10;Drops 16 — [Aucune compassion]

Auteur : Mouton
Check : Faust


Parce qu’elle l’aime ; parce qu’elle la déteste.


La forêt était moins sombre que ce qu’aurait pu penser Sahar. Ce dernier redoutait l’idée d’aller en forêt aussi tard, mais la présence de Nyara à ses côtés l’apaisait. Il n’était pas effrayé qu’on les attaque, mais lui qui ne connaissait rien de ce Monde, il craignait quand même que les animaux sauvages se décidassent à se montrer agressifs. Sahar ne savait pas s’il y en avait, mais c’était plus que probable. Il ne pouvait uniquement faire confiance à la fille à ses côtés. Si elle avait proposé à Sahar de venir ici, c’était qu’elle savait qu’il n’y aurait aucun souci. Il la regarda et profita de la vue. Son visage était si doux et si mignon… Il aimait énormément ses cheveux couleur menthes. Lisses, bien lavés et bien entretenus, c’était le genre de cheveux qui donnait envie à Sahar de les toucher et les caresser. Le garçon regarda devant lui en rougissant faiblement. Que disait-il ?! Même s’il n’avait pas tort, comment pouvait-il dire des choses pareilles… ?

– Blanra est toujours aussi belle…

Nyara n’avait pas détourné le regard et ses yeux rivés vers le ciel obscur reflétaient une lune au teint amical. Elle regardait la lune au-dessus d’eux qui flottait dans cette mer noire… Alors comme cela, elle s’appelait en fait « Blanra »… Il allait tenter de ne pas l’oublier. Sahar ne répondit rien, marchant toujours à ses côtés. C’était si calme… Aucun bruit, excepté le faible bruissement du vent soufflant dans les cheveux des arbres. Même leur marche demeurait silencieuse. Les vêtements de Nyara se laissaient bercer par la douce brise, ainsi que ses cheveux menthes. Elle avait un certain style qui impressionnait le garçon. Sa main était posé sur le fourreau de son katana, mais elle ne semblait pas vouloir le dégainer. C’était probablement « au cas où ».

Il était compliqué de bien voir dans les alentours, mais les contours des arbres restaient facilement visibles. Même s’il faisait plutôt sombre, ce n’était pas une pénombre totale. Blanra, la lune qui brillait au-dessus d’eux, aidait à éclairer le paysage. Sahar ne se sentait pas angoissé et profitait de l’air doux qui lui embrassait le visage. Même s’il n’y avait rien à visiter, il était content d’être ici. L’ambiance n’était pas lugubre : au contraire ! Nyara sourit faiblement.

– J’aime bien me promener dans la forêt, le soir… lâcha-t-elle. C’est si calme, le vent est si doux et les bruits ambiants sont si… mélodieux à mes oreilles.

Il la comprenait, même s’il n’allait que rarement dehors en forêt… et jamais la nuit. Sur Terre, quand il était tard, le garçon était soit dans son lit, soit sur son ordinateur. Il n’avait jamais réellement apprécié les soirées, ni les boîtes de nuit. Même si parfois, il lui arrivait d’aller s’amuser à un anniversaire chez un de ses amis, cela restait plutôt rare.

Le garçon jeta un coup d’oeil de nouveau à la fille. Elle avait l’air de s’amuser. Sahar se trouva plutôt silencieux… Il ne savait pas quoi dire et sa timidité prenait le dessus dans ce genre de situation. Il se demandait ce qu’ils feraient après. Au fond, ils n’avaient visité qu’un seul endroit de la ville. Il avait envie d’en voir plus, de passer plus de temps avec elle…

Nyara regarda Sahar en souriant.

– Tu ne t’ennuies pas trop, j’espère ? demanda-t-elle.

Sahar hocha la tête.

– Absolument pas, justement, je m’a—

Sahar n’eut pas le temps de finir sa phrase que son coeur s’arrêta. Derrière Nyara…

Des yeux remplis d’une envie de sang fixaient la fille aux cheveux menthes. Derrière Nyara…

… se trouvait une tueuse.

Sahar n’eut pas le temps de prévenir la fille. Elle avait été trop rapide et la gorge du garçon s’était gelé à cause de la peur. Des frissons dans le dos, son corps s’était immobilisé par la peur. Le fait qu’on les attaque ici, dans le noir et dans cette forêt… Si Nyara ne l’avait pas senti venir, alors celle qui était apparue derrière elle devait être puissante. Forte. A craindre.

