Pérégrinations en Monde Inconnu 20 : Là où on se fait trahir

Auteur : SamiHuunter
Check : Loux & Yurane


Wow, un chapitre de PeMI ? Bah ouais, si on a bien des eclipses avec des cycles d’un siècle, je peux bien me permettre de publier un chap x’)

La réalité est bien plus triste… Ce chapitre est pas vraiment complet, normalement, il devrait être accompagné d’une première partie retraçant la suite de ce qui s’est passé dans le camp des dgulgg (point de vue de Bulgulglu), mais vu que je suis une grosse merde, elle viendra plus tard :/

Et je suis une plus grosse merde encore vu que j’avais prévu de subdiviser PeMI en trois volumes de 50k, mais il semblerait que j’ai déjà dépassé les 150k… Du coup ça va se transformer en deux volumes comprenant chacun deux plus petits volumes. Et la réécriture rajoutera sans doute un petit volume au début (donc pas plus de 50k-70k), uniquement dédié aux personnages avant leur apparition dans le nouveau monde.

Ah, et je sais pas si vous vous rappelez, mais j’avais mentionné un second étudiant étranger (dans le chapitre 2 si mes souvenirs ne me font pas défauts), et vu que son histoire est tout de même relativement intéressante, j’aimerai bien me mettre à plancher dessus. Donc ce serait bien si vous vous manifestiez et que vous me donniez votre avis de lecteur :

  1. Continuer et terminer PeMI (encore quelques chapitres seulement).
  2. Écrire les SS des étudiants, me permettant d’avancer la réécriture en proposant des sides stories qui développent un peu plus le cast de personnages ainsi que le city building (car les SS seraient dans les 10k à 20k, comprenant des parties avant et après l’apparition).
  3. Commencer les histoires parallèle au risque de ralentir (encore plus) le rythme de parution de PeMI. A savoir que les histoires parallèle sont ce qu’elles sont. Elles se déroulent sur la même période de PeMI mais à des endroits différents et avec d’autres personnages (moins, dont certaines avec un seul personnage), ce qui les rend plus courtes. Elles finissent toutes par rejoindre la trame principale et à s’y mêler.
  4. M’amuser à faire un glossaire illustré des choses que les étudiants découvrent dans le monde, avec des textes explicatifs qui expliquent plus en détails, et éventuellement le travail d’analyse complet sur les girothanis (et y ajouter les illustrations pour le coup)

Bref, voici la suite, bonne lecture à vous, et n’hésitez pas à exprimer votre mécontentement x)


Adossé à un mur de l’infirmerie, Mason fixait le corps inanimé de Jack en se rongeant les ongles.

Plusieurs heures étaient passées depuis que les terribles événements avaient pris place, mais l’état mental de l’archer n’était plus instable.

Il avait passé tout son temps assis dans la même position, à écouter la musique de William et à ruminer sur ce qu’il s’était passé.

La conclusion à laquelle il était parvenu l’avait permis de surmonter l’impression d’avoir causé la mort de son camarade, à moins que ce ne soit les notes magiques de William qui aient tenu éloigné les noirs sentiments qui rodaient, attendant une faiblesse chez l’adolescent pour prendre possession de lui et le renvoyer dans la tourmente.

Mason n’était pas dupe, il savait que c’était principalement grâce au musicien qu’il n’était pas noyé sous la culpabilité, et en cela, il lui était extrêmement reconnaissant de ne pas s’être éloigné de la pièce. Il espérait tout de même que ses réflexions avaient eu un rôle, même mineur, dans son rétablissement.

Tout en continuant à ronger l’ongle de son pouce, il se leva, grimaçant en sentant ses membres ankylosés s’étirer. Il avait pleinement conscience des regards qui lui vrillaient le dos tandis qu’il s’approchait du lit sur lequel reposait Jack, mais il n’y accorda aucune importance. Il se courba pour observer de plus près celui qui avait réussi à sauver Joseph et l’autre gobelin mais qui avait échoué à récupérer le corps de Tom.

C’est quand même étrange qu’il se soit évanoui comme ça, en voyant la baleine. Je veux bien croire que ça lui est déjà arrivé avant, mais que les sorts de soin d’Amélie n’y puissent rien est relativement inquiétant tout de même.

L’adolescent resta un moment comme ça, penché sur son visage, à essayer de trouver dans son expression endormie un quelconque indice d’un réveil prochain, mais il ne discerna rien.

Un sanglot sortit l’archer de ses observations.

Assise à même le sol, Zoé venait de se remettre à pleurer. À côté d’elle, Joseph passa un bras autour de ses épaules et l’attira à lui pour essayer de la consoler et la jeune fille se laissa faire.

Son livre était ouvert non loin d’elle, sur une double page immaculée.

Il n’était pas difficile de comprendre que c’était là où aurait dû s’afficher les pensées de Tom.

Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit à la volée et Nathan entra, suivit par Anthon.

Les deux garçons avaient une mine sombre, mais Nathan affichait une expression que personne n’avait jamais vue sur son visage et qui donnait envie de se trouver n’importe où mais le plus loin possible.

Amélie cessa de faire les cents-pas derrière son bureau et se tourna vers les nouveaux venus. William éloigna la flûte de ses lèvres et releva la tête, montrant l’intérêt qu’il portait aux nouvelles que leurs camarades apportaient.

« Alors ? »

Dans le silence pesant et difficilement supportable, tous purent entendre l’anxiété qui fit trembler la voix de la guérisseuse.

La mâchoire contractée, Nathan garda les yeux baissés.

« Rien… Juste ses bandages… »

Le géant posa sa main sur l’épaule de son ami et ce dernier serra les poings si fort que ses jointures en devinrent blanches.

Mason comprenait ce que Nathan ressentait. Lui et Tom étaient meilleurs amis depuis plusieurs années, mais on venait d’annoncer à Nathan que son ami s’était fait tué et il ne pouvait même pas s’en assurer par lui-même puisque son corps avait été emporté.

D’après ce que William avait raconté, c’était des créatures qui ressemblaient à de gros chiens aux longues oreilles qui avaient traîné le corps de Tom. Jack s’était élancé à leur poursuite après avoir déposé Joseph et le gobelin aux pieds de Mason, mais ils avaient rejoint un groupe de gobelin qui les attendait plus loin et ils avaient pris la fuite, emportant avec eux la dépouille du génie.

Je dois reconnaître que Jack a assuré en parvenant à capturer un gobelin, même si c’était dangereux puisqu’il n’avait plus de force pour continuer à les poursuivre après. Ça ne m’étonnerait pas qu’Amélie ait raison et qu’il se soit tout simplement évanoui d’épuisement.

Actuellement retenu prisonnier dans la maison de Tom, le gobelin captif était surveillé par Louis et Ania, mais comme Jack, il était lui aussi inconscient.

Une fois la panique passée, Nathan avait suggéré la possibilité que Tom soit toujours vivant, mais William avait rapidement brisé leurs espoirs en leur expliquant qu’après la seconde explosion, il ne l’avait plus entendu respirer. Il avait également vu l’état de Tom lorsqu’il se faisait traîner par les bêtes, et la description qu’il en avait faite était assez explicite pour que Nathan lui ordonne de se taire.

Sans aucunes preuves autres que les propos de ses camarades, Nathan avait décidé de fouiller les moindres recoins de la forêt, sur un cercle de plusieurs centaines de mètres de rayon. Il avait complètement ignoré les avertissements de Charlotte mais il accepta quand même qu’Anthon l’accompagne.

Les autres élèves furent forcés de rejoindre leur chambre et d’y rester jusqu’à nouvel ordre.

Pendant que Nathan essayait tant bien que mal de justifier son refus de la réalité, protégé par Anthon, quelques adolescents s’étaient réunis dans l’infirmerie en attendant que Jack se réveille.

Tout s’était passé tellement vite que personne n’avait vu la baleine volante apparaître dans le ciel, mais ce fut la première chose que Jack aperçut en sortant de la forêt, avant de s’évanouir soudainement.

