Pérégrinations en Monde Inconnu 2 : Là où on parle et on mange

Auteur : SamiHuunter


Hello, c’est encore moi, SamiHuunter ! Comment ça vous en avez assez ?! Un peu de respect voyons !
Bon, je vous propose le deuxième chapitre de PeMI, il y a très certainement des fautes qui traînent par ci, par là, mais déjà que nos checks sont en PLS, alors leur demander de chercher des fautes dans un texte aussi long serait le coup de grâce.
Cette fois-ci, pas de détails sanglants, pas jusqu’au chapitre 4 -je crois-, et pas non plus après ce dernier.

Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture !


Cela faisait deux heures que les trente-deux Terriens marchaient dans la forêt.

Après avoir dit leurs adieux à Mathieu, ils avaient brulé les restes de son corps en même temps que le cadavre du loup après que Tom l’ait rapidement examiné.

En regardant la fumée s’élever dans le ciel, ils s’étaient enfoncés dans la forêt.

Joseph était toujours inconscient et il avait de la fièvre. Anthon, Louis et M. Thomas, les deux garçons les plus forts de la classe et le professeur de sport le portait à tour de rôle. Quand il s’agitait un peu trop, Amélie lui lançait un sort de soin pour le calmer.

Ils marchaient dans une direction prise au hasard, et essayaient de garder une trajectoire droite. C’était presque impossible dans une forêt avec une végétation aussi dense, mais ils essayaient de leurs mieux, taillant dans les buissons quand ils le devaient.

Le silence était pesant.

Personne n’osait parler, de peur d’attirer une créature hostile.

Dès qu’un bruit retentissait dans la forêt, tous mouvements cessaient. Les mains se serraient sur les gardes des armes et des cercles magiques apparaissaient. La tension restait élevée jusqu’à ce que la certitude d’être hors de danger devienne évidente.

Tom marchait aux côtés de Nathan et Amélie.

–          Et donc, vous me dites que vous savez vous servir de la magie et de ton arme de manière instinctive ?

Sa curiosité à propos d’une chose inconnue l’emportait sur le risque de se faire repérer.

–          En gros oui, je ne sais pas pour Amélie, mais quand je tiens mon épée à la main, je sais comment elle fonctionne et j’ai des incantations inscrite dans la tête. Par exemple, je sais que je pourrais enflammer mon épée ou me déplacer plus vite. C’est un peu étrange, mais c’est la meilleure façon de l’expliquer : je le sais et je sais comment l’utiliser. Tant que je peux l’utiliser pour nous défendre, ça me suffit.

Amélie hocha la tête pour soutenir ses propos.

–          Oui, c’est pareil pour moi, j’ignore d’où ça vient, mais je sais que je peux utiliser des sorts pour soigner des gens. Je peux aussi faire de la magie, mais c’est plus instinctif qu’autre chose. C’est comme si j’avais un pouvoir magique et que je pouvais l’utiliser pour agir sur la nature. Ça ressemble plus à de la manipulation qu’à un sortilège. Si je veux créer une boule de feu, j’ai juste à concentrer le pouvoir que je sens en moi, lui donner une forme et ça apparait.

Elle avait tendu la main et une flamme était apparue, dansant au-dessus de sa paume.

Nathan fit de même et des gouttes d’eau se mirent à flotter en cercle dans sa main.

–          Je pense que c’est pareil pour tout le monde, à la différence que certain possède une arme et quelques incantations et d’autre, aucune arme mais plus de sorts. Si je dois comparer ça à quelque chose de familier, je dirais que certain élèves sont des paladins ou des guerriers magiques et que les autres sont des mages. Ah, mais y’a aussi ceux qui ont des objets qui ne sont pas des armes, par exemple, William a une flûte, Lily avait l’air d’avoir un pinceau et je suis sûr qu’Andy tenait un petit marteau. Je pense qu’ils font partis d’une troisième classe, un genre de classe support.

Tom, qui compilait les données dans sa tête, les avais écoutés sérieusement.

