Pérégrinations en Monde Inconnu : Prologue

Auteur : SamiHuunter
Check : Nekoyashiki-san


–    Vous avez compris ? Toute personne n’ayant pas rendu son devoir après-demain sera pénalisée par un point en moins pour chaque jour de retard. Non, pas la peine de râler, ça vous fera du bien de travailler en groupe pour une fois. Sur ce, on se revoit dans deux jours, passez une bonne journée.

Le professeur fila rapidement hors de la salle de classe en faisant la sourde-oreille aux plaintes des élèves qui s’étaient élevées en entendant la proximité de la date butoir.

Le cours terminé, les élèves de première année se mirent à bavarder joyeusement tandis qu’un responsable désigné effaçait le tableau recouvert de noms et autres définitions.

Un seul élève n’avait pas réagi et était resté imperturbable.

La tête enfoncée dans ses bras pliés, on apercevait que ses cheveux noirs en batailles.

Deux garçons s’approchèrent et l’un d’eux mit une petite claque sur l’arrière de la tête du garçon endormi. Le coup n’était pas porté avec force et l’intention n’était pas mauvaise, c’était juste un moyen d’embêter gentiment le dormeur.

–    Yo, Tommy, ça te dis de te mettre avec moi et Anthon pour le travail de groupe ?

Le regardant avec ses yeux noirs écarquillés, le garçon qui venait de relever la tête mit un instant avant de reconnaître son environnement.

–    Ah, c’est juste toi, Nathan… Je peux savoir pourquoi tu me déranges pendant ma sieste ?

Le dénommé Nathan afficha un grand sourire et s’assit en face de lui, empruntant sa chaise à un élève qui discutait en faisant des grands mouvements de bras avec ses camarades un peu plus loin.

–    Rho, fait pas la tête, ça te vas pas. Pour changer de sujet, t’as entendus le prof ? On va devoir se taper un travail de groupe à rendre pour après-demain…

Le garçon, toujours un peu somnolent le coupa en levant sa main. Sa voix, à l’instar de son expression, ne donnait pas l’impression qu’il venait de se réveiller.

–    Laisse-moi deviner, tu t’es dit que tu pourrais m’utiliser pour me laisser faire tout le boulot pendant que toi, tu te la coules tranquille avec ton pote ? Et tu profites du fait que le cours soit tout juste terminé pour sécuriser mon consentement afin d’être certain de pouvoir récupérer mon approbation quant à ma participation à ton groupe. Je me suis trompé quelque part ?

Le sourire de Nathan s’élargit. Il passa une main dans ses cheveux bruns qu’il gardait juste assez long pour ne pas violer le règlement du lycée. Ses yeux verts se fixèrent sur son camarade en face.

–    C’est bien que tu comprennes vite, Tommy, même si les mots compliqués n’étaient pas nécessaires, mais tu t’es trompé quelque part. T’as oublié de préciser que ce bon vieux Nat s’était préparé à offrir à son vieil ami Tom une récompense !

–    Ils n’étaient là que pour que tu comprennes qu’utiliser une telle méthode est vouée à apporter l’opprobre sur ta personne si tu l’utilises dans le monde du travail. Considère cette manière de parler comme du sarcasme et ça sera vite réglé. Navré de te décevoir en tout cas, mais je ne suis pas de ce bord-là…

–    Tu sais très bien de quoi je parle, je t’enverrai un message sur ton téléphone demain, d’ici là, travaille bien !

Nathan s’était levé, ignorant totalement la partie où il se faisait sermonner et commença à s’éloigner quand Tom éleva la voix.

–    Attends.

Il se pencha et ouvrant son sac, chercha pendant quelques secondes avant de sortir des feuilles agrafées.