Maintenant que les soleils s’étaient couchés et que Nathan ne pouvait plus se réfugier dans la forêt pour échapper aux événements récents, Mason se rendit compte que la première chose qu’il allait faire était de se diriger vers la maison de Tom pour questionner le prisonnier plus en détail.

En effet, il semblait avoir raison. Nathan s’apprêtait à ressortir de l’infirmerie et la dureté de son regard ne laissait présager rien de bon.

Un gémissement discret s’éleva derrière Mason et dans le silence, tous purent l’entendre. Tout le monde présent se précipita au chevet de Jack et l’observèrent alors qu’il semblait se débattre pour s’extirper des affres du sommeil.

« Jack ? Tu nous entends ? »

Un gémissement faible répondit à la question de Zoé, mais les yeux de l’inconscient restaient clos. Nathan releva la tête et échangea un regard inquiet avec Amélie.

« Tu penses qu’il se passe quoi ?

— Je sais pas, on dirait qu’il a un mauvais rêve, mais je suis pas très sûre. À partir du moment où mes sorts ne marchent pas sur lui, je peux pas me prononcer sur un diagnostic correct. Selon les gobelins du village, les baleines sont divines et inoffensives, mais comment faire confiance à quoi que ce soit venant d’ici ?

— Surtout que c’est les gobelins qui ont lancé l’attaque. Est-ce que tu crois qu’on peut le forcer à se réveiller ou vaut mieux le laisser tranquille et attendre que ça passe ? »

Mason leva les yeux aux ciels et se concentra. Au lieu de perdre son temps à parler, il préférait agir. Rapidement, une bulle d’eau de la taille de son poing se mit à flotter devant lui, et sans même consulter ses camarades, il la lança sur le visage du garçon endormi.

Elle éclaboussa tous les adolescents présents qui s’écrièrent de surprise, mais cela eut l’effet escompté.

Jack se releva en sursaut, matérialisa sa lance dans la foulée et la jeta en avant en hurlant une phrase incompréhensible. Nathan se jeta sur le côté pour esquiver l’arme, s’écrasant contre Amélie qu’il emporta avec lui dans sa chute.

La pointe s’enfonça dans le mur et se mit à vibrer tout en produisant un sifflement strident.

Ça n’augure rien de bon…

Ce fut la seule chose que Mason eut le temps de penser avant qu’un terrible grondement de tonnerre éclate au-dessus de leur tête. Dans un bruit de fin du monde, un éclair fracassa le toit, traversa le plafond et tomba à un mètre à peine de Nathan et Amélie. Ces derniers fixaient la trace que le sort de Jack avait laissée sur le parquet en tremblant.

La zone d’impact rougeoyait encore tandis qu’un cercle noirci indiquait aux adolescents qu’ils avaient échappé à quelque chose de terrible de très peu.

La lance semblait avoir également fonctionnée en tant que paratonnerre et avait capturée une partie de l’éclair, faisant exploser une grosse portion du mur sur lequel elle était fichée, créant une ouverture béante sur l’espace qui séparait l’infirmerie et la maison de Tom.

« Bravo, Mason ! »

Mason ignora le sarcasme de Joseph, qui s’était roulé en boule et était recouvert de débris de bois. Se désintéressant des dégâts, l’archer tourna la tête vers Jack, qui haletait en promenant son regard partout sur la pièce, l’air perdu.

« Jack ? Ça va ? Tu me reconnais ? »

La voix de Mason fit sursauter le garçon. Il ouvrit la bouche pour répondre à sa question, mais une expression douloureuse apparut sur son visage et il se tint la tête des deux mains en balbutiant :

« I-I… je… yes… oui… »

Amélie se releva, les joues rosies par sa proximité avec Nathan, mais à part cela, l’air sérieux qu’elle affichait indiquait qu’elle avait repris son rôle de guérisseuse.

« Jack ? Tu as mal quelque part ? Est-ce que tu te souviens de ce qu’il s’est passé ? »

Tout en posant ces questions, elle échangea un regard rapide avec Zoé, et cette dernière s’empressa de récupérer son livre et de l’ouvrir à une page spécifique.

Bien qu’on lui ait directement posé la question, Jack resta plusieurs secondes la tête entre les mains, complètement immobile. Pensant qu’il ne l’avait pas entendu, Amélie s’apprêtait à répéter ses questions, mais il finit par relever la tête.

« No, it’s okay… I’m fine… But Tom ? Where is he ? »

Pour la première fois de sa vie, Mason put expérimenter la signification de ‘silence glacial’.

Il est sérieux là ? Est-ce que c’est une blague ou il s’en rappelle vraiment pas ?

« Jack, Tom est… vous avez été attaqué dans la forêt… Tu ne t’en souviens vraiment pas ? »

S’exprimant le plus calmement possible, seuls les sourcils froncés de la jeune fille laissait transparaître son inquiétude. Sans doute craignait-elle que Jack ait subit des séquelles lors de son inconscience.

Jack se reprit la tête entre les mains en entendant ça, gémissant cette fois de douleur. Pendant près d’une minute, il resta ainsi, grognant parfois. Tous les visages étaient tournés vers lui, excepté celui de Zoé qui était plongé dans son livre.

Ce fut elle qui brisa le silence.

Elle hoqueta en lâchant son livre et tout le monde se tourna vers elle. Même Jack releva la tête pour observer Zoé qui s’était remise à pleurer.

Mason se pencha et ramassa l’outil magique de la jeune fille mais il ne comprit pas un mot à ce qui s’affichait sur les pages.

Quand elle éleva la voix, tout le monde put clairement entendre les sanglots qu’elle peinait à contenir.

« Co-comment as-tu… peux-tu…?! »

Sans laisser le temps à Jack de répondre, elle le gifla avant de prendre la fuite. Stupéfaits, les adolescents la regardèrent sortir en courant et claquer la porte de l’infirmerie derrière elle.

« Qu’est-ce qu’il vient de se passer ?

— I don’t know… »

Mason se doutait que Zoé avait vu une pensée qui l’avait choquée. Jack était un garçon solitaire et froid, le fait qu’il ait une pensée dénuée de sentiment n’étonnait pas l’archer, même s’il s’agissait de leur camarade mort. Il en déduit que la télépathe avait intercepté une réflexion qui ne lui avait pas plu.

Si ça se trouve elle a juste mal compris ce qu’il se disait ? Qu’importe, on dirait que la baffe l’a ramené à lui.

Jack semblait en effet être redevenu lui-même. Son visage avait retrouvé de ses couleurs et il n’affichait plus cette expression qui lui donnait l’impression de ne pas savoir où il se trouvait.

« Okay, je vais mieux maintenant. Qu’est-ce qu’il s’est passé après que je me sois évanoui ? Joseph est ok ? »

En entendant son nom, Joseph releva la tête.

« Oui, je vais bien… Grâce à toi… Merci… »

Le garçon marmonna une réponse courte avant de détourner le regard et de reprendre son examen minutieux du mur éclaté. Sentant le regard perçant de Mason sur lui, il attrapa un morceau de bois et se mit à le tailler, sans doute pour ne pas paraître trop étrange.

Drôle de réaction quand même. Je peux comprendre qu’il se sente coupable d’être vivant à la place d’un autre, mais pourquoi il semble éviter le regard de Jack ? Il se serait passé quelque chose dont il ne nous a pas parlé ?

En un instant, de nombreuses hypothèses émergèrent dans le cerveau de Mason. Il ne put empêcher son esprit d’imaginer une conspiration qui mettait en scène le meurtre de Tom sous forme d’accident, mais il se reprit aussitôt. Son camarade était vraiment mort, ce n’était plus du domaine de la fiction mais quelque chose de réel. S’imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, que d’autres lycéens aient essayé de l’assassiner était de très mauvais goût.

Secouant la tête pour chasser de son esprit les terribles fantaisies qu’il développait inconsciemment, il reporta son attention sur Jack qui semblait vouloir se lever.

