PC#1 – Chapitre 16 : Décès

Elor reprit conscience et resta allongé sur la pierre froide le temps de remettre ses idées en place. Lentement, les derniers souvenirs remontèrent à la surface de son esprit, les sylvres, la course-poursuite, le temple, son oncle, les runes…

Prenant conscience de sa situation, il releva précipitamment la tête, le rendant nauséeux. Il vit Ilgamir, étendu au sol comme une marionnette désarticulé. Le garçon aurait voulu s’approcher de son oncle pour s’assurer qu’il allait bien, mais du mouvement attira son attention.

La silhouette d’un homme sorti des ténèbres et vint se poster devant la seule ouverture de la grande pièce, se découpant clairement dans l’embrasure de la porte.

Un coup d’œil suffit à Elor pour lui apprendre qu’il ne s’agissait pas d’un membre du groupe. Bien qu’il ne les avait côtoyés que quelques jours, la silhouette devant lui ne ressemblait à personne. Cependant, l’adolescent ne se demanda pas un instant d’où il venait ou comment est-il arrivé ici ; en posant son regard sur lui, les poils de son corps s’était hérissé tandis que la panique avait pris possession de son esprit.

Toutes les fibres de son corps hurlaient au danger, mais il était incapable de bouger. Une terreur viscérale tétanisait ses muscles, le forçant à observer la scène tandis qu’il imaginait les horreurs qui lui était réservé s’il venait à attirer l’attention de la chose devant lui. Le simple fait de respirer lui demandait des efforts surhumains, si bien qu’il n’osait même pas essayer de se mouvoir.

Et pourtant, dans cette spirale d’horreur et de terreur qui menaçait de lui faire perdre la raison, il sentit quelque chose au plus profond de son être enfler. Vacillante comme la flamme d’une bougie au début, cette chose se mit à prendre de l’ampleur et à dévorer les sentiments négatifs comme les flammes d’un brasier ardent.

Il fallut plusieurs seconde à Elor pour se rendre compte qu’il pouvait se remettre à bouger. Il ressentait encore cette terreur inexplicable en la présence de cette silhouette immobile, mais plus au point de se retrouver paralysé.

Lentement, il approcha sa main de la garde de son épée. Il l’empoigna et resserra son poing avec tant de force que ses jointures en devinrent blanche. Le garçon voulait s’assurer qu’il avait complètement retrouvé sa liberté de mouvement, et la douleur qu’il ressentait dans ses articulations confirma qu’il pouvait maintenant agir.

Se relevant en silence, il tira son épée au clair. Il était incertain de la démarche à suivre. Il pouvait lui demander ce qu’elle voulait, la menacer de partir, mais il ne voulait pas se risquer à attaquer une créature dont la seule présence l’avait immobilisé. Il ne lui restait plus qu’à le prendre par surprise. Bien qu’Elor trouvait cela déloyal et fourbe, il comprenait que le danger que cette personne représentait justifiait cette lâcheté.

Raffermissant sa poigne sur son arme, il la leva bien haut, se préparant à l’abattre en diagonal, de haut en bas. Lorsqu’il fut enfin à portée, il ferma les yeux et récita dans sa tête une prière. Il n’avait pas peur de tuer ce monstre à l’apparence humaine, au contraire, mais la seule idée qu’il puisse échouer à le faire l’épouvantait.

— Hé bien, Elor, tu te décides enfin à prendre ton courage à deux mains ? Je te préviens que ce que tu compte faire est complètement…

En entendant la voix grave de l’être, Elor sentit son dos se couvrir de sueur et son coeur arrêter de battre dans sa poitrine. Sans même attendre qu’il finisse sa phrase, il contracta ses muscles et abattit son arme vers l’ennemi devant lui.

La lame déchira la toge noire de la créature et entailla la chair de son dos. La force de l’impact la fit trébucher en avant tandis que du liquide brillant bleu giclait tout autour, recouvrant le visage d’Elor.

— Que… comment est-ce possible ?! Comment un vulgaire humain peut-il m’infliger une blessure ?!

Les yeux exorbités, Elor fixait l’être se débattre et se rouler par terre, projetant son sang d’une couleur étrange partout autour de lui. Se rendant compte que les hurlement de douleur qu’il poussait risquait de leur attirer des ennuis, l’adolescent se décida à mettre un terme aux souffrances de la créature.

Il sortit de la pièce et la lumière dans la caverne lui permit de constater qu’elle avait l’apparence d’un grand démon aux traits fins, déformées par la douleur. Levant bien haut son épée, il récita une nouvelle prière, à voix haute cette fois, tandis que le démon lui hurlait des menaces entre deux grognements de douleur.

— Misérable humain, comment oses-tu porter la main sur moi, le grand Chaos, le plus puissant et influant des Treize Primaux ! Je vais te donner en pâture à mes enfants et les regarder te déchiqueter vivant ! Je traquerai ta famille et les décimerai sur plusieurs générations, ton nom sera oublié de tous et ton existence envoyé dans un cercle sans fin de douleur. Foi de Chaos, je promets revenir venger mon…

À nouveau, Elor n’attendit pas qu’il termine ses malédictions pour l’attaquer. Il trancha sa tête, coupant court à son flot d’insanités. Le garçon vit distinctement l’incrédulité et la colère sur le visage de sa victime avant que sa tête ne roule au loin et dévale les marches du temple, s’arrêtant en atteignant un palier plus bas.

Poussant un long soupir, Elor resta quelques minutes à fixer le corps inerte de celui qui se faisait appeler Chaos. Il venait de mettre fin à une vie, et même s’il pouvait trouver sans peine mille excuses à son geste, aucune justification ne pouvait changer cette réalité ; il avait tué quelqu’un.

Elor se détourna du corps décapité, mais se dérober à la scène ne changeait rien. Il continuait à revoir la silhouette étendue, baignant dans une marre de liquide bleu. Il se revoyait donner le coup final et l’expression de sa victime alors que sa tête se détachait de son corps.

Elor baissa la tête et vit alors l’épée qu’il tenait encore fermement, recouverte du sang de Chaos. Il eut un haut le coeur avant de lancer au loin son arme qui tomba bruyamment, répandant une gerbe de bleu brillant aux alentours.

Il fallut quelques secondes au garçon pour calmer les tremblements qui parcouraient son corps et refouler la nausée qui retournait son estomac. Une fois capable de se mouvoir, il fit quelques pas en direction de la pièce où il avait abandonné Ilgamir et la jeune fille. Forçant son cerveau à se concentrer sur autre chose, il se décida à s’approcher de son oncle pour vérifier qu’il allait bien.

Il se souvenait avoir vu une brume sombre s’échapper de son corps avant de s’évanouir.

Maintenant que j’y pense, ce Chaos était certainement la matérialisation de ce nuage sombre. Je n’y ai pas directement pensé dans la panique, mais je comprend maintenant d’où il vient…

Elor s’accroupit à côté du corps d’Ilgamir et pris son pouls. En sentant le coeur du guerrier battre, le garçon soupira de soulagement.

— Mon oncle ? Mon oncle !

Tout en l’appellant, Elor secouait Ilgamir. Ce dernier finit par papillonner des yeux et gémir.

— Mon oncle ? Tu vas bien ?
— Mh… Qu’est-ce que ? Elor, que s’est-il passé ?!

En voyant son neveu penché sur lui, Ilgamir se redressa brusquement.

— Du calme, mon oncle, tout va bien. Le chose qui était dans ton corps est sorti, elle ne nous dérangera plus maintenant.


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