PC#1 – Chapitre 18 : Une impression de déjà-vu

Alors qu’Elor continuait de fixer Chaos qui expliquait son plan diabolique, il entendit une petite voix lui souffler « Elor… Utilise la force ! »

Le garçon comprit aussitôt, il ne pouvait pas laisser Chaos exterminer les humains simplement parce qu’un autre auteur était incapable de laisser tomber un personnage qui n’avait aucun potentiel. Il sentit ses forces décupler alors que le narrateur continuait d’instiller son pouvoir en lui.

– Je ne te laisserai pas faire !

Sentant quelque chose de lourd apparaître dans sa main, il baissa les yeux pour voir son épée. L’adolescent ne se demanda pas comment elle était arrivée là, sans doute était-ce le narrateur qui lui facilitait la tâche.

Il donna alors un coup d’épée qui découpa en deux Chaos. Il mourut sans même pouvoir dire quelque chose.

À nouveau, la petite voix résonna dans sa tête : « Maintenant, dépêche-toi de manger son cœur et de réduire en bouilli son cerveau, ainsi, il mourra pour de bon et ne pourra plus jamais revenir. »

Quelque peu répugné par les indications, Elor obéit tout de même et se mit à donner des coups de pied dans la tête du cadavre, éclatant son crâne et dispersant son contenu aux alentours. Puis, il se pencha sur le torse de sa victime et entreprit de remplir sa deuxième mission. Il eut très peu de mal à retirer le cœur de Chaos, ayant l’habitude de s’occuper du gibier au village, mais devoir manger un organe cru était quelque chose de différent.

Il finit par tout manger, se retenant de vomir à chaque bouchée.

« Bien, maintenant que nous sommes débarrassé de ce gêneur, il va falloir reprendre les choses dans le bon ordre. Ah, et cherche le papillon ! »

Elor fut pris de vertige, et quand il rouvrit les yeux, il se retrouva en face d’Ilgamir.

Ce dernier était accroupi et les autres membres du groupe se tenaient en cercle autour de lui et l’écoutaient.

« Ok les gars, en bas, c’est le début des niveaux profonds du donjon. On doit monter le camp au niveau du temple Uzorien, là-bas, expliqua Ilgamir en pointant du doigt la construction en pierre qu’Elor avait remarqué plus tôt, il va falloir que Lir et Arthy relance la protection, mais une fois mise en place, on a des cristaux magique pour la maintenir en place. Le vrai problème c’est de traverser cette forêt. Elle est remplie de Sylvres qui vivent dans les arbres. En temps normal, elles dorment, mais il faut absolument éviter de casser des branches ou de détacher des fruits. Si vous en voyez une sortir de son tronc, vous prévenez et vous courrez. On ne les combat que par le feu, mais il y’en a trop pour que ce soit faisable ici. Blessez-en une et toutes se réveillent, donc vous êtes averti. Une fois en bas, on avancera en file et par paire. Évitez aussi de parler trop fort, les vibrations de vos voix risquent de les éveiller. »

Une fois les instructions données par le chef d’équipe, les hommes se remirent au travail.

En dix minutes à peine, les vingt marchontiens furent prêts. Les cordes pendaient déjà le long de la paroi lisse et quatre guerriers les avaient empoignées. Elor suivit des yeux leurs descentes, le cœur battant. Jusqu’à maintenant, les couloirs étaient plongés dans un silence pesant, uniquement interrompu par les sifflements du vent et parfois les halètements et grognement de créatures, éventuellement des rugissements, mais c’était plus rare. Maintenant, les bruits de la nature qu’il avait entendu toute sa vie lui semblait étrange. Il y avait des pépiements d’oiseaux, des bruissements de feuilles ainsi que le clapotis de l’eau, s’il tendait bien l’oreille, mais le garçon ne parvenait pas à se débarrasser de l’étrange impression que quelque chose n’allait pas.

Quatre par quatre, les marchontiens descendirent en rappel jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Ilgamir et son neveu. Le chef de l’unité indiqua à Elor de garder le silence en mettant un doigt sur sa bouche, puis saisit la corde épaisse et se mit en position pour descendre.

Une chute serait mortelle, c’était certain, mais l’adolescent préféra ignorer ce fait pour se concentrer sur sa descente. Parce que regarder le vide en dessous de lui où se détachaient les silhouettes sombres des marchontiens était trop difficile, il préféra lever la tête et fixer le plafond.

Il remarqua alors que la lumière qui éclairait la jungle provenait d’en-haut. Croyant d’abord qu’il s’agissait d’un toit composé de cristal vert, comme on en trouvait parfois dans les couloirs du donjon, il revit son hypothèse en voyant du mouvement. Il arrêta de bouger pour mieux observer le phénomène et se rendit compte qu’un nombre incroyable de chenille aussi longue et épaisse qu’un humain y était accroché.

