Pérégrinations en Monde Inconnu 6 : Là où on fait une rencontre

Auteur : SamiHuunter


Oh hai, c’est SamiHuunter !

Un nouveau chapitre (vous vous en doutiez je suppose) de PeMI ! Yay !

Sur ce, bonne lecture o/


Réveillé par les bruits produits par les travaux qui n’en finissaient pas, Nathan resta allongé à même le sol avec un blazer roulé en boule qui lui servait de coussin.

Il contemplait en silence le plafond en bois grossièrement fait par ses camarades en repensant au passé.

Il se souvenait de la première fois qu’il avait rencontré Tom, il avait dix ans à l’époque.

Sa mère l’avait forcé, lui et sa demi-sœur à l’accompagner à la bibliothèque. Elle leurs avait demandé de rester au rez-de-chaussée pendant qu’elle allait chercher les livres qu’elle voulait emprunter.

Nathan et Emma, sa petite sœur, s’étaient tous les deux plaint, mais leur mère avait donné la permission de chercher de quoi lire à cet étage.

 

Emma, à l’instar de son demi-frère, aimait lire.

Cependant, au rez-de-chaussée, les seuls livres disponibles étaient ceux destinés aux adultes. La moitié des rayons contenait des livres trop compliqués pour qu’elle puisse y comprendre quoique ce soit, et l’autre des romans trop long et trop dur pour elle.

Elle voulait monter au premier étage, celui avec les livres pour enfant, et prendre un livre à sa portée, mais sa mère leurs avait demandé de rester à cette étage alors elle ne pouvait pas faire comme bon lui semblait.

Nathan, lui, s’en fichait. Lire n’était pas une passion pour lui, mais ça ne l’empêcher pas de lire certains livres qui avaient l’air intéressants.

Il se mit à déambuler entre les étagères en bois sombre remplis de plus de livre qu’il n’en liera jamais dans sa vie. Sa petite sœur le suivait en silence, tournant la tête d’un côté et de l’autre pour essayer de lire, souvent avec difficultés, les titres des gros pavés qui lui faisaient face.

Sa mère n’était pas loin, accroupie dans un rayon avec un livre ouvert devant elle.

En la voyant, Nathan soupira en comprenant qu’elle allait encore une fois rester dans son monde pendant dieu seul sait combien de temps avant de revenir à la réalité et se rappeler qu’elle avait amené ses enfants avec elle.

Il continua son exploration du niveau en laissant sa mère derrière et se retrouva dans la zone de lecture.

Une dizaine de fauteuils qui avait l’air aussi confortable qu’âgés étaient regroupé par quatre autours d’une petite table basse.

Ils étaient tous vide, il n’y avait presque personne à cette heure-ci.

Nathan s’apprêta à faire demi-tour avant de remarquer une tête qui dépassait d’un siège. Il ne l’avait pas noté parce qu’il ne voyait que le dos du fauteuil, mais il y avait quelqu’un d’assis ici.

Contournant le fauteuil, il vit un garçon aux cheveux noirs. Ses yeux noirs fixaient les pages d’un épais livre qu’il tenait devant lui.

Il avait enlevé ses chaussures et avait replié ses jambes contre son torse, reposant son menton sur ses genoux. Un de ses bras étreignait ses jambes tandis qu’il utilisait l’autre pour tourner les pages de son livre.

Dans le fauteuil voisin, un chose étrange avec des fils dorée dépassant d’un côté était roulée en boule et restait immobile.

Même si c’était la première fois qu’il voyait ce garçon, Nathan jugea qu’il devait avoir plus ou moins le même âge que lui. Après une brève hésitation, il le salua.

–     Euh, salut ?

Le garçon ne réagit pas. Il tourna la page de l’épais bouquin qu’il lisait et ses yeux ne se détachèrent pas du texte écrit en minuscule.

Nathan, ne sachant pas s’il faisait exprès de l’ignorer ou s’il était réellement trop pris par sa lecture pour le remarquer, agita sa main devant le visage du garçon et claqua des doigts.

En sursautant, le garçon leva les yeux et ils trouvèrent Nathan devant lui, souriant.