–    Tiens, j’avais déjà prévu que le prof nous demande un devoir de groupe puisqu’il semblait être en manque de temps pour nous faire un contrôle correct. Il te suffit de recopier la partie écrite en bleu. Anthon, tu dois faire la partie en noir, j’ai déjà écrit ma partie au propre, donc ça servirait à rien de copier ce qu’il y a écrit en rouge. Le thème que j’ai traité est ‘Quand la religion se retrouve commercialisée’, c’est passionnant, je sais, mais je ne m’attends pas à ce que cet abruti puisse lire ce travail avec le bon état d’esprit…

Un ricanement s’échappa des lèvres de Nathan. Il posa une main sur l’épaule de Tom et son rictus s’accentua.

–    Ah, Tommy, qu’est-ce qu’on ferait sans toi ?

–    Rien, sans aucun doute… Ou peut-être redoubler… En tout cas, n’oublie pas ce que tu me dois. Et n’essaie pas de tout comprendre, écrit le c’est tout, Anthon a la partie la plus simple, alors tu devras quand même faire des efforts pour retenir les passages les plus difficiles.

–    T’inquiète pas, tu sais que j’ai une bonne mémoire et que je tiens toujours mes promesses.

Sur ces mots, il s’éloigna en compagnie de son camarade qui n’avait pas pipé mot de toute la conversation.

Anthon ouvrit la bouche quand ils rejoignirent leurs places.

–    Tu m’as jamais dit c’était quoi cette ‘récompense’…

Sa voix grave était appropriée à sa physionomie : Il était gigantesque, sans aucun doute le plus grand élève du lycée malgré son jeune âge. Son corps massif était tout juste contenu par son uniforme qui se tendait et craquait de manière alarmante quand ses muscles se contractaient.

–    Allons bon ! Te voilà jaloux maintenant !

Nathan sourit en tapotant l’avant-bras épais de son ami.

–    T’en fais pas, c’est pas très important. C’est juste que je connais ce gars depuis des lustres. Il a toujours été un peu bizarre parfois, tu sais. Mais c’est tout simplement parce que c’est un génie. Y’a pas grand monde qui le sait, à part les profs bien sûr, mais il a passé le bac à cinq ans et il a fait un sans-faute. C’est pour ça que les profs le laisse faire ce qu’il veut en classe.

Stupéfait devant cette révélation, Anthon se retourna pour regarder Tom qui s’était rendormi.

–    En fait, ses parents sont morts quand il était encore bébé, il a grandi dans un orphelinat. Son cerveau fonctionne trop bien, mais il a jamais pu comprendre comment fonctionne les émotions des autres. Il a bien une amie, Camille, ouais, la fille super mignonne en seconde quatre, mais à part elle, il ne comprend personne d’autre… Je l’aide juste à essayer de décrypter les émotions humaines, si on peut dire ça.

Il finit son explication avec un rire.

La porte de la classe s’ouvrit et les conversations cessèrent.

Les visages des trente-et-un élèves se tournèrent pour dévisager la personne qui venait d’entrer.

–    Bonjour les enfants !

Une petite fille venait d’entrer.

–    Salut Charlotte ! T’es pas en retard aujourd’hui ?

Avec une taille qui devait avoisiner celle d’un enfant de dix ans et un visage qui avait l’air tout aussi jeune, la première fois qu’on la voyait, on ne pouvait que se demander ce qu’une enfant de primaire ou du collège était venue faire chez les lycéens.

Le professeur d’histoire venait de faire son entrée dans sa salle de cours en souriant.

Elle s’appelait Charlotte Tisonier, mais tout le monde l’appelait par son prénom. Elle avait beau essayer d’obtenir un certain respect, devant ses élèves qui étaient tous plus grand qu’elle, sa crédibilité en prenait un sacrée coup.

Surtout quand elle s’énervait et qu’elle menaçait les élèves de le rapporter au proviseur, on ne pouvait voir qu’une petite fille en colère piquer une crise, et non un professeur en pleine réprimande.