Dans les yeux crépuscules du garçon se dessinait la silhouette d’une femme aux cheveux courts. Une dague dans la main, tout son corps visait la fille devant elle. Ses yeux fixaient le crâne de sa cible avec férocité. Elle ne cachait pas l’envie qui coulait dans ses veines.

En la voyant, Sahar s’étrangla sur ses mots. Il avait peur. Ses sens étaient en alerte alors qu’il n’était pas attaqué directement. Il voulait crier, mais même s’il y arriverait, il n’aurait pas le temps de prévenir Nyara.

Il était trop lent.

Il était trop apeuré.

Il était trop faible.

La femme derrière Nyara lâcha un petit sourire. La dague qui se trouvait dans sa main gauche fonça vers le crâne de sa proie. Elle était assez entrainée pour abîmer le moins possible son cerveau en plantant sa lame. Avec une fille si jolie, elle était certaine d’en tirer un gros paquet !!!

– .

La main droite de Nyara se crispa. Les arbres autour d’eux arrêtèrent de produire leur belle mélodie. Le vent arrêta de souffler. Tous ces signes…

Une demi-seconde.

Entre le moment où Sahar avait aperçu la fille derrière Nyara.

Une seule seconde.

Et le moment où Nyara s’était retourné pour parer à l’aide de son katana l’attaque de la tueuse.

Il ne s’était passé qu’une seule demi-seconde.

La femme aux cheveux courts fut projetée vers l’arrière dans les airs et s’accroupit en atterrissant sur le sol. La tête baissée, la tueuse ne bougea pas. Nyara, elle, la fixait, presque immobile.

Nyara avait réussi à dégainer son katana, se retourner et parer l’attaque si violemment que la femme s’était envolé en arrière. Son arme toujours en main, elle montrait son dos à Sahar en levant le bras droit. Le silence avait été interrompu par le bruit métallique de deux lames se rencontrant et n’eut pas eu le temps de reprendre sa place : la femme commença à rire. Toujours la tête baissée, elle ne faisait que s’esclaffer. C’était un rire incessant qui mettait mal à l’aise Sahar. Ce dernier regardait Nyara, une sueur froide visible sur son corps. Il déglutit sans lâcher la lâcher du regard. Même s’il savait déjà qu’elle était forte, le fait qu’elle ait pu se retourner comme cela et parer l’attaque… était bien plus qu’impressionnant.

Il n’avait aucun mot pour décrire les émotions qu’il ressentait actuellement, excepté la peur.

Il avait confiance en Nyara, mais il ne connaissait pas son réel potentiel en terme de combat. De plus, la femme qu’il venait de les attaquer était peut-être plus forte.

Non, je dois faire confiance à Nyara. Je sais qu’elle peut nous protéger… sans problème !!

Sahar se motiva tout en serrant les poings. Nyara, tournant toujours le dos à Sahar, fixait la femme qui n’avait pas arrêter de rire depuis. Pourquoi… ? Qu’y avait-il de si drôle… ? La situation était-elle réellement si amusante pour elle ?

Le garçon n’arrivait pas à penser correctement. Son coeur battait à tout rompre et ses yeux tremblaient dans leur orbite. Le stress à son comble, il sentait que sa vie était en danger. Sans pouvoir, il était la cible parfaite. Il n’était pas certain si la tueuse en avait un, mais pour que Nyara ne sente sa présence qu’au dernier moment et que la femme dégage une telle puissance… Il était plus que certain aux yeux de Sahar qu’elle en avait un, de pouvoir.

– Nous attaquer lors d’une balade dans la forêt alors qu’il fait nuit, si cliché… ahahah…

Sahar lâcha un petit sourire, maladroitement mis sur ses gardes. Il laissait plein d’ouvertures et si on venait l’attaquer au corps à corps, quelqu’un avec un minimum d’expérience pourrait le mettre à terre en deux trois mouvements.

