Perdu dans la Nuit 20 : La vallée perdue

Auteur : Ilanor
Check : Miss X


Yo ! Première fois depuis loooongtemps que 4 PN d’affilée sortent à peu près à l’heure ! J’espère que ça va continuer. Et comme Aln n’a jamais assez de problèmes, il faut toujours lui en rajouter un peu, d’autant plus qu’il les cherche… Et merci à Miss X pour le check !

Ah, et si quelqu’un ose parler de retard pour DMW et KnW je… Je sors DMW 43 ? :p


Elle avait l’impression de flotter en apesanteur, sans rien ressentir. Mais c’était une sensation à laquelle elle était habituée. Après tout, c’était la seule dont elle se souvenait à l’époque. Parfois, elle rêvait d’un monde étrange, où la souffrance, le bonheur existaient, et elle sentait que ces rêves n’étaient pas de simples rêves. Elle ne savait d’où elle tirait cette certitude. Et même, qu’était-ce donc que la souffrance ? Le bonheur ?

Elle ne faisait que dériver dans un monde immatériel, dans lequel elle n’avait aucune prise. Puis, un jour, une porte apparut devant elle. Elle s’y engagea, et un homme l’attendait de l’autre côté.

Il était grand, le visage hâlé, la carrure imposante. Il devait être un guerrier, sans doute magicien aussi, car il se tenait de l’autre côté de la porte magique. Il attendait, et sa silhouette évoquait un souvenir lointain à la jeune fille. En y regardant de plus près, il avait l’air fatigué, et un éclair de soulagement éclaira ses traits lorsqu’il identifia la personne qui sortait du portail magique qu’il avait invoqué.

« Eliana ? »

La jeune fille le regarda sans comprendre. Eliana ? Qu’était-ce que ce mot étrange, pourtant si familier ?

« C’est ton nom.
– Mon… nom ?
– Oui. C’est normal que tu l’aies oublié, après tout, cela fait si longtemps, et l’endroit où tu as passé les dernières années n’est pas le genre d’endroit où un être humain devrait se retrouver. »

Cela faisait des années qu’Eliana n’avait pas parlé à quelqu’un. À vrai dire, elle avait même oublié l’existence des hommes. Petit à petit, ses souvenirs lui revenaient. Oui, Eliana était son nom. Elle était humaine. Pour le moment.

L’homme reprit.

« Tu ne peux pas rester ici pendant longtemps. J’ai créé un objet, un grimoire qui pourrait le permettre, mais je vais probablement mourir en le complétant, et j’ignore s’il sera vraiment efficace. Les Ombres ont commencé à me poursuivre depuis que j’ai commencé sa création. J’espère que mes successeurs sauront s’en servir. J’y ai laissé toutes les informations pour te sauver. Essaye de t’en souvenir. Il faudra peut-être des années avant que quelqu’un revienne te chercher, mais il ne faut pas que tu oublies ce que je viens de te dire. »

L’homme sembla regarder derrière elle. Il fronça les sourcils, puis il dit : « Tu ne peux pas rester ici plus longtemps. », et il la repoussa gentiment en arrière. Elle retraversa la porte, et revint là d’où elle venait.

« Ah, se dit-elle, je le connais… », Puis elle fut de nouveau saisie par cette étrange sensation de légèreté. Elle flottait de nouveau, emportée loin du songe qu’elle venait de voir. En y repensant, ça avait été le premier d’une longue série. À chaque nouveau rêve, ils se faisaient plus vivaces, plus prenants, pourtant ils n’étaient que des rêves. C’est ce qu’elle se disait. C’était sans doute vrai.

Elle ouvrit les yeux. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pensé à ce premier rêve. Peut-être était-ce à cause du réalisme des derniers ? En effet, c’était la première fois qu’elle s’en rappelait avec autant de clarté. Au point qu’ils lui semblaient plus réels que le monde dans lequel elle vivait, et elle avait l’impression d’y être une autre personne.

Qu’importe. Elle attendait avec avidité le prochain songe. Sa vie était si monotone, et ces instants si délicieux. Puis elle se tendit.

« Encore elle. »

Aux confins de son monde, quelque chose rôdait. Cette chose était apparue quelques songes avant. Eliana la craignait instinctivement. Elle en restait toujours éloignée, et lorsqu’elle l’apercevait elle se faisait la plus discrète possible. Elle ne voulait pas attirer l’attention de la créature.

Elle savait que cette créature la cherchait et qu’il ne fallait pas qu’elle se laisse trouver. Elle savait aussi qu’elle n’avait plus beaucoup de temps.

Chaque fois que la créature apparaissait, elle s’approchait un peu plus de la frontière. Chaque fois, Eliana sentait son regard la frôler, essayer de s’accrocher à elle, puis se détourner. Mais il s’attardait toujours un peu plus longtemps.

Bientôt, il s’arrêterait sur elle, et elle avait peur de ce moment.