« Qu’est-ce que tu fais ? Je crois pas, non, tu vas rester allonger et te reposer. Nathan et moi allons voir le glob que tu as capturé pour lui poser quelques questions, mais tant que tu n’es pas rétabli, faut que tu restes là. »

Anthon avait posé une main sur l’épaule de Jack, et bien qu’il ne semblait pas contracter ses muscles, le chasseur fut cloué au lit, incapable de se relever.

« You can’t do that. Je vais bien, c’était un malaise passager, c’est arrivé pareil au village. C’est MA proie, alors c’est à moi de m’en occuper. Maintenant, lâche-moi ! »

En plus du ton menaçant qu’il avait employé, Jack lança un regard au géant qui eut pour effet de faire reculer instinctivement les autres adolescents. Cependant, Anthon ne bougea pas d’un pouce ; il ne semblait pas impressionné par l’accès de colère de son camarade.

Il fit un signe de tête à William qui se mit à jouer de la flûte, essayant tant bien que mal d’apaiser la tension qui avait bien vite grimpée, mais il demeura immobile, empêchant toujours Jack de se lever.

« Je t’ai dit, Anthon, je vais parfaitement bien. Maintenant si tu veux bien me relâcher, j’ai à faire… »

Cette fois-ci, Anthon hésita. Jack s’était exprimé avec un calme qui ne pouvait être feint et il semblait en pleine possession de ses moyens. Il regarda Amélie qui hocha lentement la tête. Puisqu’il ne semblait plus confus, elle n’avait plus aucune raison de le garder allongé ici.

« Très bien, mais je refuse que tu t’approches du glob. Laisse-moi m’en occuper. »

En silence, Jack se leva, étira ses bras et ses jambes, serra et desserra les poings pour s’assurer qu’il avait recouvert toutes ses forces, puis se planta devant le géant. Le dévisageant, il parla lentement, articulant chaque syllabe en prenant soin de le regarder droit dans les yeux. Il était obligé de lever la tête, mais il n’en eu pas moins l’air déterminé en s’exprimant.

« How about this, je m’occupe de mes affaires, et toi tu continues de t’occuper des tiennes ? Je suis sûr que Romane se sent seule, donc tu peux retourner à ses côtés, moi je vais faire ce qu’il faut pour m’assurer que nous allions bien. Ça marche ? »

Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Jamais Jack n’a agi de cette manière-là ! Qu’est-ce qui peut bien l’avoir énervé comme ça ? En temps normal, il s’entend bien avec Anthon, je pense pas que ce soit une bonne chose qu’ils s’engueulent maintenant.

Ce fut Nathan qui répondit au chasseur, attirant l’attention des autres adolescents.

« Tu veux dire comme tu t’es assuré que Tom aille bien ? En l’abandonnant dans la forêt pour qu’il se fasse bouffer vivant et en sauvant un putain de gobelin à la place ? T’es même pas foutu de récupérer son corps, alors je te conseille de fermer un peu ta grande gueule avant de faire le mec. »

Mason sentit clairement la rage dans les propos de Nathan. Ce n’était pas étonnant qu’il agisse ainsi, mais l’archer se dit que tenir Jack responsable de la mort de Tom n’était pas la bonne chose à faire.

« Comment ça ? C’est pas la faute à Jack s’il est mort, il ne pouvait pas tous les porter en même temps. Il ne faut pas chercher des responsables dans ce genre de situations ! C’est ça qui crée les conflits au sein d’un groupe. »

Nathan eut un petit rire et tourna la tête vers Mason.

« Tu prends sa défense, Mason ? Pourquoi ne suis-je pas étonné de t’entendre dire qu’il ne faut pas chercher un responsable ? Je me demande qui a bien pu nous demander de ne pas nous approcher de la forêt ? Hein ? »

La culpabilité qu’il était parvenu à tenir éloigné transperça le cœur de Mason avec une telle force qu’il sentit des larmes lui monter aux yeux.

Ça, c’est un coup bas.

« Et donc maintenant tu vas reprocher à Joseph d’être vivant et de pas s’être fait tuer à la place de Tom ? »

Le conflit avait dégénéré bien trop vite pour qu’elle réagisse immédiatement, mais Amélie essaya quand même de faire cesser les hostilités. Elle s’interposa entre les garçons et éleva la voix :

« ÇA SUFFIT ! Je sais que vous êtes tous énervés et fatigués, on l’est tous, mais ça ne justifie pas de se comporter comme des goujats ! On est tous affectés par ce qu’il se passe, pas la peine d’en rajouter une couche ! Jack, Mason, dehors ! Allez vous refroidir la tête un peu. Quant à vous, Anthon et Nathan, il n’est pas question de ressortir d’ici. Dormez un peu et on en reparlera demain. »

Faisant la sourde oreille aux explications de Nathan, Amélie se pencha pour aider Joseph à se remettre debout. Il avait taillé des béquilles avec les morceaux de bois éparpillés dans la pièce et pour, une fois sur pied, sortir de l’infirmerie sans problème.

« William, viens avec moi, please… »

Avec ce qu’il venait de se passer, Mason avait complètement oublié la présence de Will. Sans même répondre, le musicien se leva et emboîta le pas à Jack.

Mason attendit que les deux garçons ferment la porte derrière eux pour se retourner vers Nathan et lui dire :

« Nathan, je tiens à m’excuser pour ce que j’ai dit tout à l’heure. Tu as raison, j’essaye de me déculpabiliser. Je n’aurais pas dû vous dire de rester au camp, mais ça m’avait semblé être la meilleure chose à faire sur le moment. Crois-moi, je regrette, mais je ne peux plus changer ce qu’il s’est passé, alors j’espère qu’au moins tu me pardonneras. »

Gêné qu’on prenne au sérieux ce qu’il avait dit sous l’effet de la colère, Nathan hocha la tête en essayant de sourire.

« T’inquiètes, je sais que tu voulais bien faire. C’est à moi de m’excuser pour avoir dit des choses horribles, j’ai pas pensé à ce que vous pourriez ressentir. »

Mason réussit à lui offrir un faible sourire en retour, puis il quitta l’infirmerie et se dirigea vers sa chambre.

Il traversa le dortoir désert, s’étonnant de ne trouver personne dans le foyer à l’entrée habituellement occupé à cette heure, et s’arrêta devant la porte de sa chambre. En l’ouvrant, il fut soulagé de voir que Luke n’était pas là. Son groupe était de garde cette nuit donc il pourrait dormir en paix jusqu’à demain. Il sentait qu’il allait en avoir besoin. La fatigue mentale qu’il avait accumulée ces dernières heures était la plus difficile à supporter.

***

Allongé sur son matelas en bois inconfortable, Mason essayait de trouver le sommeil, en vain. Malgré la fatigue qui l’étreignait, la musique de William qui résonnait dans le camp ne procurait pas les mêmes sensations que d’habitude, le rendant incapable d’ignorer les pensées parasites qui venaient troubler sa quiétude interne.

L’adolescent se décida à suivre leurs cours, et de fil en aiguille, il se rendit compte qu’il y avait eu d’infimes incohérences entre ce que Joseph et William avaient raconté.

Bien sûr, Will prétendait être arrivé sur les lieux au moment où Joseph s’était cogné la tête, continuant ainsi le récit du premier, mais quelque chose l’intriguait ; Comment avait-il pu réagir aussi vite ? Et que faisait-il ce matin-là dans la chambre de Tom ?

Mason n’était très certainement pas le meilleur élève de sa classe, mais il n’était pas idiot non plus. Toute cette histoire avait une drôle d’odeur. Que ce soit l’attitude de Joseph vis-à-vis de Jack, le comportement de ce dernier, les incohérences entres les descriptions des créatures, ou les réactions de Zoé et William ainsi que sa présence chez Tom, il y avait énormément de détails étranges s’il prenait le temps de les passer en revue.

Maintenant que son cerveau était lancé à plein régime et carburait pour démêler le vrai du faux, il savait qu’il ne pourrait pas s’endormir avant un temps. Mason se décida donc à en apprendre un peu plus. Il n’excluait pas la possibilité que tout soit une fantaisie comme il avait l’habitude d’en fabriquer, mais quelque chose au fond de lui doutait de cette possibilité.