–     Ah… Bonjour…

Il parla à voix basse et Nathan du tendre l’oreille pour comprendre ce qu’il venait de dire.

–     Tu fais quoi ici ? Tes parents t’ont ramené avec eux et t’essaie de lire ce livre ? Tu sais qu’il y a des livres pour les enfants à l’étage ? Tu t’appelles comment ? Moi c’est Nathan, et elle, c’est Emma, c’est ma petite-sœur, enfin, ma demi-sœur puisqu’elle est la fille de la femme qui s’est marié avec mon père après la mort de ma mère… C’est fou le nombre de livre qu’il y a ici, tu penses qu’il y a des gens qui ont déjà lu tous ces livres ? Ça m’étonnerait tout de même, il doit y en avoir plus d’un million ! T’as quel âge ? Moi, j’ai eu dix ans le mois dernier, et j’ai même reçu un ordinateur pour mon anniversaire ! C’est franchement cool, t’as déjà utilisé un ordi toi ?

Nathan se tut en sentant la manche de son pull être tiré. En tournant la tête, il vit Emma qui secouait la tête.

En regardant le garçon à nouveau, il se mordit les lèvres en se rendant compte qu’il l’avait assaillit de questions sans lui laisser le temps d’y répondre. C’était une chose que sa mère et les professeurs lui reprochaient. Ils lui répétaient qu’il devait prendre le temps d’écouter les autres.

Le garçon était silencieux, mais en sentant le poids du regard de Nathan, il sourit à son tour et parla, plus fort que tout à l’heure, mais toujours un peu faiblement.

–     Je vois, et bien, Nathan, pour répondre à tes questions, comme tu peux le voir je suis en train de lire ce livre, non, mes parents ne m’ont pas ramené, je suis venu ici de mon plein gré et sans eux, oui, je sais, j’en ai déjà lu un certain nombre, mais je préfère les livres de cette section. Je m’appelle Tom, j’ai neuf ans mais je vais en avoir dix dans cinq mois. Oui, il y a des gens qui ont déjà lu autant de livre, même plus, et non, il y en a moins de cent milles, dans cette section en tout cas. Non, je n’aime pas trop les outils électroniques, je préfère les livres. Ça satisfait ta curiosité ?

Nathan ouvrit grand les yeux en entendant que Tom lisait le gros livre de sa propre volonté. Il avait du mal à croire qu’un garçon de son âge préférait lire des livres à jouer sur un ordinateur.

Avant qu’il puisse faire part de son incrédulité, Emma s’était avancée et avait lu avec difficulté le titre du livre que Tom tenait entre ses mains.

–     ‘Théorie de la hiérarchisation des Races’… Ça a l’air compliqué, c’est intéressant ?
–     Moui, on peut dire ça, l’auteur aurait plutôt du l’appeler ‘Nous et ces barbares ignorants et immoraux’ et c’est très idiot, mais pour passer le temps, c’est très divertissant.

Nathan et sa sœur n’avait pas compris son commentaire, mais ils avaient en revanche saisit une chose :

Ce garçon aimait lire.

Emma pouvait se targuer d’avoir lu tous les livres qui emplissaient les rayons de sa bibliothèque, dans sa chambre, mais tous étaient des petits livres au vocabulaire simple et entrecoupé d’illustrations pour faciliter la lecture. Pourtant, le garçon devant elle, qui n’avait pas un an de plus qu’elle, lisait un livre dont elle ne comprenait même pas le titre.

Plus fort que la sensation de défaite qu’elle ressentait, une sorte d’admiration l’avait remplacé.

–     Vous venez souvent ici ?

Tom leurs avait posé une question en reprenant sa lecture dans sa position initiale.

–     Pas moi, Emma vient souvent avec notre mère, mais en général, c’est juste pour l’accompagner et emprunter des livres, pas pour lire sur place.
–     Oui, j’aime beaucoup lire…

Emma s’était sentie obligé d’ajouter cette information. Elle rougit et baissa timidement la tête quand elle vit les yeux de Tom cesser de parcourir la page devant lui et la fixer.

–     C’est bien, lire, c’est développer sa personnalité dans un sens positif.