–          Si je résume correctement, les élèves de la classe possèdent maintenant une réserve de pouvoir magique et ils peuvent l’utiliser pour faire des trucs simples comme du feu, de l’eau, du vent et de la terre. Il y a trois classes, ceux qui possède une arme et peu d’incantation et ceux qui n’en ont pas mais ont un pouvoir magique supérieur et plus d’incantation. Et enfin ceux qui ont un objet et des incantations.
Ça me parait tout de même incroyable, mais je suis bien forcé de constater que c’est pas des bobards. Ah, et selon moi, je pense que les armes ne sont que la matérialisation du pouvoir. Tout à l’heure, quand Anthon a attrapé la hache de Louis, ses gantelets ont disparu et la hache s’est transformée. Je suppose que le pouvoir de Louis lui est retourné et que les gants ont disparu pour pouvoir s’infuser dans la hache… Tu penses que c’est possible Nat ? Essaie de donner ton épée à Amélie pour voir.

Nathan se grata la joue et un instant plus tard, acquiesça.

Il dégaina son épée comme demandé par Tom et la tendis à Amélie, pommeau en avant.

En l’attrapant, rien ne se passa.

–          Tu sens une différence ? Nat a dit qu’il pouvait enflammer son épée, tu crois pouvoir le faire ?

Une expression concentrée s’afficha sur le visage d’Amélie qui tenait l’épée à deux mains.

–          Impossible, c’est juste une épée selon moi…
–      Hum, donc un mage peut se servir d’une arme invoquée mais pas utiliser les techniques liées à cette arme. Il faut voir si l’inverse est possible. Nat, si tu récites une incantation, est-ce que le cercle magique va apparaître ?

Amélie rendit son épée à Nathan qui la remit dans son fourreau, accroché à sa taille. Il aurait très bien pu la faire disparaître, mais il se sentait plus en sécurité avec ce poids qui lui battait les hanches.

–          C’est complètement infaisable. T’as vu la longueur des incantations ? C’est impossible de se souvenir de tout sans faire de faute !

Tom resta silencieux.

Tendant sa main en avant, il commença à prononcer des phrases incompréhensibles.

C’était le sort de guérison qu’Amélie avait utilisé pour soigner la jambe de Joseph.

Il le récita en entier, mais rien n’apparut et il ne senti aucun changement en lui.

Amélie et Nathan le regardait avec de yeux ronds et la bouche ouverte, stupéfaits.

–          Comme je le redoutais, c’est impossible pour moi, je pense que j’ai pas un gramme de pouvoir magique.

Il était un peu déçu, mais il le garda pour lui.

Tom avait remarqué qu’il était incapable de faire apparaitre quoique ce soit. Après avoir essayé de faire apparaitre un objet ou une arme, il avait abandonné et avait cherché dans son esprit pour voir si des incantations s’y trouvaient, comme c’était le cas pour les autres, mais une fois encore, il n’avait pas eu plus de succès.

Il voulait réciter l’incantation d’Amélie depuis qu’il l’avait entendu, la première fois, mais il avait repoussé ce moment car il avait peur d’échouer à nouveau, même s’il était persuadé de savoir déjà le résultat.

–          Attends deux secondes, comment t’as fait ça ? Je croyais que tu ne connaissais aucune incantation ?
–          Hein ? Ah, ça, c’est juste que je me suis souvenu de ce qu’Amélie avait dit, je me contente de répéter mot pour mot, je n’y comprends rien, peut-être est-ce une raison de mon échec…
–          Wow, j’ai toujours su que t’étais un génie, mais là c’est à un tout autre niveau que le commun des mortelles !

Tom était dubitatif.

–          Mouais, je crois que c’est une compensation. Vous avez reçu des améliorations de caractéristiques, des armes et des pouvoirs magiques, et moi je reste avec mon gros cerveau… Je sais pas comment le prendre, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est moi qui me suis fait rouler dans l’histoire.
–          Des améliorations de caractéristiques ? Qu’est-ce que tu racontes ?

Nathan et Amélie dévisageaient Tom, une expression d’incompréhension peinte sur le visage.