Il sortit de sa chambre en prenant soin de faire le moins de bruit possible. Pour la seconde fois depuis qu’il vivait ici, le silence qui planait dans le couloir lui sembla sinistre. Les quelques accords qui lui provenait depuis l’extérieur ne fit que renforcer cette sensation.

Deuxième fois aujourd’hui que je me retrouve ici et que j’ai l’impression d’être dans un film d’horreur. J’espère que ça va pas devenir une habitude…

À pas de loup, il atteignit plus lentement que jamais les portes du dortoir. Il s’immobilisa devant, se demandant maintenant quoi faire.

Je peux aller voir William et Jack et les questionner quant à ce qu’il s’est passé, mais ça m’étonnerait qu’ils changent de versions. Je pourrais aussi voir le gobelin balafré, Bulu-je-sais-plus, mais vu que je parle pas la langue, je vais avoir du mal… Oh… Maintenant que j’y pense, Zoé est confinée dans sa chambre comme nous tous, je pourrais la voir en premier ?

Un éclair de lucidité lui fit tourner les talons. Il grimpa les escaliers sur la pointe de pieds et se dirigea droit vers la chambre occupée par la télépathe et son amie dessinatrice. Prenant soin de faire le moins de bruit possible, il toqua doucement à leur porte et pria pour qu’aucune fille n’ait la mauvaise idée de sortir de sa chambre.

Ce fut Lily qui ouvrit la porte. Elle resta à observer le nouveau venu en haussant un sourcil inquisiteur, jusqu’à ce que Mason ne puisse plus supporter le malaise que ce silence provoquait et se décide à murmurer :

« Je dois voir Zoé. C’est important. »

La dessinatrice se retourna vers son amie et l’interrogea du regard. Zoé se contenta de hocher imperceptiblement la tête pour que Lily s’efface et laisse Mason entrer.

Sans même échanger un mot avec sa camarade de chambre, Lily sortit et ferma la porte derrière elle, laissant les deux adolescents seuls.

La première chose qu’il remarqua en pénétrant dans la pièce fut le fait que tout était relativement bien rangé, si on ignorait les nombreuses feuilles de papier qui jonchaient le parquet. Des torches illuminaient la pièce en projetant des ombres dansantes sur les murs. Puisque les supports ne maîtrisaient pas la magie de la même manière que les autres groupes, ils devaient se reposer sur autre chose que des sorts pour produire de la lumière.

Les amies avaient rapproché leurs lits pour n’en faire qu’un plus grand, mais Mason se doutait que ça n’en était pas plus confortable.

Restons concentré, si je veux convaincre Zoé de me dire ce qu’elle sait, je dois pas me laisser distraire par des conneries.

Il s’approcha de la télépathe, roulée en boule sur son lit. Un seul coup d’œil suffit au garçon pour comprendre qu’elle avait passé son temps à pleurer ; Ses yeux étaient rouges et bouffis, ses lèvres enflées et son nez rouge. Ses cheveux qu’elle avait l’habitude de coiffer en une longue tresse étaient en batailles, étalés sur son oreiller rustique, formant un halo autour de son visage à l’expression aussi sombre que ses cheveux.

Faisant attention à garder ses distance, il s’assit sur le bord du lit et se pencha légèrement vers sa camarade.

Parce qu’il savait que les cloisons étaient relativement fines dans les chambres, il préféra continuer à chuchoter.

« Zoé, je suis désolé de venir te déranger, et j’ai pas envie de passer pour un simple curieux, mais j’aurais vraiment besoin… »

Zoé l’interrompit de sa petite voix fluette.

« Tu veux que je te dise pourquoi j’ai réagi comme je l’ai fait quand Jack s’est réveillé ? »

À voir la tête que Mason tirait, il était aisé de comprendre qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle devine aussi facilement la raison de sa présence ici. Il resta à la dévisager, l’air de se demander si elle lisait dans son esprit jusqu’à ce que la surprise passe et qu’il se reprenne.

Mais je suis con ou quoi ? Bien sûr qu’elle lit dans mes pensées, c’est sans doute pour ça qu’elle savait ce que j’allais lui demander. Si c’est comme ça, je pense pouvoir la convaincre… à moins qu’elle ne m’entende déjà ? Zoé, si tu entends mes pensées, cligne trois fois des yeux.

En voyant sa camarade exécuter sa demande, il écarquilla les yeux.

Depuis quand elle peut entendre ce qu’on pense ? Aux dernières nouvelles, elle avait besoin de lire son livre pour sonder nos esprits, aurait-elle menti ?

À ses pensées qui défilaient plus vite qu’il n’était capable de les contenir, Zoé secoua la tête.

« Non, ça ne fait que quelques jours que je peux entendre les pensées des autres clairement, et la proximité aide grandement. Je n’ai averti personne parce que je voulais justement pas que les gens réagissent comme ça, mais maintenant je m’en fiche un peu, pour être honnête. »

Mason s’apprêtait à lui demander « réagissent comme quoi ? » mais il se rendit compte à temps des pensées qu’il avait eu. Il avait envie de justifier sa réaction, dire que le fait de savoir son plus intime espace personnel à découvert provoquait forcément une méfiance et une impression d’avoir été trompé, mais il comprenait aussi qu’elle devait l’entendre en ce moment-même. Son imagination fertile lui suggéra aussi que ce n’était pas forcément une chose positive, au contraire, il ne pouvait que s’imaginer les choses horribles qu’elle pouvait entendre, elle qui n’avait même pas demandé à obtenir ce pouvoir.

Tout honteux de ses réactions, l’archer baissa la tête et murmura un « pardon » tout embarrassé.

« C’est pas grave, c’est le genre de truc auxquels on s’habitue rapidement. Pour ce que tu veux, je peux te dire ce que j’ai lu dans l’esprit de Jack, mais il faut me promettre de le garder pour toi… »

Que devait-il répondre ? Bien sûr qu’il n’avait pas l’intention de le dire à quiconque, il avait simplement le besoin presque maladif de comprendre ce qu’il s’était passé, mais comment la convaincre de ça ? Mason avait l’impression que sa question était un piège, pourquoi aurait-elle proposé cela autrement ? Zoé était réputée pour être un coffre-fort à secret, elle n’avait même pas dénoncé Elias dans l’affaire du bain alors qu’elle aurait très bien pu désigner le responsable de l’opération, alors lui proposer de révéler un secret qui semblait important, juste comme ça ?

Ou alors, justement, c’est que c’est encore moins important que ça ? Si ça se trouve elle essaye juste de voir ce que je pense maintenant pour se faire une idée si oui ou non je devrais savoir ce qu’elle sait ? Mais qu’elle me propose reviendrait à avouer que ce n’est pas très important, me prouvant que mon envie de trouver quelque chose dans cette tragédie est juste le fait de mon cerveau qui essaye de fuir ses responsabilités dans l’affaire, et donc elle ne peut pas me dire ce qu’elle sait… J’en déduis donc qu’il s’agit d’une question piège.

Un soupir exaspéré coupa net les réflexions du garçon. Sa camarade s’était redressée et avait matérialisé son livre. Avec une expression que Mason ne parvint à déchiffrer, elle feuilleta rapidement les pages remplies de symboles et autres formes qu’elle seule pouvait lire, puis s’arrêta, contempla les inscriptions mouvantes d’une page en particulier avant de fourrer le livre entre les mains de Mason en chuchotant :

« Tu réfléchis trop pour rien, Mason. »

Ce dernier resta quelques secondes à regarder la jeune fille, se demandant encore s’il s’agissait d’un piège, mais elle l’encouragea à observer le livre ouvert. Il ne se fit pas prier et se concentra sur la page devant lui.

D’abord des inscriptions sans queue ni tête, les symboles se mirent petit à petit à danser sur le papier avant de se déformer et se transformer en des figures qu’il n’eut aucun mal à reconnaître. C’était l’image d’une jambe tendu et du torse auquel elle était rattachée. Il n’était pas difficile de comprendre qu’il s’agissait de Joseph au vue du bout de prothèse en morceau qui était encore ceint sur son moignon. C’était comme si l’objectif qui avait pris cette image s’était trouvé au niveau du visage du sculpteur.