Instinctivement, il eut un mouvement de recul et sentit Ilgamir le saisir par l’épaule pour l’empêcher de tomber. Il raffermit sa prise sur la corde et se remit en mouvement, tout honteux de ce qu’il venait de se passer.

Ses pieds atteignirent le sol plus rapidement que prévu et il se retourna vers les autres marchontiens qui restaient silencieux. Ilgamir ne fit pas de commentaire mais il jeta à son neveu un regard qui exprimait bien ce qu’il pensait de son comportement.

Maintenant qu’ils étaient à terre, il était impossible de voir l’étrange construction, mais Elor se rappelait de sa position, il n’aurait aucun mal à la retrouver tant qu’il ne perdait pas les directions.

Sans échanger une parole, le groupe se mit en route.

***

Ils avançaient à un rythme dangereusement lent, s’arrêtant à chaque bruit et s’assurant que rien ne bougeait avant de continuer. À chaque fois qu’une branche basse se mettait en travers de leur route, ils faisaient de leur mieux pour passer en dessous sans même l’effleurer, et quand cela se révélait impossible, ils prenaient leurs précautions pour les toucher sans les casser.

Ilgamir avait placé Myli et Calo devant. Le premier était un Daargil, un elfe sylvestre, tandis que le second était un Anub, une race d’humains à la peau aussi noir que l’encre et aux yeux translucide. Ils avaient tous deux la capacité de voir dans le noir et cela faisait d’eux les plus aptes à ouvrir la voie.

Ils détectaient les racines par terre et faisaient attention à ne pas marcher dessus, les autres marchontien se contentaient de suivre leurs pas, se concentrant sur les branches à hauteurs d’yeux et de torses.

Elor n’était pas aussi capable qu’eux. Pour lui, maladroit invétéré, le simple fait de suivre les pas des autres et de marcher là où ils marchaient était difficile, alors se préoccuper en même temps d’autre chose était un exercice qui lui demandait toute son énergie et toute sa concentration.

Cela faisait deux heures qu’ils avançaient, mais ils n’avaient parcouru pas plus de deux kilomètres. Elor était en sueur, il n’était même plus certains que ses oreilles percevaient grand-chose tant il se focalisait sur l’entièreté des mouvements.

L’adolescent estimait qu’il lui faudrait encore trois heures au moins avant de parvenir au temple, mais il craignait que son corps ne supporte plus ce qu’il lui forçait à faire.

Dix minutes plus tard, ils parvinrent à un éclaircissement. Un escalier large de plusieurs mètres s’élevait vers une plateforme plus haute. Une ouverture en arcade perçait la paroi, mais comme le premier qu’ils avaient vu, cet escalier était lui aussi effondré. Les débris de l’escalier jonchaient les alentours, comme s’il avait explosé.

C’est en soupirant que tous s’assirent dans l’herbe et se détendirent légèrement. Le fait de se tenir éloigné des arbres rassurait l’adolescent, cela lui donnait l’impression que la menace des Sylvres n’était plus d’actualité.

Elor resta debout cependant, le regard tourné vers cette ouverture qui l’intriguait tant. Combien y en avait-il ? Et est-ce qu’elles menaient toutes au même qu’ils avaient traversait plusieurs jours durant ou étaient-elles les portes qui menaient aux couches inférieurs du donjon ? Pourquoi les escaliers avaient été détruits ?

Elor avait encore un millier de questions, mais il prenait soin de les noter et de les sauvegarder dans un coin de sa tête afin de pouvoir les ressortir plus tard. Il n’avait pas l’habitude de garder le silence pendant si longtemps, mais il se rendait compte que même en gardant sa bouche fermé et en observant, il apprenait des choses que l’on pouvait difficilement expliquer.

C’est en analysant la manière qu’avaient les membres du groupe de marcher qu’il comprit la méthode pour marcher sans faire de bruit. C’est également en se concentrant sur comment Ol s’y prenait pour couper les plantes grimpantes qu’il apprit les parties dangereuses et celles inoffensives de la plante.

Bien entendu, cela ne répondait pas aux ‘pourquoi’ des choses, mais c’était déjà mieux que rien.

C’est cette curiosité qui le poussa à s’approcher de l’escalier. Le garçon atteint la partie qui tenait encore debout et se pencha sur les premières marches pour les détailler.

Construit dans les mêmes pierres sombres veinées, chaque marche était composée d’un seul long bloc monolithique. Une longue frise était taillée sur chacune des contremarches, et en les suivant des yeux rapidement, il se rendit compte que toutes contait des histoires différentes.

Le garde-fou de l’escalier était lui-aussi impressionnant de beauté. C’était la première fois de sa vie qu’Elor voyait un escalier entièrement fait de pierre, et les détails finement ciselé suffirent à créer de l’admiration chez le garçon pour les artistes qui l’avait réalisé.

