RTW Chapitre 91 – Prisonnier du Cœur

Traducteur : JetonS

Adapt : Saulot
Check : Saulot


 

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Le couloir était illuminé par les rayons de la lune traversant la fenêtre, seule la moitié du visage d’Anna était visible. Ses yeux reflétaient une faible lumière bleue, ressemblant à deux étoiles dans le noir. Anna s’adossa contre la porte, avec la plupart de son corps caché dans les ombres. Seules ses courbes étaient visibles – de la bonne nutrition avait complètement métamorphosé son corps auparavant fin et maigre. Elle avait maintenant le corps d’une femme adulte. Son corps était parfait, les bonnes courbes aux bons endroits tout en ajoutant une touche du charme de la jeunesse.

Roland avait un visage calme, il s’avança jusqu’à entrer dans le champ de vision d’Anna. Il se tint devant elle et chacun regarda l’autre dans le blanc des yeux.

« C’était un accident, je ne savais pas qu’elle – » commença Roland.

« Je sais. »

« Elle est mineure, je m’en fiche – »

« Ça, je sais aussi. »

Anna réagissait complètement différemment des attentes de Roland. Anna n’en voulait pas à Roland, il ne détectait aucune trace d’énervement sur son visage, il n’y avait qu’un regard sérieux. Aucune vague d’hésitation n’était distinguable dans ses yeux lacustres. Elle était restée cette femme directe, qui n’avait ni besoin de camouflage, ni besoin de cacher quoi que ce soit. Elle prit l’initiative et dit, « Je ne suis pas comme Eclaire, devant tant de personne, je n’oserai jamais me montrer aussi … impétueuse. Je n’avais d’autre choix que de t’attendre ici. »

Après cette phrase, ses joues se tintèrent d’un faible rouge, elle rougissait légèrement. Mais ce n’était pas pour autant qu’elle se rétractât, ses yeux restaient concentrés sur Roland. Son regard était particulièrement sérieux.

Pendant deux secondes, Roland croyait que son cœur allait sortir de sa poitrine. Il voulait dire quelque chose, mais il savait qu’à ce moment-là, tout ce qu’il dirait serait vide de sens. Elle ne souciait peut-être pas de l’action d’Eclaire, mais les plaintes et les cajoleries n’étaient pas son genre. Elle exprimait tout simplement ses sentiments.

Des enfants droits et travailleurs ne devraient pas être rejetés, pensa-t-il. Roland s’abaissa près des joues d’Anna, sentant son souffle sur son visage, telle un souffle de printemps jouant avec ses cordes sensibles. Dans cet environnement silencieux, ils entendaient la respiration de l’autre puis de douces lèvres touchèrent les joues de Roland.

« Bonne nuit, Votre Altesse, » murmura Anna.

*

Wendy était assise sur le lit et lisait quelques livres.

Pour elle, ces moments de paresse étaient rares. Durant son temps à l’Association de Coopération entre Sorcières, elle n’aurait jamais pensé avoir l’occasion de vivre une telle vie.

Elle n’était dans cette ville que depuis peu, et pourtant elle avait déjà pris de nouvelles habitudes : avant d’aller se coucher, elle se lavait toujours le corps. Puis elle enfilait sa robe de nuit en soie, qui ne possédait ni ceinture au niveau de la taille ni bouton. Elle s’asseyait sur le lit, un coussin douillet entre elle et le mur, et lisait les livres empruntés à Son Altesse.

Calmer Eclaire lui avait pris beaucoup de temps, elle n’avait pas l’intention de retourner au jardin pour continuer la fête, elle s’était lavée et se préparait à se coucher.

En ce moment, elle lisait un livre d’histoire sur l’origine de l’Eglise.

Elle avait grandi dans un monastère, pourtant elle ignorait l’histoire de l’Eglise. Les religieuses les rappelaient toujours d’obéir aux enseignements de Dieu, mais ne mentionnaient jamais le nom de Dieu – durant son enfance, cette contradiction l’avait laissée perplexe. Tout le monde possède un nom, pourquoi seul le noble Dieu n’en possède pas ?

Les écritures dans les livres ou les rumeurs qu’elle entendait se rejoignaient tous. A la génèse du continent, trois religions se confrontaient. Chacun insultait les autres d’hérétiques, croyant fermement que leur Dieu était le seul et unique. Cette bataille pour la foi dura près de cent ans, mais ce fut l’Eglise qui en ressortit victorieux. Ils déclarèrent la destruction des autres Dieux, le nom même de Dieu fut scellé, on ne pouvait s’adresser à lui que par son titre.

Les prochaines pages décrivaient la gloire et l’immortalité de l’Eglise, y compris les constructions de l’Ancienne Ville Sainte et de la Nouvelle Ville Sainte, ainsi que leur victoire contre les Sorcières démoniaques. Pour Wendy, cette histoire clochait.