La femme devant Nyara s’arrêta enfin de rire, des larmes coulant sur ses joues. Elle avait ri si intensément qu’elle en avait pleuré… Nyara plissa les yeux, incertaine de la nature de la femme. Pourquoi les attaquer maintenant ? Certes, ils étaient des cibles plutôt faciles, dans la forêt sombre, surtout à cette heure-ci où personne ne pourrait les aider, mais il n’y avait aucune raison de les attaquer. La femme devait être une tueuse ou une folle. Nyara continuait de la fixer sans pour autant lâcher son attention sur le garçon derrière elle. Rien ne disait que cette femme était seule… Sahar étant une cible très facile, si Nyara relâchait son attention, elle allait peut-être le laisser mourir… Elle ne l’accepterait pas.

Sa main droite tenait toujours son katana qu’elle avait depuis petite. C’était avec lui qu’elle avait combattu de nombreuses personnes et de diverses créatures. Sans lui, elle n’en serait pas là ; probablement morte. Très probablement morte. La femme qui avait arrêté de rire regarda la fille devant elle avec amusement et haine.

– On d’rait que j’suis pas tombé sur d’la chaire molle* ! cria-t-elle.

Chaire molle… On tombe sur une tueuse.

Nyara n’appréciait pas cela. Les tueurs et tueuses n’avaient souvent qu’un seul but : tuer pour gagner de l’argent. Ils vendaient les corps à des marchés illégaux pour des sommes d’argent raisonnables et vivaient de cela. Les tueurs les plus expérimentés étaient d’une richesse incalculable, mais elle ne pouvait pas être de ce calibre : si Nyara avait pu sentir la présence de la femme, même si cela n’avait été qu’au dernier moment, alors elle ne devait pas être si forte.

Non, je la sous-estime de trop, se dit Nyara.

Si la fille n’avait pu sentir sa présence qu’au dernier moment, alors la femme devait être forte. Nyara secoua sa tête tout en restant sur ses gardes. Sous-estimer un adversaire, c’était le meilleur moyen de réduire ses chances de gagner d’au moins 50%. La femme se craqua la nuque sans lâcher sa cible du regard.

– J’croyais être tombée sur du menu fretin, mais j’suis pas m’contente d’avoir d’la difficulté après, lâcha-t-elle. Plu’ l’gens qu’j’tue sont forts, plu’ ma r’compense est grande ! J’spère qu’tu me don’ras un bon tas d’sous !

Il n’y avait que l’argent qui comptait pour elle. Nyara remarqua que la femme regarda derrière elle.

– C’est vrai y a un p’tit avec toi, il m’paraît faible, mais un corps, c’t’un corps !

Nyara serra plus fortement le katana qu’elle avait dans la main. Elle n’avait pas d’autre choix que de se battre… Sahar allait être la cible de la femme, à coup sûr. Faible, sans pouvoir, il était très simple pour cette femme de le tuer.

Mais Nyara ne la laisserait sûrement pas faire.

Sahar, regardant depuis derrière, ne se sentait pas bien. Cette femme comptait les tuer. Elle voulait les massacrer seulement pour de l’argent… ! Le garçon voulait fuir, prendre ses jambes à son coup. Cependant, son corps refusait d’obéir et il ne comptait pas laisser Nyara seule. Il savait très bien qu’il n’était qu’un boulet, mais même s’il essayait de s’enfuir, il serait une cible encore plus facile pour la tueuse. Il ne pouvait pas se permettre d’être une épine dans le pied pour Nyara… Il allait devoir faire son maximum pour ne pas gêner la fille. Vu sa posture et l’énergie qu’elle dégageait, Sahar était certain qu’elles allaient—

– Je n’ai pas d’autre choix, pas vrai.

— se battre.

Nyara fut la première à attaquer. La tueuse écarquilla les yeux, regardant sa cible foncer sur elle. Tel un loup qui s’élançait sur sa proie, Nyara montra ses crocs sans attendre. Elle était plus rapide que ce que la femme aurait cru. Elle para le coup de katana à l’aide de sa dague argentée et le bruit de cette collision résonna dans la forêt. Lui souriant, la femme fixa sa cible avec des yeux pétillants, tandis que Nyara ne montrait aucune émotion excepté une faible colère. Elle ne voulait pas se battre, mais elle n’avait pas d’autre choix. Ce genre de personne…

La femme augmenta l’intensité de son sourire et de ses yeux cruels elle exprima ses émotions. Elle ne tuait pas seulement parce qu’elle avait besoin d’argent : elle adorait la sensation de prendre une vie. Sentir sa victime partir de ce monde, s’en aller pour l’au-delà… Pour elle, tuer, c’était un peu comme faire le boulot de la mort à sa place. Savoir qu’elle pouvait faire quelque chose de tel…

CELA LA RENDAIT FOLLE DE JOIE !!!!!!!!!

