Arca – Chapitre 9 : Triste

Auteur : Shinoera
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Hmm… J’ai quelques problèmes IRL qui m’empêchent d’être actif :/ Pardonnez mon absence !


I – 9 – « Triste »

— Derrière ! cria Myriam.

Tout le monde se retourna précipitamment, Teeli sortit une épée du fourreau qu’elle portait sur elle, et que Shem n’avait alors jusque-là, jamais remarqué, Grimm avait fait une boule blanche et bleu entre ses deux mains. Les autres étaient en retrait quelques pas derrière.

Les yeux étaient toujours là, et maintenant, toute l’équipe les vit, ces deux grands yeux ronds et blancs qui n’avaient que pour pupilles de tout petits points noirs. Bien que Myriam ait criée et que tout le monde ait bougé, les yeux, eux n’avaient pas oscillé d’un millimètre. Ils étaient là, toujours immobile, fixant quelque chose, ou plutôt quelqu’un.

« C’est moi ou ce truc me regarde !? »

Shem était vraisemblablement observé par cette chose, enfin… pas vraiment observé. On aurait dit que le créature cachée, jaugeait Shem, peut-être même qu’elle réfléchissait. Une masse étrange sortit de là où était caché le monstre, comme une sorte de main difforme entourée d’un voile brumeux vert et noir qui s’avança avec vitesse vers Shem. Grimm lâcha un grand « Yaaaaa ! », et une petite lame courbée ressemblant à une dague s’abattit sur la main de la chose, qui n’était déjà plus qu’à une dizaine de centimètres du visage de Shem. La dague coupa la main avec netteté, mais elle ne tomba pas au sol, au lieu de cela, c’est comme ci, celle-ci s’évapora dans l’air, de la même manière que quand on met du lait dans un café.

Teeli sauta vers la chose, mais à l’instant où elle allait la toucher avec l’épée — qui était d’ailleurs une rapière — les yeux devinrent légèrement rouges, et disparurent d’un coup. Teeli fit une roulade pour se rattraper. La lumière du feu sacré, ne pouvait éclairer jusque-là où se trouvait le monstre, personne ne vit vraiment à quoi ressemblait la chose.

Teeli revint près du gammalaya maintenant coupé, et dit juste ces quelques mots, «Rentrons au plus vite.».

Tout le monde s’exécuta sans dire un mot, Shem prit sa hache et son sac qu’il avait laissé tomber un peu avant. Il rejoignit le groupe très vite, poussé par la peur.

L’arbre maintenant au sol, était bien moins beau, ses feuilles commençaient déjà à pourrir, mais un petit bruit attira son attention, il se retourna pour voir s’il y avait quelque chose.

Et encore une fois, derrière les ténèbres, deux grands yeux blancs étaient là et le fixaient ; un frisson parcourra tout son corps.

Ils coururent pour revenir à la grotte, les flambeaux au loin, éclairaient encore moins qu’avant ; la pénombre de la nuit avait englouti toutes les formes distinctes d’arbres et de pierre, ne laissant plus qu’un vaste champ noir s’éloignant à perte de vue. Une fois tous dans la grotte Myriam prit un morceau de tissu qu’elle accrocha à deux stalactites en forme de crochet situé au plafond, et bloqua le bas avec deux gros cailloux. Le morceau de tissu tendu bougeait à chaque fois que le vent soufflait un peu. Grimm se gratta la tête et commença à parler.

— C’est la merde-là… Un jasmin quoi !! Un jasmin !

— Depuis quand ces merdes là, ont migré vers le Nord ? continua Teeli en ayant de la hargne dans ses mots. Des Ombres écarlates, une bête, Shem et maintenant un Jasmin !

— Un jasmin ? demanda Shem intrigué.

— Une Ombre écarlate plus grosse que les autres, et qui mange les autres Ombres écarlates, en gros un Jasmin, peut regrouper une centaine de monstres comme celui qui t’a attaqué tout à l’heure. lui expliqua Grimm.

— Excusez-moi. dit Myriam. Maintenant qu’on sait tout ça, et que l’on a abattu l’arbre, que faisons-nous ?

La question amena un silence, et ce silence lui-même faisait comprendre que chaque personne dans la grotte réfléchissait. Grimm sembla se rappeler d’un truc.

— Ta jambe !! Ta blessure ! La morsure, je n’ai pas changé les bandages depuis quatre jours !

— Oh merde, c’est vrai !

— Ça te fait pas mal ?!

— Je ne sais pas trop…

Shem enleva le bandage caché sous son jean, montrant maintenant, une cicatrice complètement ouverte où du pus suintait.

— Moi avoir douleur.

Grimm le regarda avec insistance comme s’il cherchait à comprendre le fonctionnement du cerveau de Shem, mais il ne réussit visiblement pas.