Nathan s’était demandé, en début d’année, quelles raisons avaient bien pu pousser une adulte avec un corps pareille de devenir professeur, surtout au lycée, et Tom lui avait avoué qu’il se posait les mêmes questions quand il lui avait fait part de ses interrogations.

Malgré son physique… particulier, elle n’en était pas moins une excellente pédagogue, et même si elle était très sensible sur le sujet de sa taille, le reste du temps, elle dispensait un enseignement de qualité ainsi qu’un suivi des élèves personnalisé quand l’un d’entre eux était en difficulté.

–    Jules, je t’ai déjà dit de m’appeler Mademoiselle Tisonier, ou au moins Mademoiselle Charlotte !

Elle avait mis un poing sur sa hanche et agitait un doigt à l’intention de l’élève qui l’avait appelé.

Tous les élèves dans la classe sans exception la trouvèrent adorable.

–    Vous êtes trop mignonne, M’zelle ! Je veux vous ramener chez moi !

Avant que Charlotte ne puisse identifier l’identité du garçon qui avait crié, la classe entière se mit à rire. D’autres élèves se mirent à déclarer des phrases similaires tandis que les filles les traitaient de pédophile en jurant qu’elles allaient la protéger.

Voyant que son cours dégénérait en une compétition entre les élèves d’à qui mieux mieux, Charlotte essaya désespérément de reprendre le contrôle.

Alors que le brouhaha atteignit un niveau sonore assez important pour réveiller une nouvelle fois Tom, la porte s’ouvrit à la volée.

Dans l’encadrement de la porte se tenait un professeur. Il haletait, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et dégoulinaient le long de son visage où quelques rides commençaient à se creuser.

Vêtu d’un jogging et d’une veste de sport qui saillait au niveau de son abdomen, il était facile d’identifier la matière qu’il enseignait.

Ses yeux aux pupilles sombres dilatées tombèrent sur Charlotte, et son air hagard rendit le petit professeur soucieux. Elle lui rendit son regard, emplie d’inquiétude à son égard.

–    Monsieur Thomas ? Vous vous sentez bien ? Il s’est passé quelque chose ?

Edouard Thomas, le professeur de sport, se mit à bégayer en regardant par alternance Charlotte et ses élèves.

–    M-mes élèves, ils o-ont ‘pouf’ ! d-disparu ! C-c-comme ça !

Il claqua des doigts pour illustrer son explication.

Tom, qui se souvint que c’était la classe de son amie qui avait cours avec lui à cette période de la journée, se releva en faisant valser sa chaise.

Mais avant même qu’elle ne puisse s’écraser au sol, une puissante lumière blanche les enveloppa et tous les élèves ainsi que les deux professeurs perdirent connaissances.

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C’est le pépiement des oiseaux qui réveilla Tom.

En ouvrant les yeux, il fut aveuglé par la lumière des soleils.

Se dressant sur son séant, il plissa des yeux en observant le ciel bleu. Même si l’intensité des rayons était forte, il distinguait parfaitement deux sphères lumineuses brillant respectivement d’une couleur jaune orangé et jaune avec une touche de rouge. Elles étaient différentes du soleil avec lequel il était familier.

–    C’est quoi ce délire ?

A côté de lui, un élève avait son visage tourné vers les soleils, une expression d’incompréhension choquée sur son visage.

« Si je ne suis pas le seul à les voir, ça veut dire qu’au moins, je n’hallucine pas. » constata Tom en gardant son sang-froid.

Il jeta un regard circulaire autour de lui.

Au milieu d’un sol fumant par endroit se trouvait allongés ses camarades de classe. Certains commençaient à regagner conscience et à se lever en grognant.

Ils étaient assis sur un sol en terre couvert d’une épaisse végétation. A certains endroit, l’herbe aux tiges épaisses avait brûlé et de la fumée s’échappait des zones noircis en dégageant une odeur particulière semblable à de l’encens.

Tom se releva. Il suivit des yeux le tracé fumant et remarqua qu’il formait un grand cercle.