–          Ah ? Vous ne vous en êtes pas rendu compte ? Ça me semble assez évident.
Premièrement, quand tu m’as sauvé, mon cerveau avait beau fonctionner à une vitesse incroyable, j’étais incapable de réagir, littéralement, c’est une question de vitesse de transmission d’influx nerveux. Pourtant, toi, tu as réussi à bouger, je ne sais pas si ta vitesse de réaction a augmenté ou c’est juste ton instinct, mais tu étais physiquement en mesure de réagir.
Deuxièmement, j’ai vu le résultat d’un coup de poing d’Anthon, même armé avec des gants en métal, sa force ne serait pas suffisante pour fracasser le crâne épais d’un monstre comme ça, sur ce point, on pourrait dire que c’est grâce aux gants magiques, mais je ne pense pas.
Troisièmement, quand Louis à essayer de trancher la jambe de Joseph, il n’a pas pu le faire d’un coup. Si on considère que l’arme est plus ou moins à l’image des caractéristiques physiques et mentales, alors il devrait être doté d’une grande force. Sauf qu’il n’a pas réussi du premier coup. Est-ce que c’est parce qu’il n’avait pas assez de force ou c’est parce que Joseph avait une résistance plus importante qu’un humain normal. Je pencherai pour la deuxième solution. À moins que ce ne soit qu’Anthon qui possède une force hors du commun. Dans tous les cas, ce point-ci confirme le deuxième. Il a utilisé une arme autre que ses gants et il a réussi aisément là ou Louis avait échoué.
Quatrièmement, vous êtes actuellement en train de le démontrer. Ça fait deux heures que l’on marche, et je suis le seul à être crever. Je suis certain que vous n’avez jamais marché pendant deux heures d’affilée sans vous fatiguer, et pourtant, vous semblez parfaitement bien alors qu’on est dans une forêt et que le terrain n’est pas plat. Vous ne transpirez même pas.

Finissant son énumération, Tom se reconcentra sur sa marche.

Il était en sueur, lui qui ne pratiquait jamais de sport, et s’il ne regardait pas où il mettait ses pieds, il risquait de trébucher et de tomber à tout moment.

Nathan et Amélie en revanche, se mouvaient avec aisance. Toute la classe et même les professeurs n’avaient aucun problème à suivre l’allure. Il était le seul avoir du mal.

–          Maintenant que tu le dis, c’est vrai que je ne sens pas de fatigue, je ne suis même pas essoufflée ! Au contraire, je me sens légère !
–          Dire que tu t’en es aperçu alors que les principaux concernés ne s’en sont même pas rendu compte, chapeau !

Tom émit un petit rire.

–          C’est bien de continuer à complimenter mon intellect, mais ça ne vas pas m’aider à améliorer mon physique. Si vous êtes des mages et des guerriers, alors moi je suis un villageois : ayez un peu de pitié vot’ seigneurie. Mes quinze marmots meurent de faim et les taxes empirent à chaque hiver.

En entendant Tom imiter un accent de bouseux, il soupira d’un air théâtral et le regarda en feignant le dégoût.

–          Regardez, belle Dame, ce paysan se permet de nous adresser la parole. Rossons ce malotru, qu’il cesse ses jérémiades et apprenne le respect.

Amélie rit en les regardant. L’atmosphère s’était allégée avec leur échange comique.

–          Tu veux que je te porte ? T’es pas si lourd que ça, et je me sens capable de soulever des montagnes.
–          Enfin ! Je croyais que tu me le demanderais jamais, avec plaisir, oui, même si je passerai pour les montagnes.

Nathan s’agenouilla et Tom s’accrocha à son dos. Il le souleva si facilement qu’il se demandait s’il était vraiment accroché ou pas.

–          Tu pèses combien déjà ? J’ai l’impression que t’as maigri, c’est pas possible autrement.
–          Presque soixante kilos pour un mètre soixante-quinze. Ça me semble raisonnable.
–          Tu sais ce qu’on dit, l’essentiel c’est d’avoir ce qu’il faut là où il le faut.
–          En général, on dit ça pour les femmes, et de ce fait, je ne relèverai pas.

En voyant les trois personnes bavarder, les élèves avaient eux aussi commencé à discuter entre eux.

L’ambiance avait changée. Maintenant, ils ressemblaient à une classe faisant une sortie scolaire plus qu’à un groupe invoqué dans un monde où ils risquaient leurs vies.

Tom était impressionné par la vitesse de leurs changements d’humeurs.

Ils continuèrent à marcher pendant une heure encore, Tom sur le dos de Nathan discutait de la magie avec Amélie.

Un bruit familier leurs parvint aux oreilles.

–          On dirait qu’il y a de l’eau qui coule, on doit aller voir, une rivière est une bonne chose, surtout si on cherche à établir un camp.