Il devina rapidement qu’il s’agissait d’une reconstitution des pensées de leur camarade mutilé et non celles de Jack, mais Mason se retint de demander à Zoé pourquoi elle lui montrait cela.

De nouvelles ribambelles de symboles firent leurs apparitions et se déposèrent sur l’image avant de changer de forme et de couleur pour créer des nouvelles silhouettes. Des arbres et de la végétation, mais surtout le contour flou de celui qu’il devina être Tom. Non loin de lui se trouvait un gobelin. Puis les formes se mirent à osciller avec force, rendant impossible la lecture de l’image.

Parce qu’il n’avait aucune idée de ce qui venait de se passer, Mason resta à observer le phénomène avant que des mots en français n’apparaissent sur la page : C’est la première explosion, il ne s’est pas protégé les yeux, s’afficha en en-tête et le garçon devina immédiatement qu’il s’agissait des commentaires de Zoé.

Puis, quelques instants après, tout fut de nouveau parfaitement clair. Il vit Tom, allongé par terre, et ne comprit ce soudain changement de vue que quand Zoé indiqua : Jack l’a balancé sur son épaule. Ignorant Tom, Jack s’approcha du gobelin par terre et l’assomma d’un coup de lance.

Les yeux de l’archer s’écarquillèrent et il tourna instinctivement la tête vers sa camarade, en quête de réponse, mais celle-ci lui indiqua d’un mouvement de tête que le souvenir n’était pas terminé.

Maintenant que j’y pense, il m’a précisé que Joseph s’était cogné la tête mais il ne m’a pas expliqué pourquoi le gobelin était inconscient.

Il se reconcentra sur les images et vit Jack faire face à Tom, toujours allongé par terre. Ce dernier n’essaya même pas de se relever, il se contenta de dire une phrase, et Mason comprit aux formes qui s’agitèrent sur le papier que Jack y avait répondu avant de planter le poignard d’Ania dans la terre, à côté du génie, et de prendre la fuite, laissant derrière lui Tom alors que plusieurs créatures lui fonçaient dessus.

Mason ne voulut pas en voir plus. Il repoussa le livre au loin et resta à fixer le vide devant lui.

Sa bouche s’ouvrit et se referma plusieurs fois sans qu’un son ne s’en échappe et il finit par plaquer une main dessus, comme pour s’empêcher de prononcer une question dont il savait la réponse trop difficile à accepter. Son cerveau repassait en boucle la scène, essayant de trouver des justifications aux actions de son camarade, mais il ne pouvait pas changer ce qu’il avait vu.

L’archer saisit à nouveau le livre de sa camarade et regarda une nouvelle fois le souvenir, mais rien n’avait changé depuis son premier visionnage. Il avait bien vu la scène, il refusait simplement de l’admettre.

L’adolescent sentit la nausée le prendre aux tripes. Il avait besoin d’air. Il se sentait étouffer. Sa gorge nouée rendait le simple fait de respirer difficile. Toutes ses forces l’avaient quitté, comme évaporés, le laissant vidé de toute énergie, il ne pouvait même pas se lever. Il finit par reposer sa main sur son genou et remarqua qu’elle tremblait de manière incontrôlable. En fait, tout son corps tremblait et il se rendit compte qu’il était gelé.

« Je me sens pas bien… »

L’instant d’après, il se pencha en avant tandis que son estomac se tordait et ses muscles abdominaux se contractaient douloureusement. Seule de la bile acide se répandit sur le parquet, lui brûlant la gorge au passage. Les feuilles que Lily avait laissées traîner furent les premières victimes, mais le contenu de son estomac éclaboussa également ses propres chaussures et son pantalon.

Sans même s’indigner de cela, Zoé lui caressa le dos en espérant que cela l’aide à se sentir mieux, mais il resta immobile pendant plus d’une minute.

Quand enfin il se redressa, il balbutia une excuse, essaya de se lever mais ses forces n’étaient toujours pas revenues.

Zoé répétait comme une litanie « c’est pas grave », « ça va aller » et d’autres phrases qui avaient pour but de réconforter le garçon, mais il n’entendait même pas les tentatives de sa camarade.

Incapable de tenir debout, il se rassit, tendit la main devant lui et essaya d’invoquer de l’eau, certainement pour nettoyer ce qu’il avait régurgité, mais seules quelques gouttes se condensèrent devant son bras tremblant.

Il finit par l’abaisser et prendre sa tête entre ses mains avant d’éclater en sanglot.

La réalisation que Jack avait abandonné Tom à son sort était froide, cruelle, mais si réelle.

Le génie n’avait jamais été son « ami » à proprement parlé, mais il faisait partie de leur groupe. Il avait souffert autant qu’eux, enduré les mêmes épreuves, échappé aux mêmes dangers. Mason était de garde la nuit où ils étaient rentrés, il avait vu l’état de Tom et entendu ses hurlements de douleur qui avaient résonné jusqu’au petit matin.

Que quelqu’un ait délibérément laissé le garçon à son sort alors qu’il était encerclé de monstres était quelque chose que Mason n’avait jamais imaginé, surtout de la part de ses camarades avec qui ils partageaient les mêmes expériences et dangers.

Les larmes qui coulaient sur ses joues et qu’il ne parvenait à maîtriser étaient d’horreur, de chagrin et de souffrance, mais elles avaient aussi un arrière-goût de honte refoulée. Honte, car une petite part de lui-même était soulagée de ne pas être responsable de la disparition de Tom, mais il se rendait bien compte de la petitesse de son caractère dans un moment pareil.

Il fallut au garçon dix bonnes minutes pour que le flot de larmes se tarisse et qu’il se reprenne en main.

Ses épaules cessèrent de trembler, et même s’il se sentait toujours aussi vide, la boule dans son estomac qui s’était formée depuis les événements n’était plus présente.

« Ça va mieux maintenant ? demanda Zoé en le dévisageant, une expression inquiète plaquée sur le visage.

— Oui, merci, je veux dire, pardon, c’est passé… répondit-il avant de jeter un coup d’œil à ce qu’il avait fait et d’ajouter, désolé pour le parquet, je vais nettoyer tout de suite. »

Pendant qu’il se concentrait pour invoquer de l’eau, avec succès cette fois, Zoé lui posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu’elle lui avait révélé la vérité sur ce qu’il s’était passé :

« Et donc ? Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »

Son interlocuteur resta silencieux, continuant de verser de l’eau au sol avant de la geler lentement. La télépathe ne répéta pas sa question. Bien que Mason agissait comme s’il ne l’avait pas entendu, ses pensées ne la trompaient pas. Il réfléchissait plus dur que jamais à ce qu’il devait faire, et la jeune fille suivait avec attention le cours de ses pensées.

Quand enfin l’eau fut entièrement gelée, Mason se pencha et détacha la plaque de glace qu’il avait créée et la balança par la fenêtre, invoquant une bourrasque pour qu’elle aille se perdre au loin, derrière les remparts. Il se retourna ensuite et s’assit sur le rebord de la fenêtre avant de planter son regard noir dans les yeux noisette de sa camarade.

Je peux pas simplement en rester là… Il faut que j’aille voir Jack et que je lui demande ce que Tom et lui ont dit. Je veux au moins avoir sa version des faits. Et s’il n’a rien à se reprocher, il pourra simplement te laisser lire ses pensées, comme ça on sera fixé.

Zoé hocha la tête en retour, montrant qu’elle avait bel et bien compris ce qu’il comptait faire.

Réinvoquant de l’eau, il utilisa du vent pour l’étaler et s’assurer qu’il ne restait plus de trace sur le parquet, puis la fit flotter à travers la pièce pour balancer la bulle d’eau à travers la fenêtre.

Je vais y aller maintenant. Je peux pas attendre demain, tu viens avec moi ? Tu pourras t’assurer que Jack ne raconte pas un mensonge.

Voyant sa camarade hocher à nouveau la tête, il se releva et sortit de la pièce, Zoé sur ses talons.

