Snow Cat * Chapitre 2

Auteur : Donäa
Check : Faust


Il va devoir la supporter une semaine ; y arrivera-t-il ?


[Point de vue d’Antoine]

Rosana s’était assise sur la chaise la plus proche d’elle. Elle me regardait, attentive. Elle attendait que je lui explique la vie ici. Ses yeux me fixaient avec impatience et une sorte d’excitation que je ne pus comprendre. Ce qui me surprit, c’était l’impression qu’il neigeait à l’intérieur de ses iris. Cela me perturbait, mais je ne le montrais pas.

“C’est vraiment une illusion… ?” me demandai-je.

Voyant que je me concentrais bien trop là-dessus , je soupirai un bon coup et me posai sur le mur. Un pied levé, la pointe touchant le carrelage de la cuisine, appuyé sur l’autre. Je la regardais quelques secondes, me concentrant. Je lui avais parlé de “règles” de la maison, mais maintenant que je devais en parler, je remarquai à quel point c’était stupide. J’allais devoir en inventer sur le moment… Heureusement, j’avais toujours été doué pour improviser.

“Je veux juste commencer par dire que ça va être bizarre pour moi de loger une fille que je ne connais pas du tout.” lâchai-je.

Elle pouffa, comme si je lui avais raconté une blague. Je restais neutre, bras croisés. On était à l’intérieur, mais elle n’avait pas retiré sa capuche de sa tête. J’avais pensé en la voyant dehors qu’elle n’avait pas froid avec si peu de vêtement au niveau des jambes, mais les tremblements visibles des cuisses me prouvaient le contraire. Le chauffage fonctionnait, donc elle allait se réchauffer assez rapidement… Je la vis se frotter les bras et se forcer à garder son sourire. Il était clair qu’elle voulait claquer des dents. Je soupirai et allai lui chercher un plaid qui traînait au-dessus de la pile de linge propre. Je me rappelai que j’avais oublié de les ranger samedi dernier…

“Il serait temps que je m’en occupe…” me dis-je en passant la porte de la cuisine.

Je jetai le plaid sur ses genoux et elle m’en remercia, gênée. Je remis un pied sur le carrelage du mur et croisai les bras, n’aimant pas les laisser pendre le long de mon corps. Elle mit ses pieds sur la chaise et déposa sa tête sur ses genoux recouverts du plaid. Avec un grand sourire, elle me remercia. Je ne réagis pas et pensais à la manière de présenter mes règles. Je hochai la tête avant de commencer.

“J’habite seul avec ma grand-mère. Tu peux donc faire comme chez toi, mais tu n’as pas le droit d’embêter mimie. Surtout lors de ses feuilletons, de seize heures à vingt-trois heures. Le seul moment où tu peux discuter avec elle est lors des soupers.” lui dis-je.

J’avais conscience que mon ton était quelque peu glacial ; mais cela m’était propre, je parlais de cette façon en général, excepté quand je devais être sociable. Elle acquiesça, la tête toujours sur ses genoux. Je l’analysais tout en l’observant, mais elle n’avait rien de spécial autre que son sa grande capuche blanche. Je ne pouvais pas voir correctement ses cheveux, mais je pus apercevoir des flocons de neige au-dessus de son œil droit. Il s’agissait probablement des épingles à cheveux au design particulier… Interrompant mon examen, je continuai mes consignes.

“Pour la nourriture… Tu as le droit de manger plus ou moins quand tu veux, mais ne voles pas mes armoires.” finis-je par lui dire.

Je lui laissais une liberté totale sur son horaire pour avoir le droit de manger seul ou avec mimie. J’avais beau la loger ici, je n’avais pas forcément envie de déjeuner et dîner avec elle… Rosana me regarda attentivement de ses yeux océan avant de pencher faiblement la tête.

“Je n’ai pas le droit de manger avec toi… ?” demanda-t-elle.