La joue d’Emma se colorèrent en une teinte de rouge plus intense encore qu’avant.

Nathan, qui n’aimait pas la direction dans laquelle la conversation se dirigeait, essaya de changer de sujet.

–     Et tes parents t’ont laissé venir seul ici ? Ils n’ont pas peur qu’il t’arrive quelque chose ?
–     Tu devrais éviter ce genre de commentaires, on pourrait croire que tu juges l’éducation des adultes, et non, je n’ai pas de parents, et j’ai l’autorisation de mes responsables de venir ici avec mon amie.

Il pointa du doigt le siège à côté de lui, occupé par la chose étrange.

Nathan avait fermé la bouche. Il avait saisi en même temps que sa sœur l’information sur sa situation familiale qui avait été donné comme si de rien n’était, et il avait ignoré le commentaire sur sa manière de parler. Il ne le comprenait pas de toute façon.

Extrêmement mal à l’aise et incapable de s’exprimer, il jeta un regard de détresse à Emma, mais elle regardait Tom avec des yeux emplies de larmes.

S’apercevant que le silence persistait, Tom releva la tête. Voyant un Nathan nerveux et une Emma larmoyante, il s’empressa de les rassurer.

–     Oh ne vous inquiétez pas pour moi, je les ai jamais connus, alors ce n’est pas comme si je savais ce que j’avais raté, mais éviter de faire la même bêtise avec mon amie. Ça l’attristerai de repenser à ses parents.

Hochant la tête, le frère et la sœur se dépêchèrent de trouver un nouveau sujet de conversation pour dissiper l’atmosphère pesante qui s’était installée.

Ils avaient beau être jeunes, ils se rendaient tout de même compte que certaines choses étaient importantes et qu’il fallait faire preuve de délicatesse quand on en parlait.

Les trois enfants continuèrent de discuter pendant une bonne demi-heure.

Tom lisait en même temps, mais cela ne l’empêchait pas de répondre aux questions qu’on lui posait et à participer activement à la conversation.

Plus la conversation avançait, et plus Emma sentait son admiration pour Tom s’accroître à mesure qu’elle écoutait ses réponses qui ne convenait pas à un enfant de son âge.

Tom nota une femme qui les observait en silence.

–     C’est votre mère la femme qui se tient debout là-bas ? Pourquoi elle ne s’approche pas ?

C’était en effet leur mère. Un sac plastique emplit de livre posé à ses pieds indiquait qu’elle avait terminé sa récolte.

–     Oui, c’est bien elle. Je me demande pourquoi elle est pas venue nous prévenir. Je suppose qu’on va pas tarder à partir. J’aurais bien voulu parler à Camille, c’est dommage.

Un sourire à la fois tendre et mature qui n’allait pas du tout à un garçon de presque dix ans étira les lèvres de Tom quand il regarda dans la direction du siège occupé par une forme indistinct.

–     Il faut la comprendre, elle a passé toute la nuit à chasser des fées, alors elle est fatiguée, peut-être qu’elle sera en forme une prochaine fois.

Apparemment, la chose informe sur le siège était Camille, l’amie de Tom.

Le garçon aux cheveux noir leurs avait parlé de sa seule amie quand le sujet avait dévié sur ses relations sociales, mais il avait à nouveau changé de sujet en voyant l’expression d’Emma s’assombrir.

Il ne comprenait pas la raison de ce changement d’humeur, mais il avait décidé de ne pas la blesser si ce sujet la dérangeait.

Enroulé dans un manteau bien trop grand pour elle, il n’y avait que le sommet de son crâne qui dépassait, recouvrant l’accoudoir contre lequel sa tête reposait d’une cascade de fils d’or.

Comme si elle sentait qu’on parlait d’elle, la chose remua et se redressa.

Camille batailla quelques instants contre le manteau qui était emmêlé, et enfin elle apparut.

Le cœur de Nathan rata un battement. Il senti une puissante émotion le saisir lui alors qu’il dévisageait la fille à l’expression ensommeillé qui venait d’apparaitre devant lui.