Restée dans le couloir pendant tout ce temps, Lily ne posa pas de question et rentra dans sa chambre après avoir échangé un regard avec son amie.

Sans un bruit, les deux adolescents descendirent les escaliers et sortirent.

Les trois lunes étaient hautes dans le ciel et malgré la beauté de la voûte céleste et des étoiles qui brillaient avec force, révélant des constellations inconnues et curieuses, Mason n’y accorda pas un regard. Il traversa le camp sur la pointe des pieds. Le garçon faisait attention à marcher lentement car même s’il voyait parfaitement bien, Zoé n’avait pas les mêmes facilités que lui.

Arrivé devant la maison de Tom, Mason ouvrit la porte sans même toquer. On pouvait sentir dans ses mouvements la colère qui l’animait, elle se lisait dans ses yeux qu’il darda vers l’intérieur de la pièce.

Seule une torche illuminait les lieux, mais c’était amplement suffisant pour l’archer. Il n’eut aucun mal à trouver Jack, adossé contre un pilier en se massant les poignets. Mais ce n’était pas la vue du garçon qui surprit Mason. Non, ce n’était pas non plus l’étrange duo formé par Ania et le gobelin balafré qui se tenait au pied des escaliers et qui demeuraient silencieux. Pas non plus Will, avachi contre un mur et sa flûte dans les mains, qui les regardait en donnant l’impression de les avoir entendu arriver.

Ce qui surprit l’adolescent qui venait de débouler dans la pièce, c’était le gobelin attaché à une chaise, le visage enflé et ensanglanté.

La petite flaque de sang à ses pieds ligotés démontrait de la gravité de ses blessures. Il semblait inconscient, la tête penchée en arrière et ses lèvres fendues ouvertes sur une bouche édentée où l’on pouvait y compter les crocs restants. Ceux qui manquaient jonchaient le sol, parfois à une distance telle que le nouveau venu se demanda comment ils avaient bien pu arriver là.

Mason n’avait aucune idée de ce à quoi la victime avait bien pu ressembler avant de rencontrer Jack, mais il était certain que son visage difforme était le résultat d’un passage à tabac violent. Son nez écrasé était tordu de manière grotesque. Seul un œil était visible car une de ses arcades sourcilière avait été fracturée, et celui-ci exhibait un blanc-jaunâtre injecté de sang.

Mais le visage n’était pas la seule partie de son corps qui avait été malmenée. En plus d’hématomes énormes qui constellaient son torse, l’état de ses doigts retourna l’estomac de Mason. Pas une seule griffe ne subsistait, en tout cas, pas entière. Il restait parfois des morceaux brisés de ses ongles qui dépassaient, et il y en avait même un qui était complètement retourné et qui était encore attaché à la chair sanguinolente par un petit bout. Certaines de ses phalanges en apprirent un peu plus à Mason quant à leur capacité de flexion, mais surtout leur limite et ce qui se passait quand on la dépassait.

Le pire devait tout de même être l’odeur de sang qui assaillait les narines de l’archer. Parce que les volets étaient clos, il régnait dans la pièce une chaleur étouffante et humide qui ajoutait au côté malsain de la scène.

Mason n’avait aucune empathie pour les gobelins, même pour ceux qui avait l’air amicaux, et pourtant, il ne put empêcher un hoquet de dégoût de s’échapper en voyant le carnage. Même si Jack avait toujours donné l’impression d’être un garçon froid et distant, jamais Mason n’aurait cru qu’il puisse être capable d’une telle barbarie.

Les yeux perçants de l’archer se posèrent sur les poings de son camarade, et il ne put trouver une excuse à l’américain. Il était évident, à voir sa peau écorchée qu’il était responsable de cette scène d’horreur. Cela eut pour effet de rappeler au garçon la raison de sa présence ici, et il se demanda s’il avait vraiment besoin de poser des questions quand il avait une telle preuve de ce dont il était capable juste sous ses yeux.

Revenant à la réalité, il voulut empêcher Zoé d’entrer, afin de la préserver de la scène révoltante, mais il se retint à temps. Qui est-il pour la tenir à l’écart de chose qu’il jugeait malséante pour elle. Il n’était pas assez proche d’elle pour se permettre une telle chose, et de toutes manières il avait besoin de sa présence s’il comptait interroger l’américain.

Mais pourquoi une telle violence ?! Je peux comprendre qu’il lui donne deux trois coup pour exprimer sa frustration et son impuissance, mais on est bien loin de deux-trois là ! C’est de la torture, purement et simplement. Zoé, est-ce que tu peux lire l’esprit de Jack ? Et si tu peux pas, essaye celui des autres, éventuellement celui de Will.

Donnant mentalement des ordres à sa camarade, Mason rassembla son courage et s’avança vers Jack, qui le dévisageait avec un air désagréablement surpris.

« Mason, qu’est-ce qui peut bien te pousser à venir me rendre visite ? »

Il y avait dans sa voix cette nonchalance avec laquelle il avait l’habitude de s’exprimer. C’était cette manière de communiquer qui lui avait donné l’étiquette du solitaire désintéressé des autres. Cependant, ce n’était pas une scène ordinaire qui déroulait ici. Avec sa victime couverte de sang en arrière-plan, il dépeignait le portrait d’un véritable psychopathe meurtrier.

En se demandant s’il aurait été capable de faire la même chose sur un être humain, ou pire, sur l’un d’eux, Mason éleva une voix légèrement tremblante en réponse :

« Il semblerait que je te dérange dans un moment important, et même si j’ai vraiment très envie de savoir c’est quoi tout ce bordel, je vais me retenir et aller droit au but : Est-ce que tu as abandonné Tom dans la forêt tout à l’heure ? Ça sert à rien de mentir, on a vu les souvenirs de…

— Oui, je l’ai laissé dans la forêt. Sans même attendre que Mason termine sa phrase, Jack se mit à parler. Oui, je l’ai abandonné à son sort pendant qu’on se faisait attaquer. Oui, je l’ai condamné. Je sais tout ça, et je ne le cache pas. J’ai fait ce qu’il fallait, au moment où il le fallait. Et c’est exactement ce que je suis en train de faire en ce moment même. Donc si tu as eu la réponse à ta question, tu peux repartir et me laisser tranquille, j’ai à faire. »

Interdit, l’archer resta à dévisager son camarade sans vraiment comprendre ce qu’il venait de dire. Puis les mots eurent un sens dans son esprit et il se reprit. Il n’arrivait pas à croire l’attitude de Jack. Sa nonchalance enrageait Mason sans même qu’il s’en rende compte. Était-ce vraiment là le comportement d’une personne responsable de la mort de son camarade ?

« À faire ? Tu te fous de ma gueule ? Depuis quand torturer quelqu’un fait partie de notre ligne de conduite ? Ce n’est pas parce que les autres sont des monstres qu’il faut agir pareil ! Et peut-être que ça te fait du bien de te défouler, mais ça ne vas pas ramener Tom ! Will, je ne m’attendais pas à ça venant de toi, tu approuves vraiment son comportement ? »

Jack poussa un soupir exaspéré qui eut le don de faire enfler la colère de Mason plus qu’il le pensait possible. C’était comme s’il le prenait de haut parce qu’il possédait un savoir dont il était seul détenteur. Alors qu’il s’apprêtait à dire ce qu’il pensait de l’expression condescendante et désolée que Jack affichait, William sépara l’embout de sa flûte de ses lèvres et s’exprima avec un calme qui ne pouvait être feint.

« Mason, je sais que tout ça peut avoir l’air un peu abusé, comme ça, mais je t’assure que tout est sous contrôle, y’a pas à s’inquiéter.

— Tu sais quoi, Will ? J’ai l’impression que cette situation est tout sauf contrôlée. Vous êtes enfermés dans une pièce, avec deux autochtones aux pratiques douteuses pendant que l’un de vous deux s’acharne sur un gobelin ligoté. Et tout ça pourquoi ? Hein ? Je vous le demande mais je doute que vous le sachiez vous-même ! C’est pas comme ça qu’on efface son sentiment de culpabilité, bande de tarés ! »

Ignorant le risque que son camarade psychopathe se retourne contre lui, Mason déballa son sac, hurlant presque. Peut-être qu’être honnête allait les aider à ouvrir les yeux et à faire le deuil. Certes, c’était violent et difficile à entendre, mais dans l’esprit de l’archer résidait le maigre espoir que ça les ramène à la raison.

