Pérégrinations en Monde Inconnu 9 : Là où ça papote

Auteur : SamiHuunter


Désolé de n’avoir rien posté hier, j’avais des choses à faire x)

Ce chapitre est un peu plus court, mais aussi un peu plus différent des autres.
À la base, il n’était pas censé exister, mais à l’époque, j’avais eu vraiment envie de faire un truc un peu marrant, donc ce chapitre est sorti XD

Sur ce, bonne lecture !


Aux moyens de leurs armes et de quelques signes de main, les deux gobelins guidèrent Elias jusqu’au campement qu’il avait quitté même pas cinq minutes plus tôt.

Autour du feu, allumé par Eva, ses compagnons étaient tous à genoux avec leurs mains au-dessus de la tête. Une quinzaine de gobelins les tenaient en respect de leurs lances. Une flèche était plantée dans le sol à quelques pas d’Anthon, ce qui indiquait la présence d’au moins un archer. Il y avait également des armes familières jetées au loin, derrière les jeunes humains : la lance de Jack, les gantelets d’Anthon et les pistolets de Margaux ainsi que le fleuret de Tom.

Ce détail rendit Elias perplexe.

Exceptée pour l’arme de Tom, qui était on ne peut plus réel, les armes que les Guerriers pouvaient matérialiser étaient magiques, il n’y avait aucune raison de s’en débarrasser car il leurs était facile de les faire disparaître et réapparaitre dans leurs mains.

Son regard trouva Tom qui était lui aussi à genoux, à côté de Bulgulglu. Leurs yeux se croisèrent, et après que Tom se soit assuré de l’état de son camarade, il éleva la voix en pointant Elias du doigt.

–     Glu gul dgul ubu ! Gludlug gul bulbulu !

Pendant un instant, Elias cru que Tom l’avait vendu. Une colère sourde s’empara de lui, mais avant qu’il ne se mette à cracher son venin contre son camarade, la pointe d’une lance s’enfonça dans le bas de son dos, le faisant ravaler ses mots et avancer. Une main griffue se posa sur son épaule et le força à se mettre à genoux devant le feu de camp.

À nouveau, des mains lui saisirent les poignées et les relevèrent au-dessus de sa tête. Des mots inconnus lui furent aboyés, et même s’il ne comprenait pas ce que le gobelin disait, il avait saisi le sens de la phrase : « Gardes tes mains au-dessus de ta tête. », ou quelque chose de similaire.

Son visage se tourna vers ses camarades, et tous fixaient Tom du regard. Ils étaient silencieux et ne bougeaient pas un muscle. Même Eva ne pipait mot, ce qui signifiait qu’elle comprenait quand même la situation.

Elias était persuadé qu’à eux seuls, ils pouvaient se débarrasser facilement de ces gobelins, même Anthon sans assistance y parviendrait sans doute sans problème. Pourtant, en le voyant à genoux, levant docilement les mains et ‘désarmé’, il en vint à la conclusion qu’il serait préférable de ne pas faire une action qui pourrait amener à un malentendu qui ouvrirai possiblement des hostilités.

« Ah oui, c’est vrai, Tom nous avait dit quelque chose à ce propos… Comme quoi il fallait agir de manière à paraitre le plus inoffensif possible et le laisser parler. Je crois qu’il avait aussi dit de ne pas utiliser la magie pour ne pas être suspicieux… C’est quand même un pari risqué, si la situation dégénère d’un coup, ces petits gars verts risquent de m’embrocher les fesses avant que j’ai le temps de terminer mon incantation… »

En se rappelant des paroles que Tom avait prononcé quelques jours avant quant au comportement à adopter en présence des gobelins, Elias sentit se tarir le flot de colère qu’il dirigeait contre le garçon aux cheveux noirs.

Il n’y avait aucune raison de douter de Tom. Voilà ce qu’il avait retenu de son aparté mental.

« Voyons ce qu’il se passe. Si ça tourne au vinaigre, je pense qu’Anthon sera le premier à réagir, dans tous les cas, j’ai toujours ma force physique, je pense qu’elle sera suffisante pour m’en sortir et mettre à terre ces gobelins si les autres m’aident. »

Tom continuait à parler avec un gobelin qui portait une épée sur ses hanches. Elias comprit que c’était le chef car les autres gobelins le regardait, immobile, en attendant certainement les ordres qu’il pouvait leurs donner.