« Pourquoi elle a passé sa nuit à chercher une fée alors qu’il y en a une juste ici ? »

Ses pensées n’étaient pas très cohérentes et il sentait que ses joues étaient brûlantes. Il était certain que s’il se voyait dans un miroir, il se verrait rouge comme une tomate.

Son cœur battait dans sa poitrine si fort qu’il était persuadé que sa sœur à côté de lui pouvait l’entendre. Il ne pouvait pas détacher son regard de l’apparition devant lui.

Malgré son jeune âge, Nathan avait déjà expérimenté une amourette de jeunesse. Pourtant c’était la première fois qu’il était ainsi hypnotisé devant quelqu’un du sexe opposé, si bien qu’il ne comprenait pas bien cette émotion nouvelle qui tourbillonnait en lui.

Tom, inconscient de ce que Nathan pouvait bien ressentir, referma son livre et le posa sur la table basse.

–     Bien dormi ? Il va bientôt être l’heure de rentrer manger.
–     Hm… Tommy ?

En s’étirant, elle prit conscience de la présence des deux jeunes à côté d’elle.

–     Bonjour ! Vous êtes qui vous ?

Nathan essaya de se présenter, mais il ne parvint à produire qu’un son étranglé. Mourant de honte, il baissa la tête et fixa le bout de ses chaussures en essayant de calmer son cœur.

Sa sœur le regarda en haussant un sourcil. Elle avait l’habitude de le voir s’exprimer avec des étrangers avec aisance. Le voir dans un état pareil était une première pour elle.

Emma pouvait plus ou moins comprendre les émotions qu’il éprouvait sur le moment, et sa passion pour la lecture avait développé chez elle la manie d’imaginer des choses ou de voir de la romance dans des choses parfaitement banale.

Cependant, Tom était complètement ignorant de ces choses-là.

Il comprenait les émotions quand elles étaient exprimées à l’écrit, mais quand il s’agissait d’être humain bien réel, c’était une autre paire de manche. C’est principalement pour cette raison qu’il ignora le comportement étrange de Nathan. S’il ne le comprenait pas, ce n’était pas nécessaire de se creuser la tête pour un résultat qui serait certainement à côté de la plaque.

–     Voici Nathan et Emma, ils sont frère et sœur. Tu te réveilles à temps pour leur dire au revoir puisque leur mère est venue pour les ramener chez eux. Et on ne va pas tarder à faire de même… Ah, t’as bavé un peu…
–     Non, c’est faux, tu sais bien que les filles ne bavent pas en dormant !
–     Mais oui, mais oui, tu m’en dira tant…

 

Sortant un mouchoir en papier de sa poche en soupirant, il le tendit à Camille.

En faisant la moue, elle l’ignora royalement et Tom poussa un nouveau soupir et essuya le petit filet de salive sur son menton avec une expression attendrie. En voyant la scène, la fratrie détourna leurs têtes.

Tom venait de jeter le mouchoir dans la petite corbeille à papier quand la mère d’Emma se décida à s’inviter dans la conversation.

–     Bien le bonjour les enfants ! Vous êtes des amis à Nathan et à Emma ? C’est la première fois que je vous vois pourtant. Wow, quels beaux enfants ! Je suis sûr que vos parents doivent vous le dire tous les jours, mais rien ne m’empêche de faire de même, haha. Oh, mais pourquoi ne pas continuer votre amusante conversation chez nous, notre maison est proche de la bibliothèque, si vous prévenez vos parents, je suis certaine que vous pourrez venir manger à la maison…

En se demandant pourquoi une mère inviterait des enfants et leurs parents qu’elle n’a jamais vu de sa vie à manger chez elle, Tom sourit et répondit avec un ton poli après avoir jeté un coup d’œil à Camille qui avait baissé la tête à la mention de ses parents.

–     Je vous remercie pour cette invitation, mais nous ne sommes pas venus accompagnés. Partir à un endroit sans prévenir la maison n’est pas une bonne chose, vous en conviendrez. Cependant, je ne peux que vous assurer que nous avons reçu votre proposition avec gratitude. Vos enfants savent où nous habitons car je leurs ai dit, si l’envie de nous revoir leurs prend, ils savent où nous trouver, sans compter que notre lieu de résidence est assez proche de chez vous.