Nyara sentit l’air autour d’elle changer drastiquement. L’ambiance n’était plus la même. Le frisson qu’elle sentit parcourir son dos était mauvais signe. Sahar, qui avait reculé de quelques pas, commença à avoir une sensation de dégoût dans la bouche. L’air autour de lui… C’était malsain. Qu’est-ce que c’était que ce ressenti… ?

Le sourire de la femme laissait à la fille voir ses dents jaunes comme or. Une cruauté à faire vomir se dessinait sur son rictus, ne montrant aucun signe de compassion ou d’humanité dans cette personne. Nyara en était dégoûtée.

– Nya— !

Derrière elle hurla le garçon qui l’accompagnait. Elle se retourna d’un coup, s’écartant de la tueuse. Sahar était-il en danger ?!! Avait-elle baissé sa garde par mégarde ?!!!

Non.

Sahar l’avait appelé à cause de ce qui se trouvait devant la fille : une dizaine de dague qui volaient, des lames la visant. Nyara n’avait pas senti la femme utiliser son pouvoir. Elle était plus expérimentée qu’elle ne l’aurait cru. La fille n’avait pas sous-estimé son adversaire, mais elle ne faisait pas assez attention. La dizaine de dague foncèrent vers Nyara sans lui laisser le temps de prendre une bouchée d’air. Elle les évita avec agilité et para l’attaque surprise de la femme. Son pouvoir lui permettait de contrôler des dagues. C’était un pouvoir utile et qui, bien utilisé, pouvait être fatal. Nyara ouvrit les yeux en grand quand son pied toucha le sol. Elle courut à une vitesse indescriptible vers Sahar qui ne la vit même pas venir. Le garçon sentit quelque chose lui écraser le ventre et faillit vomir avant de rouler sur le sol à multiple reprise. Tout son corps hurla de douleur et des spasmes lui parcouraient les bras. Il tenta de se relever, le visage face au sol. Il n’avait absolument pas compris ce qu’il s’était passé.

Qu— Qu’es— Qu—

Son cerveau ne fonctionnait pas correctement : le coup qu’il s’était pris l’avait à moitié assommé. La tueuse avait-elle fait cela… ? Quelle… force… Sahar sut lever la tête quand il entendit la voix de quelqu’un.

– Désolé, on dirait que je ne sais pas me concentrer, ce soir.

Celle de Nyara. S’excusant pour une raison que Sahar ne comprit pas, la fille fit un pas en avant. Le garçon ne supportait pas la douleur qui lui déchirait le ventre, mais crier était hors de question. Nyara, le katana toujours dans la main, grinça des dents en regardant devant elle.

Ses dagues volaient autour d’elle, dansaient sur le rythme des coeurs des combattantes. Par besoin de transpercer de la chair humaine, les lames visaient sans cesse la fille devant elles. Contrôlées par les pulsions meurtrières de la tueuse, on aurait pu croire qu’elles avaient une conscience. La femme riait, ne cachant pas sa folie.

– T’l’as senti au dernier moment, encor’une fois !!! rigola-t-elle. J’pense ton mec a grav’ mal !!! T’l’as bien taql’é !!!

Pointant du doigt le garçon souffrant par terre, la femme ne put s’empêcher de s’esclaffer encore plus. Sahar regarda Nyara avec difficulté. C’était elle qui… ?

– Des lames derrière toi.

Nyara lui répondit alors qu’il n’avait rien dit. Elle ne l’avait même pas regardé, son regard était toujours fixé sur la femme devant elle. Sahar n’eut pas besoin de plus d’explications pour comprendre ce qu’elle voulait dire : la femme avait utilisé son pouvoir et il avait failli en mourir. Nyara l’avait sauvé, au prix de le rendre incapable de bouger. Si elle ne lui aurait pas foncer dessus, il serait………… Juste l’idée d’avoir frôlé la mort aussitôt lui donna une nouvelle nausée. Nyara avança d’un pas sans décrocher son regard. La femme siffla.

– Un tel regard, t’sais comment faire peur, ma vieille !!!

