Perdu dans la nuit 10 : Duel

Auteur : Faust
Check : Sinei


Yo ! Vous voyez que je peux en sortir un à la date prévue ! Voilà donc le premier combat d’Aln, qui se débrouille bien même si ce n’est pas encore suffisant, et un méchant petit cliffhanger… Bonne lecture !

Et aussi un grand merci à Sinei pour son check ! Il paraît que le type dans le livre d’Aln ressemble à un de mes frères…


Aln releva la tête. Il avait encore un goût amer dans la bouche, la gorge en feu et la nausée.

Mais devant lui se tenait la créature grotesque à l’origine de cette scène absurde. Comme les Ombres qu’il avait déjà vues, elle était humanoïde, pourtant son visage était froidement beau. Une lueur sadique se lisait dans ses yeux noirs sans prunelle alors que sa peau grise cendrée lui donnait une allure cadavérique détonnant tant avec la vivacité de ses mouvements qu’avec son apparence.

Ses deux bras ridiculement longs se terminaient par deux mains aux doigts griffus, aussi aiguisés que des rasoirs, dégoulinant du sang de ses victimes innocentes.

C’était la première fois qu’une Ombre se montrait avant que le soleil ait totalement disparu à l’horizon.

Le monstre regarda Aln avec des yeux amusés, et se délectait de l’expression d’incompréhension peinte sur son visage. Puis il partit d’un rire malade et le désigna du doigt, sans prononcer un mot.

L’instant d’après, il était sur lui.

Aln ne l’avait pas vu venir, mais il sauva sa vie grâce aux réflexes acquis par des années d’entraînement avec Jion.

Il esquiva les griffes acérées en reculant, peinant à garder l’équilibre, et la créature lui passa devant en coup de vent. S’arrêtant à quelques mètres, elle l’étudia, comme si elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit encore en vie.

Puis elle haussa les épaules, et se jeta sur lui. Ou plutôt, elle disparut.

Il sentit un courant d’air glacé dans son dos, et se jeta au sol, en même temps qu’une douleur aiguë lui striait le dos. Il sentit un liquide chaud dégouliner le long de sa colonne vertébrale, et cette douleur lui remit les idées en place.

Roulant au sol, il passa en revue les runes qu’il avait, et en se relevant il entendit le sifflement des griffes là où il se trouvait juste avant.

Toan ? Il pourrait se protéger, mais ça ne suffirait pas contre l’ennemi.

Ce serait déjà ça.

Passant sa main dans son sac en bandoulière, il reconnut au toucher la rune qu’il voulait, et il s’imagina entouré d’un bouclier d’air, une couche d’air comprimé qui bloquerait les attaques.

Au prix de son sort, il récolta une longue estafilade sur son bras gauche, bien que peu profonde, mais put ainsi obtenir un bref répit.

Il s’immobilisa et activa la rune, qui luit d’un brillant éclat avant de tomber en poussière. Alors il perçut devant lui une légère perturbation de l’air, de la taille d’un bouclier, qu’il pouvait déplacer à volonté.

L’Ombre revint à l’assaut, mais cette fois Aln était prêt. Il bénit son meilleur ami quand il se rendit compte qu’en se concentrant il pouvait discerner les mouvements de l’Ombre, et évaluant le trajet de cette dernière, il plaça son bouclier sur son chemin.

Un tintement sonore retentit, et le monstre trébucha lorsque ses pattes heurtèrent l’obstacle. Il resta stupéfait quelques instants.

C’était efficace.

Aln pouvait penser à son prochain mouvement. L’air comprimé était efficace, peut-être autant en attaque qu’en défense ?

Mais en avait-il une utilisable maintenant ? Toan ne pouvait par principe n’être employé qu’en défense.

« Lin », le vent; il devrait pouvoir se débrouiller avec ça.

A ce moment, la créature sortit de sa stupéfaction, et regarda d’un nouvel œil son adversaire. Jusque là, elle ne faisait que jouer. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’elle avait le droit de sortir chasser.

Elle leva une patte griffue, la paume ouverte, et referma un doigt. Pour la première fois, elle prononça un mot d’une voix rauque. « Golfejil ».

Aln la regarda sans comprendre, puis une aiguille d’un noir indéfinissable transperça sa jambe gauche. Il hurla, mais il ne pouvait pas tomber au sol, pas maintenant.