L’intérieur du cercle était rempli de formes géométriques et de signe étranges qui levèrent quantité d’interrogations dans l’esprit de Tom.

Une voix s’éleva derrière lui, brisant sa concentration.

–    On dirait un truc magique, pas vrai ?

Se retournant pour voir qui avait dit à haute voix la conclusion à laquelle il était parvenu, il se retrouva devant Nathan.

Il avait son apparence habituelle, un peu plus décoiffé peut-être et avec des feuilles dans les cheveux, mais il souriait comme si de rien n’était. Tom remarqua cependant le tic nerveux qui agitait occasionnellement sa joue et sa voix qui tremblait un peu.

Haussant un sourcil, Tom lui demanda avec une voix calme une question dont la réponse était évidente :

–    Tu es familier avec la magie ?

Le rire faible qui lui parvint aux oreilles lui sembla quelque peu hystérique.

–    Moi ? Familier avec la magie ? Pas du tout, c’est juste que ça ressemble aux cercles magiques qui apparaissent dans les mangas et les jeux-vidéos. Avec ton cerveau de génie, tu pourrais pas plutôt nous dire où on est ?

Tom secoua lentement la tête.

–    Je suis peut-être intelligent, mais pas devin. Je suis tout aussi perdu que toi. La seule chose qui me semble évidente est qu’on a changé de monde. Il y’a deux soleils ici, et une grosse lune d’après ce qui est visible pour l’instant, donc on est très certainement en dehors de la voie lactée puisque je n’ai pas souvenance d’une telle disposition de soleil et de planète, viable ou non.

Nathan eut un autre rire hystérique en écoutant son hypothèse.

Secouant la tête à nouveau, comme pour chasser des idées qui apparaissaient dans son crâne, il se mit à regarder autour de lui.

Après avoir compté les élèves, leur classe semblait être présente au complet, avec Charlotte et M. Thomas qui s’additionnaient, cela faisait un total de trente-trois individus.

« Je ne connais pas grand-chose à la magie, mais je dirais que pour transporter des gens d’un monde à un autre, il faudrait une grande puissance, quelle que soit sa nature ou une quantité importante de personnes pour pondérer l’équation. Ou alors certaines conditions doivent être remplit ? Ça me parait tout de même assez improbable que nous ayons été transportés ici par hasard, surtout si la classe de Camille avait déjà disparu avant… Mais pourquoi nous invoquer au milieu d’une forêt ? Et les gens responsables ne sont pas censés être présent durant une sorte de rituel ? Quel intérêt à faire venir des gens d’ailleurs pour les abandonner au milieu de nulle part ? Peut-être mon savoir dépend trop des livres de fantasy après tout… »

Continuant son aparté mental, Tom analysait l’environnement aux environs du cercle.

Ils étaient au milieu d’une clairière.

Autour d’eux se trouvait d’immenses arbres.

C’était complètement diffèrent des bois qu’il avait visité, avec leurs arbres espacés et dont on pouvait apercevoir la sortie même en s’y enfonçant profondément, la nature ici paraissait sauvage. Poussant sans contraintes.

A cause de l’épaisseur du rempart végétale, il ne pouvait rien voir plus profondément si ce n’était les troncs gigantesques des arbres qui poussaient à perte de vue. Le feuillage épais qui bloquait presque entièrement les rayons solaires en disait long sur la quantité des végétaux dans cette forêt.

Aucune trace d’entretien n’était discernable en observant les buissons et autres plantes qui dépassaient en taille la plupart des adolescents. La densité de la flore semblait également improbable aux yeux de Tom.

« Comment des arbres aussi gros peuvent pousser aussi proches les uns des autres ? Techniquement, il n’y aurait pas assez de minéraux dans le sol pour tous et certains se mettraient à dépérir. »

Laissant cette question dans un coin de sa tête, il se concentra sur la lisière de la forêt.