Elle avait aussi emprunté les livres ‘L’Histoire du Royaume de Graycastle’ et ‘Un bref Résumé du Continent’ de Roland. Le premier recensait de manière sans équivoque les fondations du Royaume, son développement et les événements clefs. On expliquait aussi le nom de chaque roi, de leur situation maritale et de leurs enfants. La famille s’étendait sur tellement de branches qu’on aurait dit une généalogie détaillée.

‘Un bref Résumé du Continent’ se concentrait sur l’évolution des quatre Royaumes, leurs alternations au pouvoir et les luttes politiques externes. Mais le livre expliquait aussi la gouvernance de chaque famille.

Et pourtant dans les livres d’histoire à propos de l’Eglise, il ne mentionnait même pas le nom d’un pape, ils avaient fait exactement la même chose qu’avec le nom de Dieu. Ils remplaçaient tous les noms par le titre de pape. Le livre ne parlait que d’un pape, comme s’il n’y en avait eu qu’un seul durant ces centaines d’années d’histoire. Le livre allait à l’encontre bon sens, plutôt que de l’appeler une archive, il était plus propice de le considérer comme une illusion artificielle.

Nightingale apparut soudainement dans la chambre de Wendy. Wendy la remarqua et posa son livre pour la regarder avec intérêt, « Il est si tard, et tu n’es libre que maintenant pour me parler ? »

Nightingale se massa le cou et se dirigea vers le chevet pour s’asseoir, « J’ai fini de ramener Nana chez elle, tu t’es bien débrouillée avec Eclaire ? »

« Elle a parlé sans arrêt de son père, et une fois sur le lit elle s’est endormie tout de suite, je n’ai même pas eu besoin de lui lire des histoires, » Wendy haussa les épaules, « Elle se croit adulte, mais en vérité, elle n’est encore qu’une enfant. »

« Dans tes yeux, tout le monde est un enfant, » dit Nightingale d’un air taquin. Nightingale prit le livre que Wendy lisait. « Son Altesse Royale dit que tu ne devrais pas lire la nuit, surtout sur le lit. La lumière n’est pas assez bonne et tu t’abimeras les yeux. »

« Oui, ton Altesse Royale a effectivement dit cela. »

Les deux parlèrent un long moment. Elles parlèrent de l’époque où elles voyageaient de la Cité Argentée aux Montagnes Impraticables. Ce qu’elles avaient fait quand elles avaient entendu la nouvelle à propos de la Sorcière condamnée à mort, comment elles avaient survécu aux Mois des Démons. Nightingale avait encore beaucoup à dire, tant à dire que Wendy n’avait l’occasion que d’insérer une ou deux phrases de temps en temps. Ces cinq longues années ensemble, les deux étaient devenues inséparables et se comprenaient mutuellement. Le temps s’écoula lentement jusqu’à ce que les bougies soient pratiquement entièrement consumées. Wendy pouffa de rire et demanda, « Quoi ? Tu n’arrives pas à dormir à cause des actions d’Eclaire ce soir ? »

« De quoi tu parles … ? »

« De quoi pourrais-je bien parler ? » Wendy ricana et secoua la tête, « Veronica, nous sommes des Sorcières, tu le sais bien. »

« … » Nightingale resta silencieuse, même après un long instant, elle ne trouva pas les mots, « Mmh. »

Ce destin, aucune Sorcière ne pouvait s’en réchapper. Wendy mit de côté son sourire et dit, « Roland Wimbledon est le 4ème Prince du Royaume, et nous ferons tout notre possible pour nous assurer qu’il s’assoit sur le trône. Il gouvernera le Royaume, et nous donnera un abri contre l’Eglise. Mais il devra devenir un roi, et quand le temps viendra, il devra se marier avec la fille d’un Duc ou la princesse d’un autre Royaume. Ils auront des enfants, un ou plusieurs. Si c’est un garçon, il héritera du pays, si c’est une fille, elle se mariera avec une famille noble. »

Wendy marqua une petite pause, laissant le temps à Nightingale de se préparer à entendre ces mots qu’aucune Sorcière ne voulait entendre, « Veronica, nous sommes des Sorcières, nous ne pouvons pas avoir d’enfant. »

« Même dans le cas le plus favorable, où nous avons le même statut que les gens ordinaires, au moment où nous pourrons nous promener sur toutes les routes du Royaume même après la mort de Son Altesse. Même dans des cas exceptionnels où certaines Sorcières accèdent à la haute noblesse de la société. Il y a et aura toujours le même frein à notre influence, nous ne pouvons avoir aucun descendant. Et sans descendant, nous ne perpétuerons pas la gloire familiale, les nobles ne penseront même pas à se marier avec une Sorcière. Nous gagnerons des droits, mais nous perdrons aussi une chose précieuse. »

« C’est notre destin », murmura-t-elle, « J’espérais ne pas avoir à te dire ça. »

« Je vois, » murmura Nightingale.

Nightingale finit par partir, mais Wendy se sentait mal. Mais elle savait que Nightingale finirait par oublier ces désagréments, après tout, elle avait déjà traversé tant de difficultés, elle réussirait à vaincre l’adversité une fois de plus.

Wendy en était convaincue.

 


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