La créature abaissa un deuxième doigt, mais Aln plaça cette fois son bouclier devant sa jambe droite.

Le trait de ténèbres se rompit sur la protection, et le monstre réagit en abaissant deux doigts. C’était sans espoir.

C’est alors qu’un claquement de corde retentit sur la place.

La tête de la créature s’inclina à gauche, l’empennage d’un carreau d’arbalète sortant de sa tempe. Puis elle se tourna à droite, alors que les traits de ténèbres se dissipaient inoffensivement.

Aln saisit cette occasion pour s’écrouler à terre tout en prenant une rune Lin, et profitant de la distraction de son adversaire il imagina une puissante rafale de vent l’envoyer valser au loin.

Il activa sa magie, et effectivement de la rune s’échappa un vent de tempête qui, saisissant la créature, la fit s’écraser dans une ruelle, où elle disparut dans les ténèbres.

Puis Aln s’évanouit, drainé par sa magie et par le sang perdu.

***

La nouvelle de l’irruption de l’Ombre dans l’enceinte de la ville avant même que la nuit ne tombe se répandit comme une traînée de poudre, mais l’intervention des Patrouilleurs empêcha la panique. Leur seule présence rassurait les citoyens.

En revanche, personne ne rassurait les Patrouilleurs, et maintenant que la nuit était complètement tombée, tous les habitants de la ville étaient cloîtrés chez eux : ils devaient patrouiller les rues obscures en sachant qu’une Ombre surpuissante pouvait les surprendre à n’importe quel moment.

Ce fut une nuit affreuse pour eux.

Au matin, ils étaient trois de moins, trois soldats dont on avait retrouvé aucune trace. De plus, les personnes qui avant semblaient totalement abruties, celles qui avant ne faisaient que murmurer qu’elles avaient vu une Ombre, maintenant semblaient comme prises d’une folie meurtrière, et il avait fallu les enfermer.

En bref, aucun d’entre eux n’avait dormi, et même leur capitaine avait dû faire sa ronde, avant d’aller exiger de l’aide au seigneur de la ville.

La seule chose qui leur mettait du baume au cœur, ce fut qu’ils avaient pu sauver le jeune magicien qu’ils avaient rencontré la veille. Il était salement blessé, mais en vie, et il devrait récupérer assez vite. La seule blessure grave était celle de sa jambe, les deux autres n’étaient que de sanglantes estafilades sans gravité.

Au matin les gardes de la ville prirent le relais à contrecœur.

***

« Ah, elles sont plutôt marrantes ces bestioles hein ? »

Une voix qu’il connaît ; Bien qu’il ne l’ait jamais entendue en réalité. Celle du guerrier qui à chaque fois qu’il ouvre son livre montre le bout de son nez.

« Qu’est ce que…
– Ah, ne cherche pas, tu dors encore. Enfin, tu ne dors pas vraiment, mais tu peux voir ça comme un rêve lucide. Tiens, essaye de me voir.
– Je ne sais pas à quoi vous ressemblez…
– Tch. On ne se rappelle même pas de ses aînés hein ?
– Pardon, mais je ne comprends pas ce dont vous parlez. »

La voix resta silencieuse un instant, puis elle reprit.

« Bah, tu finiras bien par le comprendre, alors autant te le dire maintenant. Je suis en quelque sorte le précédent propriétaire de ton livre. L’Asninmaghisha. Le Grimoire de Résurrection.
– Le précédent propriétaire… Grimoire de Résurrection ? Sérieusement ?
– Ah, mais n’espère pas. C’est un nom qui en jette, mais la seule personne qu’il puisse ressusciter, c’est Eliana. Et même, il ne dit pas vraiment comment la ressusciter, mais comment briser le sort qui la retient entre les mondes. Enfin, c’est ce que je pense.
– Tu le penses ? »

Aln aurait bien voulu pouvoir regarder dubitativement le propriétaire de la voix, mais il était dans le noir complet.

« A ton avis, pour quelle raison suis-je là ?.
– Euh ?
– Je me suis fait avoir alors que j’étais dans le monde de l’Asninmaghisha, et du coup je suis resté bloqué dans le livre.
– Comme Eliana ?
– Pas exactement. Je ne suis que dans le livre. C’est pour ça que je peux te parler maintenant. Pour te donner un indice, juste un, sinon t’observer ne serait pas marrant. »

Aln tendit l’oreille.

