PC#1 – Chapitre 5 : Cauchemar

Dans les méandres faiblement éclairés du donjon, un lézard à la peau striée de rouge se faufila sans bruit le long du couloir aux parois irrégulières. Il suivait depuis quelques minutes deux silhouettes se déplaçant rapidement en direction du « grand vide ». Le sang chaud des deux créatures fascinait le lézard, qui ne pouvait s’empêcher de les suivre. Il imaginait la viande tiède fondre dans sa bouche. Depuis « la grande trompe » agonisante qu’il avait trouvé il y a déjà bien trop longtemps, il n’avait rien mangé de satisfaisant. Perdu dans ses pensées, il s’était arrêté quelques instants. Bien trop pour espérer éviter l’attaque de « la chose » qui arrivait derrière lui. Il ressenti une douleur immense lorsqu’elle l’avala, définitivement.

Cela faisait bien une heure que Cauchemar suivait ses deux proies, le plus silencieusement possible. Depuis qu’il avait changé la pigmentation de sa peau afin qu’elle ressemble à la couleur terne des lieux, il pouvait les suivre à distance sans qu’elles puissent s’en rendre compte. Ils avaient désormais quitté les grottes froides et humides qu’il appréciait particulièrement et s’approchaient dangereusement d’un territoire qu’il aurait préféré éviter. Ces occupants n’aimaient pas Cauchemar et ils lui montraient que trop bien. S’il voulait dévorer l’essence de ces deux intruses, il devait agir vite. En attendant ce festin, il profita de l’inattention d’un lézard de nuit pour le dévorer sans ralentir un seul instant.

Pelagia avait l’impression d’être observée mais elle ne décelait rien d’autre que la prêtresse-guerrière et des petites créatures inoffensives. Pourtant, son sens du danger, qu’elle possédait naturellement, la titillait depuis qu’elle avait recouvré ses forces. En même temps, seul un dieu ou un fou pourrait parcourir ce donjon avec le sourire. Personne en ce monde n’ignorait les légendes et les histoires d’horreur entourant ce lieu. Ce qui est étonnant finalement, si l’on considère que personne n’est revenu de ce lieu : aucun écrit n’a jamais relaté un tel évènement. Pelagia rit intérieurement de ces réflexions incongrues.

Kathlin frappait de toutes ses forces contre les barreaux violets de sa prison. Mais elle devait se rendre à l’évidence, son esprit n’avait pas la force de lutter face à la magie implacable de domination. Dans un sens, elle avait du respect pour la princesse Pelagia car la magie de contrôle mental était l’une des plus dures à utiliser. D’un autre côté, elle détestait cette démone pour la cruauté dont elle avait fait preuve lors du massacre de Sylenheim. Des femmes et des enfants sans défense, assassinés sauvagement. Même Kathlin, qui pourtant avait l’habitude du sang et des combats, n’avait pu empêcher son estomac de rejeter tout le gibier qu’elle avait mangé quelques heures plus tôt. L’attaque du convoi devait conduire la princesse Pelagia à la peine capitale : la mort par écartèlement. Mais comment une attaque si bien préparée avait pu échouer si lamentablement !? Elle n’avait plus la force d’y réfléchir, alors fatiguée, elle se laissa glisser contre les barreaux et se recroquevilla, les genoux serrés contre sa poitrine.

Le duo arriva en vue d’une ouverture lumineuse dans le couloir. Cela ne pouvait être la sortie du donjon mais la lumière serait grandement appréciée pour prévenir une attaque surprise des monstres qui hantent ces lieux. Pelagia donna ses ordres mentalement et la prêtresse-guerrière accéléra le pas, suivie de près par la princesse. Arrivée au bout du couloir, Pelagia devança sa prisonnière et s’approcha du rebord taillée à même la roche. Elle resta sans voix en découvrant le décor de la grotte devant elle. Cette dernière était immense et recouverte d’une jungle luxuriante qui s’étendait en contrebas de la falaise où elle se trouvait. Le plus étonnant était ce plafond qui dégageait une lumière verdâtre éclairant la grotte comme un soleil à l’aube d’une journée d’automne. En y regardant plus attentivement, Pelagia eu l’impression que le plafond était flou. Elle comprit rapidement d’où venait cette impression : il était littéralement recouvert de chenilles vertes luisantes. Ces dernières, de la taille d’un crocodile adulte, bougeaient lentement en se tortillant les unes contre les autres. Elle pria silencieusement pour que ces chenilles ne soient pas dans la catégorie « danger » du donjon. Reprenant ses esprits, Pelagia regarda l’escalier qui serpentait de la plateforme où elle se trouvait jusqu’au sol de la grotte, situé à plusieurs dizaines de mètres en dessous. Elle réalisa avec horreur que la partie haute de l’escalier avait dû s’effondrer il y a bien longtemps et qu’elles ne pourraient rejoindre le sol de la grotte sans mourir de la chute. Alors qu’elle réfléchissait à un moyen de s’en sortir, elle entendit un bruit de succion venant du couloir derrière elle. Cauchemar les avaient retrouvées.