En l’entendant parler de cette manière, Emma et sa mère écarquillèrent les yeux en même temps. Un enfant qui s’exprimait comme un adulte était une chose assez inhabituelle. Nathan était trop occupé à essayer de mettre ses sentiments en ordre pour se joindre à la conversation.

La mère et la fille se ressemblaient énormément, au point que si elles prétendaient être sœurs, personne ne remettrai cette affirmation en doute. Si Emma grandissait en conservant cette ressemblance avec sa mère, elle deviendrait sans aucun doute une très belle femme, plus belle encore que sa mère.

–     Je vois… Dans ce cas-là, je vous souhaite un bon après-midi… Bonne lecture !

Avec un sourire un peu crispé, elle prit la main de Nathan qui était raide comme un piquet et le traina derrière elle. Emma resta un peu en déclara à Tom en bégayant un peu.

–     Je… j’espère que l’on se reverra bientôt…

Puis elle s’enfuit en courant à la suite de sa mère et de son frère qui se contorsionnait pour garder Camille derrière lui dans son champ de vision.

Depuis ce jour, une amitié s’était forgée entre les quatre enfants qui se retrouvaient souvent à l’orphelinat ou à la bibliothèque.

Pour Nathan comme pour sa petite sœur, l’émotion particulière qu’ils avaient éprouvé l’un envers Camille et l’autre pour Tom n’avait jamais disparu, au contraire.

Même s’ils la gardaient tous deux profondément enfoui au fond d’eux-mêmes, il était impossible de l’ignorer.

Ils s’étaient retrouvés dans le même collège et Emma avait tout fait pour sauter une classe afin d’être dans le même grade que Tom. Elle avait bénéficiait de leçons particulières de sa part et son intelligence avait fait le reste.

 

« Haha, à dix ans, il lisait des livres que je serai incapable de comprendre même maintenant ! »

Avec un sourire, Nathan se leva, mais rapidement, son sourire perdit de son éclat.

Ressasser le passé lui avait rappelé un sentiment qu’il aurait préféré oublier.

Durant les années où il avait fréquenté Camille, il ne l’avait trouvé que très rarement autre part qu’aux côtés de Tom. Même si son ami voyait le comportement de Camille comme celui d’une amie d’enfance aux tendances espiègles, Nathan, lui, le voyait comme la manière que ladite amie d’enfance avait de flirter.

Du fait de son amitié avec Tom, il ne pouvait même pas s’imaginer tenter sa chance avec Camille, même s’il était persuadé qu’elle n’avait d’yeux que pour Tom et que ses tentatives étaient vouées à l’échec.

Ces pensées venaient le démoraliser alors que la journée n’avait pas encore commencé.

Poussant un soupir, il sorti de sa chambre et ses pas le conduisirent vers la chambre de Tom. S’arrêtant devant la porte en bois grossièrement taillé, il hésita à toquer.

Le dortoir était presque terminé, et même s’il restait quelques finitions à faire, il était complètement fonctionnel. Une chambre individuelle avait été attribuée aux professeurs, à Nathan, Tom, Eva et Amélie. Elles étaient assez spacieuses, même si le mobilier faisait défaut.

L’intérieur du bâtiment était constitué d’un long couloir qui longeait le mur sur toute la surface de l’étage et des portes qui perçaient à distance régulière le mur à l’intérieur. Un escalier se trouvait au bout du couloir, et de l’autre côté se trouvait une trappe avec une échelle à disposition non loin. Nathan se trouvait actuellement à côté des escaliers, là où la chambre de Tom se trouvait. La sienne était presque à l’opposé.

Il resta devant la porte de Tom pendant une bonne poignée de minutes, mais le courage de rentrer l’avait déserté.

Alors qu’il se préparait à faire demi-tour, une mélodie entrainante parvint à ses oreilles.

Apparemment, William n’était pas très loin.

Tendant l’oreille, Nathan s’apprêtait à se diriger vers la source sonore, mais l’adolescent apparu au bout du couloir. Une farandole d’animaux extraordinaire le suivait, comme d’habitude.