Il était plus grands que les autres, mais il ne devait pas dépassait le mètre soixante. Son visage hideux était couturé de cicatrices, accentuant sa laideur. Il lui manquait une bonne partie de son oreille gauche et deux anneaux d’or perçaient son oreille droite, l’un son lobe et l’autre plus haut, son cartilage.

Il regardait Tom avec les sourcils froncés, et Elias remarqua que son œil droit était laiteux. Une cicatrice verticale barrait presque entièrement son visage en passant par cette œil-ci. Il devait très certainement être borgne.

Pendant une poignée de minutes, Tom et ce gobelin discutèrent, l’interlocuteur de l’adolescent répondait par des phrases courtes qui forçaient Tom à parler rapidement en faisant des grands gestes pour appuyer ses propos.

Au bout d’un moment, alors qu’Elias commençait à avoir des fourmis dans les jambes et s’était mis à regarder autour de lui pour voir s’il était ou non le seul dans le même état que lui, Tom tendis la main au gobelin. Devant la mine perplexe qu’il avait affichée, le garçon lui avait dit quelques mots en plus. Le gobelin serra alors la main qui lui était présentée.

Tom se retourna vers ses compagnons et se mit à leurs donner des explications rapides.

–     Ok les gars, pour l’instant, vous allez faire exactement ce que je vous dis. Ces gars vont vous lier les mains et vous bander les yeux, mais il ne faut pas que vous vous débattiez. Et ne faites pas non plus disparaitre vos armes. Aussi, pas de paroles échangés à voix basse. Il ne devrait pas y avoir de coup fourré, mais essayer d’augmenter votre protection magique, si vous pouvez.

Quand il se tût, le gobelin balafré prit la corde qu’un de ses congénères lui tendait et se mit à attacher les mains de Tom dans son dos. Quand il la serra, Tom grimaça mais ne fit aucun commentaire. Une fois sûr que le nœud était solidement noué et empêchait tout mouvement, il banda ses yeux avec un morceau de tissu qui avait l’air de ne pas avoir été lavé depuis plusieurs semaines.

Puis ce fut le tour d’Anthon. Ils s’y mirent à deux pour attacher ses mains, et le forcèrent à se pencher en avant pour pouvoir atteindre ses yeux.

Ils attachèrent rapidement Jack, mais quand ce fut le tour de Margaux, Elias vit des mains peloter sans vergogne la poitrine et les fesses de la jeune fille qui s’indigna violemment. Les mains se retirèrent de son corps quand le gobelin à l’épée leurs cria quelque chose. Une rage intense bouillonnait au fond d’Elias, mais il se força à demeurer immobile.

« Bordel de putain ! Ces sales petits merdeux osent toucher MA Margaux quand moi-même j’en ai toujours pas eu l’occasion ! Raaah ! Je veux les buter, ces enfoirés ! Ils avaient même l’air d’apprécier ce qu’ils touchaient ! Moi aussi je veux toucher ! Merde, merde, merde !… »

Personne voyant le visage impassible du garçon ne pouvait se douter qu’au fond de lui, il était sujet à de nombreuses désillusions.

Le fait de voir les gobelins faire subir le même traitement à Eva lui redonna le sourire, mais ce sourire s’accentua encore plus quand il vit leurs réactions.

Ils regardèrent l’adolescente avec des mines perplexes, l’air de se poser des questions. Elias comprit immédiatement qu’ils pensaient initialement qu’Eva était une fille, mais qu’après lui avoir tâté la poitrine, ils avaient revu leur hypothèse.

Eva aussi semblait avoir compris la même chose, ça se voyait sur son visage rouge. Elle se mit à crier son indignation à un rythme effréné, « grosse poitrine » revenait souvent dans son discours. Tom glissa trois mots au gobelin chef et elle fut promptement bâillonnée avec un des tissus immondes. Ses cris redoublèrent, mais la fabrique les étouffait, rendant la scène comique.

Puis le tour d’Elias vint alors qu’il se retenait difficilement d’éclater de rire. Les gobelins eurent beau serré de toute leurs forces, le garçon était persuadé être capable de rompre les liens avec aise. Il ne leurs en fit cependant pas part et le garda pour lui.