La femme claqua des doigts de sa main droite et une multitude de dagues foncèrent sur la fille. Nyara se mit dans une posture plus correcte pour se battre. Sahar la regarda en respirant avec difficulté. Il voulait se relever, mais il n’arrivait pas à bouger un seul muscle. Seul sa tête semblait répondre correctement.

– …….

Les dagues, alors qu’elles fonçaient toutes vers le crâne de Nyara, se mirent à s’exciter dans tous les sens. Elles partirent dans tous les sens, s’échappant dans l’obscurité de la forêt. Nyara resta totalement concentrée, son regard toujours sur la femme qui commença à sentir la pression sur ses épaules.

– C’te fille n’est pas faibl’.

Sous-estimer son ennemi, c’était bien connu :

C’était la meilleure façon de perdre. Toutes les tueuses le savaient.

Si elle voulait battre cette fille, elle allait devoir utiliser sa tête et être rusée. La force pure et dure ne marcherait pas ici. Tomber sur une telle perle, était-elle chanceuse ou malchanceuse… ?

Nyara n’avait pas bougé d’un poil. Son katana était prêt à trancher. Si la femme avançait, elle la tuerait en un coup. Si les dagues revenaient, elle les découperait toutes. La fille n’accepterait pas qu’on gâche cette soirée.

… Elle l’est déjà, de gâchée.

Nyara plissa les yeux et laissa ses émotions l’emporter. Fonçant à toute vitesse vers la femme, elle ne prêta pas attention à tout ce qu’il se passait aux alentours.

Elle aurait pu passer une bonne soirée…

Elle aurait pu passer une tranquille soirée…

Elle aurait pu parler longuement avec le garçon……

ALORS POURQUOI—

– Hé.

La femme augmenta la cruauté de son sourire. La fille avait réagi de façon trop hâtive. Tout le corps de Nyara ne pensait qu’à une chose : battre cette femme. Ses yeux brillant dans la noirceur de la forêt, elle s’apprêtait à trancher la tueuse.

Mais elle n’était pas si idiote.

La femme se protégea à l’aide de deux dagues, mais elle fut surprise de voir que la fille repartit d’où elle était arrivée sans tenter de la trancher. La femme soupira.

– Merde.

Alors que Nyara avait réagi sans réfléchir, ses sens l’avait alertée. Elle s’était retournée de 180 degrés et avait foncé nouveau sur Sahar.

Et dans les airs découpa toutes les dagues se précipitant sur Sahar.

Elle s’envola du sol à l’aide d’une seule jambe et, en tournant sur elle-même, elle parvint à contrer chaque dague. Elle posa à nouveau le pied par terre, près du corps tremblant de Sahar. Le garçon, transpirant de douleur, réussit à bouger ses jambes. Il sourit, même s’il était tout sauf amusé.

– J’ai cru que j’allais mouri~ir…….. lâcha-t-il d’une voix tremblante.

Nyara regarda Sahar et ce dernier serra les lèvres en voyant le regard de la fille.

Aucune compassion. Seule la haine régnait dans ces orbites. Nyara détourna le regard et disparut sans rien dire. Sahar reprit son souffle et regarda le combat qui venait de recommencer. Déjà qu’il était à moitié dans le coma, la rapidité des attaques des deux combattantes n’aidait pas Sahar à suivre quoi que ce soit.

Nyara cherchait une quelconque ouverture. Sa lame affrontait les dagues lancées par la tueuse au sourire cruel. Aucune des deux combattantes ne montraient de faiblesses. Il leur était impossible de toucher l’autre. Les dagues de la femme tentaient d’atteindre leur cible tandis que la lame de la fille les paraient toutes, rendant la mission de ces joujous impossible à accomplir. La femme était aussi incapable d’envoyer des attaques vers le garçon presque inconscient, vu qu’elle devait se concentrer au maximum sur le combat devant elle.

Les combattantes faisaient danser leurs armes dans la noirceur de la nuit. Blanra ne daignait pas éclairer ce combat à mort. Chaque rencontre entre les lames résonnait dans la forêt, brisant le calme silence de la nuit. Sahar devait se lever, mais ses jambes avaient du mal à répondre. Il n’avait apparemment rien de cassé, mais la douleur continuait à le transpercer de partout. Tandis que Nyara se battait pour le sauver, lui, restait par terre, comme le faible qu’il était. Quand il tourna le regard vers le combat à nouveau, tous ses sens se mirent à l’alerter. Les deux combattantes étaient telles deux loups qui se battent pour survivre. Aucune compassion. Aucune humanité.