C’était aussi pour cette raison qu’elle attendait avec tant d’impatience la fameuse porte qui s’ouvrait sur un songe. Elle ne se sentait en sécurité que lorsqu’elle traversait cette ouverture. Pendant quelques instants, elle pensait n’avoir rien à craindre.

« Ah, la prochaine fois, il faudra que je raconte ce que m’a dit cet homme, il y a tant de songes de cela. Je me demande ce qu’Aln en pensera. J’espère que la porte va bientôt s’ouvrir. »

***

Rieln soupira en lisant la note posée sur le bureau de la chambre.

« On dirait que malgré tout, on va quand même en devoir une à Calnig. »

Aln arrêta de préparer son sac, avant de relever la tête. Une expression dubitative se peignit sur son visage.

« Sa famille est une vieille famille de magiciens, et apparemment il sait où se trouve le laboratoire d’Ilksa. Il va sans doute nous éviter des jours de recherches inutiles : il a indiqué l’itinéraire sur cette note. »

Voyant le regard peu convaincu que lui jetait son ami, Rieln haussa les épaules.

« Ne me demande pas comment il a fait pour dégotter cette information aussi vite. S’il y a bien une chose que les magiciens adorent, ce sont les secrets.
– Pourtant, il n’avait pas l’air d’un mage.
– Pour éviter des problèmes de succession, seul l’aîné de sa famille est formé à la magie, et ainsi deviendra le chef de famille suivant. Calnig est le cadet.
– Je suis presque déçu…
– Déçu ?
– Oui. S’il était magicien, et capable d’autant se couvrir de ridicule, j’aurais pu me dire qu’il existerait toujours un magicien plus ridicule que moi, mais du coup… »

Rieln soupira. Aln ne changerait jamais…

« Et donc, le laboratoire est-il loin ?
– Apparemment, il est à quelques jours de marche d’ici. Les indications manquent un peu de précisions, et il dit aussi que parmi ceux qui sont partis à sa recherche, ils n’ont soit rien trouvé, soit ils ont disparu à jamais. Charmant, mais bizarrement, ça ne m’étonne pas… »

Aln sourit. Fermant son sac qu’il venait de finir de préparer, il le mit sur son dos, et Rieln en fit de même. Le temps de passer acheter des vivres en ville, et ils seraient partis. Grâce aux indications de Calnig, ils pourraient même se passer de guide, ce qui allait leur simplifier la vie.

Ils se mirent encore une fois en route.

Dans un premier temps, ils suivirent le même chemin que la première fois, mais cela ne dura pas. Face au regard noir que lui jeta Rieln lorsqu’il comprit qu’il n’avait auparavant vraiment aucune idée de la direction à prendre, Aln se réfugia dans le silence. Ils avancèrent d’un bon pas en se conformant aux instructions de Calnig.

L’un comme l’autre étaient peu rassurés. Ils ne savaient quand Jion allait les attaquer de nouveau, et même s’il était peu probable que cela arrive avant la nuit, ils restaient sur leurs gardes. Lorsque le soleil commença à disparaître derrière les hautes montagnes qui les enserraient, le duo monta le camp. Aln s’empressa de disposer les runes que lui avait remises l’Ancien du village au moment de son départ, afin d’éviter d’avoir à s’inquiéter des Ombres mineures. Pourtant, cette sécurité était toute relative. Après tout, ce n’étaient pas les Ombres qui pouvaient repousser la barrière qui l’inquiétaient.

Il sourit en repensant à la terreur qu’il avait ressentie lorsque, dans son enfance, il avait été pour la première fois en contact avec les Ombres mineures. Comme il aurait aimé ne jamais connaître que ces Ombres-ci.

« Ah… Y penser m’a donné envie de la revoir… »

Bien sûr, il pensait à Eliana. La dernière fois qu’il l’avait vue, ils s’étaient quittés froidement. Il était à l’époque trop terrorisé à l’idée de rester dans le monde onirique pour penser à autre-chose, mais maintenant il voulait s’excuser de s’être comporté de cette manière. Mais cela devrait attendre qu’il soit arrivé au laboratoire.

Ils se partagèrent les tours de garde, et dormirent d’un sommeil léger et agité.

Les jours se déroulaient tous de la même manière. Au bout d’une semaine, ils s’étaient profondément enfoncés dans les montagnes. Comme rien n’avait entravé leur voyage jusqu’à maintenant, ils oscillaient entre la crainte que quelque chose arrive maintenant, et l’espoir que Jion ait perdu leur trace. Tout de même, Aln ne s’attendait pas à ce que le laboratoire soit aussi loin de la ville.

Au bout d’une semaine, les indications de Calnig les menèrent au bout du chemin. « À partir de là, cela va dépendre de votre chance. C’est là que la plupart ont rebroussé chemin. » Avait-il écrit.

Ils s’étaient tellement enfoncés dans les montagnes qu’ils devaient être plus proches de l’Empire de Glino que de la Coalition. Comme si la nature elle-même avait senti qu’ils étaient à un croisement, la journée se passa sans un bruit. Ils s’étaient arrêtés sur les versants d’une petite vallée verdoyante, dans laquelle on se serait attendu à entendre une cacophonie de sons, pourtant le silence régnait.