« Toi comme moi, nous avons le même Nivtoagl, le Niholn. C’est l’arme la plus efficace contre les Ombres. Ce sont des créatures qui ont détourné la Mort. Elles sont mortes, donc en principe elles ne peuvent pas être tuées de nouveau. Elles ne font que changer d’hôte lorsque leur enveloppe devient inutilisable. Le serpent que tu as vu signifie que cette personne était un de ses hôtes possibles. Mais contrôler la Mort permet en quelque sorte de les rectifier : tu peux leur imposer de l’accepter. Mais pour ça, bonne chance, gamin. Enfin, je n’ai plus de temps, donc à plus !
– Attends ! »

Il n’y avait plus personne pour lui répondre. Enfin, même s’il ne savait pas si une voix suffisait pour faire une personne…

Ses pensées s’estompèrent, et il sombra de nouveau dans l’inconscience, même s’il n’en était pas vraiment sorti…

***

Aln dormit d’un sommeil agité pendant de longues heures.

Il se réveilla deux jours après son évanouissement, sous un plafond qu’il ne connaissait pas, qui était d’ailleurs bien plus luxueux que tous les plafonds sous lesquels il avait dormi.

« Étrange… » pensait-il.

« Je me rappelle m’être fait à moitié tué par cette Ombre, quand quelqu’un lui a tiré un carreau d’arbalète dessus, puis que je l’ai envoyé valser, puis…
– Puis nous t’avons amené ici.
– Ahh ! »

Aln sursauta. Il remarqua finalement le soldat en armure qui se tenait devant la porte, avec de grandes cernes sous les yeux. Il se souvint l’avoir vu dans l’auberge le soir où il avait détruit l’Ombre serpent.

L’homme reprit.

« C’est moi qui ait tiré sur l’Ombre, et ensuite je t’ai ramené ici.
– Ah… Merci… Elle, elle est toujours dans la ville ? »

L’homme baissa les yeux. Il avait l’air abattu.

« Oui, elle est toujours là. On ne sait pas où, mais régulièrement des gens disparaissent, d’autres deviennent fous. Honnêtement, à ce rythme là, je ne sais pas combien de temps la ville va encore tenir.
– Je vois… Pendant combien de temps ai-je dormi ?
– 2 jours. Tu aurais dormi encore plus longtemps si la capitaine n’avait pas ordonné au magicien de la ville de te soigner.
– Elle a fait ça ? »

Aln regarda d’un air dubitatif le soldat. Se moquait-il de lui ?

« Qu’est-ce que tu va t’imaginer ? En écoutant les témoignages sur l’attaque de l’Ombre, elle a eu l’impression qu’elle te visait.
– Aaah, bien sûr, évidemment…
– Au fait, chapeau pour l’avoir faite fuir. Pour le moment, à part toi, personne n’a survécu à une rencontre avec elle.
– Merci… Je peux rencontrer votre capitaine ?
– Tu peux bouger ? »

Aln passa rapidement en revue son corps. Il était encore endolori, et une longue ligne blanche zébrait son bras gauche, tandis qu’il sentait une raideur dans son dos, mais le magicien avait bien fait son travail.

En se levant, il posa prudemment son pied gauche sur le sol, et tressaillit de douleur en réveillant la plaie, mais cette souffrance était supportable. Le magicien l’avait remarquablement bien soigné, bien mieux que ce que l’on attendait d’un magicien d’une petite ville comme Magasnin.

« Oui, ça devrait aller.
– Alors allons-y. »

Sur ces mots, le soldat ouvrit la porte et sortit, puis il conduisit Aln au sein d’un véritable dédale de couloirs, avant de finalement s’arrêter devant une robuste porte à double battant, en chêne, toute recouverte d’inscriptions magiques, sans doute des runes de protection.
Il toqua, puis il s’écarta pour laisser passer Aln.

« Entrez. » répondit une voix féminine.

Aln ouvrit la porte, et entra dans la pièce. Elle ressemblait à une salle de conseil de guerre. Une grande table en occupait le centre, et autour de cette table se tenaient debout ou assis une demi-douzaine de personnes, toutes des militaires. Présidant l’assemblée, la jeune capitaine des Patrouilleurs jeta un regard à Aln.

Malgré son assurance, le jeune homme se sentait intimidé par tant de guerriers le scrutant intensément.

La jeune fille le remarqua et parla.