Quand il vit le tissu qui allait lui recouvrir les yeux s’approcher, il eut un mouvement de recul. Imbibé de sang et autre tâche dont la provenance était indéterminée, il le reçu sur son visage en grimaçant de dégout, mais se tint coi.

Dans le noir complet et avec les mains attachées dans le dos, les six adolescents se mirent à marcher vers l’inconnu.

–     Je m’ennuis…

La voix qui avait résonné se trouvait à la gauche d’Anthon.

Quel que soit la situation, il fallait absolument qu’Eva se plaigne.

–     Trouves-toi quelque chose à faire, ou discute un peu avec quelqu’un qui te supporteras pendant plus d’une phrase…

La voix d’Elias était proche de lui, peut-être à deux ou trois mètres, à sa droite.

« Si même Elias se met à lui parler, ça en dit long sur notre exaspération… »

–     Si vous voulez, on peut faire des devinettes ou se raconter des blagues ?

Le soupir qui répondit à la proposition d’Anthon dura si longtemps qu’il se mit à se demander si la personne qui le produisait n’allait pas s’évanouir par manque d’oxygène.

–     Je me demande ce qu’ils font pour passer le temps, les prisonniers de notre monde…
–     Ce n’a pas été plus de trois jours depuis qu’on est là, stop les plaintes.

La voix de Jack coupa court aux complaintes. C’était rare pour lui de parler en français, et même s’il avait un accent à couper au couteau, sa phrase était plus ou moins grammaticalement correcte.

–     Comment tu sais que ça fait presque trois jours ? T’es sûr que c’est pas plutôt quatre ou cinq ?

Margaux dû répéter une seconde fois sa question pour que Jack comprenne son sens. Quand il répondit, ce fut en anglais.

–     Elias, qu’est-ce qu’il a dit ? Je comprends rien !

Il a dit qu’il avait l’habitude de déterminer l’heure en fonction de sa faim quand il chassait avec son père. Et je crois qu’il a aussi dit que les jours sont plus long ici, donc c’est trois jours selon lui.

Le petit reniflement hautain d’Eva fut parfaitement audible. Anthon ne savait pas si elle l’avait fait intentionnellement ou pas, mais ça ne l’empêcha pas de lever les yeux au ciel, enfin tout du moins vers le plafond de leurs cellules.

Anthon l’ignora et s’adossa contre la terre humide en repensant aux derniers événements qui les avaient conduits ici.

Il faisait sombre là où ils se trouvaient.

En arrivant au village, les gobelins leurs avait laissé le bandeau sur les yeux et les avait guidé dans un espace clos. Anthon avait déterminé que c’était un souterrain à la manière dont sa tête cognait à intervalle régulier contre de la terre et de la pierre et à l’humidité ambiante dans cet espace.

Ils furent poussés dans ce qu’ils avaient estimé être des cages. Leurs poignets retrouvèrent leurs libertés de mouvement et leurs yeux furent découverts. Ils n’eurent pas grand mal à réadapter leurs vision, car la salle où ils avaient été jeté était aussi sombre que l’intérieur de la forêt de nuit.

Une lumière diffuse filtrait, et grâce à elle, Anthon distingua des escaliers pauvrement illuminé qui remontait vers la surface.

Des barreaux faits à partir de bois et de bout de métal constituaient leurs cages. Il aurait suffi aux adolescents d’un peu de force pour les briser, mais ils se retinrent, suivant docilement Tom et ses idées qui semblaient les enfoncer à chaque fois un peu plus dans le pétrin.

Puis, après s’être assuré que les cages étaient bien fermées, les gobelins remontèrent à la surface en se racontant ce qui sonnait comme des blagues aux oreilles d’Anthon.

–     Bon, on fait quoi maintenant ?

La question, posée par Margaux, synthétisait leurs interrogations. Elle n’avait pas été posée directement à un de ses camarades, mais il était clair qu’elle s’adressait à Tom.

–     Maintenant ? On va se poser traaaaanquillement et attendre… tout simplement…

Ils entendirent quelque bruit et la voix de Tom s’éleva à nouveau :

–     Ouch, il est vraiment pas confortable ce sol !
–     Vraiment ? On attend juste ?
–     Mh ? Bah à moins que t’ai une autre idée, Eva, je t’en prie !
–     On pourrait pas, par exemple, nous évader de cette prison ou quelque chose, je sais pas moi !