Seulement de l’instinct animal.

Nyara fut la première à réussir à toucher son adversaire. La femme avait tenté quelque chose de risqué et les conséquences se firent sentir directement. La lame de la fille vint s’enfoncer dans la jambe gauche de la tueuse, mais cette dernière s’en échappa rapidement. La douleur ne la dérangeait pas, mais cela pouvait devenir embêtant sur le long terme. La femme lâcha un ricanement et recula d’un pas. De nouvelles dagues se mirent à danser autour d’elle. Nyara avança vers la femme, implaquable. Elle avait déjà affronté tant de personnes, plus fortes les unes que les autres. Elle n’aurait aucun problème à battre cette femme.

La tueuse envoya quelques dagues sur son adversaire. Chacune de ses dagues étaient en harmonie avec les autres. Tel un banc de poisson, elles fonçaient sur Nyara. Cette dernière se prépara à toutes les parer, à nouveau…

… quand elles s’envolèrent vers le ciel. Nyara les observa partir et lâcha un regard noir vers son adversaire. Celle-ci rigola.

– Va s’ver ton mec !! Il va mourir s’t’restes ici !!!

Nyara tourna les talons. Encore une fois, cette femme comptait tuer Sahar. En appâtant la fille vers le garçon, elle aurait facilement le temps de se préparer à la tuer. Cela marchait toujours avec de genre de personnes. Les gens qui laissaient leur sentiment parler durant les combats étaient toujours facile à manipuler.

Non.

La femme eut à peine le temps d’ouvrir les yeux qu’elle vit la fille juste devant elle. Ses yeux fixaient la femme sans ne montrer aucune émotion, aucune pitié, aucune humanité.

Nyara trancha de haut en bas le corps de la femme.

Aucune compassion.

La tueuse tomba par terre, son âme s’envolant dans les ténèbres. Nyara regarda sa victime de ses yeux flamboyants et rangea son katana dans son fourreau. Elle n’était pas allé sauver Sahar pour la simple raison que si elle tuait cette tueuse, alors les dagues disparaîtraient. Le fait que la femme ait baissé sa garde à ce point en croyant l’avoir dans son filet prouvait que Nyara n’était pas face à quelqu’un de redoutable.

Lors d’un combat à puissance presque égale, c’était le plus rusé qui gagnait.

Malgré tout, Nyara avait été la plus puissante. Elle n’acceptait seulement pas de tout utiliser.

Si la femme n’avait pas commis une erreur si fatale, alors Nyara aurait dû se battre avec plus de férocité. Heureusement pour eux, la tueuse avait été idiote. Nyara le savait plus que bien.

Que lors d’un combat, il fallait faire abstraction de tout sentiment gêneur.

– ……

Nyara se retourna et regarda dans les yeux le garçon. Il avait réussi à se mettre debout. Néanmoins, cela se voyait dans sa posture qu’il avait du mal à rester comme cela. Il fixait le cadavre de la tueuse avec des yeux grands ouverts. Les yeux de Nyara reprirent de leur couleur et elle ouvrit la bouche pour parler.

Mais rien ne réussit à en sortir.

Nyara était immobile et fixait le garçon, une boule à la gorge. Avec tout cela, elle avait presque oublié que le garçon avait observé le combat. Elle…

Elle n’avait même pas caché son manque d’humanité lorsqu’elle se battait.

Elle l’avait fixé dans les yeux sans aucune compassion.

Nyara ne sut quoi dire. Son coeur battait si fort qu’il aurait pu éclater. Nyara réussit à faire un pas, mais elle s’arrêta sur le coup, ses yeux grand ouverts. Devant elle…

Sahar avait fait un pas en arrière, les yeux rivés sur Nyara. Cela n’avait été qu’un réflexe, mais le simple fait qu’il ait reculé lorsqu’elle avait fait un pas en avant stoppa le coeur de Nyara. Cette dernière se mit à trembler des lèvres. Sahar baissa les yeux et détourna faiblement le regard. Nyara sentit ses propres bras trembler.

– ………..

La vision d’une Nyara aussi « inhumaine » avait du effrayé le garçon.

Sahar…

… doit avoir peur de moi, maintenant.