Suivant les conseils de Tom, ils changèrent de cap et se dirigèrent vers le bruit d’eau.

Quelques centaines de mètre plus loin, ils débouchèrent sur le cours d’eau.

Plus qu’une rivière, la largeur entre les deux rives et les courants qui semblaient puissant le définissait plutôt comme un fleuve.

Observant la bordure des arbres, très proche de la berge, Tom estima que cet endroit n’était pas le meilleur pour construire une base. Ils auraient à couper les arbres pour faire de la place.

–          On devrait essayer de longer l’eau vers l’aval. Techniquement, si ce monde suit les règles de physique qu’on connait, on devrait trouver un terrain moins nivelé au bout d’un moment.
–          Ça me convient, mais si tu pouvais descendre maintenant, je pense que tu t’es assez reposé.
–          Ok, ok, pas la peine de s’énerver.

Sans rechigner, Tom mit pied à terre et s’étira.

Pendant ce temps-là, Nathan expliquait à ses camarades le plan.

Quelques plaintes s’élevèrent, rapidement soutenu par un grand nombre de personnes.

–          On va marcher encore longtemps ?
–          On a faim !

« Ah les êtres humains, il y a même pas quelques heures, vous pleuriez en demandant vos mères, et maintenant que quelqu’un est en charge, vous trouvez des raisons de vous plaindre… »

Gardant ses pensées pour lui, Tom fit de son mieux pour éviter de croiser le regard de détresse avec lequel Nathan le fixait. C’était une bonne situation pour qu’il commence à prendre les décisions. Il devait cesser de se reposer sur lui et apprendre les ficelles du métier.

–          Calmez-vous, on n’est pas encore hors de danger. Si vous avez faim, je ne vous empêche pas de manger. Par contre, comme vous pouvez le voir, je n’ai rien sur moi, si vous voulez vous remplir le ventre, je propose que l’on fasse une pause et que l’on essaie d’attraper notre repas. Il doit bien y avoir quelque poisson dans ce fleuve.
J’ai vu des fruits dans la forêt. Séparer vous en deux groupes, l’un ira chercher des fruits pendant que l’autre attrapera des poissons. Ceux qui entre dans la forêt, restez en groupe et ne vous séparez pas. Ne manger rien avant de revenir ici, contentez-vous de cueillir les fruits et de les ramener. Essayer de faire des groupes équilibré entre personnes armés et ceux non armées, allez ! Plus vous vous dépêcherez, plus vous mangerez tôt.

Après qu’il eut donné les consignes et claqué des mains, les élèves se mirent à discuter entre eux et à former les groupes. Deux minutes s’écoulèrent et les deux groupes furent formés.

Tom estima que la répartition était équitable, même si les ‘guerriers’ étaient plus nombreux dans le groupe de cueillette que dans l’autre.

–          Ok, c’est parfait, M. Thomas, rejoignez le groupe dans la forêt, et Charlotte, tu restes avec Tom et tu ne bouges pas, ça serait idiot que tu trébuches ou que tu perdes.

En entendant son avertissement, la classe se mit à rire.

Charlotte resta silencieuse et obéit docilement. Elle s’assit sur l’herbe à côté de Tom et replia ses jambes. Y enfouissant sa tête, elle resta silencieuse.

Le groupe cueillette s’était déjà enfoncé dans la forêt en compagnie du professeur de sport. Les pêcheurs étaient dispatchés le long du fleuve.

Dès que l’un d’entre eux repérait un poisson, il utilisait son arme pour essayer de l’attraper, mais la plupart n’avait pas un outil adapté à une tâche aussi spécifique.

Tom vit un garçon abattre vainement son maillet dans l’eau et éclabousser inutilement les alentours. Une autre était allongé sur le ventre, à moitié suspendue au-dessus du fleuve et plantait ses dagues par à-coup dans le courant.

Il semblait y avoir plusieurs espèces de poissons, mais les seuls qui sautaient pour remonter le courant étaient des poissons similaires à des truites, autant par leurs physionomie que leurs comportements. Leurs écailles reflétaient la lumière en étincelant sur un dégradé de plusieurs couleurs.

Il n’y avait que trois personnes qui parvenaient à attraper des poissons avec succès.

La première était une fille répondant au nom de Margaux Decourt. C’était la fille qui avait reçu une paire de pistolet.