Au son de sa voix, on pouvait facilement deviner que Tom était réellement perplexe quand il répondit à Eva :

–     Mais pourquoi on devrait nous évader de cette prison ? Le but de cette expédition n’était pas justement de trouver le village gobelin et si possible prendre contact avec eux ? Pour l’instant, on a rempli les deux objectifs principaux, et là, ce qu’on fait, c’est attendre de savoir si on va pouvoir remplir le troisième objectif : établir des liens amicaux et/ou commerciaux avec eux.

La prison fut plongée dans le silence. Tous réfléchissaient à ce que Tom venait d’annoncer.

Ce silence dura pendant ce qu’Anthon estima être quelques heures, seulement entrecoupé par le son des adolescents changeant de position dans leurs petites cages. Il fut brisé quand un sifflotement se fit entendre en provenance de la cellule de Tom.

Apparemment, il venait de se réveiller. Il chantait tout bas, mais dans le silence continu et l’étroitesse de la salle, tout le monde pouvait écouter les paroles de sa chanson.

Anthon s’apprêtait à lui demander quel était le titre de la chanson quand Elias le prit de court.

–     Dis-moi, Tom. J’ai une question que je me pose depuis des lustres…
–     Oh ? Une devinette ? Je suis tout ouïe !
–     Pas vraiment… Je me demandais plutôt si oui ou non tu sortais avec Camille, celle de seconde quatre. Parce qu’à chaque fois, je vous vois collés ensemble… et ça me porte grave sur les nerfs…

Le grand adolescent fut le seul à entendre la dernière partie de sa phrase, mais il se retint de faire un commentaire, il avait l’impression que la remarque ne collait pas au personnage. Cependant il éleva la voix à son tour :

–     Oui, moi aussi j’aimerai en savoir un peu plus sur ta relation avec elle !
–     I, too, want to know…
–     Ah, maintenant que tu le dis, Elias, c’est le bon moment de lui poser des questions puisqu’il peut pas s’enfuir ! Moi aussi je suis curieuse. C’est vrai ce qu’on raconte ? Que tu faisais des choses assez cochonnes avec Camille et aussi avec Emma, la petite sœur de Nat’ ? On raconte même que vous faisiez ça à trois en même temps !
–     Wow, j’ignore d’où tu sors ce genre de rumeur Margaux, mais je peux t’assurer que c’est absolument faux.

La voix de Margaux se fit mielleuse. Anthon, malgré le fait qu’on ne parlait pas de lui, se sentit inquiet par ce ton.

–     Oh vraiment ? Et même le fait que vous dormez ensemble dans le même lit ?

Tom resta silencieux quelques seconde en entendant la question de Margaux.

–     Je me demande qui a bien pu rapporter ce genre de choses… Et ? Si c’était vrai ? Qu’est-ce que ça pourrait bien faire ? Tu as pensé que ça pourrait être une habitude ou une routine, quelque chose du genre ?

« Malgré son génie, il est quand même tombé en plein dedans, et avec les pieds joints !… Une nouvelle raison de se méfier de Margaux apparemment, si elle se met à me questionner, je tiendrais même pas trois secondes avant de lui avouer même des crimes que je n’ai pas commis »

Anthon se mordit la lèvre inférieure pour s’empêcher de faire taire Tom. Il ne voulait pas avoir de comportement suspect qui pouvait transférer la curiosité de Margaux sur sa personne.

–     Rien, rien, je voulais juste savoir… Mais donc c’est vrai, fufu !

Anthon ne voyait pas le visage de Margaux, mais rien qu’à l’entendre, il devinait qu’elle affichait une mine triomphale.

Un ange passa et Tom se remit à chanter doucement. Cette fois, c’était une chanson que le géant connaissait, mais il n’avait jamais appris les paroles et était certain que le morceau datait de plusieurs décades déjà.

Elias revient à la charge. Comme s’il sortait tout juste de sa stupeur, au son de sa voix, il semblait énoncer quelque chose d’invraisemblable.

