Perdu dans la Nuit 30 : Eljinor

Auteur : Faust
Check : Sinei


Ça ne faisait pas si longtemps que ça hein ? N’est-ce pas ? … Bon d’accord, un peu trop longtemps… Enfin, voilà un chapitre plutôt tranquille. Le calme avant la tempête ? Qui sait, à part ceux qui le lise en avance… x)

Sur ce, bonne lecture, et comme toujours, un grand merci à Sinei pour ses checks ! N’hésitez pas à donner votre avis ! ^^


En pensant à Eljinor, c’est à ses quartiers supérieurs que l’on pensait, et si l’on en parlait, on ne pouvait oublier la Place aux Sources.

La veille, Aln était arrivé par un autre côté, mais ce qui le frappa ici, ce fut la multitude de canaux, où s’écoulait une eau parfaitement transparente. Il était encore tôt, et la fine nappe de brume suspendue au-dessus du sol donnait à l’endroit une allure onirique. Le jeune homme ne put retenir un soupir d’admiration lorsqu’en s’avançant, petit à petit, un vaste réseau de ponts lancés au-dessus des ruisseaux se dévoila, comme pour préparer à l’imposante fontaine trônant au centre de la place, et dont les jets s’envolaient, comme par magie, haut dans le ciel. Un tableau céleste complété lorsque le soleil pointa au-dessus des bâtiments, et qu’un arc-en-ciel enjoliva la scène.

Rieln était déjà parti, laissant Aln seul avec Nimronyn, et comme l’un et l’autre n’appréciaient guère l’ambiance de la demeure du Conseiller Eldyn, ils avaient décidés de visiter. Ou plutôt, Nimronyn faisait visiter.

La cité entière était parée d’un joli blanc immaculé, qui de loin lui donnait son halo sacré, et les avenues, larges et pratiques, laissaient défiler les témoins d’une prospérité sans limite. Les quartiers supérieurs pouvaient se targuer d’une sécurité sans faille, et on pouvait presque tout y trouver, du moment que l’on cherchait au bon endroit.

Le jeune homme eut droit à une visite en règle, couvrant aussi bien les quartiers résidentiels que ceux des plaisirs, d’ailleurs plutôt vastes, et ce n’est qu’en descendant une rue mal pavée que Nimronyn s’arrêta.

« Par là, ce sont les quartiers inférieurs. Certains sont relativement vivables, et dans d’autres, mieux vaut ne pas espérer en ressortir vivant. Je sais que tu débordes de curiosité, mais attendons un peu avant d’y entrer.

– Mmm… »

Aln enregistra l’avertissement, moins par crainte qu’à cause du « Attendons un peu ». Après tout, il ne servait à rien de se presser.

Une fois la nuit tombée, il accompagna Nimronyn et ses soldats pour une soirée de boisson. Sans surprise, elle commença dans une ambiance sinistre, mais bientôt, l’alcool aidant, les soldats se ragaillardirent.

« Bah ! Dans tous les cas, on a l’habitude ! C’est juste que dix d’un coup… Normalement, par mission, c’est 2-3 maximum, mais là, non, bam, dix ! L’avantage, c’est qu’au moins on a des vacances !

Euh…     Je croyais que les patrouilleurs n’avaient que peu de pertes ?

– Ah, mais ça, c’est vrai pour les premiers numéros. Nous, on est là pour les missions suicides pas importantes, celles qui servent pas à grand chose, et où on va y laisser la peau.

– Mais, pourquoi ? »

Le jeune homme n’était pas sûr de tout comprendre, sans doute à cause de l’alcool. Mais il était sûr que les patrouilleurs étaient respectés, préservés, etc… Pourtant…

« P’t’être que la capitaine et le conseiller ont du mauvais sang entre eux, ou alors, comme c’est lui qui nous as tous recueillis, il se dit qu’on lui doit bien ça. Ça lui donne de l’influence, et ça lui coûte rien. Ouais, ça doit-être pour ça.

– Recueillis ?

– Ouais,     c’est ça. Tous des fils de criminels, tous. Il nous prend dans la rue, il nous entraîne, et hop ! Au travail. Enfin, à part la capitaine. Elle,c’est autre chose. Et puis, elle nous a sauvé trop de fois pour les compter, alors on se dit qu’elle, elle doit venir d’autre part. Ouais, ça doit-être ça. Et puis, elle a l’air de connaître les quartiers inférieurs, alors on se dit que peut-être elle y a passé un bout de temps. »

Comme la première fois qu’il l’avait vue, Nimronyn se tenait un peu à l’écart, une chope de bière posée devant elle. Elle semblait plongée dans ses pensées. Aln se dirigea vers elle, en marchant droit bien sûr, et laissa un soldat chancelant acheter un tonneau de plus.