Une grande quantité d’arbres avait été abattu, comme déracinés par une grosse bête ou une puissante onde de choc qui les avaient repoussés vers l’extérieur de la clairière. Ils devaient avoir plus ou moins la même taille que ceux qui se tenaient encore droit, mais ils semblaient plus impressionnants au sol. Certains étaient encore retenus par les branches épaisses des arbres proches, formant comme un filet de ramures qui les aidait à conserver une position plus ou moins verticales.

Les arbres aux sols avaient leurs racines dénudées, se tordants et s’entortillants vers eux comme quelque chose de vivant. En les fixant pendant un certain temps, on avait presque l’impression de les voir sinistrement onduler tels autant d’invertébrés vermiformes.

« Ces arbres… Ils ressemblent à des conifères, si on oublie l’aspect lugubre. Mais la couleur de leurs feuilles et de leur écorce est étrange. »

Tournant sur lui-même, Tom chercha pendant quelques secondes avant de faire quelque pas et se pencher pour ramasser quelque chose par terre.

Faisant tourner la feuille dans sa main, il tendit son bras pour la regarder avec plus de recul. La lumière naturelle tomba dessus et Tom fronça les sourcils.

–    Nathan, c’est quoi cette couleur selon toi ?

L’adolescent sursauta en entendant prononcer son nom. Il s’approcha de Tom qui l’avait interpellé et saisit la feuille. Il l’examina avec une expression perplexe sur le visage, la leva dans les airs en la plaçant devant un des soleils.

–    Je dirais bleu, avec un peu de violet quand on la met sous la lumière. C’est important ?

Oubliant de répondre à sa question, Tom se replongea dans ses pensées.

Il mit une main dans sa poche et il ne trouva rien d’autre qu’un papier froissé. Fronçant les sourcils, il se mit à chercher dans les autres poches de son pantalon et de son blazer, mais son portable avait disparu. Sa montre aussi.

« Donc je peux supposer que les objets électronique ou qui contiennent de la technologie ont disparus ? »

Plissant des yeux, il observa le poignet de Nathan sur lequel il avait l’habitude de voir une montre de marque, mais il ne vit rien.

Tom se contentant de soupirer de soulagement en voyant que son bracelet, qui lui avait été offert par son amie Camille, était encore en place, sur son bras droit.

Dans le cercle, les derniers élèves se réveillaient.

Un murmure était audible depuis un moment déjà.

Discutant entre eux, ils gardaient leurs voix baissées d’un commun accord. Ils posaient frénétiquement les mêmes questions tels que ‘‘Où on est ?’’ ou ‘‘Qu’est ce qui s’est passé ?’’ en faisant attention à garder un volume sonore bas. Le tremblement dans leurs voix provenait sans aucun doute de la peur qu’ils éprouvaient, mais chez certains lycéens, il provenait d’une excitation fébrile.

Il était facile de voir la différence entre les deux types de personne qui parlaient.

Les uns exhibaient des expressions d’enterrement, comme si leurs destins étaient déjà scellés. Certains d’entre eux pleuraient même silencieusement en chuchotant ‘‘Qu’est-ce qu’on va faire ?’’ à leurs camarades qui leurs tenaient les mains ou les étreignaient.

Charlotte faisait partie de cette catégorie. Elle regardait dans toutes les directions, affolée, et ouvrait parfois la bouche, comme pour demander quelque chose, mais aucun son n’en sortait.

Les autres affichaient des sourires, même s’ils semblaient quelque peu forcés. Ils devaient sans doute trouver leurs circonstances similaires à celle de comics ou de films qu’ils avaient lus ou vus et ne pouvaient s’empêcher de trouver cette situation incroyable.

« Ces idiots, ils ne savent même pas si on se trouve en terrain hostile ou non… »

A peine eût-il finit de penser cette phrase qu’un mugissement s’éleva dans la forêt.