Elle les maniait avec dextérité. Aucune détonation ne retentissait, mais des projectiles s’échappaient tout de même des canons quand elle tirait sur la gâchette. Elle visait les poissons quand ils bondissaient hors de l’eau en remontant le courant. La précision de ses tirs était telle qu’ils touchaient leurs cibles à chaque fois, perçant la tête des poissons qui retombaient inertes dans l’eau.

Autour de Margaux se trouvait deux de ses amis, Mathilde Chabrier et Elias Mayer. Dès qu’un poisson était touché et commençait à se faire emporter par le courant, ils utilisaient leurs magie pour les soulever hors de l’eau et les faire flotter jusqu’à leurs pieds.

Un grand nombre commençait à s’empiler à ses pieds.

Non loin de là, Mason Ladonne et Jules Bouchar employaient la même technique. Mason utilisait son arc pour transpercer les poissons et Jules les récoltait.

Bientôt, une compétition commença entre les deux groupes.

Nathan, voyant que les autres élèves ne faisaient rien d’autre que de commenter leurs performances, leur ordonna d’aller récupérer du bois sec afin de faire un feu.

Un garçon était resté sur la berge. Il manipulait une lance, et à chaque fois qu’il l’enfonçait et la retirait de l’eau, un poisson restait empalé sur la lame.

Jack Turner était un étudiant étranger. Il ne parlait qu’anglais, et même s’il comprenait un peu le français, son niveau était trop bas pour toujours saisir le sens des phrases à la première écoute. Il était arrivé il y a un mois, avec une autre élève étrangère.

Leurs lycées échangeaient souvent leurs bons éléments afin de leurs permettre de s’améliorer ou d’apprendre une nouvelle langue.

Tom avait reçu une proposition d’échange, mais il avait refusé, il n’avait pas les moyens et surtout, il n’y voyait aucun intérêt. Il était capable d’apprendre une nouvelle langue en quelque heure et il lui fallait quelques jours seulement pour la parler couramment.

Nathan laissa Jack continuer à pêcher, et il rejoignit ses camarades qui ramasser des branches sur le sol.

Tom jeta un regard à Charlotte, mais elle était toujours prostrée et ne bougeait pas.

–          Hey, Prof, il se passe quoi ?

Elle releva la tête et la tourna vers l’élève qui l’avait appelé, une expression hébété sur le visage.

Charlotte se contenta de le dévisager avec des yeux sans vie.

–          J’ai pas envie de m’immiscer dans vos problèmes, et je ne pense pas avoir la capacité de les comprendre de toute façon, mais je pense que vous devriez vous reprendre en main.

Il lui fallut plusieurs minutes avant qu’elle ne se mette à parler. Sa voix était faible et tremblante.

–          Je… J’étais incapable de bouger… J’ai vu Mathieu se faire tuer devant mes yeux… Et j’étais incapable de réagir… Si Anthon et toi n’aviez pas été là, Joseph serai sans doute mort aussi… Je suis censée être un professeur, mais je ne pouvais rien faire…

Elle se mit à pleurer silencieusement, le visage enfoui dans ses mains. Ses épaules tremblaient alors que ses larmes gouttaient et se faisaient absorbées par la terre.

Tom la regarda, surpris et désemparé. Il ne savait pas quoi faire pour la consoler ou la faire arrêter de pleurer. A l’orphelinat, quand les religieuses étaient débordées et qu’elle lui demandait de prendre en charge un enfant ou deux pendant quelques heures, il se retrouvait dans la même situation, incapable de les calmer ou de les faire taire.

D’habitude, il les ignorait et les laissait pleurer en lisant un livre jusqu’à ce qu’ils se fatiguent, mais il ne pensait pas que ça allait marcher avec un adulte, même s’il aurait aimé n’avoir rien à voir avec des problèmes de ce type.

–          Vous savez, dans une situation où un individu est confronté à la mort, c’est normal qu’il panique. Vous n’avez rien pu faire ? Qu’importe, c’est terminé maintenant. Si vous continuez à rester isolé du monde extérieur et à ressasser une situation extrême, d’autres personnes pourraient mourir à cause de ce comportement.
Actuellement, je ne pense pas que l’on puisse continuer à s’associer avec des statuts sociaux. On n’est plus des élèves et professeur, juste des humains. Mais si vous voulez quand même et pensez pouvoir continuez d’assumer le rôle d’un professeur adulte et mature, alors jouez votre partie, soyez assurée et infaillible. Comme ça, vos élèves pourront prendre exemple sur vous.