–     Et donc, tu dormais dans le même lit qu’elle, et t’as jamais rien fait ? C’est une blague ? Je veux dire, on parle de Camille Leuciel là, pas d’Eva ou chais pas qui, mais Camille ! Tu veux me faire croire que t’as jamais rien fait avec elle ? Rien du tout ? Je veux dire, tu mets n’importe quel mec dans un lit avec elle et je suis prêt à parier qu’une minute s’écoulerai pas avant qu’il se jette sur elle…
–     Ah bah bravo, donc toi tu sauterais sur une fille si tu te retrouvais dans le même lit qu’elle ?

Margaux semblait étonnamment mécontente de ce qu’Elias venait de dire mais personne ne releva son commentaire.

Tom laissa le silence répondre à sa place et Anthon se demanda s’il était gêné qu’on l’interroge sur ce sujet. Puis il étudia à son tour la question. Il se remit l’image de Camille en tête et dû admettre qu’Elias avait raison. Même s’il éprouvait quelque chose pour Romane, il n’était pas sûr de pouvoir garder son self-control s’il se retrouvait dans une situation identique avec Camille.

–     Tom ! Réponds à cette question, on est tous en droit de savoir la vérité ! Je VEUX savoir la vérité !

Anthon essaya de retenir un sourire, mais se rendant compte qu’il serait impossible de le voir dans ce noir presque complet, il sourit de toutes ses dents.

« Haha, j’aime bien comment il change son discours pour qu’il colle soudainement avec ce qu’il pense réellement… Mais je dois avouer que je veux savoir moi aussi. Même si c’est certain que je ne parlerai pas, je suis sûr que Tom pourrait s’arranger pour déplacer le projecteur sur moi. »

Voyant que Tom continuait de l’ignorer, Elias changea de stratégie.

–     Très bien, puisque tu ne veux pas parler, on va faire autrement… Si tu ne réponds pas à cette question, je désintègre les barreaux de cette prison et je m’en vais détruire tout ce que je trouve !
–     Haha ! Je t’en prie, essaie donc, mais Anthon se fera un plaisir de t’arrêter, à coup de poing cela va sans dire, puisque tu cherches à mettre en péril la mission ainsi que le campement. En plus, je ne savais pas que tu étais aussi bavard que ça, j’ai toujours pensé que t’étais du genre silencieux. Pour répondre à ta question : je ne parlerai qu’en présence de mon avocat !

Poussant un cri scandalisé, Anthon entendit Elias se mouvoir bruyamment dans sa cellule. Puis il y eu un bruit d’éclaboussure et des voix indignées s’élevèrent des autres cages.

–     Sérieux, mec ? Tu nous balance de l’eau parce qu’on ne satisfait pas ta curiosité perverse ? Quelle maturité !
–     Je m’en fous, je boude ! C’est injuste que tu te permettes de faire tous ces trucs avec Camille et que tu refuses d’en parler avec nous.

Eva, qui n’avais pas participé à la conversation jusqu’à là, intervint.

–     Je pense qu’il a le droit de garder pour lui ce qu’il a fait, ou non, avec Camille. Et même si je suis également curieuse, je respecte ton silence…
–     Ah ! Merci bien Eva ! Merci de me défendre !
–     …Cependant, je pense également qu’il est de notre droit de savoir ce que tu as fait avec Amélie.
–     Hein ? D’où ça sort ça ? Personne ne m’a prévenu !
–     Calme toi, Elias, il ne s’est rien passé avec Amélie, je ne vois même pas de quoi tu parles !
–     Ça sert à rien de le cacher, toutes les filles sont au courant, on sait toutes que la nuit, deux jours avant le départ, Amélie t’a rendu visite. Pas la peine de nier, on a des témoins visuels. Et on l’a aussi vu partir de ta maison. Elle avait les yeux rouges et quand on lui a demandé ce qu’il s’était passé, elle a rougit et est partie s’enfermer dans sa chambre.

Anthon écouté avec attention. Même si apparemment c’était quelque chose dont toutes les filles avant entendu parler, lui-même n’avait pas été au courant de cette affaire. À nouveau, sa curiosité fut attisée.

Dans la cellule voisine, Elias n’en pouvait plus, Anthon était prêt à parier qu’il s’apprêtait à réduire en morceaux les barreaux de sa cage.