Plus qu’un cri, cela ressemblait au hurlement d’un bête sauvage. Il avait commencé dans les graves et à mesure qu’il s’allongeait, il montait dans les aigus pour finir sur une sorte de gargouillement étrange.

Le sang des trente-trois personnes présentes dans la clairière se glaça.

Un silence pesant s’était abattu. Même les oiseaux qui pépiaient joyeusement auparavant s’étaient tus.

Personne n’osait dire un mot.

Le hurlement provenait de leur gauche. Tom était incapable de déterminer la direction sans une boussole et ne pouvait s’orienter car tout dans cet environnement lui était inconnu, rien ne pouvait lui assurer que ces soleils-là se levaient à l’est et il n’avait même pas de montre pour déterminer les directions.

Deux questions avaient pris une importance capitale : “Ce hurlement, est-ce une chose amicale ou malveillante ?” et “Cette créature, elle nous a averti ou elle crie pour une toute autre raison ?”

Seul le silence et le bruissement des feuilles répondaient à leurs questions muettes.

Tom et Nathan, qui se trouvait le plus proche de la direction d’où provenait le cri se mirent à reculer lentement vers leurs camarades.

Plus aucun de ceux qui avait affiché un sourire en arrivant ne paraissaient joyeux maintenant. Tous les visages étaient inquiets et de la sueur perlait sur plus d’un front.

Un craquement et des bruissements résonnèrent bruyamment dans la clairière.

Plus personne ne bougeait.

Ils entendirent d’abord des halètements ponctués de grognements gutturaux.

Puis les branchages épineux des buissons qui délimitaient la lisière de la forêt se brisèrent avec des craquements secs. Une chose apparue devant eux.

C’était un monstre.

A mesure qu’il avançait et quittait l’ombre des arbres, les soleils révélaient progressivement le physique de la bête.

A première vue, ce monstre ressemblait à un gigantesque loup, mais la ressemblance s’arrêtait à la silhouette plus ou moins similaire.

Il devait mesurer au moins deux mètres au garrot et presque quatre de long.

Ses mâchoires claquaient en dévoilant par intermittences des crocs jaunâtres longs de plusieurs centimètres. Une corne dépassait au milieu de son énorme tête, et pendant un moment, Tom fut persuadé d’avoir vu des éclairs la parcourir. La bave qui s’échappait de sa bouche gouttait sur l’herbe en la faisant grésiller.

Son corps était recouvert d’une épaisse fourrure argenté qui brillait avec des reflets bleutés sous la lumières orangée des soleils. Malgré ses longs poils, les adolescents distinguaient parfaitement les muscles puissants de la bête alors qu’elle avançait lentement vers eux.

Ses pattes étaient munies de griffes impressionnantes. Recevoir un coup équivalait à une peine de mort. Le corps d’un humain normal serait déchiqueté en deux.

Une lueur malveillante brillait dans ses yeux rouges quand il les posa sur Tom et Nathan en face de lui.

Un grognement plus aigu s’échappa de la gorge du monstre que Tom interpréta comme étant un ricanement.

Continuant à reculer, cette fois-ci plus lentement, une branche craqua sous le pied de Nathan.

De la sueur froide recouvrit le dos des deux camarades en face de la chose qui grognait, et soudain, ils virent les muscles du monstre se contracter.

La bête prit appuie sur le sol et s’élança avec une telle puissance que d’énormes mottes de terres furent projetées derrière elle.

Sa vitesse de déplacement était inouïe, mais Tom vit parfaitement la scène. Sa tête qui fonctionnait à merveille analysa la trajectoire majestueuse du loup et comprit que c’était certainement la dernière chose qu’il verrait.

Même s’il parvenait à comprendre et voir la scène au ralenti, son cerveau traitant les images plus rapidement qu’aucune autre personne, son corps, lui, ne pouvait pas se déplacer plus rapidement.