« Tes soldats ont l’air de t’apprécier.

– Oh, Aln, répondit-elle en émergeant de sa rêverie. Oui, à force de risquer notre vie, on finit par nouer des liens. Et toi, tu as l’air d’avoir sympathisé, sourit-elle.

– L’alcool aide toujours.

– J’ai vu ça. Tu marchais droit là, c’est ça ?

– Bien sûr, dit-il en s’asseyant, je marche toujours droit. »

Derrière lui, un lourd silence surprit le jeune homme un instant, et quand il se retourna, il trouva la dizaine de soldats le fixant d’un air menaçant. Puis ils recommencèrent à parler et à boire avec insouciance.

« Je me suis senti menacé.

– Ne t’inquiète pas pour eux, ils ne te feront pas de mal. Enfin, pas trop. En fait, tant que tu restes conscient, ça ira.

– … Je garde ça en mémoire. Alors comme ça, tu connais les quartiers inférieurs ?

– Ah, soupira Nimronyn, ils parlent toujours trop quand ils boivent. Oui, je les connais un peu, et oui, je t’y emmènerai si tu veux.

– À la bonne heure.

– Tu aimes vraiment te fourrer dans les ennuis, hein ? Les Ombres,     la famille Eldyn, les quartiers inférieurs… Quelle est la prochaine étape ? »

Aln réfléchit quelques instants. La prochaine étape ? Bonne question, il arrivait à court de stupidités. Les Ombres étaient devenues une partie de son quotidien. La famille Eldyn ? Eh bien, cela lui semblait un moindre problème. Les quartiers inférieurs… étaient prometteurs. Mais après ?

« Je pense que les ouvrages interdits me donneront de quoi jouer un peu.

– De quoi « jouer », hein… D’ailleurs, est-ce que cette histoire de Chercheur est vraie ?

– Oui, pour la plus grande partie.

– Mmmmh… D’après ce que j’ai entendu dire, le dernier avait bien fait parler     de lui.

– Les Chercheurs sont si rares que ça ?

– Oh, oui, il n’y en a presque plus aucun.

– Tués ? »

Aln sentit un frisson glacial remonter le long de sa colonne vertébrale. Il avait décuvé.

« Les Chercheurs sont fidèles aux autres Chercheurs, mais pas à la Coalition. Mais comme souvent ce sont les meilleurs magiciens, les Conseillers n’hésitaient pas à s’en débarrasser si nécessaire. Et ils étaient nombreux aussi à mourir dans leur recherche. »

Le jeune homme hésita quelques instants, puis il demanda :

« Plus j’en apprends, et moins je leur fais confiance… Mais, Nimronyn, pourquoi est-ce que tu me racontes tout cela ? Ça ne risque pas de te retomber dessus ? »

Nimronyn sourit tristement, et, jetant un coup d’œil aux environs, elle répondit :

« Peut-être parce que je suis dans le même genre de situation que toi. Et peut-être que je veux simplement que tu fasses ton choix en connaissance de cause. Même si je suis sûre cela ne changera rien à ta décision, au moins seras-tu prévenu. Et puis, ce n’est pas comme si j’attendais encore grand-chose de la Coalition, alors autant que tu n’en souffres pas.

– Et si le conseiller te donnait cet ordre à toi ? »

Elle éclata de rire.

« À moi ? C’est la meilleure ! Jamais il ne me le demanderait, il ne me fait pas confiance. Ou alors, il le ferait, et prendrait une assurance en plus. Ou encore il se débarrasserait de nous deux à la fois, ce serait bien son genre. Et c’est probablement pour ça qu’il a éloigné Rieln, car il commence à douter de lui. »

Peut-être était-ce le moment de demander des éclaircissements, pensa Aln. Il considéra sérieusement la question, mais il finit par se raviser. À ce moment là, il sentit une présence inquiétante dans son dos. Nimronyn essayait sans succès de dissimuler un sourire en coin, et finit par tousser en essayant de cacher son rire. Le jeune homme sentait les ennuis venir.

Quand il se retourna, il eut l’immense plaisir de voir une dizaine de guerriers à moitié éméchés le fixer d’un regard d’ange, dans lequel on voyait toute la gentillesse du monde !

« Mon capitaine, on peut vous l’emprunter un peu ? C’est bientôt le couvre-feu, et on a pas assez bu avec lui.

– Ne vous gênez pas, allez-y, répondit-elle avec un grand sourire.