–     Ah, vous parlez de ça, il ne s’est rien passé, on a juste discuté pendant un moment et c’est tout, pas la peine de se faire des désillusions.
–     Vraiment ?
–     Vraiment, Elias, je ne dis que la vérité.

Eva conserva le silence pendant quelque secondes, le temps qu’Elias se calme.

–     Vraiment ? Pourtant, quand elle est revenue de chez toi, elle était décoiffée et ses vêtements avaient l’air défaits… De plus…

Eva marqua une pause dramatique. Anthon se rendit compte qu’il retenait sa respiration. Il inspira en attendant la suite qui ne tarda pas à venir.

–     Le lendemain matin, tu es allé récupérer un t-shirt à Nathan, celui que tu portes actuellement. Et pourquoi ça ? En fouinant un peu dans ta cabane, on a retrouvé ta chemise… complètement déchirée…

À chaque phrase qu’elle avait prononcée, Elias inspirait bruyamment d’un air surpris. Anthon, lui aussi, poussa un « oh ! » de stupeur.

« Incroyable, quand elle passe pas son temps à nous faire chier, elle est étonnamment douée pour tenir ses auditeurs en haleine. Avec Elias et ses réactions dramatiques, je suis sûr qu’ils pourraient nous pondre un sacré spectacle comique ! Mais leurs changements de personnalité est assez inquiétant… Si c’est à cause de l’isolement dans le noir, je me demande ce que ça va donner si on reste plus longtemps là-dedans. »

Tom éclata de rire.

–     Haha, je dois avouer que tu es douée dans le rôle de la détective, mais je maintiens mes positions, il ne s’est rien passé. Je croyais avoir été clair quand je vous ai dit que tant qu’on aura pas de moyen de contraception, les relations sexuelles étaient prohibées ? Je ne disais pas ça pour rigoler, s’il y a un accident et qu’on se retrouve avec une fille enceinte sur les bras, ça risque de devenir très moche, surtout avec le manque d’hygiène effrayant dans notre campement.

Et avec ça, la conversation fut écourtée.

Deux jours continuèrent ainsi. Deux jours enfermés dans une cage à devoir attendre patiemment. Anthon n’avait en fait aucune idée du temps réel qui s’était écoulé, mais il savait que ça faisait un bout de temps qu’il était là-dedans avec ses camarades.

Durant ces deux jours, ils parlèrent de leurs personnes, de leurs parents, de leurs hobbies et se racontèrent des blagues.

Celui qui parlait le plus était Elias.

Il semblerait qu’être enfermé dans le noir avait activé un système de défense, et que cette défense le faisait parler. Le faisait beaucoup parler. C’était en tout cas l’hypothèse d’Anthon, et tant qu’ils ne seraient pas ressortis de cette prison, il n’avait aucun moyen de vérifier si ce changement était permanent ou juste temporaire.

Un gobelin venait à un intervalle régulier leurs apporter de l’eau, mais ils ne virent pas une seule fois quelque chose à se mettre sous la dent.

Quand le gobelin venu leurs apporter de l’eau était arrivé, la première fois, Tom avait fait une blague qu’il fut le seul à comprendre, à propos d’une certaine convention de 1949 sur le traitement des prisonniers.

Au bout des deux jours, la faim était horrible à supporter.

Avec elle venait la mauvaise humeur et la colère.

Anthon était prêt à jeter le plan à l’eau s’il pouvait avoir de quoi manger. Il passait son temps à se tourner et à se retourner pour trouver une position dans laquelle son mal de ventre serait atténué.

Il n’y avait que Jack et Tom qui se comportait normalement. Alors que tous grognaient et se tenaient le ventre en essayant de chasser de leurs esprits la vision de plats alléchants qui leurs faisaient plus de mal que de bien, Tom conversait comme si de rien n’était avec leur camarade étranger.

Elias, excédé de les entendre faire comme si de rien n’était, s’était emporté et leurs avait demandé comment ils faisaient pour agir de cette manière. Il se mit même à les soupçonner d’avoir de quoi manger sur eux.

–     Hein ? C’est juste que j’ai l’habitude d’ignorer mon estomac quand je lis des livres intéressant… On s’habitue ensuite à ne manger qu’à des intervalles irréguliers. Jack aussi, quand il chassait, ça lui arrivait de ne pas avoir grand-chose à manger, et donc d’économiser les réserves de nourriture histoire qu’elles durent assez longtemps… Je ne pense pas que les gobelins vont nous laisser mourir de faim, sinon ils ne nous auraient même pas apporté de l’eau.