Je restais bras croisés, impassible ; mais je ne pus m’empêcher d’être surpris par une telle question. Avait-elle compris le sens derrière mes mots aussi rapidement… ? Je m’éclaircis la gorge et secoua la tête.

“Honnêtement, je préfère être seul ou avec mimie. Si tu as besoin de moi pour cuisiner un peu, je peux te préparer le même plat que moi…” dis-je.

“Je peux dire quelque chose… ?” me demanda-t-elle timidement.

L’hésitation dans sa voix me surprit; c’était la deuxième fois d’affilée. Elle révélait une grande timidité… mais aussi un certain manque de confiance. Je pouvais le comprendre simplement à l’entente de sa question. Elle évitait désormais mon regard et ne souriait plus, pinçant des lèvres. Rosana avait abandonné son air heureux pour laisser la honte s’établir sur son visage. Je soupirai face à cette attitude et lui répondit qu’elle avait le droit. Toujours gênée, elle me lança :

“J’aimerai manger avec toi… quand même.”

Je levai les sourcils. Sa manière de le dire, sa pose en boule, bras autour de ses jambes, la honte et la gêne dans sa voix… Je ne la connaissais pas assez, mais elle me donnait l’impression d’un enfant. Son manque de confiance en soi et la peur que je la jugeasse ne faisaient qu’ajouter des suspicions. Je n’allais pas trop apprécier cette partie d’elle…

“Mais qui doit faire un effort : elle ou moi ?” me demandai-je.

J’avais presque ignoré ce qu’elle m’avait dit, mais je lui répondis par respect : je la logeai, je ne pouvais pas me permettre d’être trop désagréable avec elle. Même si je n’appréciais pas la présence des autres, si je venais à être méchant avec eux, je me prouverais à moi-même mon humanité. Je n’avais aucune raison d’être agressif.

“Si tu le veux vraiment, j’ai toujours préféré la solitude, c’est tout…” répondis-je honnêtement.

Rosana me lâcha un timide sourire.

“Si je dérange…”

“Tu ne déranges pas, sinon j’aurais refusé, même pour de l’argent. J’ai juste mes préférences, désolé.”

Même moi je savais m’excuser quand il le fallait. Je préférais être honnête plutôt que contourner la vérité pour faire bonne impression. Elle me fit comprendre que j’avais été clair et je m’en contentais. Je revins au sujet des règles à suivre.

“Quoi qu’il en soit. Je te ferai un tour de la maison, mais pour résumer, il y a un salon en haut avec une télé plus neuve. Tu peux aller jouer ou regarder la télévision aussi tard que tu veux, je ne t’impose aucun couvre-feu ; fais juste attention à ne pas faire trop de bruits, pour mimie ou moi.” dis-je.

Elle leva les yeux au ciel pour se remémorer chaque mot et finit par acquiescer.

“Je ne dors jamais trop tard, de toute façon !” me lâcha-t-elle avec un grand sourire.

“Personnellement, ça dépend. Pour dormir, malheureusement, je n’ai pas réellement de deuxième lit…”

Je n’avais pas envie de la faire dormir dans le canapé, mais je n’avais pas un autre endroit… Je n’allais sûrement pas dire à mimie de rester dans son canapé : elle aimait trop son lit. Devais-je me sacrifier et lui laisser le mien… ? Cela ne me plaisait pas trop. Elle me regardait attentivement, attendant probablement mon verdict. Je fermai les yeux et finit par soupirer.

“Je peux do-”

Elle me coupa dans ma phrase.

“Je d-dois t’avouer quelque chose…”

Rosana avait les mains sur ses cuisses et avait arrêté de me fixer. Un air à nouveau assez timide sur le visage prouvait qu’elle n’était pas trop à l’aise. On ne se connaissait pas et on allait vivre ensemble pendant une semaine, je ne pouvais que la comprendre. Malgré tout, je ne montrais aucun signe de timidité. Elle prit son temps pour m’avouer ce qu’elle avait sur le cœur, mais je fus patient. J’aurais préféré qu’elle se dépêchât, mais je n’allais pas faire mon désagréable. Voyant que je commençais à m’impatienter, elle réussit enfin à m’avouer son “quelque chose”.