« Ce sera tout pour le moment. Faites ce qui est prévu. Empêchez la panique de se développer plus que ce n’est déjà le cas. »

Les participants se levèrent, saluèrent, puis ils sortirent un à un, alors qu’Aln leur cédait le passage.

Une fois qu’ils furent tous sortis, la capitaine se tourna vers Aln.

Elle semblait avoir souffert ces deux derniers jours, et ses yeux fatigués allaient de pair avec sa posture légèrement courbée. Ses longs cheveux châtains tombaient en cascades sur ses frêles épaules, qui semblait soutenir le poids d’une ville. Elle prit la parole.

« Je ne crois pas m’être présentée. Je suis Nimronyn de Yincan, capitaine des Patrouilleurs de la Coalition, septième section.
– Je m’appelle Aln, et je n’ai pas de nom de famille. Enchanté.
– Aln… Un nom original. D’où viens tu ?
– D’un village sans nom, dans les montagnes à l’Ouest d’ici.
– Dans les montagnes ? Là où ces étranges nuages se sont rassemblés il y a trois jours ?
– Des nuages ? Je n’ai pas fait attention, mais j’en doute, il pleut rarement là-bas à cette période.
– Hum… Je vois. »

Nimronyn lui jeta un regard pénétrant, puis elle reprit.

« Pourquoi l’Ombre t’a-t-elle attaqué ? »

Aln garda le silence. Il ne savait pas quoi dire, et s’il disait : « Parce que j’ai ouvert un livre… », il aurait l’air d’un idiot.

Les Grimoires n’étaient que des légendes, et si un inconnu de 16 ans annonçait qu’il en possédait un, et bien, il serait simplement ridicule. Ou alors il mourrait, au choix.

« Est-ce que ça a un rapport avec ça ? » dit-elle en sortant un livre, un petit livre de cuir relié…

« Que ? Où l’avez vous pris ?
– Quand j’ai appris que tu avais été attaqué, j’ai fait fouiller ta chambre d’auberge. Comme le patron était déjà mort, il n’a pas protesté. »

Elle pouvait faire de l’humour dans cette situation… Bon, c’était un humour un peu noir…

« Vous l’avez ouvert ?
– J’ai essayé, mais à chaque fois que j’y pense, je suis prise d’une aversion révulsante, et quand j’essaye de m’y forcer, je m’évanouis.
– Ah…
– C’est un Grimoire non ?
– Vous pensez vraiment qu’un gamin comme moi pourrait être en possession d’un Grimoire ? C’est une mauvaise plaisanterie. Non, c’est un livre que m’a confié mon maître. Je suis censé l’apporter à l’une de ses connaissances au plus vite. Mon maître a juste placé une sécurité sur le livre, de manière à ce que quiconque le lise sans sa permission le regrette.
– Ton maître ? »

Nimronyn n’avait pas l’air convaincue. Pour être honnête, elle ne pensait pas qu’un quelconque magicien suffisamment puissant pour lancer un tel sort prenne comme apprenti un gamin de village comme Aln. Si ce n’était pour le talent magique qu’il avait montré, elle aurait cru que c’était un voleur.

Seulement, ce qu’elle avait vu de sa magie était du niveau de l’apprenti talentueux d’un Archimage. En fait, seul l’un d’entre eux pouvait avoir ce genre de capacités aussi jeune.

Mais le problème, c’est qu’ils étaient tous connus, et qu’elle n’avait jamais entendu parler d’Aln.

« Qui est ton maître ? »

Aln attendait cette question. Lors de ses recherches, il était tombé sur un Archimage encore vivant aujourd’hui, connu pour son excentricité, mais qui n’avait jamais pris d’apprenti.

« Evogorim. »

La jeune fille resta interdite. Ce nom ne lui était pas inconnu. Oh, non, il ne l’était pas. L’un des plus grands Archimages, le seul ne venant pas d’une famille noble, mais d’une famille de paysan. Il avait toujours refusé de s’associer à la noblesse, et elle ne le connaissait donc que de nom.

Mais si c’était lui, il aurait pu prendre Aln comme apprenti. Pourtant…

« Si tu es vraiment son apprenti, tu dois savoir où il habite non ? »

Aïe. Aln retint sa respiration.

Il ne s’attendait pas à celle-ci. Une question sans intérêt, peut-être, mais en réalité presque personne ne savait où résidait Evogorim. C’était un très bon test, et un piège.

