Perdu dans la nuit 18 : Un vieil ami

Auteur : Faust
Check : Miss X & Nekoyashiki


Salut tout le monde ! Un par semaine, je tiendrai ! Pas de baston, enfin… presque pas, mais une petite surprise ~ Ça faisait longtemps que je voulais écrire cette scène, et c’est chose faite !

Sur ce, bonne lecture et n’hésitez pas à donner votre avis !


Aln promena son regard de l’un à l’autre, devinant que Rieln et Calnig se connaissaient déjà, et décida de les interrompre avant que cela ne dégénère.

« Plus important que cela, si nous devons discuter, pourquoi ne pas le faire à l’intérieur ? Et que faisons-nous des corps ? »

Calnig sembla surpris par l’interruption, hésita un instant, puis soupira.

« Laissons le propriétaire s’en occuper, je pense qu’il a l’habitude de ce genre de problèmes. »

Rieln acquiesça, et se dirigea vers la porte d’un air sombre, bientôt suivi d’Aln et de Calnig. L’aubergiste les attendait de l’autre côté, anxieux.

Il avait voulu aller voir ce qui se passait, mais avec trois personnes se regardant en chien de faïence, mieux valait patienter. Quand Calnig lui dit de s’occuper des corps, il accepta sans mot dire. Il ne posa pas de questions, sans doute parce qu’il considérait plus prudent de ne rien savoir. Après tout, c’était comme ça qu’il avait survécu jusqu’à maintenant. Il payait ses tributs à la pègre, ses impôts à la Coalition et n’était jamais du côté de quiconque. Grâce à ça, il était encore en vie.

Le bâtiment principal dans lequel Aln avait sa chambre était vaste, et on pouvait y trouver des salons privés pour discuter tranquillement. C’est vers l’une de ces pièces que le trio se dirigea sans un bruit. Devant chaque porte un écriteau indiquait la disponibilité du salon, et ils entrèrent dans un de ceux qui étaient libres. La pièce était de taille moyenne. Quatre fauteuils confortables et une table basse en occupaient le centre tandis que les murs étaient ornés de peintures de paysages montagneux. Trois tasses de thé encore chaud les attendaient sur la table.

Le groupe s’installa. Un lourd silence s’établit.

Finalement, ce fut Rieln qui le brisa. Soupirant, il s’adressa à Calnig.

« Calnig, je peux savoir ce que vous faites ici ?
– Mais rien, je suis simplement en visite d’inspection. Et c’est aussi ce que j’aimerais vous demander Maître Eldyn. Vous ne deviez pas surveiller Mademoiselle de Yincan ?
– Que ?! »

Aln, qui avait commencé à savourer son thé, s’étouffa à moitié. Rieln se renfrogna, et Calnig sentit un frisson glacé lui parcourir la colonne vertébrale en croisant le regard froid de « Maître Eldyn »… Même son père craignait Rieln Eldyn, et ce regard valait la pire des menaces.
Eldyn n’était pas un nom de famille courant. En réalité, le simple fait de porter un nom de famille était déjà une marque de statut, et la famille Eldyn était une famille éminente de la Coalition. Elle lui avait même donné plusieurs conseillers. Des conseillers qui dirigeaient la Coalition…

Aln jeta un regard abasourdi à son camarade. Il se doutait que ce dernier cachait quelque chose, mais là, c’en était trop…

Rieln perçut ce regard, et une brève hésitation traversa son esprit, vite remplacée par la certitude qu’Aln ne s’en préoccuperait pas. En revanche… Il dévisagea Calnig.

« J’aurais préféré que vous vous taisiez, Calnig.

– Ah… Je suis désolé, Maître Eldyn… Malgré tous les prétendants qui vous ont demandé comme professeur, c’est la première fois que vous acceptez un élève, donc je pensais que vous le lui aviez dit… »

Aln ne savait plus quoi penser. Il n’avait échangé que quelques mots avec Calnig, mais il avait compris que ce dernier avait une assurance que seul donne le pouvoir. Et pourtant, il se recroquevillait presque sous le regard pénétrant de Rieln. Son arrogance n’était plus visible nulle part. Celui-ci soupira d’ailleurs, puis reprit.

« En fait, je préférerais que vous arrêtiez de parler.
– Je suis vra… »

Rieln haussa un sourcil. Calnig glapit et se tut.

