Perdu dans la Nuit 22 : Havre

Auteur : Faust
Check : Miss X


Ah, je crois que la date de sortie régulière de PN va finir par reculer d’un jour à nouveau… Au début, c’était le vendredi. Maintenant, c’est le mardi. Qui sait, ce sera de nouveau le vendredi d’ici quelques semaines ?

Enfin un peu de paix pour Aln, mais bon, il a une bonne raison.


La créature se jeta sauvagement sur lui. Comme son apparence l’évoquait, elle chargea à quatre pattes avant de bondir pour tenter d’égorger Aln. Pris par surprise, il eut à peine le temps de se décaler. Au même instant, il sentit son cou le brûler et un peu de sang s’en échapper. Une vive douleur irradia de son bras gauche. L’ignorant, il se mit en garde et se prépara à la prochaine attaque, pendant que l’Ombre jaugeait la distance les séparant.

Accroupie, penchée en avant, la face relevée et un rictus meurtrier aux lèvres.

Les deux se rapprochèrent pas à pas, prêt à réagir dès que l’autre céderait.

L’Ombre attaqua en premier. Elle balança horizontalement son bras gauche, et son allonge était comparable à celle de l’épée d’Aln.

Lorsqu’Aln para, il sentit le choc jusque dans ses épaules et dut affermir sa prise pour ne pas lâcher son arme. Les bras de l’Ombre semblaient aussi solides que de l’acier. Son ennemi porta le deuxième coup de bas en haut, et cette fois Aln dévia la frappe sur le côté. Profitant du fait que l’Ombre ait utilisé ses deux armes, il frappa d’estoc, mais le monstre bloqua en ramenant ses deux bras devant lui. Ricanant, elle décala l’épée sur le côté et allongea le cou pour donner un coup de tête à Aln. Il dégagea son épée et l’accueillit d’un coup de pommeau à la tempe. La créature chancela un instant.

Aln profita de ce bref répit pour prendre en grimaçant une rune Toan qu’il savait être sa dernière, et il l’activa avec l’image habituelle en tête.

Lorsque la créature reprit son équilibre, elle feula, et frappa Aln aux jambes. Quand il para, elle agrippa de ses griffes presque métalliques son épée et avança sa gueule vers son bras en dévoilant une impressionnante double rangée de dents acérées. Elle en perdit une en happant le bouclier Toan.

Elle grogna en reculant, mais Aln comprit un instant trop tard ce que cela signifiait.

« Livtahoglim, leheilfioglim, is golFegil. »

(Un trait de ténèbres pour le tuer, le transpercer.)

La voix désincarnée qui prononça ces mots semblait venir de très loin. Elle évoquait une froideur sans bornes, et devait venir de profondeurs insondables. Ce n’était pas la créature qui les prononçait : elle était comme figée.

Aln se concentra. De la Sagmag maintenant… Il se jeta sur l’Ombre en espérant l’atteindre avant l’activation du sortilège.

Mais évidemment, c’était déjà trop tard. Il déchira l’abdomen de son ennemie au moment où celle-ci recommençait à bouger. Il se contorsionna, et heureusement car aussitôt après il se sentit percé au flanc, là où se trouvait son cœur un instant auparavant. Il chancela en portant la main à sa nouvelle blessure et se fendit d’un sourire ridicule en sentant le sang couler sur sa cuisse. Au moins l’Ombre aussi était-elle mal en point…

On voyait clairement la chair de l’Ombre laissée à vif par le coup d’Aln (heureusement, son corps était moins solide que ses bras), pourtant elle le regardait d’un air goguenard, l’air de dire : « Oui, mais moi ça ne me fait rien ! »

Pendant un bref instant, le jeune magicien envia l’Ombre. Elle était presque indestructible et maîtrisait la Sagmag, elle était fraiche et dispo alors que lui était déjà trop épuisé pour réutiliser son Nivtoagl. Puis il gémit et posa un genou à terre lorsque la douleur le submergea. La créature se pourlécha les lèvres en se préparant à donner le coup de grâce, puis un rugissement inhumain retentit du côté de la barrière. Un Jion à l’air encore plus fou que d’habitude envoya valser l’Ombre et se jeta de nouveau sur elle, sans même accorder un regard à son ancien ami à moitié mort. Le combat s’engagea.