« Tu ne comprends pas, Mason, on est pas en train d’essayer de nous faire pardonner quoi que ce soit, déjà parce qu’on a rien à nous faire pardonner, et aussi parce qu’on a quelque chose d’important à faire, et même si je te l’expliquais, je pense pas que tu me croirais…

— Essaye toujours…

— Ok, c’est toi qui la voulu, mais attends toi à être surpris puisque- commença William avant que Jack ne le coupe.

— Tom est toujours vivant.

Après le petit cri de surprise que Zoé poussa, un silence de mort s’abattit dans la pièce. Mason regardait Jack et William par intermittence, s’attendant à recevoir une explication à cette déclaration, mais il ne put se concentrer plus longtemps sur ce qu’il venait d’entendre car il venait de comprendre ce qu’il se passait.

Ils étaient devenus fous.

Non, c’est une réaction normale dans cette situation, c’est juste qu’ils ont craqué après tout ce temps et la pression d’aujourd’hui… L’esprit humain est comme un élastique, et depuis qu’on est ici, il n’a eu de cesse que de s’étirer. Sans que l’on puisse le détendre d’une manière ou d’une autre, il finit forcément par péter. C’est quelque chose qui va m’arriver à moi aussi ? Ou alors on réagit tous différemment en fonction de notre personnalité ? Ils refusent d’accepter leur responsabilité dans la mort de Tom alors ils s’imaginent des choses improbables et trouvent quelque chose à faire pour se créer un objectif. Avec un but devant eux, ils peuvent remettre à plus tard la réalisation de ce qui s’est passé. C’est un mécanisme de défense psychologique connu, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit ces deux-là qui y soient sujets parmi nous tous.

« Tu peux au moins essayer de pas être trop transparent, c’est assez insultant que ce soit toi qui me reprenne sur ça, mais anyway, je n’ai pas à te convaincre, tu sais ? Maintenant, si tu as terminé, je te pris de bien vouloir dégager les lieux et nous laisser tranquille, thank you. »

Mason n’en croyait pas ses oreilles. D’abord agissant comme si tout était normal, son camarade venait de lui révélait quelque chose d’absolument improbable avant de lui demander de prendre la porte. La colère initiale que l’archer ressentait lorsqu’il avait pénétré dans la pièce s’était d’abord transformée en effroi, mais c’était maintenant une rage sourde qui bouillonnait en lui.

Il voulait casser les meubles, détruire la construction, taper contre les arbres, aller chercher des monstres à étriper,

Il voulait hurler contre Jack et William.

Il voulait leur faire comprendre que leur attitude était à la limite de la psychose, et qu’en s’enfonçant dans cette voie, rien de bon n’allait en sortir.

Il voulait expulser la colère qu’il ressentait à sa propre encontre à cause de son impuissance, et en même temps, montrer l’exemple à ses camarades pour qu’ils ouvrent les yeux sur la réalité des événements.

Il voulait surtout, et plus que tout, croire qu’ils avaient raisons.

Mais toutes ces choses étaient irréalisables. S’il s’essayait à les résonner ou même à accepter leur réalité, il tomberait dans la folie avec eux.

La main de Zoé se posa sur son épaule, l’aidant à contrôler la colère qui faisait rage et les émotions qui menaçaient de déborder, faisant trembler le corps de Mason.

Après quelques profondes respirations, il releva la tête et planta son regard noir dans les pupilles bleu de son camarade. Dans les yeux de Mason, on pouvait y lire une détermination aussi intense que celle de Jack.

Bon… Il est clair que les prendre de front est peine perdue. Je vais me contenter de poser les questions pour lesquelles je suis venu et on s’occupera de leurs cas demain à la première heure, quand tout le monde sera levé… À moins que ce soit une mauvaise idée qu’ils partagent leurs désillusions avec les autres, au cas où ils y croient. Zoé, t’en penses quoi ?…

Se retournant vers sa camarade, il remarqua enfin que la déclaration de Jack l’avait troublé. Sur son visage se lisait le dilemme auquel elle faisait face : croire à ce qu’il racontait et faire fit de la réalité ou se contraindre à faire le deuil de Tom et le ranger dans la case souvenir.

Zoé ? Je sais que c’est plus facile de croire que Tom est vivant, mais tu penses vraiment que ce malade mental dit la vérité ? Jack a complètement pété les plombs, et pour une raison qui m’échappe, Will le suit aveuglement ! Ressaisis-toi !

Malgré les exhortations mentales de Mason, Zoé resta tout de même un moment à contempler le vide avant de secouer sa tête. Retirant sa main de l’épaule du garçon devant elle, son livre se matérialisa et elle l’ouvrit à ce qui devait être la page de Jack.

Rassuré de la voir reprendre ses esprits, Mason fit face à Jack et s’exprima le plus calmement possible :

« Bon, je pense que cette conversation a débuté sur le mauvais pied. Est-ce que tu pourrais nous donner ta version des faits ? Et la raison qui t’as poussé à agir de la sorte ?

— Ok, c’est possible. On s’est fait attaquer par surprise, Tom a réussi à blesser la première bête qui lui a sauté dessus en lui enfonçant un couteau dans le flanc. Puis, alors qu’on essayait de prendre la fuite, Joseph s’est fait surprendre et il a freeze. Tom s’est brisé le tibia en tapant dans la prothèse de Joseph et elle s’est fait mordre par le monstre. Buluglu pouvait pas se battre proprement contre eux alors j’ai décidé de laisser Tom pour sauver Jo et le girothani. Je pouvais pas les vaincre car j’ignorais leur nombre et surtout j’avais déjà utilisé un sort puissant. Quand je suis revenu après les avoir laissé à tes pieds, Will pourchassait un monstre sur lequel un girothani se tenait et qui avait dans ses bras le corps de Tom. Avant que je puisse le rattraper, un autre monstre monté s’est mis sur mon chemin et j’ai réussi à tuer le monstre et assomer le girothani. L’autre était déjà bien loin.

— On le sait déjà, tout ça. Ce que je veux savoir, c’est qu’est-ce qui t’es passé par la tête ? Tu t’es dit que Tom méritait de mourir ? »

En entendant cette question, Jack fronça les sourcils et interrogea William du regard. Ce dernier lui répondit par un léger hochement de tête, ce qui eut pour effet de soulever de nouvelles questions.

« Well… C’est Tom lui-même…

— Tu mens ! S’écria immédiatement Zoé en réponse. Le fait qu’elle fixait Jack en donnant l’impression qu’elle voulait l’étrangler fit demander à Mason si elle l’avait lu, ou si c’était simplement qu’elle refusait de le croire.

— Non, il ne ment pas. Il m’en a parlé à moi aussi, et également à Amélie, donc tu pourras la questionner si tu nous crois vraiment pas.

— C’est impossible, jamais Tom n’aurait accepté de mourir sans avoir trouvé un moyen de retrouver Camille.

— C’est vrai, mais ce que tu ignores, c’est qu’il était mourant. »

La révélation de William fit tressaillir la jeune fille. Des larmes lui montèrent aux yeux pendant qu’elle secouait lentement la tête en se répétant « c’est faux… c’est impossible ». Mason se tenait coi, essayant de déceler les mensonges que ses camarades auraient pu glisser dans leurs propos. Même s’il n’était pas aussi catégorique que la télépathe, il doutait quand même de la véracité de leur discours. Un faible sourire étira les lèvres du musicien et il reprit, la voix chargée d’une tristesse qui se lisait dans son regard.