Sans interrompre sa performance, William salua Nathan en inclinant la tête une fois parvenu à sa hauteur. Ce à quoi Nathan répondit par un salut distrait.

Il avait perdu le compte des jours passés depuis qu’ils étaient apparus dans cette forêt, mais depuis le premier jour il voyait William jouer de sa flûte. Il se demandait sérieusement comment une personne pouvait faire exactement la même chose des jours et des jours durant sans se lasser.

Au contraire, William semblait être plus heureux encore à chaque fois qu’il le voyait.

Regardant les créatures qui le suivaient à la queue leu leu, un sourire flotta sur ses lèvres.

La visions de créatures fantastiques qui se suivaient les unes après les autres et qui se déplaçaient en rythme avec la musique semblait être une scène tiré d’un vieux film d’animation pour enfant.

Déterminé à faire ce qu’il devait faire, il se retourna pour faire face à cette porte à nouveau, mais son bras se figea avant de s’abattre sur la porte. Il venait de se rendre compte d’une chose.

« Attend une seconde, à la fin de cette procession, y’avait pas un truc super familier ? »

Il se retourna pour s’assurer de ce qu’il avait vu, et en effet, il était bien là.

Une petite créature à la peau marron-vert dont la taille ne devait pas même pas atteindre ses genoux marchait à la fin de la file.

C’était la seule créature de type humanoïde qui se trouvait parmi elles, et son physique possédait des caractéristiques que la plupart des jeunes n’aurait aucun mal à reconnaitre.

Avec des oreilles pointues et des dents qui pointaient de sa mâchoire inférieure, il était très difficile de ne pas associer cette chose avec un gobelin.

Sa taille n’était pas celle qui se représentait pour un gobelin. Il les voyait plus grand, la taille d’un garçon de treize ans ou dans ces eaux-là. Pas aussi petite. S’il devait le comparer avec un humain, ce gobelin devait plus ou moins avoir la taille d’un enfant de trois ou quatre ans, et encore !

Il dodelinait sa tête de droite à gauche sur le rythme et humait l’air.

Ouvrant la porte précipitamment, Nathan pénétra dans la chambre de son ami.

–     Tom ? Tom ! Réveille-toi bon sang ! Tu dois voir quelque chose !

Roulé en boule au milieu de papier froissés et de large feuille verte recouverte d’écriture étrange, Tom dormait.

Au cri de Nathan, il se réveilla en sursaut.

Pressé par Nathan, il le laissa l’entraîner hors de sa chambre le temps de se réveiller complétement.

–     Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Une attaque de monstre ?

En pleine possession de ses capacités cognitives, il se mit à envisager les pires situations qui pouvaient pousser Nathan à le réveiller d’une manière si inhabituelle. Cependant, il n’avait pas l’air si anxieux que ça et il avait dit qu’il devait voir quelque chose, mais pour l’instant il se contentait de le tirer par le bras dans le couloir en répétant : « Tu vas voir, je te dis que je peux pas t’expliquer. »

Restant silencieux, il le laissa l’entraîner jusqu’à ce qu’ils entendent William et sa musique. Nathan pressa le pas et ils arrivèrent dans l’espace commun du rez-de-chaussée.

William jouait de la flute au milieu d’un cercle d’animaux qui l’écoutait attentivement. La petite créature semblable à un gobelin sautillait en faisant des cercles autours de lui.

–     C’est de ça que je te parlais ! Je t’en supplie donne-moi une explication ou je vais penser que je deviens fou ! On est d’accord que c’est un gobelin, ça !

Nathan pointa du doigt la créature qui dansait gaiement.

Tom s’approcha du pseudo-gobelin et s’accroupi pour se mettre à sa hauteur.

Le gobelin tourna sa tête vers lui, et après l’avoir fixé pendant quelques secondes, il sourit joyeusement en prononçant des mots incompréhensibles qui sonnaient comme « Glu gulbulu ! ».

–     Salut toi, tu comprends ce que je te raconte ?

Inclinant la tête sur le côté en fronçant les sourcils, le gobelin cessa de danser et se mit à dévisager Tom avec intensité.