« Et bien… Si je m’attendais à ça…
– J’aurais préféré que tu ne l’apprennes pas tout de suite, mais c’est trop tard maintenant. Je me présente de nouveau. Je suis Rieln Eldyn, soi-disant au service du Conseiller Eldyn.
– Aaah… Au moins je n’ai plus à me demander d’où tu tiens tes entraînements de fou furieux et ta connaissance de la cour… »

Rieln rit, et quand il remarqua le regard abasourdi de Calnig il rit de plus belle. Après tout, ceux qui le connaissaient le prétendaient froid et orgueilleux. Aln reprit en souriant.

« Mais si tu es aussi éminent, pourquoi servais-tu de garde du corps à une simple Capitaine des Patrouilleurs ? »

On aurait pu entendre une mouche voler.

Calnig avait la nausée. Il avait l’impression d’être au milieu de deux bêtes sauvages, pauvre petit herbivore qu’il était. Mais… Non, il était meilleur épéiste qu’Aln. Il pouvait se targuer d’une position d’autorité dans la Coalition ! Il n’avait aucune raison de se sentir menacé : même Rieln ne pouvait le rabrouer trop directement. Courageusement, il leva les yeux, et voulut signifier sa présence en se raclant la gorge.

Le son était à peine sorti de sa gorge qu’il croisa les regards combinés d’Aln et de Rieln. Il se reprit en mimiquant une toux et se tut. Il avait oublié que Rieln se fichait royalement des histoires de statut social.

Rieln soupira. Pourquoi Aln avait-il toujours une question gênante de prête ?
« Je vais te demander de me faire confiance. » dit-il en regardant Aln droit dans les yeux.
« Ah, c’est bas… Que puis-je rajouter après ça ?
– Je ne fais que te rendre la pareille.
– Pfff… Je sens que je vais devoir me défouler sur les idiots qui nous ont attaqués, dit Aln en s’étirant.
– Ah, oui, ceux-là. Je pense que Calnig pourra nous aider. N’est-ce pas ? »

Calnig soupira de soulagement en s’engouffrant dans cette porte de sortie. Il avait l’impression d’avoir été en apnée depuis le début de la conversation.

« Mais bien sûr, mes hommes doivent déjà avoir découvert qui sont les coupables. Sans doute les maîtres de ceux dont vous vous êtes occupés hier…
– Débarrassez-vous en d’un et tout un tas vous tombe dessus hein ? Il n’y a plus qu’à attendre les nouvelles dans ce cas. »

Sur ces mots, Aln se lova confortablement dans son fauteuil, et reprit la dégustation interrompue de son thé, tandis que Rieln lui jetait un regard amusé.

« Vraiment, Aln, essaye au moins d’avoir l’air inquiet un instant. On vient d’essayer de t’assassiner tu sais ? Tu pourrais au moins faire un peu semblant…
– Oh, j’ai l’habitude qu’on essaye de me tuer, et en général par des créatures plus dangereuses que ça. »

Ainsi, le duo s’engagea dans une conversation détendue à laquelle Calnig essayait désespérément de participer. Il ne savait d’Aln que ce que Nimronyn lui avait dit, et pourtant il avait l’impression qu’elle-même ne savait rien. Il avait l’habitude qu’on essaye de le tuer ? Par des moyens plus dangereux ? Lui-même occupait en théorie une place importante dans la hiérarchie de la Coalition, et il aurait été incapable d’être aussi calme qu’Aln dans cette situation.

***

Pendant que Calnig essayait désespérément de mettre au clair ses idées, à quelques centaines de mètres de là, une silhouette bien connue errait dans les ruelles de Norsigl.
Jion, le visage toujours aussi perdu, écumait les rues à la recherche d’informations. L’étincelle de folie qui brillait dans ses yeux lors de son arrivée à Magasnin était plus profondément enfouie, mais prête à ressurgir à tout instant. Il cherchait Aln. Il l’avait précédé à Norsigl, comme guidé jusque-là, mais il avait attendu en vain pendant des semaines. Maintenant, il savait que son ami n’était pas loin.

La rumeur était tombée à pic, juste au moment où il commençait à désespérer. Il savait qu’Aln était à l’auberge, mais il serait probablement jeté à la porte sans même qu’Aln soit prévenu s’il se présentait dans cet état. Et donc, il se renseignait sur les allées et venues de son ami, afin de pouvoir l’intercepter le plus vite possible. Il avait déjà trop attendu.

Jion sourit nostalgiquement à la pensée de leur vie au village, et comme il serait agréable d’en reparler ensemble. Aln était parti avant lui (impardonnable !) et serait sans doute heureux d’avoir des nouvelles de sa famille. Des nouvelles…

Ses pensées se brouillèrent. Jion remarqua une ombre se glisser derrière lui. Un détrousseur sans doute. Il se retourna et dans le même mouvement brandit le fourreau de sa lourde épée de Glino, assommant d’un seul coup son pauvre assaillant.