Ce n’était pas un silence effrayant, mais il ressemblait à une respiration retenue dans l’attente du moment décisif. Aln et Rieln étaient donc tendus et à l’affût de la moindre information. Cela différait tellement de ce qu’il avait vu en rêve qu’Aln se demandait si Calnig ne les avait pas menés en bateau. En réalité, cette pensée le hantait depuis qu’ils s’étaient autant éloignés de la ville. Il s’était accroché au fait que peut-être sa vision des distances avait été déformée lors de son séjour dans le monde onirique, pourtant…

Aln sentit son cœur tressaillir. Il s’arrêta sur place, et prit d’un pressentiment, il se concentra. Oui… Il y avait quelque chose d’étrange dans cette vallée. Il fronça les sourcils.
Rieln, qui marchait devant lui, se retourna pour lui jeter un regard interrogateur.

« Mieux vaut ne pas descendre dans la vallée pour le moment.
– Tu as remarqué quelque chose ?
– Je ne sais pas. C’est plus un pressentiment. J’ai l’impression de sentir la présence de magie, mais je n’en ai jamais rencontrée de pareille. En tout cas, ce n’est pas de la magie des runes.
– Alors peut-être touchons-nous au but.
– Ou peut-être est-ce un piège. Cela expliquerait pourquoi beaucoup de personnes ne sont jamais revenues du voyage. »

Rieln se perdit quelques instants dans ses pensées, puis il reprit.

« Dans ce cas, pour le moment remontons un peu, et arrêtons-nous le temps que tu en apprennes un peu plus. »

Aln approuva de la tête, et repartit dans l’autre sens l’air soucieux.

Effectivement, il était cohérent que le laboratoire soit protégé par une magie inconnue. Après tout, Alsag avait dû affronter une armée d’Ombre avant d’arriver. Peut-être était-ce simplement une autre manifestation du sortilège de protection qu’Ilksa avait placé sur sa demeure.

Dans tous les cas, ils n’avaient pas d’autre choix que de s’arrêter pour le moment. Avisant un aplanissement de la pente, ils s’y installèrent pour la nuit. L’après-midi touchait à sa fin, mais il restait encore quelques heures avant le coucher du soleil.

Aln s’assit et commença à étudier la sensation que la vallée lui donnait. C’était un étrange mélange de crainte et de sécurité. Il avait l’impression que quelque chose ne tournait pas rond, mais que pourtant cela ne le mettrait pas en danger.

Les minutes passèrent, puis les heures. Il commença à identifier cette sensation. Elle lui rappelait vaguement celle qu’il avait ressentie lorsqu’il avait vu le grand-père d’Eliana mourir. Lorsqu’il s’en rendit compte, il claqua de la langue.

Rieln, qui prenait soin de ses armes à côté, le regarda, interloqué.

« Que se passe-t-il ?
– C’est de la Sagmag.
– La magie perdue ? Tu plaisantes ?
– Si seulement. Mais j’en suis à peu près sûr. Et je serais incapable de te dire ce qu’elle fait.
– J’aimerais dire que je suis impressionné que tu l’aies remarquée, mais plus rien ne m’étonne avec toi. Et du coup ? Que fait-on ?
– Quoiqu’il arrive il est trop tard pour faire quoique ce soit ce soir. Dormons, et demain on avisera. »

En effet, Aln avait passé de longues heures à étudier le sortilège lancé sur la vallée, et la nuit était déjà tombée. Les runes de protections étaient déjà en place, et il ne restait plus qu’à manger et dormir.

La présence de ce sortilège lui mettait les nerfs à fleur de peau. Il essaya de dormir, en vain. Le silence, auquel il était pourtant habitué, prenait maintenant une dimension particulière. Son coeur se serrait, et le moindre son lui donnait des sueurs froides. Rieln avait pris le premier tour de garde, pourtant Aln se dit qu’il aurait aussi bien pu le faire.

Au loin, un long hululement retentit. Il venait de la forêt. Puis un bruissement à peine audible surgit, beaucoup plus proche. Aln entendit Rieln hoqueter.

Il se leva, et vit alors le visage blême de son ami. Rieln désigna quelque chose dans son dos, et lorsque qu’Aln se retourna, il sauta en arrière.

À quelques mètres de lui, une Ombre se tenait. Elle était juste derrière la limite des protections. Haute de deux mètres, sa silhouette élancée, aux membres fins comme des allumettes, donnait la chair de poule. Ses longs bras pendaient inutilement le long de son corps, terminés par trois serres effilées. Elle avait un visage presque humain, noir comme le jais, aux traits anguleux, si ce n’est pour les orbites vides luisant d’une lumière sombre et glacial.

Aln déglutit.

La créature le regarda, d’un regard qui sembla le transpercer, et son malaise ne fit que grandir. Elle leva lentement son bras, et désignant Aln le bras tendu, elle gloussa.

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