Si l’un d’entre eux pète un plomb, il faut que quelqu’un à l’esprit clair et à l’attitude déterminée le prenne en charge. Je pense que vous en êtes capable, contrairement à l’autre prof qui passe son temps à paniquer. Alors relevez les yeux et affrontez les problèmes tête haute.

Charlotte l’avais écoutée en continuant de pleurer. Ses tremblements cessèrent, mais elle gardait sa tête dans ses mains. Sa voix était toujours aussi faible et étouffée, Tom du se baisser pour l’entendre correctement.

–          Mais… Mathieu est mort… Joseph a perdu sa jambe… Si j’avais été plus capable, tout ça ne se serait pas arrivé… Tout est de ma faute… Tout est de ma faute…

Tom soupira.

–          Ah bon ? C’est de votre faute ? C’est vous qui nous avez fait apparaître ici ? C’est vous qui avez demandé au monstre de nous attaquer ? C’est vous qui avez mordu Joseph ? Vous auriez peut-être préférez mourir à la place de Mathieu ? Ça nous aurait fait une belle jambe…
Les gens meurent, c’est comme ça, si vous voulez vous sentir responsable pour le décès de toutes les personnes sur Terre, faites-vous plaisir, mais si les élèves meurent parce que vous avez été incapable de les rassurer et de remplir votre part du boulot, alors là, oui, ça sera vraiment de votre faute. On est dans un monde dangereux, vous avez du vous en rendre compte. Ces gens sont irresponsables, c’est pire maintenant qu’ils ont un pouvoir spécial. Ils vont commencer à faire n’importe quoi, surtout s’il n’y a personne pour les guider.

Tom ne savait pas s’il l’avait rassuré ou si ses paroles avaient eu un effet inverse, mais il avait exposé son point de vue.

« Avec un peu de chance, elle comprendra ce que j’ai essayé de lui dire. » Pensa-t-il.

Quand Tom l’avait bombardé de question, elle avait tiqué, mais avait gardé sa position prostrée.

Au bout d’un moment, elle releva la tête, dévoilant son visage ruisselant de larmes, Charlotte essuya son nez dégoulinant et renifla en essayant de contenir ses larmes. Elle émit un petit rire.

–          Haha, c’est la première fois que je t’entends parler depuis le début de l’année… Je pensais que tu étais un garçon indifférent mais tu es étonnamment gentil au fond, c’est surprenant. Je n’imaginais pas recevoir une leçon d’un de mes élèves… Mais tu as raison. Je dois restez forte ! Quand on rentrera dans notre monde, je prendrais la responsabilité de la mort de mon élève, mais d’ici là, je ne serai pas faible. Je ne peux pas me permettre de m’effondrer ici, pas avec la responsabilité de mes autres élèves.

Tapotant la tête de Charlotte comme il le ferait à un enfant, Tom sourit.

–          L’essentiel, c’est que vous comprenez, Prof, il y a des choses que vous pouvez faire et d’autre où vous êtes impuissante, c’est ça qui fait de nous des êtres humains.

Il ne dit rien d’autre, mais à cause de son incapacité à comprendre les émotions des autres, il ne soupçonna pas qu’elle puisse faire semblant d’aller mieux.

La classe se regroupa pendant que Charlotte s’énervait sur Tom en lui demandant de ne pas la traiter comme une enfant. En voyant leur professeur se comporter à nouveau de manière habituelle, les visages s’égayèrent.

Les poissons furent grillés sur le feu qui flambait gaiement.

De tous les fruits qui furent ramassé, Tom et Nathan choisirent de ne laisser leurs camarades manger seulement deux sortes.

L’un était un fruit avec une forme similaire à une banane et une couleur rouge-orangé. Sa peau était presque aussi solide qu’une noix de coco et l’intérieur était pulpeux. Il avait un goût semblable à des framboises, mais en plus acide.

L’autre était un fruit en forme de pomme. Il s’épluchait comme une orange et révélait des quartiers d’une couleur rouge intense. Son goût rappelait celui d’agrumes.