La surprise passée, Aln se mit à monter les escaliers. Les deux autres étaient trop occupés pour faire attention à un pauvre blessé grave, et bientôt il se retrouva quelques dizaines de mètres en avant du combat. Il aperçut la porte, et ne put s’empêcher de ricaner en comprenant qu’il avait failli mourir à quelques dizaines de mètres à peine de son objectif.

Les bruits de combat s’estompèrent au moment où Aln posa la main sur la porte. Elle s’ouvrit d’une simple poussée. Une fois entré, il entendit un sinistre hululement, mais impossible de savoir s’il provenait de l’Ombre ou de Jion. Après tout, ce dernier avait démontré ses talents d’imitateur de bête féroce…

Aln referma la lourde porte, et juste après un choc sonore l’ébranla. Alors qu’elle s’était ouverte sans effort pour lui, elle demeurait maintenant inébranlable. Il fallait probablement bénir la magie d’Ilksa pour cela. Les coups se répétèrent sur la porte pendant quelques minutes, et Aln se laissa glisser sur le dos, et commença à bander ses blessures. Celle au bras était sans gravité, quand à celle au flanc… Il avait eu de la chance. En le transperçant de part en part, la flèche de ténèbres n’avait touché ni organe vital ni artère. De plus, la plaie était suffisamment fine pour qu’un bandage serré en arrête le saignement.

Quoique ce soit, ce qui frappait la porte se lassa. Aln ferma alors les yeux.

« Ah ! Moi aussi je veux pouvoir jouer avec la Sagmag…

– Je ne te le fais pas dire !

– N’est-ce-pas ?

– Vraiment, je trouve ça déloyal. Et dire que nous devons nous contenter des runes, c’est ridicule. D’abord on a besoin de les préparer, en plus de les tenir, et l’effet est plus long à apparaître, tout en étant moins puissant.

– Complètement. Et si on ne sait pas comment ça fonctionne, c’est presque inutile. »

Puis Aln se rendit compte qu’il parlait tout seul.

« Ça y est, je divague, je parle tout seul…

– Comment ça, tout seul ! Je suis là moi !

– …

– Ah, mais tu ne me vois pas…

– Tu es… ?

– Je suis ? »

Aln soupira. En y repensant, il connaissait cette voix. Il se rappelait à quel point elle pouvait être insupportable, même s’il ne l’avait entendue que deux fois…

« Le type insupportable qui vient se moquer de moi jusque dans mon sommeil, et uniquement lorsque j’agonise.

– Insupportable ? Comment ça insupportable ? Et moi qui pensais justement t’aider un peu pour te récompenser… Eh bien, si c’est comme ça, je n’ai plus qu’à partir !

– Ah… Attends…

– Mmmh ? Ne suis-je pas invivable ?

– … Tu ne l’es pas. Je m’excuse.

– C’est mieux comme ça. »

La satisfaction de la voix était palpable.

Un jour je l’aurai. C’est ce qu’Aln pensa très fort quelques secondes, puis il dissimula ses intentions meurtrières avant que la voix ne les remarque.

« Donc, je disais, comme tu t’es bien débrouillé jusqu’à maintenant, même si tu serais mort sans l’arrivée à point nommé de l’autre taré, je vais te donner deux ou trois conseils. Mmh, non, en fait, un seul conseil.

– Oui… Même fou il continue de m’aider. Ironique non ?

– Comme toujours. Mais c’est ce qui me permet de m’amuser un peu. Ce serait ennuyant si tout se passait bien pour toi. »

Aln soupira encore une fois. Il décida d’ignorer la dernière phrase de la voix, et se concentra sur son environnement. Il se sentait léger, et comme la dernière fois, il était plongé dans les ténèbres. En revanche, il se rendit compte qu’en réalité il était ici dépouillé de sa vision. Une sensation bien désagréable.

« Enfin. Je t’avoue qu’à un moment je t’ai trouvé d’un ennui ! Il y a des limites à la passivité ! Et si tu avais échoué face à un simple Tentateur, j’aurais été déçu.