« Et pourtant, c’est vrai. Quand ils sont rentrés du village globs, il était déjà infecté. Il avait espéré que les soins sur son bras allait retarder, voir annuler l’infection, mais ça n’a pas marché. Selon ses dires, il ne lui restait pas plus d’une semaine, un mois au maximum… Désolé d’être celui qui vous l’apprend de cette manière, mais puisque vous savez déjà le reste, ça sert plus à rien de le cacher. Il nous a demandé de l’aider à partir en essayant de soulever le moins de vague possible, et il nous a semblé que c’était une bonne occasion. C’est pour ça que j’ai… »

William s’interrompit en faisant un pas en arrière. Mason venait de se jeter sur lui, poing en avant, et Jack s’était interposé à temps. Il avait arrêté le coup d’une main et avait utilisé l’élan de l’agresseur pour le jeter au sol avant de lui faire une clé de bras. Pendant qu’il se débattait, essayant de se libérer de la poigne de Jack, il hurlait à plein poumon :

« Vous êtes des malades mentaux ! Bande d’assassin ! Comment osez-vous rentrer dans sa maison et mentir comme ça, vous ne méritez pas de rester dans ce campement ! »

Mais Will porta sa flûte à ses lèvres et entonna une mélodie qui eut pour effet d’engourdir le corps de Mason, au sol. Il sentait ses paupières s’alourdir, mais il parvenait à garder le sommeil à distance. C’était comme s’il avait été drainé de son énergie, mais il restait parfaitement conscient.

Il n’avait certes plus la force de se débattre, mais Jack sentit que s’il le relâchait, il allait tenter de ramper jusqu’à la sortie.

« Will ? Tu pourrais pas faire quelque chose de plus efficace ? Like your harp for exemple ?

— Désolé, j’ai mis une barrière sonore autour du bâtiment, si je change d’instrument, elle va tomber, faudra te contenter de ça…

— C’est déjà mieux que rien… Now, Zoé, tu n’as pas l’air de voir les choses de la même chose que Mason, here. Qu’est-ce que tu en penses ? »

En entendant son nom, la jeune fille sursauta et une expression perplexe déforma ses traits fatigués. Mason comprit qu’en lisant leur pensée, elle était arrivé à une certaine conclusion, mais il avait peur qu’elle emprunte le même chemin que ses deux camarades tarés.

Zoé, ne les écoutes pas, ils vont tout faire pour te convaincre. Ils ont assassiné Tom ! N’oublie pas ça, même s’ils donnent l’impression de dire la vérité, ils auraient très bien pu le sauver et on aurait pu trouver un remède ! Ce sont des tueurs au sang froid ! Ils vont te raconter n’importe quoi pour te convaincre !

Bien qu’elle lui jeta un rapide coup d’œil, Zoé se reconcentra ensuite sur William en face d’elle. Lorsqu’elle parla, d’une voix d’abord hésitante, Mason comprit que les deux tueurs avait réussi à la convaincre, ou au moins l’appâter :

« Même si j’ai du mal à vous croire, il n’est pas impossible que Tom vous ai demandé cela. Cependant cela n’explique pas votre comportement actuel. Pourquoi torturer ce gobelin, et pourquoi avouer aussi facilement la vérité ?

— Parce que Jack a…

— Dude, are you sure you want to tell her right here and now ?

— Je pense pas que ce soit une mauvaise idée, elle semble être capable de…

— No, I mean, with Mason listening to us.

— Si c’est par rapport à ça, je peux lui effacer la mémoire si je juge que ce que vous racontez est convaincant. »

À la proposition de Zoé, Jack et William haussèrent le sourcils, l’air surpris.

« Can you really do that ?

— Bien sûr, mais ça veut dire que je peux aussi effacer vos mémoires et raconter à tout le monde que vous avez planifié l’assassinat de Tom. Ou quelque chose de similaire à un travail conjoint avec les gobelins pour nous détruire après qu’ils vous ai drogué et lavé le cerveau… Je vous conseille de bien choisir vos mots. »

Dans le silence de la pièce, Mason put entendre ses camarades déglutir. Lui-même sentait de la sueur froide lui tremper le dos. Jamais il n’avait penser que la petite et frêle Zoé puisse inspirer autant de crainte. Le sourire sans joie qu’elle affichait ainsi que son regard sérieux rendait difficile la possibilité qu’elle raconte une blague.

Zoé, je t’en supplie, ne joue pas leur jeu, garde la tête froide !

La télépathe n’accorda pas même un regard à son camarade qui lançait ses suppliques mentales.

Mason, toujours paralysé par les notes magiques de William, sentait des larmes perler à ses yeux. Il était complètement impuissant face aux événements qui prenaient une tournure cauchemardesque. L’impression d’être la seule personne saine d’esprit au milieu de tarés était plus forte que tout, et il ne pouvait rien y faire si ce n’était observer cette folie.

« Je peux essayer de t’expliquer, mais c’est assez compliqué à exprimer. It’s like describing a distinct smell or an intricate painting…

— Montre-moi alors. » Ordonna Zoé en tendant sa main vers l’adolescent qui maîtrisait toujours Mason.

Sans desserrer son étreinte sur le bras de l’archer, Jack l’attrapa, et au même moment, le livre que tenait la fille de sa main libre s’illumina. Mason vit clairement une des pages briller d’une puissante lumière blanche et il comprit que c’était celle de Jack.

Après quelques secondes à peine, la lueur s’affaiblit avant de disparaître complètement, replongeant la pièce dans sa pénombre initiale.

« So ? Convinced ? »

Tout le monde avait braqué ses yeux sur la télépathe et attendait anxieusement sa réponse. Même Mason la fixait en se demandant, terrifié, si les conflits entre ses camarades allaient prendre une nouvelle ampleur, plus mortelle.

Quand enfin Zoé prit la parole, la tension était à son paroxysme

« Quand est-ce que vous comptez partir ? »

NON ! ZOE ! TU NE PEUX PAS ACCEPTER CETTE FOLIE !!

« Ce soir, on sait exactly où aller, notre ami a été coopérant. »

ZOE ! TU VAUX MIEUX QUE CA, NE TE FORCE PAS À CROIRE CES MALADES !

« Je vois, vous avez tout ce qu’il vous faut ? »

JE T’EN SUPPLIE ZOE, PENSE À CE QUE TOM DIRAIT S’IL SAVAIT CE QUE TU FAISAIS !

« Yes, il ne reste plus que les armes d’Ania, et elles sont juste à côté. »

Pourquoi ? Pourquoi Zoé ? Pourquoi tu veux tellement croire qu’il est encore vivant ? Même s’il était là, il aime Camille, pas toi, à quoi ça sert de courir après des fantômes ?

Mason savait parfaitement que ses propos étant blessant, mais il comptait sur ça pour sortir Zoé de sa trance.

Cependant, la jeune fille ne fit rien en retour. Elle ne lui accorda même pas un regard, trop concentrée sur son livre pour que ces pensées parasites ne la dérangent. Ce comportement ne faisait qu’affermir l’impuissance de Mason. Le cauchemar qu’était cette journée continuait d’empirer, et l’archer découvrait que scylla n’était pas le terminus, juste le commencement.

Quand enfin elle eut terminé sa lecture, elle releva la tête et s’adressa à William :

« Will, tu peux endormir Mason ? J’ai besoin qu’il soit inconscient pour effacer les souvenirs de cette conversation. »

Non, je t’en prie, tout mais pas ça ! Laisse-moi au moins mes souvenirs, je t’en supplie Zoé, il faut que les autres le sachent ! S’il te…

Zoé n’entendit pas la suite. Jack avait déjà bougé. Matérialisant sa lance, il chuchota « Sorry Mason, c’est pour la bonne cause » avant d’abattre la hampe de son arme à l’arrière du crâne de son camarade, forçant le sommeil aussi sûrement que la harpe de William.

Les yeux de Mason roulèrent dans ses orbites avant que ses paupières à moitié fermées ne montrent plus que du blanc et sa tête retomba mollement sur le plancher.

Juste avant que sa conscience ne se dissolve, à travers la douleur lancinante qui occupait la majeure partie de son esprit, il eut une pensée pour Nathan, mais Morphée le saisit avant qu’il ne puisse la mener à terme.

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4 commentaires sur “Pérégrinations en Monde Inconnu 20 : Là où on se fait trahir

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