— On va faire de la suture, maintenant la blessure est encore plus ouverte qu’avant.

— Sans moi ! La peau de chameau, ça me suffit. le coupa Sylvia.

— Shem, tu ne ressentais rien avant d’enlever le bandage ? demanda Teeli.

— Non, rien.

— …

— Bon, je vais endormir ta jambe, alors bouge pas trop après, cale-toi contre un mur et on pourra commencer. annonça Grimm sur un ton calme et serein.

Shem acquiesça et se mit contre le mur gauche de la grotte, il s’assit et Grimm sortit une aiguille assez large et un fil bleu, il fit un nœud entre les deux, puis dit quelques mots avec la main vers sa jambe blessée, que Shem ne put comprendre. Sa jambe tomba lourdement. Shem détourna le regard pour ne pas voir l’aiguille traverser sa peau.

Grimm fit cela, comme s’il l’avait fait toute sa vie, faire une suture en plein milieu de nulle part dans une grotte avec des monstres qui rôdent dehors ne le déstabilisait même pas, pas une seule fois ses mains ne tremblèrent. Shem, lui, sifflait pour oublier ce qui se passait au niveau de sa jambe, Myriam était dos à eux à l’autre bout de la grotte, et semblait respirer fort.

— J’ai horreur des aiguilles… gémit Livia.

— C’est dommage pour toi, tu vas recevoir ta piqûre ce soir.

— Je sais bien…

— C’est une dose moyenne ce soir non ? il discutait tout en restant parfaitement concentré sur ce qu’il faisait.

— Oui. elle semblait en même temps qu’elle parlait, se perdre dans un tas de souvenirs.

Shem bougea un peu pour redresser son dos, puis après quelques secondes de silence, il prit la parole.

— Si ce n’est pas trop indiscret, quelles sont vos motivations ? Vous êtes chevaliers, mais pour quelles raisons ?

La discussion se mit en pause, comme si la question n’était pas la bienvenue.

— Moi personnellement, c’est pour apporter la sécurité à ma famille, ainsi qu’une source de revenue stable… mais bon, plus ça va, et moins les chevaliers sont payés. se plaignit Teeli en regardant Grimm.

— Oui, mais le Seigneur ne peut pas tout faire en même temps. répondit Grimm.

— Cet enfoiré, il ne paie pas ses subordonnés comme il le faut…

Livia se racla un peu la gorge et prit la parole à son tour.

— Il n’y a que toi qui te plains de lui. Il y a une raison à ça. On manque de tout, tu le sais très bien, de métaux, de pierre, et même de bois, c’est même d’ailleurs pour ça qu’on est là.

— Tu as juste un talent pour râler… je ne sais pas comment ton mari arrive à survivre. se moqua Grimm en souriant.

— Pourriez-vous fermer vos bouches succinctement s’il vous plaît ? elle dit cela d’une voix agacée.

« Prenez-moi pour un blaireau, allez-y ! Ils ont esquivé la question avec autant d’aisance qu’une huître sur un paillasson. Bon, c’est pas grave, ils n’avaient pas envie de répondre. »

Shem fut arraché de ses pensées par Sylvia, qui lui tirait la manche de son pull. Grimm avait aussi fini de faire la suture et avait fait un petit nœud pour que cela tienne. Il décida de lancer la conversation.

— Oui, qu’est-ce qu’il y a ? dit-il en souriant.

— Moi je ne fais que suivre ma grande sœur. Mais toi, pourquoi tu es là ?

— Et bien, tu vois, parfois, les parents donnent de grandes responsabilités à leurs enfants, et ceux-ci doivent accomplir des choses qui ne leur étaient pas destinées. répondit Shem en ayant le regard remplit de souvenirs lointains.

— Tu es un de ces enfants-là ?

Shem réfléchit au moins plusieurs secondes avant de répondre. Teeli, Grimm et Livia discutaient toujours ; Shem répondit avec une boule dans la gorge.

— Ce n’est pas à moi de le savoir.

Sylvia se redressa, et regarda Shem en se rapprochant de lui, presque assez pour le coller.

— Shé, tu es triste ? le visage de la petite montrait une expression inquiète et triste.

— Hein ? Nan, ne t’inquiète pas. un faux sourire de plus s’ajouta au compteur.

— Mais… tes yeux, ils sont toujours tristes.

— Aaah…

Shem regarda le côté de la grotte, où le tissu avait été posé pour créer une porte de fortune. Le vent la faisait bouger dans tous les sens, en même temps qu’elle s’écartait des flancs de la grotte, on pouvait apercevoir les étoiles. Shem les fixaient, le regard triste.

« La constellation du cygne… »

— Tu as sûrement raison.

 

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