– Un Tentateur ?

– Une Ombre bien répugnante. C’est ce fou d’Ilksa qui l’a emprisonnée dans cette vallée pour protéger son laboratoire, mais depuis sa mort cette Ombre n’en fait qu’à sa tête. Enfin, elle est fidèle à sa nature. Elle piège ses ennemis dans des illusions, attend qu’ils se fatiguent, et lorsqu’ils sont suffisamment affaiblis elle les achève. Quand tu ne sais pas ça, ce sont des adversaires redoutables, et leurs illusions sont difficiles à briser. »

La voix reprit plus doucement : « Tu n’es pas le premier à te faire avoir. »

Elle se tut quelques instants, et Aln crut entendre une respiration, puis elle dit :

« Tu es ici en sécurité. Je te conseille d’en profiter un maximum pour étudier la magie. Si tu dois y passer des mois, fais-le. Même si je doute que tu en aies le temps. Bon, maintenant j’en ai déjà trop dit. À la prochaine !

– Attends ! Et Rieln ? »

Aln sentit la tête lui tourner, et alors qu’il commençait à revenir à lui, il entendit comme un murmure.

« J’espère pour lui qu’il est chanceux. »

Il se réveilla à l’entrée du laboratoire sans savoir combien de temps il avait dormi. Il se sentait faible, ce qui était normal, et si son flanc le faisait souffrir, la douleur restait supportable.

« Tu parles de conseils… »

Il se traîna jusqu’à l’étude d’Ilksa et refit ses bandages.

Pour le moment, il n’avait qu’une seule chose à faire : récupérer en espérant que Rieln survive d’une manière ou d’une autre. Dans tous les cas, il avait probablement plus de chances de s’en sortir qu’Aln…

Le lendemain, il avait récupéré suffisamment de force pour inscrire une nouvelle rune : « Alholan », soin. Enfin, c’était un bien grand mot pour une simple accélération tout juste perceptible de la cicatrisation. La peau et la chair se reconstituaient un peu plus vite, en commençant par les bords jusqu’au centre, et pendant ce temps des fourmillements désagréables parcouraient le corps d’Aln.

La veille, il avait emporté suffisamment de nourriture pour tenir quelques jours à peine en se rationnant, donc il devait trouver un moyen de se nourrir. En y repensant, il n’avait jamais vraiment eu l’occasion d’explorer le laboratoire. Et puisqu’il était en sécurité ici, c’était sans doute le moment idéal pour ouvrir son grimoire.

En arpentant les couloirs, il se rendit vite compte que le laboratoire était immense. Ce qu’il avait vu jusqu’à présent, ce n’était que les pièces à vivre.

Dans un gigantesque entrepôt gisaient des milliers de livres. Rangés dans des étagères de plusieurs mètres de hauts, il fallait souvent une échelle pour les atteindre. Leur couverture était rigidifiée par le temps, et personne n’avait dû les ouvrir depuis des siècles. Le sol était recouvert d’une épaisse couche de poussière qui le rendait presque blanc, et les pas d’Aln laissaient des traces comme dans de la neige. Mieux valait ne pas éternuer ici…

En parcourant les rayons, Aln sentait d’instinct ce qu’il pouvait ouvrir et ce qu’il fallait laisser fermé. Ou plutôt, il était mystérieusement maintenu éloigné de certaines rangées de livres. Quelle prévoyance de l’ancien propriétaire…

En y regardant de plus près, il remarqua aussi qu’à certains endroits on pouvait remarquer des traces de pas presque effacées, et que certains livres avaient été déplacés il y avait moins longtemps que d’autres. Parfois, un rangement était nettement moins poussiéreux que celui d’à côté, comme si quelqu’un était passé par là il n’y avait pas si longtemps.

Mais quoiqu’il en soit, les livres ne se mangeaient pas. Le papier n’était pas connu pour être l’aliment le plus nutritif, et c’était pourtant ce dont avait besoin Aln pour le moment.

Alors qu’il continuait son exploration, il perçut finalement une lumière, au bout d’un couloir apparemment interminable. La liberté ? Presque.