Quel dommage, pensa-t-il, je suis sûr que cela devait être encore plus beau avant d’être détruit.

Il poussa un très léger soupir en se disant qu’il ne saura sans doute jamais à quoi il ressemblait ni comment les soi-disant Uzorien étaient parvenu à extraire de si gros morceau de pierre sans qu’ils ne se brisent.

La réalisation qu’il ignorait tant de chose le déprima. Il se retourna pour se changer les idées et son regard tomba sur ce qui ressemblait étrangement à quelque chose de familier.

À la limite de la clairière, une vingtaine de mètres plus loin, deux corps reposaient au sol, inertes.

Comme des pantins désarticulés, le corps des deux êtres était allongé par terre dans une position improbable, donnant l’impression qu’ils avaient chuté du plafond.

C’était la première fois que l’adolescent voyait des cadavres, mais étrangement, cela ne le choquait pas plus que cela. Peut-être que les derniers jours à voir la troupe de marchontien réduire en morceau des monstres aussi gros que des carrioles l’avait désensibilisé à ce genre de chose, ou peut-être que les corps qui semblaient intacts lui donnait inconsciemment l’impression qu’ils étaient toujours vivant, toujours est-il qu’il s’approcha lentement.

Un petit cratère s’était formé autour de l’un des corps et le second, plus grand, semblait avoir glissé à côté du premier. Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques mètres, il constata qu’il s’agissait de deux femmes. L’une était grande et vêtu d’une armure scintillante qui semblait presque pulser d’une lueur blanche s’il concentrait son regard dessus. De longs cheveux blonds formaient un halo doré autour de son visage indéniablement beau.

Elle était belle, le genre de beauté que l’on retrouvait sur les tableaux de maître se dit Elor, bien qu’il n’en avait jamais vu. Une petite racine avait été mise à nue par le cratère et s’enroulait autour d’un de ses bras ainsi qu’autour de sa poitrine.

La seconde était également une femme. De plus petite stature, elle était vêtu d’une robe simple qui, malgré l’état pitoyable dans lequel elle se trouvait, avait l’air d’être d’une matière qui coutait plus cher que l’ensemble du village d’Elor. La couleur clair contrastait grandement avec sa peau mate, mais ce qui fascina le garçon fut son visage.

Il s’en dégageait une aura qu’il ne parvenait pas à qualifier, mais à l’instar de l’autre femme, elle était magnifique, bien que d’un genre différent. La délicatesse de ses traits, la courbure légère de son nez, la longueur de ses cils, Elor ne parvenait pas à trouver quoi que ce soit chez elle qui n’était pas sublime.

La beauté de ces femmes l’avait tant retourné qu’il en avait oublié une chose cruciale. C’était des cadavres qui lui faisaient face, certes en excellent état de conservation, mais des cadavres tout de même.

Sentant la curiosité maladive qui le rongeait le poussait à s’approcher, Elor fit un effort surhumain afin de se contraindre à retourner voir Ilgamir.

Lorsqu’il lui eut expliqué la situation et décrit les corps, son oncle eut une expression qu’il ne parvint à identifier. Il leva sa main pour attirer l’attention de sa troupe et en quelques signes, leur fit comprendre qu’il était temps de se mettre en route. Ilgamir demanda ensuite à Elor de les conduire à la scène d’un mouvement de tête.

Quand les débris de l’escalier s’effacèrent de leur champ de vision et que les corps apparurent, les marchontiens se mirent en mouvement précipitamment. Ils encerclèrent les cadavres et restèrent silencieux, échangeant des regards avec leur chef et se tenant prêt à abattre leurs armes.

Ilgamir fit quelque pas dans le petit cratère et s’approcha prudemment de la jeune fille. Il dégaina une dague qui pendait à sa ceinture et l’approcha du nez du corps. Malgré la lumière tamisée des chenilles, Elor vit clairement de la buée se former sur la lame tranchante de son oncle.

Elle est vivante !

Il aurait voulu s’exclamer à haute-voix, mais malgré l’étrange joie qu’il ressentait et qu’il n’expliquait pas, il craignait encore les dangers que recelait cette forêt.

Le chef du groupe ouvrit les paupières de la jeune fille et Elor eut un mouvement de recul. Son œil était entièrement noir, d’un noir si profond qu’il semblait aspirer la lumière. Le juron qu’Ilgamir proféra n’était pas pour rassurer son neveu.

Il fit de même avec l’autre femme, mais ses yeux étaient également complètement noirs.

J’ai une sensation de déjà-vu.

Elor ne parvenait pas à se l’expliquer, mais il avait l’impression d’avoir déjà assisté à cette scène. L’adolescent se concentra et essaya de se souvenir de quelque chose semblable à cela quand une douleur intense éclata dans sa tête, libérant les souvenirs enfermés.

Oh mon dieu… J’ai déjà vécu ça !!


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