Les autres fruits avaient tous des touches de violet sur leur peau ou à l’intérieur.

Tom avait jugé dangereux de les manger car ce violet semblait être un minéral ou une substance inconnue. Il était préférable de ne pas ingurgiter un corps étranger, même s’il semblait inoffensif.

Il suspectait que cette couleur vienne de quelque chose dans le sol. Les feuilles des végétaux et leurs sèves étaient presque tous colorés par cette substance. Elle pouvait être complètement inoffensive, mais Tom refusait de courir le risque d’empoisonnement quand il ne possédait aucune connaissance sur la nature de cette chose.

« Prudence est mère de sûreté. » avait déclaré Nathan en réponse aux plaintes qui s’étaient élevées quand il avait jeté les fruits suspects dans le fleuve.

Tout le monde avait dévoré avec appétit le repas frugal qu’ils avaient préparé.

Pas un poisson ne resta, alors qu’il y en avait assez pour que chacun en aient au moins deux.

Ces poissons semblables à des truites, avaient une chair dorée sous la pellicule arc-en-ciel. Une fois grillée et les écailles retirés, la dorure de la chair s’accentuait, et sous les rayons lumineux, on aurait pu croire qu’ils étaient de l’or pur en forme de poisson plus que de la nourriture.

Le résultat de la compétition avait désigné Margaux vainqueur avec trente-quatre prises, suivit de Mason avec vingt-neuf poissons. Jack avait réussi à en attraper vingt-deux, tout seul, ce qui était un fait remarquable.

Il était actuellement assis à côté de Tom qui lui traduisait les raisons pour lesquels Nathan s’était débarrassé d’une grande quantité de fruit.

Une heure plus tard, Nathan décida qu’il était temps de partir.

Jetant du sable sur les braises qui rougeoyaient faiblement, il dépêcha ses camarades pour qu’ils se préparent plus vite.

Ils se remirent en route.

Les soleils avaient commençaient leurs courbes descendantes et la lumière déclinait de plus en plus vite. Comme ils longeaient le fleuve et restaient sur la berge, aucun arbre n’ombrageait leur chemin et ils avançaient à un rythme bien plus important que dans la forêt.

Une demi-heure après leur départ, un faible grondement commença à s’élever devant eux.

Plus ils avançaient et plus le volume sonore augmentait. Les courants commençaient eux aussi à s’affoler et ils voyaient un nombre croissant de poissons remonter le fleuve en réalisant des arcs de cercles au-dessus des flots.

Ils finirent par découvrir la source du grondement.

Une cascade précipitait l’eau du fleuve qui s’était grandement élargit cent mètre plus bas et l’eau qui chutaient produisait un son puissant comparable à un roulement de tonnerre.

L’eau tombait dans une grande surface constamment agité par des remous. Le lac qui s’étendait sous la cascade avait une taille conséquente, plus grand que plusieurs stade de foot réunis. Il avait plus ou moins la forme d’une goutte d’eau, le sommet se transformait en la continuation du fleuve et serpentait à travers les arbres.

De la hauteur où ils se trouvaient, il n’apercevait qu’un océan de verdure à perte de vue.

Nathan observa le lac et pointa du doigt la berge. La bordure de la forêt était en retrait, laissant un grand espace vide.

–          Je pense qu’on pourrait établir un campement là-bas ! Il faut juste trouver un moyen de descendre !

Il était obligé de crier pour se faire entendre, la cascade couvrant sa voix. Un grand nombre d’élèves ne le comprirent pas. Il répéta la même chose en faisant des signes pour appuyer ses propos et s’éloigna de la chute d’eau.

Même s’ils n’avaient pas tout saisi, ils suivirent tout de même leur leader.

En longeant la falaise dont la paroi était percée à de nombreux endroits par des arbres qui se tordaient en essayant de s’élever vers les cieux, ils commencèrent leurs marches en direction de l’endroit désigné.

Ils perdirent une bonne heure et demie avant d’arriver à même hauteur que le lac.

L’endroit dégagé de toute végétation superflue était assez spacieux. La terre n’était ni trop dur, ni trop meuble. Le panorama possédait une beauté digne des cartes postales trouvable dans les endroits exotique du globe.

La cascade était assez éloignée pour que son roulis bruyant se transforme en un agréable et reposant bruit d’ambiance.