En passant sous une arche de pierre simplement décorée, il sembla pénétrer dans un autre monde. Une brise irréelle amena jusqu’à lui le doux pépiement d’un moineau. Enveloppé de lumière, un petit bosquet se dressait immuable, les branches étranges de ses arbres se balançant en murmurant des encouragements engageants. Perdu dans une cuvette aux parois abruptes, chapeauté par un ciel d’un bleu éclatant et bercé par le chuchotement d’une source d’eau vive, c’était un coin de paradis. Aln crut même entrapercevoir Eliana assise à l’ombre des bois, conscient que ce n’était que son imagination. Ou plutôt, l’endroit était plein de la présence de la jeune fille qui pourtant n’en avait pas foulé l’herbe depuis des siècles.

Aln sourit en remarquant l’étang qui reposait de l’autre côté du bosquet, alimenté par le ruisseau, et dont le trop plein par moment s’échappait dans un trou s’ouvrant dans les profondeurs de la montagne. Des carpes aux écailles nacrées rehaussées d’un rouge écarlate nageaient tranquillement. Plus de problèmes de nourriture dans l’immédiat…

L’endroit était pacifiant. Aln s’y sentait à l’aise, et plus que tout, en sécurité. Il parvenait à y oublier l’angoisse qu’il ressentait vis-à-vis de la situation de Rieln, et de la sienne aussi. Pourtant, la première chose à laquelle il pensa en s’asseyant, c’était qu’il aurait voulu avoir pris son grimoire pour l’ouvrir ici et rejoindre Eliana.

Il passa quelques instants à mettre de l’ordre dans ses idées, car l’endroit s’y prêtait. Il était enfin arrivé jusqu’ici, mais il n’était pas encore parti à la recherche d’indices laissés par Alsag. Dans son état il ne pouvait rien faire avant sa guérison. Le plus important était de comprendre comment le… Tentateur avait appris son prénom et celui d’Eliana. Peut-être était-ce une illusion, mais il ne le pensait pas. Et cette vision d’Eliana… Il fallait bien que l’Ombre l’ait découverte quelque part. Son insistance pour qu’Aln parle était aussi étrange. Il y avait définitivement quelque chose de bizarre. Enfin, plus encore que d’habitude.

Aln soupira. C’était rare que ses désirs et ce qu’il avait à faire concordent : il avait besoin d’ouvrir son grimoire pour éclaircir un peu tout ça, et il en avait envie.

Mais avant cela, il avait une préoccupation plus urgente : il n’avait aucune nouvelle de Rieln. Avant de partir à l’exploration, et après avoir suffisamment récupéré pour bouger sans trop de souffrances, il avait discrètement jeté un coup d’œil par la porte d’entrée, mais l’escalier était vide de toute présence. Une fois assuré de sa sécurité (Il avait même utilisé une rune Sahn pour détecter une éventuelle magie) il avait emprunté l’escalier. Près de la barrière, on voyait sur les murs et le sol les marques d’un violent affrontement, mais aucune trace des combattants eux-mêmes. Evidemment il n’était pas entré dans la barrière – Il ne fallait pas tenter le diable – mais il était inquiet pour Rieln. Après tout, c’était lui qui l’avait entraîné là-dedans…

Aln se leva en soupirant de plus belle, et retourna dans le bureau d’Ilksa. Il était plus que temps de se mettre au travail

 

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7 commentaires sur “Perdu dans la Nuit 22 : Havre

  1. Waaa vraiment super 😀 Un bon novel un peu dark/gore, sa fais du bien 😀 Je pence que tu devrais rajouté horreur ou quoi dans les genres, car je pensais pas du tout tombé sur ce genre de novel et le commençant 😀 En tout cas vraiment hate de connaitre la suite, mais surtout la vérité qui entour se monde ainsi que notre cher MC 😉

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    1. Wha ! J’ai mis beaucoup trop de temps à te répondre ! ^^’ Mmh, effectivement il ne devait pas vraiment être aussi noir à l’origine, même si je vous réservai déjà, et vous réserve encore quelques surprises… Plutôt que Gore/Horreur, peut-être que je vais rajouter Fantastique ou Mystère, effectivement. Merci d’avoir lu, et surtout, content que l’histoire t’accroche ! ^^

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