Une ou deux heures après cet échange, la porte s’ouvrit. Les escaliers furent illuminés. La porte venait d’être ouverte.

« Tiens ? Mais on a pas reçu de l’eau y’a à peine quelque heures ? À moins que la faim ne brouille complètement mon horloge interne… »

Alors qu’Anthon continuait de s’interroger, cinq gobelins apparurent dans la petite prison. Le gobelin balafré qui les avait amenés ici était parmi eux.

Il échangea quelques mots avec Tom, puis sa cage fut ouverte.

Le géant s’approcha de ses barreaux et demanda à son camarade.

–     Il se passe quoi maintenant ?
–     Maintenant ? Il se passe que l’attente est terminée. Ils devraient vous libérer dans quelques temps, ne vous inquiétez pas. Ah, et si plus d’un jour se passe sans que rien n’arrive, échappez-vous en essayant de faire le moins de victime possible.

Le garçon fut alors conduit en haut des escaliers et la prison fut à nouveau plongée dans les ténèbres.

–     J’ai tellement faim que je mangerai volontiers le truc que Julie avait fait pour Chris et Jules.
–     Je lui demanderai de t’en faire quand on sera revenu au campement.
–     Vous savez ce qu’il me manque le plus là ? Je crois que c’est la musique de Will…

La conversation entre Eva et Elias sorti Anthon de ses pensées.

Il décolla son dos du mur sur lequel il était appuyé. Sentant que le tissu de sa chemise était humide, il soupira légèrement. Puis une question se forma dans sa tête.

–     C’est marrant quand même. Je veux dire, ça fait un mois qu’on est arrivé là, et il n’a jamais plu, pas une seule fois. Et on a beau être dans une cave complètement sombre et humide, il ne fait pas froid. Vous trouvez pas ça étrange ?

Pendant un moment, tout le monde garda le silence. Elias fut le premier à réagir.

–     Maintenant que tu le dis, c’est vrai que c’est bizarre…
–     C’est vrai… À te voir, on dirait pas que tu penses à ce genre de choses.
–     Merci beaucoup, Margaux, ça fait plaisir !

À son sarcasme, Margaux y répondit avec un rire espiègle.

Son rire fut presque aussitôt interrompu par un bruit qui retenti dans la prison souterraine. La lumière éclaira faiblement la cave et tous détournèrent les yeux. Leur séjour prolongé dans le noir les avait habitués à l’obscurité, et s’accommoder de nouveau à la lumière était douloureux.

Cinq gobelins descendirent à nouveau, et sans échanger de parole cette fois, se mirent à ouvrir les cages.

Une fois que les cinq adolescents furent sortis de leurs cages, ils se tinrent debout dans le petit espace, désormais bondé.

Les créatures vertes les conduisirent en haut de l’escalier.

L’escalier était situé à l’intérieur d’une petite hutte de forme circulaire. Des morceaux de bois formaient la charpente et des peaux épaisses tendus et grossièrement cousus servaient de cloisons.

Une fois arrivé au sommet des marches, les adolescents découvrirent la silhouette de Tom, les mains sur les hanches et un petit sourire aux lèvres.

Son sourire s’élargit et ce qu’il dit ensuite énerva légèrement Anthon, sans qu’il sache vraiment pourquoi :

–     Je vous avais dit qu’il suffisait d’attendre.

Elias se planta devant lui avec une expression indéchiffrable.

–     C’est cool que tu veuilles prendre une pose stylée et tout, mais où sont les toilettes ? ça fait deux jours que je me retiens de chier et si j’y vais pas tout de suite, ça va exploser !

Quand Tom l’informa qu’il n’y avait pas de toilette ici et qu’il fallait faire ses besoins dans la nature, Elias sortit de la hutte en courant, suivit de près par Margaux et Eva.

Anthon regarda la mine surprise de Tom, puis la sortie. Il se retourna vers Tom, et avec un sourire gêné, s’excusa.

–     Bon et bien, je dois y aller aussi, j’ai… à faire…

Il fila ensuite à la suite des autres.

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