Voyant qu’il ne comprenait pas le sens de ses paroles, Tom changea son approche.

Il se pointa du doigt en répétant lentement son nom. Après plusieurs répétitions, la petite créature sembla comprendre ce qu’il faisait et pointa son petit doigt griffu vers Tom en disant « Blu Glom ! ». Puis il sourit à nouveau et pointa son doigt vers son torse en imitant Tom « Glu Bulgulglu ! » puis il sautilla devant Tom en répétant de sa petite voix « Blu gulbulu ! Blu gulbulu ! »

Il était peut-être aussi laid que les gobelins dépeint dans les jeux-vidéos de leurs mondes, mais il ne semblait pas belliqueux comme ces représentations fantastiques. Il portait cependant un simple bout de tissu sale comme un pagne, chose plus ou moins typique quand on parlait de ces monstres.

Essayant de traduire ces propos, Tom parvint à la conclusion de Bulgulglu était son nom. Il ignorait ce que ‘gulbulu’ pouvait bien signifier, mais il espérait que ce n’était pas une insulte.

Quand Tom s’essaya à le nommer, le gobelin le regarda avec de grands yeux. À son « Blu Bulgulglu ? » incertain, il y répondit par une grand sourire, dévoilant une double rangée de dents pointus et des grosses canines aux allures dangereuses, même sur un petit être tel que ce gobelin. Il hocha la tête avec force pour signaler son approbation.

Nathan, en retrait, regardait la scène avec appréhension.

La vision qu’il avait des gobelins était celle de petite créatures faibles qui mangeaient tout et n’importe quoi et qui kidnappaient des femmes humaines pour se reproduire avec elles. Le monstre idiot lambda. Dans les vieux RPG, c’était souvent le premier monstre que l’on affrontait.

Il s’attendait à ce que le gobelin ce jette sur son ami et tente de mettre fin à ses jours comme tout bon gobelin qui se respecte.

Tom, quant à lui, trouvais ce gobelin tout à fait charmant.

Il avait en effet des connaissances sur les créatures fantastiques obtenues après la lecture d’un grand nombre de livres et plusieurs heures de jeux, mais le fait d’en voir une réelle était quelque chose qui faisait réfléchir. Si une espèce existait, elle devait avoir subie tout un tas d’évolution pour lui permettre de survivre, surtout dans un monde qui semblait extrêmement dangereux d’après leurs courtes expériences.

De plus, ce gobelin utilisait quelque chose proche d’un langage, ce qui signifiait qu’il possédait une certaine intelligence. Pour Tom, une créature intelligente n’allait pas se mettre à attaquer des gens sans aucune raison, c’est en tout cas ce qu’il espérait, mais le gobelin avait l’air de vouloir confirmer ses pensées en exhibant une attitude inoffensive.

Peut-être jouait-il la comédie pour endormir la vigilance des humains, mais Tom en doutait.

Il se retourna pour regarder Nathan, et le voyant plisser des yeux avec suspicion devant le gobelin, un petit sourire étira ses lèvres.

–     Et bien quoi, Nat ? Tu vas me dire que ce petit être te fait peur ?

Il posa sa main sur la tête du petit être et le gobelin leva ses yeux pour regarder Tom. Il lui renvoya un sourire et tapota gentiment sa tête où pas un cheveu ne poussait.

–     Je sais pas, normalement les gobelins sont fait pour faire gagner de l’expérience, en tout cas c’est comme ça dans les jeux, alors je vois pas comment on pourrait faire confiance à ce truc.

Le gobelin, ignorant les paroles de Nathan, avait saisi la main de Tom qui le laissait faire et la tripotait de ses petits doigts griffus. Il semblait être intéressé par ses ongles, différents des siens. Tom remarqua qu’il ne possédait que quatre doigts.

–     Je vois pas de quoi tu parles, il m’a l’air tout à fait sympathique. T’en pense quoi William ?

William avait continué de jouer de son instrument sans s’interrompre, comme si les problèmes que ses deux camarades rencontraient n’étaient en rien le sien.

Il sépara sa flûte de ses lèvres et un air pensif s’afficha sur son visage.