“J-Je ne réussirai pas à dormir… s-s… seule…” balbutia-t-elle.

Toujours les bras croisés, je la regardais sans savoir quoi dire. Je n’eus pas à lui demander ce que ses mots signifiaient : elle voulait dormir à mes côtés. Je ne la connaissais pas et elle était du sexe opposé… Mon lit était plutôt grand, donc elle pouvait dormir avec moi sans souci, mais accepter cela… J’avais promis de la loger pour au moins une semaine, mais pas plus que cela. Je n’étais pas là pour être ami ou construire une relation amicale – ou plus – avec elle. Je voulais savoir si elle allait changer un peu ma perception sur les êtres humains, mais là… Je vins à hocher la tête.

“Tu es une fille, je ne peux pas accepter cela. De plus, on ne se connait pas.” lui répondis-je.

Je la vis serrer ses poings. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais elle grimaça, ne disant pas ce qu’elle avait sur son cœur. Un tel comportement… Je soupirai à nouveau.

“Dis-moi.” lâchai-je.

Elle leva les yeux vers moi. Je savais que mon ton était assez froid, cependant…

“Dis-moi ce que tu as à me dire.”

Je lui lâchai ces mots en la regardant de haut. J’étais déjà plus grand qu’elle, mais j’étais debout, contrairement à elle. Je n’appréciais pas forcément être comme cela, mais si elle n’osait rien dire, qu’elle laissait sa timidité prendre le dessus, je n’allais pas forcément la supporter… J’éprouvais une certaine impatience vis-à-vis ce genre de personne. Elle resta bouche bée quelques instants, mais elle finit par faiblement acquiescer.

“J-Je n’aime pas qu’on me voie comme du sexe opposé.” me lâcha-t-elle.

Je levai les sourcils à nouveau, ne m’attendant pas à une telle réponse.

“Je sais que je suis une fille et toi un garçon, mais…”

Elle regarda le sol, ne finissant pas sa phrase. Je comptais lui dire de continuer, mais elle le fit avant que j’aie à ouvrir la bouche.

“Mais je ne veux pas qu’on me voie comme une fille, mais comme JE suis !!” déclara-t-elle.

Je la fixais longuement, tentant de trouver les mots justes. Cependant… je n’avais rien à dire. Je fermai les yeux et lâchai un faible sourire.

“Je vois… Je vois.” chuchotai-je.

Je me dégageai du mur et m’assis sur une chaise à côté d’elle. Avant de dire quoi que ce soit, j’observai ses yeux. Cette sensation de neige… n’était que dans ma tête. Elle avait juste des iris qui donnaient cette impression. Je ne pouvais pas nier que ses yeux étaient magnifiques.

“Je comprends ce que tu veux dire, même si scientifiquement parlant, on reste de sexe opposé. Pas de race ou quoi que ce soit.” lâchai-je.

Elle acquiesça.

“Mais j’aimerai quand même qu’on ne me voie pas uniquement comme une fille…” me dit-elle.

“Ce ne sera pas mon cas. Mais je ne peux pas te voir comme un garçon.”

“Tu ne comprends pas… Je ne veux pas que tu me voies comme un garçon ou comme une fille. Même si certaines choses sont interdites entre nous, j’aimerai qu’on… surpasse cela ?”

Je la regardai longuement. Bizarrement, son point de vue était entièrement compréhensible à mes yeux. Néanmoins, c’était une façon de penser… assez spéciale. Je n’avais jamais entendu quelqu’un demander une telle chose, que cela soit homme ou femme.

“On ne se connait pas. Pourquoi me demander ça à moi… ?” la questionnai-je.

Son air timide revint, mais heureusement, elle me répondit rapidement.