« La vitesse de déplacement d’une information dans les nerfs est d’environ 49 mètre par seconde pour le haut du corps et 42 pour le bas du corps. Si on considère que sa vitesse est de 250km/h, alors ça fait dans les 70m/s, pour parcourir la vingtaine de mètre qui nous séparent, il va lui falloir une demi-seconde pour nous atteindre, donc j’aurais à peine le temps de transmettre l’informations à mes jambes de bouger qu’elle sera déjà sur nous… »

Connaissant ces informations, Tom savait qu’il ne pouvait pas réagir assez rapidement pour éviter les mâchoires ouvertes sur une rangée de dents aussi tranchantes que des rasoirs.

Peut-être la chose véritablement incroyable, plus que ce monstre aussi rapide que géant, était le fait que Tom continuait de réfléchir et d’analyser avec sang-froid et sans paniquer la masse de muscles et de crocs qui lui fonçait dessus à toute allure.

Il ne ferma pas les yeux, trop curieux de voir une chose inconnue en pleine action, même si cette chose était sa propre mort.

Une douleur explosa dans son épaule alors que les crocs n’était plus qu’à une dizaine de centimètres de son visage et il se senti violemment projeté sur le côté.

En tombant, ses yeux virent Nathan chuter de la même manière, tous les deux étaient en dehors de la trajectoire du loup argenté.

Tom comprit immédiatement que Nathan venait de le sauver.

Il lui avait donné un coup de pied pour le dégager du chemin et s’était en même temps servi de son corps pour s’échapper lui-aussi de la charge meurtrière du monstre.

En regardant le loup continuer son attaque, la tête de Tom heurta un tronc d’arbre et des points rouges apparurent en dansant devant ses yeux.

Pendant qu’il essayait avec difficulté de rester conscient, il crut voir Nathan, qui avait atterrit sur de la terre, se relever et contempler la scène qui se déroulait devant lui.

A ce moment, Tom sentit un liquide chaud couler le long de son visage, dégoulinant dans ses yeux.

Un voile obstrua sa vision et il se laissa aller, sa conscience s’évanouissant dans les ténèbres.

‒  ‒ ‒‒ ‒‒‒ ‒‒‒‒‒ ‒‒‒‒‒‒‒‒ • ‒‒‒‒‒‒‒‒ ‒‒‒‒‒ ‒‒‒ ‒‒ ‒  ‒

Des cris s’élevaient de la gorge de ses camarades qui s’enfuyaient en s’éparpillant dans tous les sens. Ceux qui étaient trop effrayés pour se mouvoir étaient effondrés à genoux, le visage ruisselant de larme et de mucus tandis que la peur relâchait les muscles de leur bassin et le contenu de leurs boyaux.

En suivant leurs regards terrifiés, Nathan aperçut l’énorme loup à la bordure de la forêt.

Sa charge l’avait fait traverser la forêt à une vitesse impossible.

De sa gueule, une chose familière dépassait.

L’information mit un certain temps avant d’être acceptée par son cerveau.

C’était bel et bien un corps que le loup tenait entre ses mâchoires puissantes.

Une paire de jambe séparée du reste à partir du nombril gisait non loin du monstre.

Nathan eu le temps d’apercevoir le visage stupéfait du garçon qui le dévisageait, l’air d’incompréhension de celui qui essaye de comprendre ce qui lui arrive peint sur son visage aux yeux déjà vitreux, avant qu’il ne disparaisse dans la gueule du monstre.

Des craquements et des bruits de déchirures retentirent dans la clairière alors que la bête mâchait consciencieusement le pauvre adolescent qui avait depuis longtemps rendu l’âme. Les élèves qui tentaient de s’enfuir avait cessé de bouger et tous observaient avec dégoût et horreur le sort réservé à celui qui s’était fait happé en un instant par la chose monstrueuse en face d’eux.

Hébété, Nathan ferma les yeux et se mit à prier aussi fort qu’il pouvait pour que tout ceci ne soit qu’un mauvais rêve.

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