Décoré d’un grand nombre d’arbres feuillu, la falaise les surplombait en se découpant en arc de cercle tout autour de l’immensité de l’étendue aqueuse.

L’eau du lac était assez limpide et on pouvait y apercevoir la population marine qui nageait tranquillement au milieu de rochers vaseux.

Nathan refusa fermement de laisser ses camarades prendre un bain. Il souleva une chose importante : Il fallait maintenant monter un camp et assurer sa sécurité. Le deuxième point était son principal souci.

Les soleils ayant complètement disparus sous l’épaisse couche de feuille qui était désormais leur horizon, seul une légère lueur persistait, peignant le ciel d’un dégradé de rouge qui mélangeant sublimement avec un orange éclatant.

En regardant les mines sales et fatigués de ses amis, Nathan jugea que commencer à construire quoi que ce soit aujourd’hui serai contre-productif.

Il jeta un coup d’œil rapide à Joseph, allongé sur le sol, toujours inconscient, et son cœur se serra soudainement.

Il refoula son envie de prendre ses jambes à son cou et fit face au groupe épuisé qui le regardait.

–          Ok les gars, je pense qu’on est bon maintenant. Je sais que vous aimerez bien prendre un bon bain pour vous décrassez un peu, mais tant qu’on se sera pas assuré qu’il n’y a aucun danger, il est interdit de faire trempette ou de boire de l’eau du lac. Je sais, pas la peine de râler, moi aussi j’ai envie de plonger là-dedans, mais si on peut éviter les accidents, c’est préférable de rester sale et puant pendant au moins un jour. On peut toujours boire en créant de l’eau avec notre magie, c’est potable apparemment.
Je pense que dormir maintenant est une bonne chose, on est tous fatigué, mais je vais quand même vous demandez de former des groupes de cinq ou six. Equilibrez-les de sortes à ce qu’il y ait autant de personne armé que de mage. Une fois que c’est fait, on va faire des pierres papiers ciseaux pour décider de l’ordre des tours de garde avec les responsables de chaque groupe.
Chaque tour de garde durera environ deux heures, puis le groupe sera relié par le prochain et ainsi de suite. J’ai pas envie de vous mettre la pression, mais ça serait une erreur de ne pas le faire. Les gens qui sont de gardes sont responsables. Si quelque chose nous attaque et que les personnes censées surveiller dorment, c’est toute la classe qui risque d’y passer. C’est le travail le plus important qu’il vous sera donné, alors faite le correctement, vous tenez nos vies entre vos mains pendant votre garde. C’est tout ce que j’ai à vous dire, vous pouvez commencer à organiser les groupes.
Ah, Tom et Amélie, c’est pas la peine de rejoindre un groupe, vous n’êtes pas capable de vous battre. Charlotte et ceux qui font partis des supports aussi, restez près de Jo et dormez bien.

Ils avaient beau se plaindre, les adolescents comprenaient bien l’importance des propos que Nathan avait annoncé. Ils commencèrent à former les groupes en discutant sans faire trop de bruit.

Ils avaient également officiellement adopté les noms de Guerriers, Mage et Support pour parler des personnes armées, qui utilisaient la magie et ceux qui possédaient un objet particuliers.

Plusieurs minutes de conversation s’ensuivit, puis l’ordre fut décidé. Le groupe de Margaux serait le premier, suivit par celui d’Anthon. M. Thomas et son groupe était en troisième et le dernier était celui de Mason.

Une fois l’ordre déterminé, les élèves s’allongèrent sur la terre, se servant de leurs pouvoirs pour remodeler quelque peu le sol et lui donner une texture plus confortable. Les groupes qui allaient être de garde s’était installés un peu à l’écart, histoire de ne pas réveiller les dormeurs durant les changements.

Le groupe de Margaux s’était dispatché en cercle autour des silhouettes allongées, dos à eux.

Nathan avait décidé de monter la garde avec eux.

C’est en observant les étoiles brillantes qui commençaient à apparaitre dans le ciel de plus en plus sombre que Tom s’endormit.

Il ferma les yeux, bercé par le roulis régulier et apaisant de l’eau qui chutait au loin et sombra dans un profond sommeil sans rêves.

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3 commentaires sur “Pérégrinations en Monde Inconnu 2 : Là où on parle et on mange

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