“Car tu es mon premier ami…”

J’ouvris la bouche, surpris pour une troisième fois. “Ami”. On ne se parlait que depuis dix minutes, on ne savait rien sur l’autre, je ne montrais pas de signe affectif… et elle me sortait le mot “ami” ? Elle hocha la tête violemment avec un petit bruit. Sa capuche menaça de tomber de sa tête, mais elle tint miraculeusement. Elle rougissait…

“J-Je veux dire, tu es une des premières personnes avec qui je parle, j’ai du mal…” me dit-elle.

“Avec qui tu parles carrément… ?!” m’exclamai-je.

Elle acquiesça doucement.

“Je sais que nous ne sommes pas amis ou quoi que ce soit, juste… J’espère que ça arrivera.”

Je fuis légèrement son regard. Rosana avait beau être timide, elle pouvait dire ce qu’elle avait sur le cœur sans passer par quatre chemins… Elle espérait cela… mais elle tombait sur la mauvaise personne. Je n’étais pas des plus amicaux, je n’aimais pas la présence des autres et je pouvais être froid. Je ne cherchais pas à me faire des amis ou à tisser des liens. Cela pouvait être intéressant, mais de l’autre côté, je ne voulais pas. Je n’avais pas envie de me mêler de leurs histoires, je ne voulais pas me faire trahir à nouveau… Je ne voulais pas…

“… Je comprends.” fut tout ce que je lui répondis.

Elle me sourit. Je ne pouvais pas lui avouer qu’il était peu probable que cela arrivât, donc je préféra changer de sujet.

“Bref… Tu ne peux réellement pas dormir seule ?” demandai-je.

Elle secoua la tête, ne me répondant pas avec des mots. Je soupirai. Devais-je chercher à la convaincre ou non ? Je la regardai plus longuement et finit par accepter, vaincu.

“Qu’importe, tant que tu ne prends pas la couverture et que tu ne te colle pas…” lâchai-je.

Cela ne me plaisait pas trop. Si je n’aimais vraiment pas qu’elle dorme à mes côtés, je la ferai dormir sur le canapé ; qu’importe. Elle me remercia d’un grand sourire et je le lui rendis, bien que moins puissant. J’allais lui expliquer mon travail quand mon téléphone vibra. Je me levai et le pris sans pour autant me presser. C’était Darry, mon patron…

“Le timing…” me dis-je.

Je décrochai.

“Oui ?” lâchai-je.

“Salut, Antoine. On m’a dit pour ce qu’on t’a demandé, chanceux va, ahahahah !!!” me dit-il.

Je roulai des yeux avec la bouche entrouverte. Je lui demandai ce qu’il voulait. Il me répondit clairement, ce que j’appréciai.

“Ne viens pas travailler cette semaine.”

Je ne pouvais qu’être surpris. Malgré sa gentillesse, il était très strict sur le travail. Il n’était pas le genre de personne qui accepterait qu’un de ses employés séchât un seul jour… Néanmoins, cela me plaisait, donc je ne protestai pas. Je lui en demandai tout de même la raison.

« Occupe-toi d’elle, tu ne vas pas la laisser seule chez ta grand-mère ni la ram’ner au travail.” me répondit-il.

Je n’avais rien à y redire, donc j’acceptai avec joie.

“Mais tu seras pas payé sur cette semaine, n’y crois pas !!” me lâcha-t-il accompagné d’un rire bien gras.

“Je ne m’attendais pas à être payé les jours où je ne viens pas…” soupirai-je.

Il continua de rire avant de me souhaiter une bonne soirée. Je fis de même par respect et raccrochai. Je tournai la tête vers Rosana et haussai les épaules.

“Bon, je ne travaille pas de la semaine.” dis-je.

Elle sourit.

“De rien !” dit-elle.

Je pouffai. Lorsque je remarquai ma réaction, je voulus mettre la main devant la bouche, mais je m’arrêtai à mi-chemin, surpris. Je fermai les yeux et inspirai longuement. J’expirai et m’assis sur la chaise à nouveau. J’avais encore une ou deux choses à lui dire.

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