La prêtresse-guerrière se plaça entre Pelagia et ce monstre en suivant les ordres mentaux de la princesse. Elle dégaina rapidement son épée et déclencha son aura sacré. Malheureusement, elle avait épuisé une grande partie de son mana ses dernières heures en repoussant les monstres avec son aura. Pelagia contempla avec colère les flammèches blanches de cette aura qui semblaient pouvoir s’éteindre au moindre coup de vent. Comment avait-elle pu être aussi stupide et ne pas penser à la faible réserve de mana que possèdent les humains ? Tout en jurant intérieurement, elle ordonna à la prêtresse-guerrière d’attaquer Cauchemar et elle commença à incanter un rituel de transfert de mana. Elle espéra que la prêtresse-guerrière arriverait à tenir une dizaine de secondes le temps qu’elle termine son incantation.

Cauchemar compris rapidement qu’il devait concentrer ses attaques sur la démone située derrière l’autre créature. Ces sens lui indiquaient que la proie devant lui était affaiblie et n’aurait pas la force de lutter face à sa puissance. A l’inverse, l’autre était en train d’utiliser la magie : il devait l’empêcher de gâcher son essence, son festin à lui, avec cette magie inutile. Il s’élança sur la démone en repoussant l’obstacle devant lui. La prêtresse-guerrière assura sa prise sur son bouclier afin d’encaisser le choc et protéger sa maîtresse comme elle l’avait demandée et attaqua le monstre alors qu’il se jetait sur elle. Malheureusement, sa force diminuée ne fut pas suffisante et malgré son attaque réussie, elle fut éjectée de la plateforme comme une poupée de chiffon. Pelagia compris qu’elle allait mourir si elle ne réagissait pas rapidement. Elle brisa son incantation perdant en même temps le mana qu’elle avait injecté dans le rituel et activa son champ de force magique dans la même seconde. Ce rempart, protégeant des attaques non-magiques, pouvait être activé quasiment instantanément mais nécessitait un coup en mana exorbitant. Vu l’ennemi face à elle, Pelagia devait utiliser ses atouts les plus précieux. Cauchemar entoura la démone et commença à aspirer son essence vitale mais l’aura violette qui entourait sa proie le blessa à la place. Il avait l’impression que sa peau était en feu, brûlée par la puissance magique qui entourait la créature prise dans son étreinte. Mais il n’en était rien : Pelagia venait à l’instant de lancer un autre sortilège donnant l’illusion à quiconque touchait son champ de force, qu’il était brûlé comme en contact avec de l’acide. Cauchemar hurlait de douleur et éjecta sa proie le plus loin possible de lui. Pelagia senti le rebord heurter son dos de plein fouet, sans toutefois ressentir le moindre mal, et plus rien : elle était en train de tomber de la falaise.

Pelagia n’avait que quelques secondes devant elle avant de voir son corps s’écraser dans les débris de l’escalier. Elle regarda en contrebas et vit la prêtresse-guerrière évanouie tomber aussi lentement qu’une plume. Son armure sacré, autrefois étincelante, pulsait d’une douce lumière blanche. Probablement un objet magique ayant le pouvoir de protéger son porteur des chutes. Pratique, sans aucun doute, pensa Pelagia. Elle essaya alors d’attraper la prêtresse-guerrière dans sa chute mais elle avait été éjectée bien plus loin qu’elle et ne put que ralentir sa chute en s’accrochant aux vêtements de la prêtresse-guerrière. Il ne lui restait plus qu’une seule chose à faire : elle renforça au maximum sa protection aux dégâts physiques en empilant les champs de force les uns sur les autres. Elle n’avait jamais été aussi loin avec ce sortilège et même ainsi, elle n’était pas sûr de s’en sortir indemne ni même de survivre. Alors qu’elle vidait entièrement son mana pour se protéger, Pelagia ne pensa à aucun moment que sans mana, sa domination venait à l’instant, de prendre fin.


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