–     Ce petit bonhomme me suit depuis ce matin. Quand je suis sorti me dégourdir les jambes, il jouait autours du feu de camp, et quand j’ai commencé à jouer, il s’est mis à me suivre. Je suis en tout cas du même avis que Tom, il a vraiment l’air inoffensif, alors pourquoi tu cherches des problèmes là où il n’y en a pas, Nat ?

Il se remit à jouer pour calmer les créatures qui avaient commencé à piailler.

Tom avait froncé les sourcils en écoutant William.

« Il jouait devant le feu de camps ? Le groupe d’Anthon était censé être de garde, non ? Je crois qu’il va falloir se dépêcher à monter la barrière si des créatures peuvent s’introduire sans que l’on s’en rende compte, et une petite discussion avec Anthon s’impose. »

Sans rien montrer de son inquiétude concernant la sécurité du campement, il se tourna vers Nathan en affichant un sourire rassurant.

Tu vois, on n’a pas besoin d’avoir peur de ce petit, il est mignon comme tout, pas vrai ?

Le gobelin répondit à la question de Tom avec un « Gu ? » prononcée avec une mine perplexe.

–     Et moi je te dis que si on le laisse ici, il va partir violer les filles et les mettre en cloques quand on aura le dos tourné, c’est comme ça qu’ils fonctionnent dans les jeux, celui-là est juste plus fourbe que les autres et essaie de nous mettre en confiance…

Nathan s’était approché, sa main sur la poignée de son épée magique.

Le ton et l’attitude agressive de l’adolescent fut remarqué par le gobelin.

Il se mit à trembler pitoyablement et à agripper avec force le pantalon de Tom en se cachant derrière ses jambes. Il avait l’air réellement terrifié.

Nathan se comportait différemment. Le changement était évident, et Tom se demandait si le concerné agissait consciemment de cette manière en ayant en tête la sûreté du campement, ou s’il jugeait le pseudo-gobelin uniquement d’après des informations virtuelles provenant d’un autre monde.

–     Nat, je te dis que ça semble ok. C’est vrai que c’est pas sûr de le laisser, mais le tuer me semble encore plus dangereux. Imagine que d’autres viennent et qu’ils remarquent la disparition d’un des leurs. Peut-être que vous savez bien vous battre, mais si c’est une armée de gobelins ?

Les yeux fixés sur le gobelin, Nathan s’obstina.

–     Dans les jeux, il faut s’en débarrasser dès qu’on les voit, et ça rapport de l’expérience.

Inquiété par la lueur qui brillait sauvagement dans ses yeux, Tom haussa le ton.

–     Nathan ! On est pas dans un jeu-vidéo, c’est la réalité ! Réveille-toi bon sang !

Son cri fit sursauter toutes les personnes présentes, même William qui laissa échapper une note aigue de son instrument.

La lueur étrange dans les yeux de Nathan disparue. Sortant de sa torpeur, il jeta un coup d’œil à William qui faisait de son mieux pour ne pas croiser son regard en continuant de jouer de sa flûte, et dit d’une voix mal-assurée.

–     Comme tu voudras, mais il ne reste pas dans le dortoir.
–     C’est toi le chef.

Tom prit la main du petit gobelin et l’emmena à sa suite. Il venait d’obtenir un spécimen vivant d’une créature fantastique, son sang bouillonnait en pensant à tout ce qu’il pourrait bien découvrir.

Il refusait de l’admettre, mais c’était bien à cause de cette curiosité qu’il voulait absolument convaincre Nathan de laisser le gobelin tranquille. Il savait que garder une créature inconnue et potentiellement dangereuse, voire mortelle, était irraisonnable, surtout après la leçon qu’il avait fait à Nathan sur les responsabilités, mais il se savait incapable de brider son insatiable curiosité.

La réaction de Nathan l’avait inquiété et il gardait ça dans un coin de sa tête, mais pour l’instant, il voulait absolument observer et essayer de communiquer avec ce gobelin.

–     Et bien mon cher, je sens que toi et moi, on va être copain !

Aux mots de Tom, seul un petit « Gu ? » légèrement inquiet fut prononcé par le gobelin.

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