche de la créature s’ouvrit mais elle se ravisa vite, probablement consciente que son argument n’était pas valable.

– Tu verras ! dit-il, visiblement agacé.

Sur ces mots, l’ombre disparut laissant la pièce dans un silence mortel. Aleth soupira de soulagement. Cette journée cauchemardesque était enfin terminée.

Son corps tremblant lui rappela alors à quel point elle était éprouvée. Elle sortit de la salle de bain et entra dans sa chambre, en face.

La pièce était joliment décorée, elle appartenait sûrement à la fille de l’homme que l’on voyait en photo dans les escaliers. Il y avait plein d’animaux en peluches, Aleth les adorait.

Enfin, elle se laissa tomber sur son lit et prit dans ses bras le tigre blanc. En le serrant ainsi, elle pouvait sentir son chagrin diminuer. Une fois allongée, ses pensées la ramenèrent immédiatement à sa discussion avec l’ombre.

Bien sûr qu’elle n’avait pas envie de fuir. Si elle aurait pu rester ici pour toujours et passer ses journées à jouer et à danser dans l’église elle l’aurait fait sans aucune hésitation. Mais la réalité était tout autre.

Cela faisait maintenant plus d’un siècle que Sîn était descendu sur Terre. Un siècle que le conflit majeur qui déchirait les nations du Monde s’était terminé avec l’extermination de toutes leurs armées par le dieu venu des étoiles.

Fatigués par plus de cinquante ans de guerre, les rares survivants virent en lui l’espoir d’un monde nouveau. Un nouvel ordre avait alors été créé, et la grande cité d’Ûr fut construite. Mais ce n’était là encore que mensonges.

Les citoyens de la ville impériale vivaient sous un ensemble de règles qu’ils ne devaient en aucun cas violer. Ainsi, les habitants étaient contraints d’abandonner entièrement leurs désirs et leurs émotions afin d’assurer le bien être de la communauté, et par conséquent, le leur.

Des robots, de simples outils qui espéraient durer plus longtemps parce qu’ils étaient entre de bonnes mains, voilà comment Aleth les voyait.

La folie humaine avait atteint son paroxysme lorsqu’ils jugèrent que la nature et ses principes étaient bien trop dangereux et qu’ils n’en avaient donc pas besoin.

La terre fut pillée de ses dernières ressources, et l’on construit de gigantesques générateur d’oxygènes un peu partout pour assurer le rôle des plantes qui ne pouvaient plus pousser dans des terres rendues à jamais infertiles par la pollution.

Avec la disparition des plantes, celle des animaux suivit inévitablement. Mais là encore, les scientifiques trouvèrent une solution dans le clonage. Ainsi, l’eau et la nourriture étaient fabriquées en laboratoire sous forme de petits compléments alimentaires.

C’est pour fuir ce monde sans espoir que son grand-père, qu’elle surnommait affectueusement l’Ancien, l’avait emmené loin des murs de la cité. Ils avaient alors tous deux vécus une vie de fugitifs où la moindre erreur pouvait s’avérer fatale. Il était la seule famille qu’elle ait connue et c’est lui qui lui avait tout appris sur le monde et ses dangers.

Aleth ne savait pas qui était ses parents, ce qu’ils faisaient où même s’ils étaient encore en vie. Elle savait juste qu’ils l’avaient abandonnés dès sa naissance à cause de ses pouvoirs particuliers. L’Ancêtre avait gardé le silence sur le reste jusqu’à son dernier souffle, il y a deux ans.

Elle s’était alors retrouvée seule, maudissant le destin de l’avoir fait naître ainsi. Mais c’était les pouvoirs de cette entité dont elle ne savait rien qui lui avaient permis de survivre jusque là. Et c’était surtout le seul support qu’elle avait, la seule chose qui ne l’avait jamais abandonnée et cela, malgré leurs différents.

Il avait peut-être raison. Peut-être fallait-il arrêter de fuir et affronter ses peurs. L’idée de prendre les armes afin d’affronter l’empire lui parut un instant tentante. Mais elle avait peur, peur de mourir et peur de disparaître à jamais. Ce serait gâcher la vie que l’Ancien lui avait donné.

Des larmes lui montaient aux yeux. Elle était seule, seule dans ce monde cruel privé de toute lueur, et elle ne pouvait rien y faire. Si seulement il y avait quelqu’un… Quelqu’un qui lui tendrait la main, quelqu’un qui mettrait fin à la démesure du dieu venu des étoiles, quelqu’un pour la sauver…

La jeune fille doutait qu’un tel individu puisse exister en ce monde, mais il y avait toujours un mince espoir qui brillait en elle. C’était ce qui lui permettait de ne jamais sombrer.

Les paupières d’Aleth se refermèrent. Elle décida de réfléchir à son programme du lendemain avant de s’endormir.

Elle devait partir, et cela dès l’aube, à la recherche d’une nouvelle cache. Les soldats qui la poursuivaient avaient déjà dû recevoir l’ordre de rentrer, mais d’autres viendraient, plus nombreux, et mieux préparés. Il en avait toujours été ainsi pour la jeune fille et aussi étrange que cela puisse paraître, c’était son mode de vie.

Les ténèbres finirent par recouvrir ses yeux et elle plongea dans un profond sommeil.

 

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