– Merci mon capitaine. »

Comme Aln n’avait pas son mot à dire, il fut entraîné à quelques mètres de là, et placé devant un tonnelet de bière de taille relativement imposante. Puis, on lui servit une choppe. L’un des soldats, celui qui s’était adressé à Nimronyn, lui posa alors une étrange question :

« Quelles sont les trois commandements ?

– Pardon ? »

L’homme lui tendit un formidable de bière. Devant l’impressionnante carrure de l’homme, Aln but. Son tortionnaire reprit à voix basse.

« La première loi, c’est qu’à moins de cinquante centimètres tu ne t’approcheras pas d’elle. Reconnais-tu tes péchés ? »

Aln but. Comme s’il avait le choix. Et les autres de l’accompagner.

« Quelle est la deuxième loi ? »

Aln ne répondit pas. Il but, et les autres aussi.

« Ba deussième loi, z’est de pas trop d’y croire ! Reconnais-tu tes péfés ? »

Aln but, et les autres s’y collèrent de même.

« Guelle est la troivième loi ? »

Aln avait comprit, il but. Heureusement qu’il n’y avait que trois lois.

« V’est que si tu la trahis, on te pend par les tripes. »

Le jeune homme, qui avait pris l’habitude de boire à chaque phrase, faillit s’étrangler.

« Mais te t’inquiète pas, tu as passé le test d’entrée. Bienvenue dans la Compagnie de Yincan. » Reprit un autre patrouilleur.

Ensuite, Aln ne se souvenait pas vraiment de ce qui s’était passé.

***

Il avait prévenu son père. En partant, il pensait simplement rendre un service, un détail peut-être important, mais un détail quand même. Puis, en se rapprochant de l’endroit, il commença à se sentir mal à l’aise. Son père lui avait raconté d’anciennes légendes, que la plupart croyait ridicules, mais qu’eux savait vraies. Et particulièrement, la légende des Gardiens.

Les montagnes lui avaient paru tout à fait normales. La forêt dans laquelle il s’était engagé en suivant les instructions, sombre, mais somme toute sans danger. À part bien sûr pour les quelques idiots qui avaient essayé de le dévaliser, et qui nourrissaient maintenant les vers.

Et puis, l’ambiance était devenue étrange.

Quand il arriva à l’entrée d’une vaste clairière, quelque chose le dérangeait violemment. L’air était oppressant, la colline en face de lui, sinistre. On l’avait prévenu qu’il y avait quelque chose d’étrange ici. Il avança, lentement, lentement. La main sur la poignée de son épée.

Il n’y avait rien devant lui. Pas d’odeur, pas de vent.

Et puis, des formes se dessinèrent lentement, comme émergeant d’une brume surnaturelle. Une odeur de chair en décomposition assaillit ses narines, et Calnig cilla en voyant les cadavres. Ils les aurait pris pour vivants sans l’effrayante pâleur de leur teint, sans la vermine infestant leur corps en masses grouillantes, débordantes, et gesticulant autour comme à la recherche d’une autre nourriture.

Les corps étaient disséminés ça et là, comme si les villageois étaient morts d’un coup, et sans aucune marque apparente. L’homme continua son chemin vers ce qui semblait être la place du village.

L’air était lourd. Un étrange nuage noirâtre suintait du sol mal dallé de la place. Et Calnig en avait assez vu. Il fit demi-tour, mais se tendit en entendant un chuintement discret derrière lui. Lorsqu’il se retourna, son sang se glaça dans ses veines : les volutes souillées semblaient se tendre vers lui, et se rassemblaient dans une sorte de tissage sordide.

Il courut, et sentant la chose se rapprocher de lui, il lâcha toutes ses affaires, laissa son épée et son sac. Pour la première fois de sa vie, il hurla de terreur, et se jeta hors du village, trébucha juste à l’extérieur de la barrière. Sentant, la fin venir, il ferma les yeux, mais comme rien ne changeait, il les rouvrit.

À quelques mètres de lui, « Elle » se tenait. Elle n’avait pas de visage, pas de corps, pas de consistance. Elle voletait simplement là, comme la manifestation d’un cauchemar, et le « regardait » depuis l’intérieur de la barrière. Hurlant. Elle essayait de rentrer dans son esprit, de le détruire.

Le jeune homme se prit la tête, cria, frappa du poing sur le sol, rampa pour s’éloigner, sanglota et gémit. Il ne sentait plus son corps, son esprit semblait se désintégrer lentement, rongé par une douleur surnaturelle.

Et il sombra dans l’inconscience.

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