S’il le savait, connaissant la personnalité d’Evogorim, il ne pouvait pas le dire.

S’il ne le savait pas, il n’était pas son apprenti.

« Ha ! Je le sais, mais mon maître me découperait en morceau si je le révélais.” répondit Aln après un instant d’hésitation.

La capitaine lui jeta un regard suspicieux qu’Aln soutint.

« Dans quelle magie se spécialise-t-il ?
– La magie des runes, celle qui se spécialise dans le contrôle de l’air.
– Quand as-t-il été reconnu comme Archimage ?
– Il y 28 ans, après avoir découvert la rune d’implosion.
– Quels sont ses liens avec la noblesse ?
– Aucun. Avec tout le respect que je vous dois, il ne l’aime pas.
– Pourquoi ?
– Il n’aime pas en parler, mais je crois que lorsqu’il était jeune, la fille qu’il aimait a été enlevée par un noble local. Elle fut tuée, et mon maître massacra le noble peu de temps après. C’est la première fois qu’il a révélé son pouvoir au monde, choquant la communauté des magiciens. Ils ne croyaient pas qu’un paysan puisse…
– C’est bon ! C’est bon ! Stop, calme toi ! Je te crois ! » l’interrompit Nimronyn.

Aln essaya de reprendre une respiration normale le plus discrètement possible.

« Et ? Si tu es ici, c’est que tu as quelque chose à me dire ?
– Ah, oui… J’ai peut-être un moyen de vaincre cette Ombre. »

Le silence lui répondit.

« Tu es sérieux ?
– Oui. »

Nimronyn ne savait plus quoi penser. Il annonçait d’abord qu’il était l’apprenti d’un Archimage, puis qu’il avait un moyen de vaincre une Ombre insaisissable. C’était ridicule, et en même temps plus il parlait et plus tout cela semblait crédible. Et il est vrai que, selon les rapports, il l’avait déjà faite fuir une fois.

Il reprit.

« En fait, vous avez raison, cette Ombre me vise, ça ne sert à rien de le cacher; En revanche, je ne sais pas vraiment pourquoi. »

Elle lui fit signe de continuer.

« J’ai peut-être une méthode pour la détruire, mais je n’aurais jamais le temps de réussir tout seul. Elle me tuerait avant, donc j’ai besoin d’aide.
– Et d’où tiendrais-tu une telle méthode ? »

Elle n’avait quasiment aucun talent magique, mais elle avait comme reçu l’éducation d’une noble, elle savait à quel point détruire une Ombre normale était difficile. Alors celle-ci…

Aln la regarda comme si elle était un peu lente à la détente – il était après tout le disciple d’un des plus puissants magiciens d’Orbis – et lui répondit.

« Mais de mon maître bien sûr ! »

Nimronyn soupira. A partir du moment où elle avait accepté qu’il soit l’apprenti d’Evogorim, c’était couru. Pourtant, elle avait la désagréable impression de se faire berner…

« D’accord. Dans tous les cas, à ce rythme là nous ne tiendrons pas jusqu’à l’arrivée de la Première Section, alors autant essayer. Tu as plutôt impressionné mes subordonnés, donc il devrait y avoir des volontaires, et au pire j’en désignerai. Mieux vaut ne pas compter sur les gardes de la ville. »

***

C’était maintenant le soir.

Six personnes avançaient dans les sombres rues de Magasnin. Il n’y avait plus un bruit, tous les volets étaient fermés, et alors que c’était l’heure à laquelle les travailleurs allaient se reposer, aucune taverne, aucun bar n’était ouvert.

La vie même semblait avoir déserté la ville.

Parmi ces six personnes, cinq étaient des soldats, tandis que le sixième, qui se tenait au centre de leur formation, ne devait être qu’un adolescent.

Les soldats étaient prêts à mourir s’il le fallait, Aln espérait s’en sortir. Pourtant, maintenant qu’il voyait les ombres grandir sur le sol, maintenant qu’il entendait la plainte esseulée du vent, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il avait fait une erreur en se proposant comme appât.

L’ambiance n’était pas aux regrets, et le claquement de leurs pas sur les dalles le rappela à l’ordre.

Le claquement de leurs pas ? Pourtant, ils s’étaient arrêtés.

Il entendit un gargouillis sanglant derrière lui.

Le Chasseur était là.

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