Cette simple pensée fit trembler Nyara de haut en bas. Elle avait tué la femme sans aucune hésitation et n’avait montré aucune humanité durant tout le combat. Elle n’avait pas été elle-même. Cette Nyara, cette partie d’elle……

Elle la détestait.

Elle aimerait qu’elle crève.

Nyara détestait… cette Nyara.

Sahar la fixa toujours avec peur. Son corps souffrait toujours du tacle de Nyara. Si violent…

Nyara s’était montrée si violente, juste avec ses gestes et son regard.

Le garçon ouvrit la bouche quand il remarqua que la fille tremblait et que près de ses yeux se trouvaient des larmes. Elle fixait le garçon sans rien dire, presque immobile. Sahar voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge gelée.

Je n’ai… pas peur de toi…

C’était cela qu’il voulait lui dire. Juste en observant ces yeux, Sahar pouvait dire que Nyara avait peur qu’il soit effrayé d’elle.

Ce n’était pas le cas.

Certes, au fond de lui se trouvaient des sentiments qu’il ne pouvait pas cacher, mais Nyara ne lui faisait pas peur. Il ne trouva pas les mots adéquats pour lui dire, alors il se taisait, mais il voulait lui dire. Il voulait..

Nyara tourna les talons, se retenant de pleurer et sourit en fermant les yeux.

Je suis si fragile, c’en est ridicule.

Malgré ce qu’on pourrait croire, Nyara était une fille sensible. Elle arrivait à faire en sorte de bloquer ses émotions, mais cela lui faisait mal. Que cela soit au corps ou au coeur. C’était pour cela qu’elle détestait se battre.

Elle détestait cette partie d’elle qui n’avait aucune émotion, qui ne pensait qu’à battre, qu’à tuer son adversaire et ne montrait pas la moindre compassion ou le moindre signe d’humanité en elle.

Elle n’aurait jamais voulu montrer cette « Nyara » à Sahar. Elle qui voulait devenir son amie, elle venait de tout gâcher en un seul instant. Nyara serra et se retint de laisser ses émotions couler sur son visage. Si Creel avait été là, il lui aurait dit qu’elle exagérait bien trop. Si Az aurait été là, il lui aurait dit que pleurer était inutile. Ils avaient sûrement raison, pourquoi était-elle fragile… Si Sahar devait lui dire quelque chose, qu’est-ce qu’il lui aurait—

– P-Pourquoi tu pars… ?

Nyara s’arrêta. Elle ne se retourna pas, n’osant pas affronter le regard de Sahar. Elle ne lui répondit pas. Elle ne partait pas réellement, elle voulait juste… rentrer. Cette soirée qui avait si bien comm—

– On-On a encore à visiter… !!

—encé…. ?

Nyara se retourna et regarda Sahar de ses yeux tristes. Le garçon qui tenait à peine debout se gratta la joue.

– J’ai encore envie de visiter la capitale, moi…

Sahar ne savait pas réellement quoi dire.

Il ne faisait qu’exprimer ce que son coeur ressentait.

– …….

Nyara ne répondit rien, ce qui effraya Sahar. Si cela ne marchait pas, que devait-il…

– … Mpph…

Tout d’un coup, l’air de Nyara prit un ton plus… enjaillé. Ses yeux se fermèrent et dégagèrent leurs larmes de son visage.

Nyara commença à rire. Sahar ne savait pas pourquoi, mais il commença à l’imiter, bien que plus timidement. Contrairement à l’autre tueuse, Nyara riait de façon joyeuse.

Elle était soulagée.

– Je suis si bête… !!

Elle sécha ses yeux et regarda avec un grand sourire Sahar.

Comment ai-je pu croire…

Le garçon lui sourit aussi et se laissa tomber par terre, n’en pouvant plus. Il avait toujours mal partout, même si la douleur disparaissait petit à petit. La fille courut le soutenir.

… qu’un ami aurait peur de moi !!

Naïve ou pas, Nyara était certaine qu’ils s’entendaient déjà très bien, alors comment a-t-elle pu croire quelque chose d’aussi stupide ?!

Blanra réaparut dans le ciel noir et éclaira Nyara et Sahar qui retournaient à la capitale.

(*Chaire molle : expression utilisée pour définir quelqu’un de faible, mais utilisé principalement chez ceux qui vivent en tuant des gens.)

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