L’heure de la chasse était arrivée.

***
Calnig comptait les secondes. C’était tellement gênant d’être laissé à l’écart, et en plus par l’une des rares personnes auxquelles il ne pouvait rien ordonner. Vraiment, que ses hommes se dépêchent de revenir ! Il n’allait plus tenir longtemps comme ça !

Juste à ce moment, quelqu’un toqua discrètement à la porte. Calnig s’empressa évidemment d’aller ouvrir, oubliant momentanément sa dignité déjà bien entachée. Et dire qu’il avait initialement réussi à impressionner Aln… Il se retourna vers le duo et, leur adressant un sourire de connivence, il dit :

« C’est l’heure de sortir ! Mes hommes sont remontés jusqu’à la source. »

Une demi-heure plus tard le petit groupe arrivait en vue d’un magnifique manoir adossé à la falaise. Il n’y avait aucune maison dans un rayon de 10 mètres autour du bâtiment, une exception dans cette ville surpeuplée. Les hommes de Calnig devaient être en position, prêts à investir la propriété en même temps que le trio, et selon leurs renseignements il y avait une quinzaine de personnes à éliminer. De quoi s’occuper.

Un sifflement strident résonna. C’était le signal marquant le début de l’assaut.

Aln se lança immédiatement en avant. Il atteignit la lourde porte en chêne en quelques secondes. Le point le plus délicat de l’opération était de l’ouvrir ; elle était sans doute verrouillée et renforcée, et…

Elle était entrouverte.

« Etrange… » Pensa Aln, puis il entra.

Aucun comité d’accueil ne l’attendait. Non, il n’y avait pas un chat. L’endroit était désertique. Même les agents de Calnig manquaient à l’appel.

Aln s’arrêta après être entré, et interrogea Calnig :

« Une quinzaine de personnes c’est ça ? Je crois que vos hommes n’ont pas été discrets, et tout le monde s’est déjà enfui.
– Mais non ! Ce n’est pas possible ! Ils n’auraient pas fait une erreur pareille. Et en plus ils surveillent l’endroit depuis une demi-heure. Quelqu’un est bien entré, mais personne n’est sorti.
– Il faut croire qu’ils ont raté leur coup, et… »

Un hurlement de terreur retentit dans les profondeurs de la demeure. Ce n’était pas le hurlement d’un blessé, non, c’était vraiment un cri de peur absolue.

Aln et Rieln s’entre-regardèrent. Calnig pâlit et dit :

« C’était la voix d’un de mes hommes. »

Le groupe s’avança. Il n’était pas question de reculer maintenant. En revanche, s’ils étaient relativement détendus à l’idée de s’occuper d’un petit gang quelconque, ils étaient maintenant complètement sous tension.

Il n’y avait rien dans aucune des pièces qu’ils visitaient. Pas la moindre marque de combat, et même pas de départ précipité. Ils pouvaient presque deviner ce que les habitants du manoir faisaient avant de disparaître. Traversant les couloirs, ils arrivèrent finalement devant ce qui devait être le bureau du chef du gang. La porte était grande ouverte. Et étendue devant, inerte, une silhouette vêtue de noir, une mousse blanchâtre s’échappant de sa bouche.

« C’était bien un de mes hommes. Et un des meilleurs. » Dit Calnig d’une voix mal assurée.

Au paroxysme de sa concentration le groupe passa la porte.

À l’intérieur un homme leur tournait le dos, entouré par une quinzaine de personnes qui, les yeux hagards, semblaient n’être vivantes qu’en théorie.

L’homme les sentit entrer. Il se retourna et Aln put d’abord remarquer qu’il tenait un cadavre dans les mains. Le visage de l’homme était couvert d’éclaboussures de sang frais, mais il s’illumina. Il jeta sur le côté le corps qui rebondit comme une poupée désarticulée.

« Aln ! Te voilà enfin !
– Jion, hoqueta Aln, c’est bien toi ? »

Aln n’en croyait pas ses yeux. Jion ici ? Quelle bonne nouvelle !

Jion se mit en marche. Coupant d’un coup d’épée un bandit se tenant entre lui et Aln, il s’avança sans sourciller sous la fontaine de sang giclant de l’ex-bandit. Aln était encore sous le choc quand Jion arriva à deux mètres de lui.

Les traits du visage de son ami se déformèrent en une expression de rage meurtrière, Jion se fendit d’un rictus sadique, et avec un hurlement inhumain il chargea Aln en brandissant son épée.

« AAAAAAAAAH ! »

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